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DESNOS  
ANTHOLOGIE POÉTIQUE
 
Lue par  EVE GRILIQUEZ et DENIS LAVANT 








Robert le magicien, un être d’exception
À la question “Pourquoi écrivez-vous ?”, Robert Desnos répondait “Pour donner rendez-vous !”. Des rendez-vous accordés de bien des manières par un poète qui se souciait moins de laisser un nom dans la littérature que d’être libre de tout faire et de tout dire. L’être et le rester, de 1900 à 1945, alors que l’histoire malmenait les défenseurs de l’homme et de sa liberté et que le poète allait disparaître prématurément en déportation le 8 juin 1945 pour l’avoir défendue, relèvent toutefois du miracle. En à peine trente ans d’activités, Desnos, l’authentique pionnier du surréalisme, est bien plus qu’un simple poète. Son œuvre ne se résume pas à ses recueils poétiques, mais implique également ses actes qui donnent sens à sa vie. Le poète, qui échappe à toute école comme à tout classement, est de toutes les aventures intellectuelles et humaines de son temps. Assistant à la naissance du cinéma, de la radio, du phonographe ou de la publicité, il s’empare de ces nouveaux moyens de communication qui l’entraînent dans les chemins de la critique, de la réalisation et de la création. Avec ardeur et passion.  Poète attachant, artiste polyvalent, autodidacte érudit, Desnos pourrait bien passer pour l’un des créateurs les plus originaux de son époque. À l’aube de ce nouveau millénaire, son œuvre est considérée comme un réservoir d’énergie, sa poésie, joyeuse, chantante et populaire mais non moins savante, comme le véhicule de messages toujours d’actualité. À chacun de retenir du poète, le touche-à-tout, le surréaliste, l’homme de cœur, le résistant, ou encore l’un des pionniers de l’ère médiatique. Sans jamais oublier ses propres mots : “Ce qui importe ce n’est pas ce qui reste mais ce que l’on est.”

Des œuvres à la portée de tous !
Le 8 février 1944, deux semaines avant son arrestation, Desnos notait dans son Journal : “Ce que j’écris ici ou ailleurs n’intéressera sans doute dans l’avenir que quelques curieux. [...] Les poèmes pour enfants auront survécu un peu plus longtemps que le reste.” Une postérité qui ne faillit pas. Chantefables et chantefleurs est l’œuvre la plus connue de Desnos.  Mais ces dernières années – en particulier grâce aux diverses manifestations suscitées par le centenaire de sa naissance et la publication de ses œuvres rassemblées chez Gallimard, dans la collection Quarto – le public adulte a pu découvrir un écrivain aux dons multiples, un être d’engagement, la figure même de l’homme d‘aujourd’hui. Séduit par sa liberté d’esprit et sa sensibilité, il l’a classé parmi “les plus grands poètes français du siècle”. Le poète non-conformiste méritait bien cette notoriété.  Il fut longtemps suspecté de désinvolture parce qu’il touchait à tout. C’est oublier qu’il n’y a pas de “partie vide dans la vie de Desnos. Quoi qu’il fît, il était là tout entier : il ne faisait pas le journaliste, ou l’agent de publicité, ou le critique cinématographique, il était Desnos journaliste, Desnos agent de publicité, etc. Il collait au quotidien et il en acceptait les responsabilités” (Raymond Queneau). Préférant l’action à la théorie, la rue à la tour d’ivoire, Desnos expérimente tous les chemins de la création. “Faire tomber le rêve sous le sens”, ouvrir la réalité à tous, libérer les mots et être populaire, tels sont les objectifs du poète qui veut s’adresser, sans discrimination, à ceux qui ne lisent pas Mallarmé ou Lautréamont mais Fantomas et Nick Carter, les romans populaires ou les bandes dessinées. Manipulateur des mots, des images comme des sons, ce poète de la voix, de la parole qui se transmet puis se partage, recherche dans chacun des domaines explorés, une poésie qui sache divertir et émouvoir dans la jouissance et l’émerveillement. 

Des personnalités contradictoires ?
Peu s’en faut. “Desnos, c’était un homme de gai malheur” disait Jacques Prévert “sa bonne humeur, un peu toujours désespérée éclatait sans jamais grincer. […] Le regard de ses grands yeux, très tôt cernés par la vie, racontait cette vie, la redoutait, l’aimait, même si parfois il la devinait.” Desnos possédait un caractère entier et curieux, poursuit-il, passant de longs silences en fulgurants monologues. Fantasque la nuit et discipliné le jour. Au travers des témoignages, l’on apprend qu’il fut un enfant turbulent, indiscipliné, mais déjà rêveur. Et l’adolescent, attentif aux images qui traversaient ses nuits, notait ses rêves. L’allumé de la bande surréaliste se montrait généreux et colérique, fort en gueule et en claque, intrépide et ardent, au premier rang des bagarres collectives mais individualiste en politique. L’amoureux était passionné et indéfectible, réservé et sensuel, lyrique et souvent malheureux. L’homme des médias se révéla joueur et inventif, ne cessant d’expérimenter des formules nouvelles. L’homme, antimilitariste et soldat pendant la guerre, résistant sous l’Occupation, fut insolent et fraternel, rebelle et tendre. Pour la liberté et contre l’injustice et l’oppression, tel fut son combat. 

Des origines de la poésie
Passionné de littérature et d’imagerie moderne, Robert Desnos a 16 ans lorsqu’il désire se lancer dans la poésie. Il a très tôt découvert Victor Hugo, Guillaume Apollinaire, les romans populaires, les bandes dessinées, le cinéma… Le merveilleux du XXe siècle naissant le séduit sans réserve. Son regard s’imprègne des images des magasins, des couvertures de Nick Carter, de Buffalo Bill, de Fantomas et des suppléments illustrés du Petit parisien et du Petit Journal, des illustrations de Jules Verne… “Il y avait les affiches que le vent et la pluie intégraient peu à peu dans le bois des palissades, […] leur superposition même ménageait des rencontres imprévues entre le boxeur et l’automobile, entre le roman-feuilleton et l’annonce des trains de plaisir. Il y avait les intelligents dessinateurs de l’Épatant et de l’Intrépide […] où Forton, avec ses Pieds Nickelés, créait une trinité nouvelle…[…] Il y avait enfin les catalogues eux-mêmes où l’enfant pouvait contempler une lingerie féminine qui semblait vêtir ses fantômes.” (Labisse, 1943) Il entre avec enthousiasme dans l’aventure surréaliste : “Révolution, tendresse, passion, je méprise ceux dont vous ne bouleversez pas la vie ; ceux que vous n’êtes pas capables de perdre et de sauver”, s’exclame-t-il. “Chère double vie ! […] On me croit ici, et calme, je suis aussi ailleurs, en des régions bouleversantes, inconnues de tous. […] Seul dans la rue ou parmi les gens, j’imagine constamment des péripéties inattendues, des rencontres désirées. […] Qu’il m’arrive réellement ceci ou cela, qu’importe puisqu’en même temps il m’arrive autre chose” (“Confession d’un enfant du siècle”, 1926). 

Les sirènes de Desnos
L’œuvre de Desnos est traversée par les figures de l’étoile et de la sirène, “sœurs parallèles du ciel et de l’Océan”. Deux rencontres féminines qui ont joué un rôle décisif dans la vie et l’œuvre du poète.  La chanteuse de music-hall Yvonne George, qu’il découvre à l’Olympia en 1924, est l’étoile, figure poétique et rêvée de l’amour impossible. Sa voix et sa beauté tragique bouleversent le poète. Comme “son visage d’aventure et ses yeux évocateurs”. Elle lui inspire “un amour violent, douloureux, inlassablement attentif mais jamais partagé” et des poèmes d’amour déchirants (“J’ai tant rêvé de toi” dans À la mystérieuse, 1926). Car “Celle que j’aime ne m’écoute pas, celle que j’aime ne m’entend pas, celle que j’aime ne répond pas” (Les Ténèbres, 1927). L’étoile de music-hall, “la plus belle et la plus fatale la comète de destin de larmes et d’éternels égarements”, minée par la tuberculose et dépendante de l’opium, meurt en 1930. Youki Foujita, qui partage la vie du poète à partir de 1931, est la sirène. Nouvelle incarnation de l’aimée disparue, l’étoile, métamorphosée en étoile de mer. Elle apparaît au poète lorsque Yvonne George s’éloigne, elle naît dans le reflet de son image. Elle conduit le poète, devenu hippocampe, vers l’espoir d’un amour réciproque, mais aussi vers les vertiges et les orages de l’amour. “La sirène idéale et vivante […] la figure de chair, la vivante et l’insatiable” (“Siramour”, 1931), ou “la redoutable sirène masquée, […] aussi cruelle et aussi douce” qui a le droit de ne pas aimer le poète. “Ô sirène, je te suivrai partout. Si je te perds, je te retrouverai, sois-en sûre, et, bien qu’il y ait quelque courage à t’affronter, je t’affronterai car il ne s’agit de souhaiter ici ni victoire ni défaite tant est beau l’éclat de tes armes et celui de tes yeux quand tu combats.” (“Siramour”, 1931).  “Je ne suis pas de ceux qui s’humilient et qui acceptent. La tempête, j’en serai l’auteur et la victime” annonce-t-il en 1926. Lucide ou prophétique, la phrase du poète annonce les années 40 lorsque, durant l’Occupation, peu avant son arrestation, il disait se sentir traqué, mais non déchu. Toujours libre et gardant le goût du bonheur, comme il le dit dans une lettre à un jeune correspondant : “Bonheur chèrement acquis, bonheur légitime et qui tient peut-être à cette formule : être un homme et aimer la vie.” 

L’homme des médias : Carrefour de tous les rendez-vous 
Desnos et la poésie surréaliste
En 1922, lorsque Desnos rallie le groupe de Littérature (Breton, Soupault, Aragon, Eluard, Péret, Crevel), définitivement sorti de Dada, il est de toutes les aventures qui préludent à la naissance du surréalisme (écriture automatique, sommeils hypnotiques, récits de rêves…). “Nul comme lui n’aura foncé tête baissée dans toutes les voies du merveilleux”, disait de lui André Breton avant de le déclarer, en 1924, “prophète” du mouvement. Lors des sommeils hypnotiques, Desnos se révèle un dormeur hors pair doublé d’un conteur fabuleux. Le poète inspiré ferme les yeux et parle surréaliste à vo­lonté : sans retenue, il joue avec les mots ou communique en songe avec Robespierre, Hugo ou Marcel Duchamp et ramène de ses explorations d’innombrables discours tels les savoureuses formules de Rrose Sélavy. Le champ d’exploration qu’il ouvre, celui de la pensée parlée, complète et relance celui de l’écriture automatique. De cette expérience initiatique, de cette liberté d’invention sans cesse reconduite, sont nées les expériences de Langage cuit et de L’Aumonyme, les poèmes de C’est les bottes de sept lieux cette phrase “Je me vois”.  Toutes barrières levées, Desnos parle, écrit, peint, voit et entend comme un médium. Il explore partout l’inconnu sous le signe du rêve. Mais sa source d’inspiration la plus profonde reste l’amour, ses jouissances fantasmées et tragiques, ses rencontres impossibles. Son roman-poème La Liberté ou l’amour ! en est le témoignage le plus flamboyant. Desnos trouve dans le surréalisme de quoi nourrir son non-conformiste foncier. Mais l’on devine qu’il ne peut se résoudre à respecter les impératifs du groupe et, en particulier, sur le plan politique, lorsqu’il est question, entre 1927 et 1929, d’une adhésion collective au parti communiste. Son mot d’ordre est “liberté” sous toutes ses formes, liberté d’action comprise. En 1929, il est exclu du groupe sous divers motifs : manque de conscience politique (son refus d’adhérer à un parti), pratique du journalisme (métier suspecté de vulgarisation et de compromission) et déviation littéraire (retour à l’alexandrin). En quittant le groupe, Desnos ne quitte pas tout à fait le surréalisme. Il déclare à cet instant “le surréalisme tombé dans le domaine public”. Ainsi le fait-il (re)descendre dans la vie, la rue et le met-il à la portée de tous. Après cette rupture, il s’oriente vers un domaine nouveau : la création radiophonique.  

Desnos et la peinture
Desnos, poète-peintre
Desnos a-t-il un jour hésité entre la poésie et la peinture ? Probablement ! La quantité d’œuvres graphiques retrouvées, leur diversité et l’application mise à orner ses écrits de dessins enjoués et colorés le suggèrent. D’autres raisons le poussent à recourir, dès 1922, à un mode d’expression qui n’est pas le sien avec autant d’entrain que de passion. Le refus de choisir.  Ses dessins et peintures surréalistes trouvent leur origine dans les sommeils hypnotiques, lorsque l’expression de Desnos passe indifféremment par la parole, l’écrit ou le dessin. De 1922 à 1929, ses dessins mêlent le plus souvent images et mots (dessins médiumniques, faux dessins de fous, mots dessinées, dessins entrelacs, rébus). L’autodidacte se fait imagier, figurant en des toiles énigmatiques la mort de ses compagnons, Breton, Eluard, Ernst, Aragon, Morise. Signes visuels et mots s’y assemblent à la manière de rébus poétiques. Après 1930, le poète-peintre continue à orner ses manuscrits d’enluminure qui illustrent au fil de l’écriture les thèmes de ses poèmes, tels l’étoile, la sirène, le château de Siramour, la rose, le soleil, la lune du Livre secret pour Youki, le chat qui ne ressemble à rien ou l’éléphant qui n’a qu’une patte de La Ménagerie de Tristan ou enfin le cactus délicat du Parterre d’Hyacinthe.  

Desnos critique artistique
Les liens qu’il entretient avec la peinture se poursuivent dans les éditions ornées par ses amis peintres (André Masson, Georges Malkine, Félix Labisse, Pablo Picasso….), mais aussi dans les articles qu’il écrit dans la presse ou les catalogues d’exposition. Entre 1923 et 1944, quelque 45 textes lyriques et intuitifs témoignent de sa passion pour la peinture. Eludant tout discours théorique ou technique, Desnos s’attache à tout ce qui relance perpétuellement l’aventure des “prospecteurs de rêves”, depuis les figures isolées de Constable, Victor Hugo, William Blake... jusqu’aux surréalistes.  Commentateur passionné de la peinture d’imagination surréaliste dans les années 20 (Max Ernst, Francis Picabia, Marcel Duchamp, Man Ray, Georges Malkine, Miro, André Masson), il fait, dans les années 40, l’éloge du bonheur physique que lui procure la peinture de Picasso, œuvre de liberté où l’élaboration créatrice donne toutes ses chances à la réalité concrète. Desnos découvre en Picasso celui qui répondait le mieux, en peinture, à son désir d’une poésie à la fois “délirante et lucide”.  

Desnos et la presse
De 1922 à 1944, Robert Desnos fut tour à tour pigiste, chroniqueur, reporter dans différents journaux. Quotidiens, hebdomadaires ou mensuels. Desnos a beaucoup écrit sur le cinéma et la musique. Mais le journaliste a abordé bien d’autres sujets : faits divers réels ou imaginaires sous forme de contes ou de nouvelles (Les Jours de Noces), papiers d’ambiance (rues de Paris) ou d’investigation (Jack l’éventreur à partir des annales médico-légales ou l’affaire Lindbergh), sondages, enquêtes et feuilletons. Dans Aujourd’hui, journal créé par Henri Jeanson en septembre 1940, Desnos tente de préserver sa liberté d’expression. Il tient alors une rubrique quotidienne sur l’actualité sociale ou économique. Dans la série “La Revanche des médiocres”, il fustige les délateurs et autres profiteurs de l’Occupation. Après l’arrestation de Jeanson et la reprise du quotidien par Georges Suarez, le journal tombe aux mains de l’occupant. Desnos se contente d’une critique littéraire et discographique, parfois incisive (en particulier envers les écrivains partisans du fascisme ou de l’antisémitisme tels Céline, Pierre Pascal, Drieu la Rochelle). Lorsqu’il entre dans le réseau Agir, en 1942, Desnos continue mais plus rarement à publier. Raisons financières et stratégiques lui dictent de rester dans ce journal – belle et utile couverture – pour récupérer des informations directement venues d’Allemagne et les transmettre à son réseau. Jusqu’à son arrestation. 

Desnos et le cinéma : le rêve à l’écran
Desnos a l’âge du cinéma et de l’émerveillement quand il découvre entre 1910 et 1918 les films qui déterminèrent son goût et son approche du cinéma. Sensible à la poésie visuelle, il se passionne vite pour les films qui font rêver. Aimer, défendre le cinéma ou faire du cinéma. Voilà Desnos de nouveau à l’œuvre. Pour allier vie et spectacle. Et faire disparaître les frontières entre les genres dits majeurs et mineurs. Critique de cinéma, auteur de scénarios ou de dialogues, Desnos aborde tous les genres sans discrimination. Dès qu’il entre dans le cinéma, son œuvre poétique semble parfois s’inspirer des images filmées, de leur rythme ou de leur mouvement. C’est le cas de La Liberté ou l’amour ! et de l’allure débridée du récit.  Du cinéma, Desnos attend une représentation de la vie désirée. L’imprévu, l’émotion, l’enchantement. Il se fait le chantre de l’action dramatique, du pathétique de l’amour, de l’érotisme. Il recherche “le rêve artificiel et peut-être l’excitant capable de peupler nos nuits désertées”, tout ce que l’amour et la vie nous refusent. Desnos, spectateur, apprécie les films populaires, les burlesques américains qui faisaient la joie du grand public. Il regarde avec autant de plaisir les films d’aventure, les mélodrames, le cinéma expressionniste allemand. Tout ce qui donne priorité à l’imagination.  

Desnos et la critique de cinéma
En pleine période surréaliste, Desnos se met à écrire sur le cinéma. “Je me suis toujours efforcé de ne pas faire de la critique” prévient-il. “Je me suis borné à émettre des désirs, à formuler mes répugnances.” En effet, ces billets d’humeur ont l’intolérance des âmes passionnées, pour raconter ce que l’auteur ressent ou faire partager ses plaisirs. Il fustige la morale, la censure, le puritanisme, le réalisme et la théâtralisation du cinéma français des années 20, les bas salaires des figurants, l’industrie commerciale. Par contre, il encense les films qui “transportent les rêves de la nuit à l’écran”.  De 1923 à 1929, le critique ne raconte jamais les films. Pas plus qu’il n’aborde les questions techniques. Mais il s’attarde sur le lyrisme des spectacles, au travers des scénarios et des personnages. Ou des actrices, symboles de beauté et de sensualité. Il évoque les petits cinémas de quartier et leur salle, “belle comme un embarcadère du rêve”, et, puisque nous en sommes encore au temps du muet, “les orchestres discordant comme un orchestre de paquebot en train de sombrer” ou la magie des sous-titres poétiques. Le poète conte parfois la féerie des films documentaires, où les mouvements mystérieux des machines recréent le merveilleux moderne. Parmi ses films préférés, citons Fantomas (1913-1914), Les Vampires (1915-1916), Les Mystères de New York (1915). Des épopées modernes à l’allure trépidante. Citons encore, Le Cabinet du Docteur Caligari (1920), Nosferatu le Vampire (1922). Ou encore le cinéma révolutionnaire incarné dans Le Cuirassé Potemkine (1925), Entr’acte (1928), Un Chien andalou (1929) et L’Âge d’or (1930). L’adepte fervent du cinéma arrête à peu près d’écrire à l’apparition du cinéma parlant. Dans ses critiques, c’est la clairvoyance de Robert Desnos qui étonne encore. Tout ce qui le passionne et l’émeut a traversé le temps. Les films choisis entre les deux guerres restent d’actualité en l’an 2000 : ce sont devenus des classiques.  

Desnos créateur au cinéma
Ses propres interventions dans le domaine du cinéma dévoilent un Desnos inventif et audacieux. Il expérimente tous les genres avec ferveur : scénarios, dialogues, commentaires, lyrics écrits à partir de 1925 sont d’une inspiration singulière et d’une liberté étonnante. Dignes héritiers du surréalisme, ils constituent une nouvelle forme de récit dans lequel prime la poésie, l’imagination et la fantaisie. Ainsi est réalisée L’Étoile de mer (1928) – poème de Desnos mis en scène par Man Ray. Puis Record 37 de J.B. Brunius, annonçant l’exposition internationale des Arts et techniques de l’année 1937. Rallié au cinéma parlant, Desnos en rédige les commentaires. Il poursuit cet exercice pour le documentaire Sources noires sur les richesses pétrolières du Mexique. Enfin, avec Henri Jeanson, il écrit le scénario et les dialogues de Bonsoir mesdames, bonsoir messieurs, sorte d’opérette cinématographique sur le milieu de la radio française. Le film réalisé par Roland Tual sort en février 1944 et les affiches envahissent Paris quelques jours avant l’arrestation du poète. Trois de ces réalisations sont encore visibles aujourd’hui. Les archives du poète ont permis de retrouver beaucoup d’autres projets. Leur diversité révèle un Desnos curieux, voire précurseur. Nombre de scénarios écrits après 1925 n’ont pas été portés à l’écran. Quand Desnos obtient une carte de scénariste en 1943, le temps lui manquera. Des années 40, datent en effet les adaptations de textes littéraires d’après Stendhal, Balzac, Dumas ou Musset, les dessins animés imaginés à partir de Don Quichotte, Rabelais ou Jules Verne, mais aussi les opéras-films dont l’idée repose sur les romans de la Table ronde, ou encore les ballets filmés. Sensible au lien de la parole et de la musique, Desnos imagine là des formes de cinéma encore inédites à son époque. 

Desnos et la musique
Passionné de cinéma, Desnos l’est aussi de musique. Mélomane même s’il chantait faux, collectionneur de vieux disques, fou de music-hall, fan et amoureux de la chanteuse Yvonne George, amateur éclectique, Desnos sut également être critique de disques et créateur de chansons ou de cantates. La chanson est pour lui le plus merveilleux des moyens de communication. C’est la poésie offerte à tous. Desnos aime toutes les musiques, de tous les temps et de les tous lieux. Sensible aux créations populaires et aux voix, il apprécie autant les chansons que les chanteuses. Universel dans ses goûts, il collectionne autant les rythmes étrangers que le jazz ou la musique classique. C’est le poète qui, en 1928, après un séjour à La Havane, ramène les premiers disques de musique cubaine en France.  

Desnos et la critique discographique
Robert Desnos écrit ses premiers papiers sur le music-hall, dès 1925, pour vanter Yvonne George et son interprétation des vieilles chansons de marins. Puis viennent à partir de 1928 ses critiques musicales, de disques principalement, sous la rubrique “Les Voix intérieures”. Le poète propose là encore des “promenades selon ses goûts” faisant partager ses passions ou ses découvertes. Il parle de folklore français, de musique classique, de jazz, de chansons contemporaines, de vieux succès populaires, des maisons de disques ou du phonographe… L’invention d’Edison a 30 ans et Desnos lui rend hommage de bien des manières. Il comparaît l’invention du phonographe à celle du cinéma qui : “possède tout le mystère des nuits fantomatiques, il est tout l’univers de l’aventure idéale et amoureuse. Il tire le rideau sur les obligations quotidiennes, […] mais le phonographe possède la parole […]. Il a le privilège de reconstruire le monde. […] Voix qui nous parvenez si pures et émouvantes, vous êtes la consolation des soirs mornes et le trésor même de notre solitude” (Le Soir, 15 avril 1928). Le rôle du phonographe, outre de conserver la voix, est, selon Desnos, de servir d’intermédiaire entre les différentes parties du monde. Au hasard des papiers, on découvre un Desnos attentif au patrimoine musical, réclamant l’édition d’archives de la parole, l’enregistrement systématique des voix contemporaines, la diffusion d’anthologies sonores équivalentes à la Pléiade… Il milite pour la constitution de répertoires du folklore (musiques et chansons des rues, bruits de la nuit ou de Paris), pour la création de collections de disques ethnographiques. En 1929, déjà visionnaire, il attend l’enregistrement des voix à la portée de tous; en 1939, il suggère un lieu unique de conservation des archives musicales. Desnos imagine encore les musiques du monde venir animer et rendre plus vivants les cours de langues ou de géographie. Desnos, poète pour les musiciens Le désir du poète, qui est de populariser l’art, a lui-même voulu écrire, dans les années 30, des “chansons qui courent les rues”. C’est son activité radiophonique qui favorise le rapprochement entre poésie, chanson et musique. Autour de 1932, Desnos commence à concevoir des textes courts, faciles et percutants, destinés à être mis en musique. Parfois en fonction d’un rythme prédéfini (biguine, tango, blues, valse, java…), parfois pour n’importe quel air. Ses chansons racontent de petites histoires, drôles ou sentimentales. Après 1933, il produit, dans la veine radiophonique, des complaintes (Complainte de Fantomas, Complainte des caleçons, Avez-vous vu Lambert ?) que divers compositeurs (dont Cliquet-Pleyel) mettent en musique. Par ailleurs, il écrit des chansons engagées ou de circonstance (chant de ralliement du mouvement antifasciste Front commun, Cantate à la mémoire de Lorca, chant en l’honneur des Républicains espagnols…). Enfin, il écrit des cantates (Cantate pour l’inauguration du Musée de l’homme et Cantate des quatre éléments sur des partitions de Darius Milhaud), des lyrics de films, des chansons de variétés.  Dans les années 40, poésie et chanson chez Desnos sont étroitement liées. Dans la postface d’Etat de veille, il propose aux musiciens de mettre en musique les “couplets” qu’il publie. Enfin, les Chantefables et chantefleurs pour enfants sages, aujourd’hui les plus connues, sont destinées à être chantées sur n’importe quel air. Toutes ces expérimentations amènent peu à peu Desnos vers l’opéra, qu’il considère comme “la plus parfaite expression possible du lyrisme et du drame”. Ce qui est malheureusement resté à l’état de projet.  

Desnos et la radio
La radio a été inaugurée à Paris en 1921. Initié par Paul Deharme, un des pionniers de la TSF, à l’art radiophonique, Desnos utilise, à partir de 1933, ce médium – le plus populaire qui soit – comme un instrument à rêver et à faire rêver. Il devient alors “le poète le plus écouté de France” s’amuse-t-il à dire. Il s’adonne, au travers d’émissions publicitaires, culturelles et musicales, à des “explorations radiophoniques au jour le jour”. Son plaisir de conteur et d’acteur est décuplé : il peut mêler paroles et musique, les agrémenter à sa guise de mises en scène sonores. Jouer sur les voix et les bruitages. Son pouvoir d’invention est sans limites. Il s’agit de rendre les textes présents, les scènes émouvantes, les effets saisissants. De captiver l’auditeur. De plaire et d’instruire sans jamais ennuyer. Amener la poésie à la radio au moyen d’un langage simple, percutant et plein d’humour, favoriser l’attention et la communication, tels sont les objectifs du poète qui tente de faire naître une culture et un art radiophoniques. Qui s’adressent à tous et à chacun en particulier. Le 3 novembre 1933, Desnos produit avec Paul Deharme sa première émission célèbre : La Grande Complainte de Fantomas. Une émission burlesque et fantastique sur un texte du poète, une musique de Kurt Weill, une direction dramatique d’Antonin Artaud, une direction musicale d’Alejo Carpentier et plus de cent interprètes. Les sketches sonores, inspirés des romains populaires d’Allain et Souvestre, évoquent les forfaits criminels de Fantomas à qui Artaud prêtait sa voix. Il eut l’idée d’apostropher le public dès l’introduction. L’effet fut saisissant et le succès très populaire. Cette soirée entière, réalisée à l’occasion de la réédition des épisodes de Fantomas est à la fois une campagne publicitaire et l’une des premières “superproductions” de l’époque.  Desnos est alors engagé comme rédacteur publicitaire. L’un des premiers à la radio. En 1934, Armand Salacrou lui confie la publicité radiophonique des produits pharmaceutiques dont il a la gestion (Vermifuge Lune, la Marie-Rose pour les Poux, la Quintonine, Le Vin de Frileuse, le Thé des familles…). Entouré de collaborateurs, il invente et réalise les slogans pour plus d’une centaines de produits jusqu’en 1939 – des petits poèmes pour lesquels Carpentier propose les airs les plus divers, du classique au folklore et aux variétés qui servent d’indicatifs. Les inventions de Desnos firent siffloter toute la France et grimper les ventes de ces produits en flèche ! Le succès lui vaut de réaliser des émissions radiophoniques patronnées par les produits annonceurs : lectures de contes, chansons folkloriques, concerts… Ce sont parfois des radio-montages d’opéras, de drames lyriques, de musiques classiques, de chansons modernes. Desnos rédige et réalise ainsi plusieurs émissions quotidiennes restées célèbres, à la fois culturelles et divertissantes : “La Demi-heure de la Vie pratique” ou “Le Quart d’heure de récréation”. La première consiste à présenter des personnages célèbres et, sous forme de dialogues, à les rendre vivants. Elle est accompagnée de lectures, de morceaux musicaux et d’extraits d’archives.  Desnos réalise en 1936 Le Salut au monde, inspiré d’un poème de Walt Whitman. Il imagine, en collaboration avec Alejo Carpentier, une fresque sonore mêlant sons, chants, musiques et lectures. Une idée géniale à l’époque. Le succès rencontré entraîne la création d’une série d’émissions poétiques et musicales adaptées de romans, de poèmes ou de pièces évoquant les traditions d’autres pays, en une sorte de tour du monde sonore et poétique. Avec La Clef des songes, lancée en 1938, Desnos atteint au mieux l’un de ses objectifs : monopoliser le savoir des auditeurs, les faire participer à l’élaboration de l’émission, les inviter jusqu’au cœur de la création. Il utilise les récits de rêves qui lui sont envoyés par lettre, les met en ondes (citations, lectures, mises en scènes…) et les commente selon l’antique clef des songes d’Artémidore d’Ephèse, réactualisée. C’est un franc succès et seule la déclaration de guerre met fin à ce dialogue noué par Desnos avec ses auditeurs. Ainsi de 1934 à 1939, l’activité principale du poète est de travailler à la radio. Il y passe presque tout son temps. Il découvre la liberté d’invention, le travail d’équipe, l’art de la communication directe au jour le jour : les émissions sont soigneusement préparées, mais toutes sont alors réalisées en direct. Desnos confère ainsi à la publicité comme à la radio ses premières lettres de noblesse. 
Anne Egger  
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS/GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 2001  

ŒUVRES EN CD 
CD 1 - Anthologie poétique de Robert Desnos 
Desnos, le poète de la voix et du rêve 
1/ La Voix (1943) - voir n° 29
Sous forme d’invocation, la voix de Robert Desnos retrouve place parmi nous. Poème de circonstance, écrit en temps de guerre, mais poème toujours valable. La voix qui vient de si loin, semble sortie d’un tombeau pour parvenir jusqu’à nous, faire sourire ou emplir de joie. Elle est humaine et traverse les fracas de l’histoire pour clamer encore et encore “la belle saison est proche”. Pour l’entendre, il faut l’écouter. La réécouter. 

2/ Confession d’un enfant du siècle (1926)
Clin d’œil d’un Musset du XXe siècle. L’enfant turbulent et “turbulé” livre ses souvenirs d’enfance, dévoile ses rêveries océaniques, ses fantasmes d’écolier, ses hallucinations, ses émotions sensuelles et le merveilleux sexuel qui ont nourri sa poésie et sa vie. À 6 ans, Desnos s’imagine nager sur les lames de parquet et voit s’ouvrir à lui, dès qu’il ferme les yeux, un monde merveilleux. Son imagination, nourrie de rêves, d’aventures fantasques et de récits débridés, est déjà prémonitoire de son expérience surréaliste. 

Les années 20 : le poète des mots en liberté 
3/ Rrose Sélavy (1922)
Dès son entrée dans le surréalisme, la virtuosité verbale de Desnos éclate. Lors des sommeils hypnotiques, le dormeur hors pair profère ces “étranges calembours”, signés Rrose Sélavy, en hommage à Marcel Duchamp qu’il n’a pas encore rencontré. Jeux de mots, aphorismes ou “équations poétiques” semblent tout droit jaillir de son inconscient. Où siège le royaume des métamorphoses. De ces expériences fondées sur le déplacement de lettres ou de syllabes naissent des sonorités inattendues, des sens toujours nouveaux. Par-delà les provocations ou les outrances, poésie et humour fondent l’expression du poète. Ces pensées parlées, libérées par l’hypnose, sont prononcées avant d’être écrites. Il faut écouter, mais aussi lire afin de saisir le sens de cette poésie, ou tout simplement entendre cette poésie faite à la fois pour la voix et l’œil.  

4 à 8/ Porte du second infini/ Faire part/ Que voulez-vous que je vous dise/ Corde/  Les Gorges froides (1923) Ces poèmes extraits du recueil C’est les bottes de 7 lieues cette phrase “Je me vois” (1926) poursuivent d’autres recherches verbales.
Desnos expérimente l’écriture automatique en laissant les images les plus débridées et les trouvailles verbales se succéder. Certains poèmes, d’allure fantaisiste, sont dédiés à ses amis surréalistes, mais deux d’entre eux, plus graves, lui sont dédiés. Dédiés par Desnos à Desnos, son double, le naufragé, ils sont hantés par la mort. Le poète envisage-t-il sa propre mort, ou bien le suicide de l’écrivain qui sommeille en lui. Après le succès des sommeils, puis l’arrêt des séances, plusieurs surréalistes dont Breton, Eluard, mais aussi Desnos ont envisagé de ne plus écrire. Le désœuvrement qui gagne Desnos annonce ses recherches futures, qui sont de pouvoir s’exprimer sans faire appel à l’écriture. 

9 à 18/ Ô douleur de l’amour!/ J’ai tant rêvé de toi/ Les espaces du sommeil/ Si tu savais/ Non, l’amour n’est pas mort/ Comme une main à l’instant de la mort/ A la faveur de la nuit (1926)  Trois étoiles/Chant du ciel/ Dans bien longtemps (1927)
Desnos a rassemblé les poèmes écrits de 1919 à 1929 dans le recueil Corps et biens (1930), publié après sa rupture avec le mouvement, qui constitue le bilan de son itinéraire surréaliste. L’ouvrage retrace l’ensemble de ses recherches formelles et témoigne du constant renouvellement de son expression, passant des variations sur la langue à des poèmes lyriques en vers libres. Les sept poèmes, extraits de “A la mystérieuse” (1926) et les trois poèmes des “Ténèbres” (1927), de ce recueil, mettent en lumière une autre veine d’écriture, émouvante et intime. Celle de l’amour. Ces récits lyriques et oniriques sont habités par la douleur de l’amour dévorant et unique que lui inspire Yvonne George, l’étoile du music-hall, la mystérieuse. Un amour fou, surréaliste, mais désolant car non partagé… Traversant une nuit peuplée de multiples présences inaccessibles, Robert le passionné clame sa solitude.   

Les années 30 : le poète des ondes et des libertés 
19 à 22/ Soir/ Nuits/ Les charmes de la nuit (1930)  L’oiseau qui vole vers la côte (1932)
L‘écriture amoureuse de Desnos devient, dans les années 30, plus intimiste. Les trois poèmes de “Youki 1930 Poésie” (1930) et le poème de “Bagatelles” (1932) ont été rassemblés dans le recueil Destinée arbitraire, publié pour la première fois en 1975. Ils s’approchent souvent, par leur rythme et les jeux verbaux, de la chanson ou de la comptine pour raconter des historiettes tendres ou drôles. Pour conter, à demi-mot, la joie ou la détresse de l’amant toujours à la recherche de la femme, de celle qui parfois se dérobe. Ecrits entre 1929 et 1932, ces poèmes inspirés par sa compagne, Youki, sont des offrandes à l’aimée, pour la faire rire, la divertir ou la retenir. Simples et de veine populaire, ils sont longtemps restés au plus secret d’une relation passionnelle et douloureuse. 

23 à 25/ Les quatre sans cou/ Mi route/ Comme (1932-1933)
Dans les années 30, Desnos s’alarme de la montée du fascisme et sa poésie, mise en veilleuse par son intense activité radiophonique, se fait plus fraternelle, plus populaire. Les poèmes rassemblés dans Les Sans cou (1934) inaugurent cette esthétique nouvelle. Décapités par la guillotine, ces bannis de la société, ces misérables amputés de leurs têtes et non de leur raison, meurtriers ou révolutionnaires, trouvent place dans sa poésie. Ce sont ses amis, ses frères. Ces poèmes chantent la révolte et la justice sous des allures burlesques. Devant ces “hommes de sale caractère”, Desnos conserve son humour grinçant, mais ouvre son cœur.  

26 à 28/ Les Hommes sur la terre/ Il était une feuille/ 10 juin 1936 (1936)
Les poèmes rassemblés sous le titre “Les Portes battantes” et publiés dans Fortunes (1942) constituent une expérience poétique inédite. Dans ce deuxième recueil bilan des années 1927-1937, Desnos a inséré ce qu’on appelle des “poèmes forcés”. Très occupé par ses activités à la radio, il s’est un moment astreint à écrire chaque soir un poème. Fruits de cet exercice imposé, ces poèmes brefs ou chantants, attachés aux rythmes, allient liberté d’allure et rigueur de la rime. Desnos prospecte là les voies d’une poétique pouvant donner naissance à un langage nouveau qu’il veut “populaire et exact”, “familier et lyrique”.  

Les années 40 : un poète résistant et libre 
29/ L’épitaphe (1943)
Le poème appartient au recueil Contrée (1944), paru après l’arrestation de Desnos, dans lequel il expérimente les formes fixes et classiques – du sonnet en particulier. En pleine Occupation, ces méditations à mots couverts pour passer la censure traversent différentes contrées, des espaces réels ou imaginaires, tels que cascade, route, ville, sieste, nuit d’été, voix, souvenir, épitaphe, et énumèrent les manières de “contrer”, par les moyens de la poésie, l’adversaire : ne pas plier, dénoncer la peste et annoncer, en un beau message d’espoir, “la belle saison est proche”... tel est l’engagement de Desnos. Au-delà de cette expérience que Desnos considère encore comme une initiation poétique l’on découvre le projet démesuré du poète : reprendre des études de mathématiques et de physiques, faire du vers et du poème l’équivalent d’une équation mathématique, “faire de la poésie un chapitre des mathématiques”. 

30-31/ Ce cœur qui haïssait la guerre/ Sol de Compiègne (1944)
Ces poèmes de l’Occupation, écrits en “langue claire” et noble, ont été publiés dans les revues clandestines sous divers pseudonymes (Pierre Andier ou Valentin Guillois). Alliant exigence formelle, plus grand réalisme et urgence morale, ils expriment la lutte du poète pour rester du côté des hommes le chantre de la fraternité, la gravité du poète résistant contre l’ignominie et pour la liberté de tous, la joie du poète libre à préserver ou annoncer l’espoir. Expression d’un grand lyrisme collectif, la voix de Desnos qui ne cesse de s’adresser à tous, s’éteindra prématurément. 

CD 2 - Desnos, le poète de Paris 
La tour Eiffel a onze ans quand Desnos voit le jour. Poète de Paris, comme Baudelaire, il évoque souvent les Halles, quartier populaire et pittoresque de son enfance. Le Montparnasse excentrique des années 20. Le Saint-Germain occupé des années de guerre. La ville, présente dans toutes ses œuvres, possède une vie secrète et des lieux symboliques : la Place de l’Etoile, carrefour de toutes les aventures, le jardin du Vert-Galant où il allait ramasser des champignons, le Pont-au-change de ses derniers poèmes…  Espace réel et lieu de vie, Paris se transforme à la faveur de la nuit et de sa rêverie. Marcher dans les rues, à l’aventure, était une pratique courante de Desnos et des surréalistes. Et cette errance était l’occasion de rencontres imprévues. De personnes, d’objets, de mots, voire de fantômes. A la recherche de la merveille surréaliste, parcourant les cafés, visitant les cinémas de quartier ou les salles de jazz, Desnos reste partout attentif aux ombres et aux images. Car, disait-il, “il en est des paysages comme des livres” et “Les paysages familiers servent aussi de théâtre à mes actions idéales. Ils prennent de ce fait un charme neuf.” (“Confession d’un enfant du siècle”, 1926) Dans les profondeurs de la nuit, Paris se métamorphose en décor de théâtre. La ville devient désert, forêt vierge, mer, ruine inhabitée. Immense et fabuleuse réserve de signes. Au détour des rues, le poète peut rencontrer le mystère, l’amour ou la peur. Les figures des affiches s’animent, les mannequins sortent des vitrines, les arbres s’érotisent, les fantômes surgissent… pour donner forme et vie à ses rêves. Tour à tour accueillantes ou inquiétantes, les rues de Desnos ne cessent de créer la féerie ou imiter l’enfer. Alors on parcourt Paris comme on traverse un rêve, où la réalité du rêve se mêle aux images réelles, à la suite d’un poète qui “rêve le rêve éveillé”. Nous entraînant sur les pas de Louise Lame. Vers le cœur de la ville. Où convergent toutes les étoiles de Desnos, celles de sa vie comme de sa poésie. Sa Place de l’Etoile, d’abord théâtre, puis antipoème. 

1/ La Liberté ou l’amour! (1927)  
(extraits, chapitres I et II) Robert Desnos - Les profondeurs de la nuit Voilà le décor cher à Desnos. Le récit surréaliste progresse à travers un espace urbain insolite dans lequel les héros parcourent des rues désertes mais peuplées de fantasmes. Ce livre pour le moins inclassable, à situer entre rêve et roman, a été écrit en 1925. Douze chapitres débridés se succèdent sans intrigue, sans aucune logique si ce n’est celle du rêve, au rythme endiablé d’un défilé d’images cinématographiques. Dans ce décor mêlant rêve et réalité, prennent place les aventures fabuleuses, oniriques et érotiques, du couple Louise Lame et Corsaire sanglot, entraînés dans des péripéties inattendues et des rencontres désirées. À jamais reportées. Une course poursuite. Des lieux pourtant “où les rencontres n’eurent pas lieu”. Servant de décor à des scènes crues et sadiques, où se croisent l’amour meurtrier, les guillotines, les cimetières hantés, les buveurs de sperme, les naufrages, les fessées. Les mirages. Louise Lame est la femme offerte et interdite, publique et réservée – c’est Yvonne George, la femme aimée qui se refuse à lui et demeure hors d’atteinte. Fou d’amour, traversé de sentiments passionnels et violents, Corsaire Sanglot, le poète, incarne la liberté intégrale. Celle de l’expression et du ton. Des objets ou des rues qui s’érotisent dans la fureur du récit. Lors de cette poursuite désespérée d’un amour impossible où Desnos confond blessures du cœur et du corps. Il recherche une possible conciliation entre amour et liberté. Le livre été condamné et en partie censuré lors de sa parution.

2 à 4/ A mort/ L’étoile du nord/ Les dents des femmes (1924)
Extraits de Deuil pour deuil – dont le titre condense, sous forme de jeux de mots, l’adage “œil pour œil, dent pour dent” –, ces textes débridés forment des récits indépendants ou les épisodes d’une même histoire et font entendre “la parole à fleur d’inconscient” du poète (Marie-Claire Dumas). Première publication de Desnos, en 1924, ce volume complète également les positions théoriques et pratiques du mouvement surréaliste officialisé cette même année. Il inaugure dans un genre qui n’est ni roman, ni poèmes, une formule à tout le moins inclassable. Au mépris du bien dire et du raffinement esthétique, Desnos offre ici un récit onirique et fantasmatique, fourmillant d’images, de visions érotiques et de poursuites haletantes. Villes, ciel et fonds sous-marins servent de décor à la mise en scène d’un désir perpétuellement reconduit, traversée ou hantée par diverses figures qui apparaissent toujours “en duo ou en duel”. Desnos attend du lecteur qu’il se laisse porter par la surprise, le dépaysement ou l’inquiétante étrangeté de ces péripéties, et guider par le rythme endiablé de la voix qui les raconte. 

5/ Quartier Saint-Merri (1936) Voir nos 26-28 (CD1) 

6/ Couplets de la rue Saint-Martin (1942)
Publiés dans État de veille (1943), recueil qui rassemble des poèmes aux formes classiques, des “poèmes forcés” à la manière de ceux des “Portes battantes”, ré-écrits pendant l’Occupation, mais également une série de couplets destinés à être mis en musique. Les derniers couplets inaugurent de nouvelles recherches poétiques qui, parallèlement à la formule de Desnos, “En définitive, ce n’est pas la poésie qui doit être libre, c’est le poète”, se greffent sur la lutte contre l’occupant. Le décor choisi pour Paris est celui de son enfance.  

7/ Aujourd’hui je me suis promené (1936) Voir n° 6 (CD2) 

8/ Art poétique (1944)
Emouvant par sa violence, le poème paru dans Destinée arbitraire (voir nos 19-22 - CD1) laisse deviner la détresse du poète pendant l’Occupation. La voix de Desnos explose. Dans ce défoulement verbal, il voit la poésie “par le travers de la gueule [...] crachée, vomie, rejetée, [...]  baisée dans tous les coins”. Expression d’un doute, d’une contestation ou d’une colère, les mots interrogent autant la poésie que le poète, ployant sous le poids de l’histoire et/ ou de la littérature. Ils “préfigurent le poète lui-même s’écorchant la voix et les pieds sur le sol de Compiègne, ses silex et ses craies” (Olivier Barbarant). Déchirée, mais jamais désespérée, la voix répète inlassablement “Je suis le vers témoin du souffle de mon maître” – jusque dans l’élan final où “restent l’écume et la boue, et la joie de vivre...”.  

9/ Rue Aubry-le-Boucher (1943)
Rue Aubry-le-Bouche (en démolition) : Rue Aubry-le-Boucher on peut te démolir, / détruire tes bordels, tes hôtels et tes chambres / où se faisaient posséder des femmes laides comme ça / portant un épais pubis noir sous une belle poitrine. // On peut te changer d’apparence avec du béton et du fer  on peut changer ton nom et tuer la misère / ton casier judiciaire aura toujours en associé / Liabeuf qui a souri un matin à Deibler. // Au soir, square des Innocents, les oreilles m’en tintent. / Son fantôme poursuit les policiers. Il les blesse. / Par tromperie ils l’ont dénoncé, condamné, guillotiné. // Mais il s’enfuit, malgré eux. Il s’évade, / abandonnant indicateurs, agents de police à pied et à vélo, / que de con couteau Aubry tatoue avec du sang.  Ce sonnet en argot, qui fait partie de la série A la caille (1944), a paru sous le pseudonyme Cancale dans la revue Messages, alors que Desnos avait déjà été arrêté. Il use de la forme populaire et argotique pour crypter les mots, passer la censure, mais aussi comme affirmation nationale, pour exprimer son espoir. Quoi de plus ironique que d’insulter Pétain (Maréchal Ducono) ou Laval (Pétrus d’Aubervilliers) en recourant à l’argot et à la forme fixe du sonnet ? Le poète de la résistance se fait satirique et violent. Sa colère explose dans cette autre langue. Au point qu’il est nécessaire aujourd’hui de les traduire pour en comprendre les sens cachés. 

10 à 12/ Le Paysage/ Le Cimetière/ La Prophétie (1943) voir n° 29 (CD1) 

13/ Couplet du verre de vin (1942) voir n° 6 (CD2) 

14/ Lettre à Youki (1944)
Avant-dernière lettre de Desnos à Youki, écrite dans le camp de Flöha le 15 juillet 1944. 
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS/GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 2001 

DISCOGRAPHIE 
CD1
1 - La voix 1.07
2 - Confession d’un enfant du siècle 5.59
3 - Rrose Sélavy 1.52
4 - Porte du second infini 0.52
5 - Faire part 0.53
6 - Que voulez-vous que je vous dise 0.56
7 - Corde 1.07
8 - Les gorges froides 0.59
9 - O douleur de l’amour 1.59
10 - J’ai tant rêvé de toi 1.46
11 - Les espaces du sommeil 3.39
12 - Si tu savais 4.15
13 - Non l’amour n’est pas mort 2.42
14 - Comme une main   à l’instant de la mort 1.36
15 - A la faveur de la nuit 0.50
16 - Trois étoiles 2.07
17 - Chant du ciel 0.53
18 - Dans bien longtemps 1.34
19 - Soir 1.08
20 - Nuits 1.16
21 - Les charmes de la nuit 1.35
22 - L’oiseau qui vole vers la côte 3.50
23 - Les quatre sans cou 2.26
24 - Mi route 3.24
25 - Comme 2.32
26 - Les Hommes sur la terre 2.45
27 - Il était une feuille 1.13
28 - 10 juin 1936 1.56
29 - L’épitaphe 1.10
30 - Ce cœur qui haïssait la guerre 1.41
31 - Sol de Compiègne 2.35

CD2
1 - Robert Desnos  Les profondeurs de la nuit 12.50
2 - A Mort 4.43
3 - L’étoile du nord 3.23
4 - Les dents des femmes 3.37
5 - Quartier Saint-Merri 6.46
6 - Couplets de la rue St-Martin 1.04
7 - Aujourd’hui je me suis promené 1.08
8 - Art Poétique 4.52
9 - Rue Aubry le boucher  1.09
10 - Le paysage 0.58
11 - Le cimetière 1.05
12 - La prophétie 1.10
13 - Couplet du verre de vin 0.31
14 - Lettre à Youki 1.22 

Biographie 
1900 Naissance le 4 juillet à Paris (32, boulevard Richard-Lenoir). Second enfant de Claire Guillais et de Lucien Desnos, mandataire aux Halles.  

1902 Les Desnos emménagent au 11, rue Saint-Martin, dans le quartier des Halles. 

1913 Déménagement de la famille au 9, rue de Rivoli. Robert Desnos obtient son certificat d’études et entre à l’Ecole Turgot pour suivre les études commerciales, souhaitées par son père.  

1916 Il quitte l’école, pourvu du brevet élémentaire et de rudiments d’anglais et d’espagnol, pour se lancer dans la poésie. Son père refuse de subvenir à ses besoins. Il est commis à la droguerie Darrasse et traduit des prospectus pharmaceutiques en plusieurs langues. 

1917 Il se lie d’amitié avec Henri Jeanson, Armand Salacrou, Georges Limbour, Rirette Maîtrejean, passionnés de littérature et d’art, aux tendances anarchisantes. 

1918 Robert Desnos écrit et commence à publier dans diverses revues. Louis de Gonzague Frick, l’ami d’Apollinaire, le soutient dans ses découvertes littéraires. 

1919 Secrétaire de Jean de Bonnefon, journaliste et écrivain. Époque de recherches, de lectures et d’écriture. Louis de Gonzague Frick l’introduit dans les milieux littéraires moderniste et d’avant-garde. Desnos découvre Dada et entre en relation avec Roger Vitrac et Benjamin Péret.  

1920 Appelé sous les drapeaux, Robert Desnos quitte Paris pour deux ans. Il commence son service militaire à Chaumont (Haute-Marne) où il est nommé caporal. 

1921 Lors d’une permission, il est rapidement présenté à André Breton. Affecté dans un régiment de Tirailleurs algériens, il embarque pour le Maroc. 

1922 Dès son retour, Desnos rallie le groupe de Littérature (Breton, Soupault, Aragon, Eluard, Péret, Crevel), définitivement sorti de Dada et participe avec ferveur aux séances des sommeils hypnotiques. Pour vivre, il trouve un emploi de commis expéditionnaire au Cercle de la librairie, puis à la Librairie Baillière, spécialisée dans la rédaction médicale. 

1923 Une fois les sommeils suspendus, Desnos poursuit ses explorations langagières. Il publie des chroniques cinématographiques dans divers journaux et entre comme caissier à Paris-Soir. 

1924 Desnos participe à toutes les manifestations du surréalisme. Son premier livre Deuil pour deuil est publié. Il découvre l’œuvre de Raymond Roussel au théâtre et la voix de chanteuse de music-hall Yvonne George à l’Olympia. Il s’éprend de l’artiste – qui ne partage pas cet amour – et lui consacre plusieurs articles.  

1925 Desnos obtient sa carte de rédacteur à Paris-Soir. Cette carrière journalistique le rend moins assidu aux réunions surréalistes. Mais il écrit régulièrement dans la revue du mouvement. Il rédige Trois Livres de prophéties, expérimente le dessin automatique et divers types de jeux graphiques. Il commence à écrire des scénarios. 

1926 Desnos s’installe au 45, rue Blomet, dans l’ancien atelier d’André Masson, et fréquente le quartier Montparnasse, près du Bal nègre et de la rue du Château, où se réunissent les frères Prévert, Georges Malkine, Marcel Duhamel, Raymond Queneau, Michel Leiris. II transcrit ses rêves et ses hallucinations (Journal d’une apparition), écrit sa passion pour Yvonne Georges (À la mystérieuse). Desnos devient rédacteur au journal Le Soir. 

1927 Lorsque Breton, Aragon, Eluard, Péret et Unik s’engagent au parti communiste, Desnos refuse de les suivre, proclamant l’incompatibilité de l’activité surréaliste avec une action militante. Il délaisse les réunions collectives pour se consacrer à l’écriture. Il est rédacteur à Paris-Matinal, fondé par Eugène Merle et chroniqueur au journal satirique Le Merle.

1928 Voyage à Cuba. Engagé comme représentant de l’Argentine au congrès de la presse latine, qui se déroule à la Havane, il y rencontre Asturias, Aramburu, Corpus Barga et Alejo Carpentier qu’il aide à fuir la dictature et découvre la musique cubaine. Le film réalisé par Man Ray, à partir d’un de ses poèmes, L’Etoile de mer, est projeté aux studios des Ursulines. Desnos rencontre Youki Foujita (Lucie Badoud, baptisée Youki, “neige rose” en japonais par Foujita). Desnos publie La Place de l’Etoile dans le quotidien Le Soir. 

1929 Les motifs de rupture se sont peu à peu accumulés entre Breton et Desnos. Lui sont reprochés en particulier, son non-engagement politique et sa carrière de journaliste. Desnos et plusieurs de ses amis refusent de répondre à l’appel de Breton et d’Aragon pour relancer l’activité collective et politique. La rupture est entérinée par Breton dans le Second Manifeste du surréalisme. Desnos publie différents articles dans les revues et écrit des poèmes d’apparence classique. 

1930 Les membres exclus du surréalisme répliquent collectivement par le tract Un Cadavre. Individuellement, Desnos relance la polémique avec le Troisième Manifeste du surréalisme. Il entraîne ses amis, Foujita et Youki, dans une randonnée pédestre en Bourgogne, dont il fait un joyeux récit. Pour faire face aux difficultés financières, il fait de la gérance d’immeuble ainsi que divers travaux pour l’Agence littéraire Internationale. L’activité journalistique est en veilleuse. 

1931 Desnos perd sa mère en janvier. Il achève Siramour et rédige “La Raison sociale”, première partie du roman Les Horreurs de l’amour qu’il laisse inachevé. Il s’installe avec Youki, que lui a confiée Foujita, au 6, rue Lacretelle. 

1932 Après un séjour en Espagne, il écrit des poèmes pour Youki et pour les enfants de ses amis, Lise et Paul Deharme, qu’il orne de gouaches colorées. Il rédige son testament en faveur de Youki et désigne Théodore Fraenkel comme exécuteur testamentaire. 

1933 Année charnière où Desnos entame une carrière à la radio. En novembre il réalise avec Paul Deharme l’émission : La Grande Complainte de Fantomas diffusée sur Radio-Paris et les postes régionaux. Desnos assure diverses émissions quotidiennes à Radio-Paris. Il devient rédacteur publicitaire à Information et Publicité pour Radio-Luxembourg et le Poste-Parisien. 

1934 Son ami Armand Salacrou lui confie la publicité des produits pharmaceutiques dont il a la gestion. Aux studios Foniric, Desnos crée des slogans radiophoniques et anime l’équipe qui invente et réalise au jour le jour les émissions radiophoniques. Desnos et Youki emménagent au 19, rue Mazarine. Le recueil Les Sans cou est publié avec l’aide amicale d’Armand Salacrou. Alarmé par la montée du fascisme, il adhère au Front commun de Gaston Bergery.  

1935 Desnos adhère à l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires, AEAR, et à l’association des “Amis de Commune”. Lors d’un deuxième séjour en Espagne avec Youki, il rencontre par l’intermédiaire de Neruda, le poète Garcia Lorca.   

1936 Il réalise l’émission Le Salut au monde. Le succès entraîne la création d’une série d’émissions musicales. Desnos fait de la critique de disques et écrit des textes destinés à être mis en musique. L’activité radiophonique ne lui laisse guère le temps de publier, mais Desnos s’astreint à écrire un poème par jour. Il se range du côté du Front populaire et soutient la République espagnole. 

1937 Desnos passe à la production de documentaires cinématographiques (Records 37) et, pour la radio, développe des émissions thématiques de musique. Il participe activement aux manifestations de l’Association internationale des écrivains pour la défense de la culture. En octobre, est jouée en avant-première par l’orchestre de Radio-Lille, La Cantate pour l’inauguration du Musée de l’homme sur une partition de Darius Milhaud. 

1938 Desnos réalise et anime l’émission La Clef des songes sur le Poste-Parisien qui connaît un franc succès. Il lance l’émission “Un quart d’heure de récréation”. Pour l’inauguration du Musée de l’homme, sa cantate est rejouée sous la direction de Darius Milhaud. Il tient la rubrique des disques dans Ce soir, journal dirigé par Aragon. 

1939 Desnos, qui participe à Commune, revue de l’AEAR publie également des poèmes et des critiques de disque dans Europe. Il écrit et dessine pour le fils de Darius et Madeleine Milhaud. Le 3 septembre, la guerre est déclarée. Desnos rejoint le 436e régiment de pionniers à Nantes en tant que comptable; son unité est envoyée en Lorraine. 

1940 Après la débâcle et les marches forcées à travers la France, Desnos est démobilisé en Dordogne. De retour à Paris, il entre comme chef des informations au journal Aujourd’hui créé par Henri Jeanson et Robert Perrier. Garder une certaine liberté d’opinion était leur objectif, ils sont vite déçus. Jeanson démissionne le 3 décembre; il est arrêté peu après. Georges Suarez prend la direction du journal, désormais entièrement soumis à l’Occupant. Desnos reste à Aujourd’hui comme “courriériste littéraire”.  

1941 Ses critiques littéraires polémiques lui valent quelques violentes réponses et injures de la part de Céline en particulier. Il poursuit ses chroniques par de brefs articles signés “L’homme du jour”. 

1942 Desnos publie ses œuvres de 1930-1937 dans Fortunes. Après la rafle du Vel d’hiv, il entre dans le réseau de résistance Agir, comme “agent P2 chargé de mission de 3e classe”. Il fournit des informations pour la presse clandestine, qu’il recueille au journal Aujourd’hui lors des conférences de presse, et participe à la confection de faux papiers d’identité. Nouvel incident à Aujourd’hui après un article défavorable concernant une traduction de Pierre Pascal, rédacteur en chef de la revue fasciste et antisémite L’Appel. Il publie dans les revues clandestines Profil littéraire de la France et Poésie 42. 

1943 Il publie plusieurs ouvrages dont un roman : Le vin est tiré…, dénonçant les méfaits de la drogue. Il achève Calixto, élabore le projet d’un recueil de nouvelles écrites de 1928 à 1943, Les Jours de noces, ainsi que celui du recueil poétique Sens. Après avoir obtenu une carte de scénariste, Desnos réalise nombre de projets pour l’écran : différentes adaptations d’œuvres littéraires, des opéras-films ou des ballets. Il publie dans les revues clandestines Lettres, L’Honneur des poètes, Méridiens et Confluences. 

1944 Desnos entame un journal intime et publie dans les revues clandestines Messages et Poésie 44. Il assiste à la sortie du film Bonsoir mesdames, bonsoir messieurs, avec un scénario et des dialogues de Desnos et de Jeanson (dont le nom n’apparaît pas au générique, car il est interdit d’activité cinématographique; c’est celui de Claude Marcy, son épouse, qui y figure avec celui de Desnos). Desnos est arrêté par la Gestapo, le 22 février, lors d’une vague d’arrestations qui touche le réseau Combat, auquel appartient André Verdet, également pris et avec lequel Desnos était en contact après le démantèlement d’Agir. Il est incarcéré à Fresnes puis à Compiègne. Il fait partie d’un convoi de 1700 déportés qui, mal aiguillé, atteint Auschwitz le 30 avril. Il repart pour Buchenwald et Flossenburg. Une part du convoi est dirigée ensuite vers le camp de Flöha en Saxe où les prisonniers fabriquent des carlingues d’avions Messerschmitt. Piètre “ouvrier” mais homme très actif, Desnos emprisonné ne cesse de défier le destin et de soutenir le moral de tous. Il se montre d’un optimisme indéfectible et d’une gentillesse fraternelle auprès de ses camarades déportés : il consulte les lignes de la main des plus abattus pour leur prédire une vie à venir, interprète leurs rêves, raconte des histoires, colporte de bonnes nouvelles, invente des recettes de cuisine et, toujours mû par un souci d’équité, lutte contre toutes les injustices. D’un courage à toute épreuve, Desnos continue à résister avec audace. Même privé de liberté. Il demeure un poète libre. 

1945 À l’approche des alliés, le camp de Flöha est évacué le 14 avril. Beaucoup de prisonniers meurent épuisés par les marches forcées ou sont abattus par leurs kapos. Les rescapés arrivent à Terezìn en Tchécoslovaquie, le  7 mai. Beaucoup de détenus sont malades ou mourants. Le poète français est reconnu par Josef Stuna et Alena Tesarova, chargés de  soigner les malades. Atteint par le typhus, épuisé et amaigri, il tombe dans le coma et meurt le 8 juin. 

Bibliographie 
Chronologie des productions de Robert Desnos selon ses divers domaines d’intervention :
- œuvres : production, publication de recueils de son œuvre poétique ou littéraire.
- Revues : publication en revues mensuelles, trimestrielles ou annuelles.
- Presse : articles dans journaux quotidiens ou hebdomadaires.
- Cinéma/ Musique/ Radio : ses réalisations sont désignées ensuite séparément.

1918
Œuvres Le Fard des Argonautes
Revues La Tribune des jeunes (poèmes)   

1919
Œuvres Prospectus L’Ode à Coco 

1920
Revues L’Almanach des saisons (poème)
Le Trait d’union (poème) 

1921
Œuvres Le Testament de la vingtième année (roman perdu)
Revues L’Almanach des saisons (poèmes) 

1922
Œuvres Nouvelles Hébrides (récit)
Rrose Sélavy (aphorismes)
Revues Littérature (récit, article, poèmes, comptes-rendus des sommeils)  

1923
Œuvres  L’Aumonyme 
Langage cuit
Revues  Littérature (article, poèmes)
Presse  La Vie moderne (critique littéraire et cinématographique) 
Paris-Journal (poèmes) 
Paris-Soir (critique)  

1924
Œuvres  Deuil pour deuil (récit), Ed. du Sagittaire, chez Simon Kra, réédition Gallimard 1962
Revues  Littérature (article) 
La Révolution surréaliste (récits, dessin) 
Les Feuilles libres (article mystificateur sur les fous publié sous le nom d’Eluard) 
La Revue européenne (récit)
Presse  Paris-Journal (critique littéraire, artistique et cinématographique) 
Le Journal littéraire (critique littéraire et cinématographique) 
Paris-Soir (critique)  

1925
Œuvres Trois Livres de prophéties 
Revues  La Révolution surréaliste (récits, articles, poèmes, peinture) 
Clarté (articles) 
La Revue européenne (récits, articles) 
Les Cahiers du mois (scénario, critique cinématographique)
Presse  Le Journal littéraire (critique littéraire, musicale et cinématographique) 
Paris-Soir (critique artistique) 
Les Nouvelles littéraires (critique littéraire)
Cinéma  Minuit à quatorze heure, essai de merveilleux moderne (scénario)  

1926 
Œuvres  C’est les bottes de 7 lieues cette phrase “Je me vois” (poèmes), avec 4 eaux-fortes d’André Masson, Ed. de la Galerie Simon. 
Confessions d’un enfant du siècle (souvenirs d’enfance) 
Journal d’une apparition (récit de rêves) 
A la mystérieuse (poèmes)
Revues  La Révolution surréaliste (récits, poèmes) 
Clarté (article) 
Cahiers d’art (critique artistique)
Presse  Paris-Soir (critique artistique) 
Le Soir (critique cinématographique)  

1927 
Œuvres  La Liberté ou l’amour! (récit), Ed. Kra, réédition Gallimard 1962 
Les Ténèbres (poèmes)
Revues  La Révolution surréaliste (récits) 
Cahiers du sud (poèmes) 
Transition (poèmes)
Presse  Paris-Soir (reportages) 
Le Soir (critique cinématographique) 
Paris-Matinal (faits-divers, reportages fantaisistes)  

1928 
Œuvres  La Place de l’Etoile (drame en 9 tableaux)
Revues  La Révolution surréaliste (poèmes) 
Cahiers du sud (poèmes) 
Le Grand Jeu (poème) 
Variétés (poème) 
Transition (scénario)
Presse  Le Soir (critique cinématographique artistique et discographique; feuilleton théâtral : “La Place de l’Etoile”, reportages) 
Paris-Matinal (articles d’investigation “Jack l’éventreur”, faits-divers, reportages fantaisistes)
Cinéma  L’Etoile de mer (film réalisé par Man Ray, poème et scénario de Robert Desnos)  

1929 
Revues  La Révolution surréaliste (réponse à l’enquête sur l’amour) 
Bifur (article sur le journalisme) 
Documents (critique artistique, cinématographique et de musique) 
Du cinéma (scénarios) 
L’Art contemporain (poèmes) 
Variétés (poème) 
Transition (article et poèmes)
Presse  Le Soir (critique discographique) 
Le Merle (critique cinématographique et discographique) 
La Gazette de Paris (critique discographique) 
Paris-Montparnasse (critique artistique)  

1930 
Œuvres  Corps et biens (poèmes de 1919 à 1929), Gallimard 
The Night of loveless nights (poèmes), illustrations de Georges Malkine, hors commerce, Anvers 
Youki 1930 Poésie (poèmes) 
Voyage en Bourgogne (récit) 
Un Cadavre (collectif contre André Breton)
Revues  Le Courrier littéraire (“Troisième manifeste du surréalisme”) 
Documents (critique artistique et cinématographique) 
La Revue du cinéma (scénario) 
Variétés (scénario)
Presse  Paris-Montparnasse (critique artistique)
Cinéma  Les Récifs de l’amour (scénario) 
Les Mystères du Métropolitain (scénario)  

1931 
Œuvres  Siramour (poème) 
Les Horreurs de l’amour (roman inachevé)
Revues  Commerce (poèmes) 
Iman (proses)
Cinéma/Musique  Suzanne (lyrics de film)  

1932 
Œuvres  Le Livre secret pour Youki (manuscrit à peintures) 
Le Parterre d’Hyacinthe (manuscrit à peintures) 
La Ménagerie de Tristan (manuscrit à peintures) 
Les Nuits blanches (poèmes)
Presse  Notre temps (poèmes)
Cinéma/Musique  Panurge (lyrics de film)  

1933 
Œuvres   Le Pain blanc le premier (projet de roman)
Revues  Le Phare de Neuilly (poèmes) 
14, rue du Dragon (poème et récit) 
Les Cahiers jaunes (scénario)
Presse  L’Intransigeant (articles sur Paris) 
Marianne (articles sur Cuba) 
Vu (reportages)
Cinéma/Musique  Y’a des punaises dans le rôti de porc (scénario)
Radio  La Grande Complainte de Fantomas (émission radio) 
La Vie pratique (émissions radio)  

1934 
Œuvres   Les Sans cou (poèmes), avec 2 eaux-fortes d’André Masson, hors commerce
Revues  Cahiers d’art (critique artistique)
Presse  Marianne (article) 
La Vie parisienne (récits d’enquête avec Jeander sous le pseudonyme Robert Desjean)
Musique  Chant de ralliement du mouvement Front commun
Radio  Slogans publicitaires 
Émissions radiophoniques  

1935 
Presse  Voilà (article d’investigation : “L’affaire Lindbergh” et autres)
Radio  Slogans publicitaires (radio) 
Émissions radiophoniques  

1936 
Œuvres  “Poèmes forcés” (écrits chaque soir)
Revues  La Flèche (article sur les poètes)
Cinéma/Musique  Les Mutinés d’Elseneur (dialogue cinématographique et chanson sur une musique d’Arthur Honegger)
Radio/Musique  Le Salut au Monde (émission radio, poétique et musicale)  

1937 
Revues  Arts et métiers graphiques (critique artistique “Graffiti”)
Presse  Ce Soir (critique discographique) 
Ciné-France (critique cinématographique)
Cinéma  Records 37, réalisé par J.B. Brunius (commentaire cinématographique)
Musique  Cantate pour l’inauguration du Musée de l’homme (texte mis en musique par Darius Milhaud) 
Cantate des quatre éléments (texte mis en musique par Darius Milhaud) 
Cantate pour la mort de Lorca (texte mis en musique) 
Chant en l’honneur des républicains espagnols (texte mis en musique)
Radio/Musique  Le Salut au monde (émissions radio, poétiques et musicales)  

1938 
Revues  Commune (poèmes)  XXe siècle (critique artistique)
Presse  Ce Soir (critique discographique)
Cinéma  Les Sources noires, réalisées par J.B. Brunius (commentaire cinématographique)
Radio  La Clef des songes (émissions radio) 
Le Quart d’heure de récréation (émissions radio)  

1939 
Œuvres  La Géométrie de Daniel (manuscrit à peintures)
Revues  Cahiers GLM (article) 
Commune (critique discographique) 
Europe (critique discographique) 
Arts et métiers graphiques (article sur la radio)
Presse  Ce Soir (critique discographique) 
Radio-Magazine (articles “Gravures”)  

1940 
Œuvres  La retraite normande (nouvelle)
Presse  Aujourd’hui (rubriques “Aujourd’hui vous conseille de lire aujourd’hui” sur l’actualité sociale et économique et “La Revanche des médiocres”) 
Pour elle (rubrique “La Clef des songes” sous le pseudonyme d’Hormidas Belœil) 

1941 
Presse  Aujourd’hui (rubriques “interlignes” et “chroniques des temps présents”, comptes-rendus littéraires signés “L’homme du jour”) 
Pour elle (rubrique “La Clef des songes” sous le pseudonyme d’Hormidas Belœil)
Cinéma/Musique  Le Pavillon brûle (dialogues cinématographiques par Henri Jeanson et Robert Desnos) 
Histoire de rire (lyrics de film) 

1942 
Œuvres  Fortunes (poèmes de 1930-1936), Gallimard 
Précis de cuisine pour les jours heureux (texte inachevé)
Revues  Poésie 42 (poèmes) 
Profil littéraire de la France (poèmes)
Presse  Aujourd’hui (comptes-rendus littéraires) 
Disques (critique discographique)
Musique  “Chant de jeunesse” avec une musique de Paul Arma  

1943 
Œuvres  Etat de veille (poèmes), éd. R. J. Godet, Paris
Le vin est tiré… (roman), Gallimard 
Calixto  Sens (projet recueil poèmes)
Revues  Confluences (Notes sur le roman) 
L’Honneur des poètes (poèmes sous divers pseudonymes : Lucien Gallois/ Pierre Andier/ Valentin Guillois) 
Lettres (poème) 
Méridien (poèmes)
Presse  Aujourd’hui (comptes-rendus littéraires) 
Disques (critique discographique)
Cinéma  Monte Cristo (projet scénario et dialogues d’après Dumas) 
La Belle Sarrazine (projet scénario et dialogues d’après Balzac) 

1944 
Œuvres  Contrée (poèmes), avec une eau-forte de Picasso, Ed. R. J. Godet 
Le Bain avec Andromède (poèmes), illustrations de Félix Labisse, Ed. de Flore, Paris 
Trente Chantefables pour les enfants sages à chanter sur n’importe quel air, illustrations d’Olga Kowalewsky, Ed. Gründ 
Les Jours de noces (projet recueil de nouvelles)
Revues  Messages (poèmes en argot sous le pseudonyme de Cancale) 
L’Eternelle revue (poèmes) 
L’Honneur des poètes (poème) 
Poésie 44 (chantefables)
Presse  Aujourd’hui (comptes-rendus littéraires) 
Les Nouveaux Taons (projet de journal satirique clandestin)
Cinéma  Bonsoir mesdames, bonsoir messieurs, de Roland Tual (scénario et dialogues avec Henri Jeanson) 

1945 
Œuvres  Félix Labisse (essai critique), Ed. Séquana 
La Place de l’Etoile (antipoème), collection Humour, Rodez 
Le Cuirassier Nègre (roman imaginé dans les camps dont seul le titre subsiste) 
Imprécis pour les jours malheureux (recettes de cuisine imaginées dans les camps dont seul le titre subsiste)
Revues  Confluence (poèmes et article)  Poésie 45 (poème)

Publications actuellement disponibles en librairie 
Œuvre complète
Œuvres, Gallimard, Quarto, 1999 (rassemblant tous les volumes publiés par Desnos lui-même, il est enrichi d’une documentation inédite). 

Poésie
Fortunes, Poésie/Gallimard, 1945 (poèmes) Corps et biens, Poésie/Gallimard, 1968 (poèmes). Destinée arbitraire, Poésie/Gallimard, 1975 (poèmes). 

Prose
La Liberté ou l’amour!, suivi de Deuil pour deuil, Gallimard, L’Imaginaire, 1962 (récits) Nouvelles Hébrides et autres textes, Gallimard, 1978 (proses). Le vin est tiré..., Gallimard, L’Imaginaire, 1943 (roman). Les Jours de noces, Ed. Le temps des Cerises, 1999 (nouvelles). Robert Desnos pour l’an 2000, Gallimard, cahiers de la NRF, 2000 (actes du colloque de juillet 2000 et lettres inédites du poète). 

Presse
Mines de rien, Ed. Le temps qu’il fait, Cognac, 1985 (articles d’Aujourd’hui). Les Voix intérieures, Ed. Le Petit Véhicule, Nantes, 1987 (critiques discographiques). Les Rayons et les ombres, Cinéma, Gallimard, 1992 (critiques cinématographiques et scénarios). 

Peinture
Ecrits sur les peintres, Flammarion, 1984 (critiques artistiques, dessins du poète) Le Bois d’amour, Ed. des Cendres, 1995 (fac-similé de poèmes et de dessins). Le Livre secret pour Youki, Ed. des Cendres, 1999 (fac-similé d’un manuscrit enluminé à la gouache par Desnos). Robert Desnos, des images et des mots, Ed. des Cendres, 1999 (catalogue des dessins et des peintures de Desnos). 

Sélection Jeunesse
Robert Desnos, un poète, Gallimard Jeu­nesse, 1998 (poèmes). Le Desnos, Mango Jeunesse, images de Hannah Ben Meyer, 2000 (poèmes). La Ménagerie de Tristan et autres poèmes, Gallimard Jeunesse, 2000, illustrations de Martin Matje. Chantefables et chantefleurs, La Ménagerie de Tristan, Le Parterre d’Hyacinthe, La Géométrie de Daniel, dessins de Jean-Claude Silbermann, Gründ, 2000, (Intégrale des poèmes pour enfants).

Ecouter DESNOS   ANTHOLOGIE POÉTIQUE (livre audio) © Frémeaux & Associés / Frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, parole enregistrée, etc...). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires  et les disquaires, ainsi qu’en VPC. Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écoutés par téléchargement auprès de sites de téléchargement légal.

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