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LETTRES DE MON MOULIN Vol.2
ALPHONSE DAUDET
lu par Ariane Ascaride et Roland Giraud







Discographie
CD1
01. Les vieux, par Ariane Ascaride 2’59
02. J’arrivai à Eyguières vers deux heures. 2’53
03. Dans le calme et le demi-jour 3’14
04. Une porte qui s’ouvre, un trot de souris… 4’13
05. Ces pauvres vieux ! 3’10
06. Vous êtes bien heureux, vous… 2’21
07. Ballades en prose, par Roland Giraud 0’51
08. I - La mort du Dauphin, par Ariane Ascaride 3’20
09. Ne pleurez donc pas, madame la reine... 3’30
10. II - Le sous-préfet aux champs, par Roland Giraud 3’09
11. C’est plutôt un prince,… 3’27
12. Le portefeuille de Bixiou, par Roland Giraud 3’17
13. Voilà tout ce que je demande… 2’09
14. Au bout d’un moment, il reprit : 3’28
15. Son toast fini, son verre bu… 2’25
16. La légende de l’homme à la cervelle d’or, par Ariane Ascaride 3’08
17. A dix-huit ans seulement… 3’10
18. Mon mari, qui êtes si riche ! 2’53
19. Le poète Mistral, par Roland Giraud 3’27
20. Pendant qu’il me parlait… 3’29
21. D’une fille folle d’amour, 3’37
22. La procession finie, les saints remisés… 3’50

CD2
01. Les trois messes basses 2’49
02. Donc, pendant que le soi-disant Garrigou… 3’03
03. Ou bien encore il voit passer… 2’41
04. Drelindin din ! 3’18
05. Et de deux ! 3’02
06. Cinq minutes après, la foule des seigneurs… 2’39
07. Jusqu’à onze heures, rien. 2’16
08. Les oranges, par Ariane Ascaride 3’05
09. Une nuit, pendant que j’étais là,… 2’41
10. Quelquefois cependant, au meilleur moment… 3’27
11. Les deux auberges, par Roland Giraud 3’18
12. Au fond de la salle… 3’04
13. Là-bas, au contraire, on rit tout le temps… 2’40
14. A Milianah, par Ariane Ascaride 3’42
15. Où pourrais-je bien le passer… 3’34
16. Le juif - vieux, barbe… 3’38
17. Au quartier juif, tout le monde… 2’57
18. La cour qui précède le bureau 2’32
19. A peine suis-je dans la rue… 3’10
20. Où finirais-je ma soirée ? 2’54

CD3
01. Les sauterelles, par Roland Giraud 2’45
02. Encore maintenant, malgré les mauvais temps… 2’58
03. Mais où étaient-elles donc… 3’46
04. L’élixir du Révérend Père Gaucher, par Ariane Ascaride 3’01
05. ELe fait est que les infortunés Pères... 3’03
06. Il n’eut pas le temps de finir. 2’49
07. Au jour tombant, quand sonnait… 2’57
08. Consternation générale. 2’50
09. Gardez-vous en bien,… 3’10
10. Ah ! je me damne… je me damne… 2’40
11. Alors, le prieur se leva. 2’32 / En Camargue, par Ariane Ascaride
12. I - Le départ 3’20
13. De temps en temps le bateau s’arrête… 3’18
14. II - La cabane 2’58
15. Bientôt un piétinement immense… 2’05
16. III - A l’espère 2’26
17. Et bien oui, j’en conviens… 2’34
18. IV - Le rouge et le blanc 3’50
19. V - Le Vaccarès 4’04
20. Nostalgie de caserne, par Roland Giraud 2’58
21. Oh, l’escalier sonore… 2’35

Les lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet
Ce serait un tort que de ne voir dans les Lettres de mon moulin1 qu’un livre pour enfants, ou le pur produit méridional d’un écrivain folkloriste. Sans doute l’école de la République, son programme et ses innombrables dictées, en lui faisant l’honneur de sa reconnaissance a-t-elle contribué à en donner cette image. Image par trop réductrice dont la puissance narratrice d’Alphonse Daudet parvient aisément à s’affranchir – pour quiconque veut bien le prendre au pied de ses Lettres. Le lecteur, qui pensait peut-être ressusciter des souvenirs d’enfance en se replongeant dans les Lettres de mon moulin, découvrant avec des yeux neufs un livre pour adultes, ne manquera pas d’être ravi – sinon impressionné – par l’art exceptionnel de cet étrange conteur qu’est Daudet. Polymorphe, il parvient immanquablement à capter l’attention de son lecteur – ou plus encore : de son auditeur, tant il nous semble l’entendre narrer lui-même ses contes à chaque page. Esthète, il dresse le tableau d’une terre luxuriante, source d’intarissables émerveillements pour une âme de poète. Observateur attentif et minutieux, il repère avec habileté les moindres traits de caractère de ses concitoyens et ébauche en cela bien plus qu’une comédie provençale : une sorte de Comédie humaine – à la manière de Balzac à qui il emprunta d’ailleurs le pseudonyme sous lequel il signa les première lettres De mon moulin en 18662. A la lecture des Lettres de mon moulin, on découvre sous un angle inusité cette fin de XIXe siècle en mutation qu’ont également décrit ses amis : Flaubert, Zola, Edmond de Goncourt, Vallès … On imagine un Daudet bien plus contrasté – voire torturé – que le fantaisiste et brillant auteur que l’on serait en droit d’attendre d’une œuvre comme Tartarin de Tarascon. Sans doute Daudet tient-il plus de Montaigne, son maître, que de Rabelais, car c’est une “tête bien faite”, seule, qui peut relever les tendres rodomontades de ses personnages hauts en couleurs ; sans doute le Daudet épistolaire distille-t-il tout autant le spleen que le parfum de saturnales auquel ses méridionaux débonnaires semblent appeler.

Daudet des champs et de la ville
C’est le 13 mai 1840 que naquit Alphonse Daudet, en terre Provençale et plus précisément à Nîmes. Issu d’une famille de la bourgeoisie commerçante, royaliste et catholique, il est élevé, non loin de là, par un paysan chez qui l’unique langue parlée était le provençal. Ses parents, propriétaires d’une fabrique de tissu, vivent aisément jusqu’en 1849, date à laquelle l’entreprise dirigée par son père, Vincent, périclite. En quête de lendemains plus chantants, toute la famille, amassant le pécule restant, s’installe à Lyon. Alphonse y poursuit ses études au lycée Ampère. Il ne pourra cependant passer son baccalauréat, comme il l’espérait, en raison de la ruine de sa famille, achevée en 1857. Agé de 17 ans, Alphonse Daudet doit se résoudre à interrompre définitivement ses études. Quoique fort épris de liberté et enclin à un vagabondage parfois difficile à concilier avec une scolarité assidue, il manifestait depuis quelques mois déjà une précoce ambition littéraire. Ses premiers écrits – aujourd’hui perdus – datent de 1856, soit aux premières heures du félibrige3. Pour l’heure, c’est dans les fonctions de maître d’internat qu’il intègre le collège d’Alès, en mai 1857. Ce n’est pas là que le jeune Alphonse Daudet trouve le bonheur auquel ses bientôt dix-huit printemps pouvaient prétendre. Bien au contraire, l’expérience est douloureuse et se clôt sur un échec – il est renvoyé du collège – qui faillit déboucher sur un drame : en novembre, le jeune homme tente de se suicider. Par bonheur, son frère aîné, Ernest, vivant à Paris, le tire de cette mauvaise passe en l’invitant à le rejoindre à la capitale. En 1857, Alphonse Daudet s’installe donc à Paris, au numéro 7 de la rue de Tournon. Commence alors la “conquête” d’un Paris littéraire et artiste qu’un Balzac n’aurait pas désapprouvé. Il rencontre Rochefort, Gambetta, Barbey d’Aurevilly et Vallès, avant de publier, l’année suivante, un recueil de poèmes (Les Amoureuses, 1858) auquel les milieux lettrés de la capitale réservèrent un accueil chaleureux. Pour parachever la fidélité aux clichés ambiants, monsieur Daudet prend maîtresse, avec un modèle pour peintres s’il vous plaît. Il vivra plusieurs années une liaison orageuse avec cette femme, du nom de Marie Rieu.

Le dénouement de ces élucubrations adolescentes est certes heureux. Les mois qu’il vient de vivre n’en marquent pas moins profondément notre auteur et sont peut-être la source de cette mélancolie affleurant sensiblement tout au long de sa prose, même la plus fraîche et la plus comique. On peut, du reste, se faire une idée de la détresse de Daudet à cette période dans un livre, largement autobiographique, qu’il écrira par la suite, en 1868 : Le Petit chose. Un jeune écolier désargenté, Daniel Eyssette, y est affublé de ce quolibet dégradant pour la simple raison qu’aucun de ses camarades ne se donnait alors la peine de retenir son nom. Enfant à la sensibilité marquée, rejeté de toutes parts, le “Petit chose” deviendra surveillant d’études au collège de Sarlande pour gagner sa vie. Après une tentative de suicide, il est hébergé par son frère, Jacques, à Paris. Celui-ci travaille tant et plus pour permettre au “Petit chose” de se consacrer à la poésie. Ce récit dramatique est d’autant plus touchant qu’il exprime toutes les souffrances de son auteur, dont il reprend presque à la lettre les événements biographiques. Publié en même temps que Daudet rédige les Lettres de mon moulin, il donne à lire un auteur grave, à la sensibilité écorchée, qui contraste avec le mythe de l’insouciant méridional construit par la suite. Daudet lui-même exprimera avec une lucidité tranchante cette dualité de caractère qui l’emplit. Il écrira dans ses Notes sur la vie : “Oh ! ce terrible second MOI, toujours assis pendant que l’autre est debout, agit, vit, souffle, se démène. Ce second MOI que je n’ai jamais pu ni griser, ni faire pleurer, ni endormir. Et comme il y voit ! Comme il est moqueur!” La situation du jeune Daudet s’améliore toutefois nettement en 1860, lorsqu’il entre au service du duc de Morny, le demi-frère de Napoléon III – Empereur des Français depuis le coup d’Etat du 2 décembre 1851. Frédéric Mistral, le grand poète de la Provence4, devenu son ami dans ces mêmes années, en fait le récit suivant : “[…] entre autres choses exquises, Daudet avait composé une poésie d’amour, pièce toute mignonne, qui avait nom : Les Prunes. Tout Paris la savait par cœur, et M. de Morny, l’ayant ouïe dans un salon, s’était fait présenter l’auteur, qui lui avait plu, et il l’avait pris en grâce5.” Si Daudet est déjà fort attaché à sa Provence, dont il parle la langue depuis son plus jeune âge et où il retourne régulièrement (notamment à Maillane, chez son ami Mistral), il s’est toutefois parfaitement acclimaté à la petite vie des lettres parisienne. Mieux, il est dorénavant acculturé à un Paris poète (épithète qu’il revendique tout au long des Lettres de mon moulin), au Paris des salons et des “grands” dont il a su s’attacher la protection. A lire ainsi sa vie de jeune homme, ne croirait-on pas qu’un Balzac en a ourdi la trame ? Pour l’heure, Daudet s’accommode fort bien de son statut de secrétaire, qui lui laisse force disponibilités pour se consacrer à la carrière littéraire à laquelle il peut désormais prétendre. Il écrit avec Lépine une pièce de théâtre remarquée à l’hiver 1862 : La Dernière idole.

Mais l’amour du voyage et du soleil est également fort chez ce jeune homme en vue. Entre deux voyages en Provence, il franchit la Méditerranée à deux reprises, pour gagner la Corse ainsi qu’Alger – dont les Français avaient fait la conquête en 1830. Daudet invoque la nécessité d’un séjour au soleil, loin de la ville, pour soigner un début de tuberculose. En réalité, la maladie est autre… Ses succès dans les salons mondains et la fréquentation rapprochée d’une des dames de l’entourage de l’impératrice lui ont valu une affection syphilitique fort compromettante ! Les recommandations des médecins, renforcées par une certaine clause de confidentialité envers Marie Rieu, sa maîtresse légitime, expliquent mieux son retour à la terre natale d’où il décidera son expédition algérienne, durant l’hiver 1861-62. Plusieurs des lettres réunies dans notre recueil sont l’écho de ces voyages, tant en Algérie (“A Milianah”, “Les sauterelles”) qu’en Corse (“Le phare des sanguinaires”, “L’agonie de la Sémillante”, “Les douaniers”, “Les oranges”). Si la géographie est méditerranéenne, plus que méridionale, c’est bien en poète parisien que Daudet s’y met en scène, comme nous le verrons. Daudet vit alors une sorte de dichotomie. Son existence “expérimentale”, la manne de ses écrits, est méridionale. Il s’abreuve de Provence, qu’il sillonne en compagnie de son ami Mistral et où il séjourne en la demeure des Ambroy. C’est toutefois à Paris qu’il assure son existence “sociale”, son statut de poète, en publiant ses textes. Les Lettres de mon moulin sont bien à l’image de cette scission : sorte de manifeste pour une vie provençale et champêtre, elles n’en finissent pas moins par ces mots : “Ah ! Paris !... Paris !... Toujours Paris !” (“Nostalgie de caserne”). Car l’auteur Alphonse Daudet est bien parisien, bien de son temps est-on tenté de dire. Ses amitiés littéraires le sont : Flaubert, les frères Goncourt, Zola, etc. Il fait jouer des pièces de théâtre dans la capitale, publie des recueils de vers qui ne durent guère franchir les limites de la cité parisienne. Surtout, il publie de nombreux écrits, en feuilleton, dans les journaux parisiens, comme Le Petit chose et les premières Lettres de mon moulin (entre 1866 et 1869). Il obtient toutefois peu de succès pour ces publications éparses. Les années de gloire viendront plus tard. Suite à son mariage, en 1867, avec Julie Allard, et les dures années de politique intérieure pour ce libéral (guerre franco-prussienne de 1870, difficile émergence de la Troisième République), Daudet va se consacrer de plus en plus à l’écriture. C’est alors qu’il écrit ses ouvrages les plus connus : Les Aventures prodigieuses de Tartarin de Tarascon en 1872, les Contes du lundi en 1873, puis Fromont jeune et Risler aîné primé en 1874 par l’Académie Française. La légende s’inclinera ici devant l’exactitude historique : les deux premiers livres cités n’ont pas connu, alors, de succès. Sans doute le public est-il réticent à cette ambiance étrangement provençale, lourdement méridio­nale pour qui n’y est pas encore habitué. Et c’est certainement à l’aune de cette indifférence que l’on peut estimer à sa juste valeur le mérite d’Alphonse Daudet : avoir créé la Provence pour le public français.

Daudet a dû passer alors pour ce que l’on appellerait aujourd’hui un “métis” : fils de deux cultures distinctes, de deux langues complémentaires, apte à comprendre deux pays plus distants qu’il n’y paraît au simple aperçu géographique. Il ne crée pas, bien sûr, la culture provençale, mais en codifie les représentations ; il en esthétise la présentation littéraire ; il en incarne l’esprit urbi et orbi – à la différence d’un Frédéric Mistral qui, quoique reconnu même à Paris (songeons aux louanges de Lamartine), reste un Provençal. Qu’il soit aujourd’hui reconnu et acclamé, revendiqué par l’ensemble de ses concitoyens, prouve qu’il est parvenu à une interpénétration des deux cultures. Le léger décalage dans le temps de la reconnaissance de ses fresques provençale est du reste certainement symptomatique. C’est par ses grands romans du milieu des années 1870 que Daudet connaîtra la reconnaissance publique, avec Jack en 1876, puis Le Nabab (1878), Les Rois en exil (1879), et enfin Numa Roumestan (1881). Auteur d’une œuvre désormais reconnue, membre de l’Académie Goncourt dès sa création (1903), Daudet connaît alors un prestige extraordinaire pour Les Lettres de mon moulin et Les Aventures prodigieuses de Tartarin de Tarascon6. Peut-être ce succès doit-il se comprendre au regard des mutations non moins extraordinaires que la France est en train de vivre en cette fin de XIXe siècle. Prise dans une Révolution industrielle et un remembrement complet de son territoire7, en train d’imposer une culture nationale à des campagnes jusqu’alors préservées d’ingérences extérieures aussi fortes (La Fin des terroirs, titre Eugen Weber), la culture et la langue de la capitale sont plus que jamais imposées comme modèle dans cette fameuse école laïque et obligatoire de la IIIème République. Peut-être l’intégration des Lettres de mon moulin au patrimoine provençal en cette fin de XIXe siècle est-elle le signe d’une revendication régionaliste à l’heure de cette grande transformation des campagnes françaises. Les récits dudit moulin, et tout particulièrement “Le secret de maître Cornille” en sont assurément l’écho. L’ambiguïté – et la richesse exquise de ces Lettres – tient alors à celle même d’Alphonse Daudet : Parisien parmi les Provençaux ; Provençal parmi les parisiens.

Le moulin de ces lettres
Résident à Paris depuis 1857, Daudet n’en effectue pas moins de fréquents séjours dans le midi. Depuis 1859, il vit une réelle amitié avec le poète Frédéric Mistral, chez qui il séjourne régulièrement, à Maillane, dans les Bouches du Rhône. Au cours de l’été 1864, il rend visite à ses amis Ambroy, près de Fontvielle, dans les alentours d’Arles. Sillonnant la région, il visite de nombreux moulins et commence à former le projet de ce qui deviendra les Lettres de mon moulin. En 1888, publiant Trente ans de Paris, à travers ma vie et mes livres, il en fera l’histoire : “[…] je dois beaucoup à ces retraites spirituelles ; et nulle ne me fut plus salutaire que ce vieux moulin de Provence. J’eus même un moment l’envie de l’acheter ; et l’on pourrait trouver chez le notaire de Fontvielle un acte de vente resté à l’état de projet, mais dont je me suis servi pour faire l’avant-propos de mon livre. Mon moulin ne m’appartint jamais. Ce qui ne m’empêchait pas d’y passer de longues journées de rêves, de souvenirs…” La légende devra ici s’incliner devant la réalité historique : Daudet ne fut pas le meunier que l’on pourrait croire ! Il ne cherchera pas même à donner réalité à cette assertion. En poète qu’il était, il prit simplement possession, temporairement, d’un lieu fécond pour son imagination. Et c’est du reste à Paris, pour Paris, qu’il écrivit ses célèbres lettres. Outre la réelle attache affective unissant l’auteur à ce moulin, le choix du lieu et de la demeure ne sont pas anodins. Dans la première lettre De mon moulin publiée dans l’Evénement le 18 août 18668, l’auteur évoque l’attrait irrésistible, suite à un moment de dégoût de Paris, d’une demeure isolée du reste du monde, au seul contact des éléments naturels. Tout à sa quête d’un ailleurs absolu, il songe tout d’abord à un phare, forme extrême de l’exil et de la solitude terrestre : “Décidément j’étais malade ; on me conseilla de partir. Où aller ? J’avais d’abord songé à me faire gardien de phare quelque part là-bas, entre la Corse et la Sardaigne, sur un grand diable de rocher écarlate où j’ai passé de belles heures dans le temps9.”

La symbolique est intéressante. D’un côté, le phare, figure ultime du retrait du monde, du repli intérieur d’un être souhaitant sortir de sa société. Mais en même temps, celui-ci n’est pas présenté dans l’hostilité naturelle qui lui est fréquemment associée : tempête, rochers acérés, brume… Au contraire, la chaleur méditerranéenne, l’exotisme, prennent le dessus dans cette description ; l’évocation du souvenir heureux (“où j’ai passé de belles heures dans le temps”) annihile l’effet dramatique appelé par l’annonce du phare. Nous retrouvons ici la dualité de l’esprit d’Alphonse Daudet. Ce fantaisiste enjoué, poète du XIXe siècle, qui sait être si cocasse et si vif dans ses récits, n’en recèle pas moins un spleen latent. Le soleil a parfois rendez-vous avec la lune… Daudet ne s’en cache pas, qui explique le choix de son moulin de la façon suivante : “J’ai donc acheté un moulin ; voici pourquoi : Il y a quatre mois, au milieu de travaux plus ou moins littéraires, je me suis senti pris subitement de lassitude et de dégoût… Explique mon mal qui voudra ! Le fait est qu’après m’être endormi un soir le cerveau plein de flamme et le cœur bourré de belles tendresses, je me réveillai le lendemain la tête vide et le cœur froid10. ” Un certain docteur Freud, alors âgé de dix ans, donnera naissance à une science qui expliquerait certainement le mal de Daudet par le mot suivant : dépression… Parodions un autre contemporain de Daudet (de 19 ans son aîné), le grand Baudelaire : Spleen… et idéal. En effet la mélancolie de Daudet est rattrapée par cet idéal de vivre-bien qu’il connaît en Provence, par ses amis poètes félibriges, par la découverte de ce lieu qui résout toutes ses contradictions : le moulin ! Lieu de solitude, mais aussi lieu de vie ; de plain-pied dans un élément amical ; lieu de convergence des vents et des chants. Le moulin est l’endroit qui convient parfaitement à Daudet, la quintessence de ses aspirations poétiques, comme en témoigne le désopilant acte de vente factice qui constitue l’avant-propos de l’édition complète des Lettres de mon moulin.

L’écriture des Lettres
Ce qui constitue aujourd’hui un roman épistolaire d’une cohésion remarquable, n’était pas, à ses débuts, conçu pour être publié en volume. Comme la plupart des grands succès du XIXe siècle, les lettres parurent en feuilleton, dans un journal parisien. Depuis les années 1830, où Emile de Girardin introduisit la “réclame” (publicité) dans les quotidiens pour en abaisser le prix de vente et toucher par-là même un public considérablement accru, la formule du feuilleton connaissait un succès difficilement imaginable de nos jours. Le lectorat était fidélisé par l’introduction, quotidienne ou hebdomadaire, d’un récit original dans les colonnes du journal, qui se poursuivait de numéro en numéro. En cas de succès populaire, le roman était ensuite publié en volume et diffusé en librairie. C’est ainsi que furent d’abord écrites les grandes fresques populaires du milieu du XIXe siècle, comme les romans d’Alexandre Dumas (Les Trois mousquetaires), d’Eugène Sue (Les Mystères de Paris) ou de Paul Féval (Le Bossu). C’est le destin que connurent les Lettres de mon moulin, dont l’écriture et la parution s’échelonnent sur plusieurs années. Celles-ci furent données en trois grandes séries distinctes, dans trois journaux différents : - Tout d’abord dans l’Evénement, durant l’année 1866. L’auteur y entame un feuilleton, sous la forme de lettres censément envoyées de son moulin provençal, qu’il intitule, comme de justice, De mon moulin. - On les retrouve ensuite dans le Figaro, entre l’automne 1868 et l’automne suivant, sous le titre qu’on leur connaît aujourd’hui : Lettres de mon moulin. - Enfin, en 1873, Daudet fait paraître cinq lettres dans Le Bien public. Elles seront intégrées à un recueil intitulé Robert Helmont avant d’en être retirées pour compléter les Lettres de mon moulin. Car leur réunion dans le recueil que l’on connaît aujourd’hui fut effectuée en un second temps. Une première expérience de volume fut tentée par l’éditeur Hetzel en 1869. Les Lettres de mon moulin comportent alors 18 contes (ceux de L’Evénement et du Figaro). L’édition définitive, que nous lisons aujourd’hui, fût complétée par les cinq contes du Bien public. Elle parut en 1879 chez Lemerre. Si la critique accueille globalement le livre avec chaleur (à l’exception notable du virulent Octave Mirbeau), aucun succès public ne vient alors récompenser son auteur. On peut toutefois penser que la publication des Lettres en feuilleton ait rencontré l’adhésion du public, ou du moins du directeur du journal. L’Evenement, où Daudet publie ses premières lettres, est un hebdomadaire (puis quotidien) parisien qui tira du 5 novembre 1865 au 15 novembre 1866. Il fut alors absorbé par le Figaro, dirigé par H. de Villemessant. Or, c’est dans ce journal, d’envergure supérieure, que Daudet renoue le fil de sa correspondance en 1868-1869. On peut supposer que Villemessant a profité du rachat de L’Evénement pour intégrer à son journal les meilleurs éléments du premier – dont feraient ainsi partie Daudet. Quoiqu’il en soit, les débuts éditoriaux des Lettres de mon moulin sont délicats. Daudet s’en fait le tendre écho dans ses Trente ans de Paris à travers ma vie et mes livres : “Le volume parut chez Hetzel en 1869, se vendit péniblement à 2000 exemplaires, attendant, comme les autres œuvres de mon début, que la vogue des romans leur fit un regain de vente et de publicité. N’importe ! C’est encore là mon livre préféré […] ”

Un livre original ?
La délicatesse des souvenirs de Daudet nous permettra de clore un triste épisode de la publication des Lettres de mon moulin : celui de leur paternité. Parmi les premiers détracteurs, le plus virulent, Octave Mirbeau, invectiva violemment Daudet. Il prétendit que celui-ci n’était pas le véritable auteur des Lettres de mon moulin, mais qu’il en avait volé le contenu à Paul Arène. Il est vrai qu’au tout début des Lettres, Daudet avait travaillé avec son camarade Paul Arène. Les deux hommes ne s’en sont pas cachés – ni brouillés, ce qui tend à prouver que la collaboration initiale de Paul Arène ait été circonscrite dans l’espace et dans le temps. Témoins ce fragment des Trente ans de Paris… : “Les premières lettres […] d’abord signées d’un pseudonyme emprunté à Balzac “Marie-Gaston”, détonnaient avec un goût d’étrangeté. Gaston, c’était mon camarade Paul Arène qui, tout jeune, venait de débuter à l’Odéon par un petit acte étincelant d’esprit, de coloris, et vivait tout près de moi, à l’orée du bois de Meudon. Mais quoique ce parfait écrivain n’eût pas encore à son acquit Jean des Figues, ni Paris ingénu, ni tant de pages délicates et fermes, il avait déjà trop de vrai talent, une personnalité trop réelle pour se contenter longtemps de cet emploi d’aide-meunier. Je restai donc seul à moudre mes petites histoires, au caprice du vent 11 […]” Un touchant billet de Paul Arène, que Louis Forestier exhume dans sa Préface (p. 16), fait écho à cet extrait : “Si j’ai pu y apporter quelques détails de couleur ou de style, toi seul, toujours, en trouvas le jet et les grandes lignes”. C’est bien Daudet qu’il faut louer pour l’allégresse et la cocasserie du style, la fantaisie de ses histoires, l’humanité de ses personnages, bref, tout ce qui fait que Les Lettres de mon moulin font aujourd’hui partie du patrimoine littéraire de tout Français.

1 Le présent dossier a été préparé à l’aide de l’édition, parfaitement documentée, de Louis Forestier parue au “Livre de poche” en 1994.
2 Les deux premières lettres intitulées De mon moulin paraissent les 18 et 23 août1866 dans le journal L’Evènement, elles sont signées Marie-Gaston. Daudet les écartera de la première édition en volume qu’il fera paraître chez Hetzel en 1869.
3 Mouvement littéraire provençal (félibre signifiant “sage” dans cette langue) fondé en mai 1854 par Frédéric Mistral, le grand poète de la Provence. Le groupe publie chaque année un recueil, L’Almanach provençal que Daudet cite à plusieurs reprises et auquel il emprunte le sujet d’une de ses lettres (“Le curé de Cucugnan”).
4 Frédéric Mistral (1830-1914) est sans doute le plus grand représentant de la littérature provençale, son premier héraut. Outre ses publications personnelles, parmi lesquelles Mireille en 1859 (épopée en plusieurs chants) ou le Calandal en 1866, il est à la tête du mouvement félibrige qu’il créa avec ses disciples et amis et auquel il donna ce nom.
5 Frédéric Mistral, in. L’Armana prouvençau (Almanach provençal), 1891.
6 Ayons garde d’oublier L’Arlésienne, drame en trois actes et cinq tableaux dont Georges Bizet composa la musique. Aujourd’hui fort connu, lui non plus ne fut guère relevé lors de sa création en 1872.
7 “Le secret de maître Cornille” en est une illustration parfaite.
8 Daudet choisira d’écarter cette lettre de l’ensemble (ainsi que deux autres) lors de sa parution en volume, ce qui explique qu’on ne la connaisse pas – ou peu.
9 “De mon moulin”, parue dans L’Evénement le 18 août 1866, signée Marie-Gaston. Le lecteur trouvera cette lettre en annexe de l’édition des Lettres de mon moulin préparée par Louis Forestier, Paris, Le Livre de Poche, 1994, pp. 217-221.
10 Idem, p. 218.
11 Alphonse Daudet, Trente ans de Paris à travers ma vie et mes livres, cité par Louis Forestier dans son édition des Lettres de mon moulin, op. cit. p. 206.
 

Présentation des contes
Avec les Lettres de mon moulin, Daudet s’inscrit dans une vieille tradition littéraire, érigée en genre à part entière : le roman épistolaire. Ce sont en effet des lettres qui composent le volume et assurent son unité. Daudet se saisit avec finesse de toutes les potentialités offertes par cette correspondance imaginaire. Il érige une passerelle entre l’ailleurs dont il parle et l’ici du lecteur – sous fond d’un exotisme qu’il force parfois, à dessein, pour mieux montrer la distance qui le sépare de son lecteur. Il peut surtout s’adresser à son lecteur dans ce climat d’intimité et de dévoilement propre à la correspondance. A ce titre, le style de Daudet est admirable. Celui-ci apparaît en conteur né, tant il sait incarner les personnages qu’il met en scène, tant son écriture et son rythme imitent le conteur, nous le donnent à entendre devant nous. Etrange “réalisme” que celui de Daudet, qui possède la force du caricaturiste – on pense à un de ses contemporains, Daumier –, qui saisit les moindres particularités de ses modèles et les dissèque, s’abandonne à l’exagération pour mieux revenir à la réalité et la montrer sous un jour nouveau.

Les vieux : toute la douceur du conte tient dans le rythme de la narration, véritable illustration de l’âge mûr. Entre présent et passé, de souvenirs en fantasmes, les barrières du temps s’estompent pour composer un chant d’amour intemporel pour celui qui fut – et reste – leur petit enfant.

Ballades en prose : ces deux fantaisies en prose ne constituent pas tant un intermède poétique qu’une douce divagation sur une condition humaine bien plus fragile que les apparences ne le laissent croire à premier abord.

Le portefeuille de Bixiou : prolonge la réflexion des deux précédentes ballades en renouant par ailleurs avec la dénonciation des vices de Paris. Le dessinateur Bixiou, que l’âge a rendu aveugle, est devenu inutile à ceux qui l’employaient. Il est par conséquent abandonné de tous – y compris de ceux qui l’adulaient la veille. La ville pervertit les rapports humains : ne l’intéresse que ce qui la sert, elle n’a cure du reste.

La légende de l’homme à la cervelle d’or : est d’une étrange puissance, le conte exerce une troublante fascination. Malaise devant la consommation quasi cannibale de la “chair” de l’homme à la cervelle d’or, douleur sourde de voir son sacrifice… La détresse est d’autant plus forte que l’on comprend in fine que cette légende est l’allégorie même du poète, qui tire sa fortune de son imagination, et qui doit se faire violence à lui-même pour tenter de satisfaire des admirateurs insatiables, incapables de comprendre son sacrifice.

Le poète Mistral : ce conte s’apparente à un reportage réaliste pour journal parisien – mode fraichement lancée par les hebdomadaires grand public. La visite rendue par Daudet à Mistal est l’occasion d’un bel hommage au grand poète provençal et d’une forme de “ publicité ” pour le public de la capitale.

Les trois messes basses : voilà qui fleure bon sa Provence débonnaire et sensualiste, sa fin de XIXe siècle doucement railleuse envers le clergé – avant d’être plus violemment anti-cléricale… Le ton bon-enfant du début fait bientôt place à une descente aux Enfers et prodigue en définitive une meilleure morale que de longs sermons.

Les oranges : cette “fantaisie”, véritable petit poème en prose, nous rappelle qu’au XIXe siècle, ce fruit qui nous semble des plus communs aujourd’hui, était chargé d’exotisme. Il permet à Daudet de réinscrire ses lettres dans le climat méditerranéen et d’en évoquer la saveur.

Les deux auberges : le conte cristallise et réfléchit à lui seul plusieurs thèmes des Lettres de mon moulin : la déchéance d’une certaine tradition suite à l’arrivée d’une modernité séduisante (cf. Le secret de maître Cornille), la trahison de soi et des siens pour l’amour d’une trop belle femme (cf. L’Arlésienne), etc.

A Milianah : Daudet nous transporte, par le truchement de sa plume en Algérie. Etrange visite ethnologique, profondément parisienne, culturellement colonialiste… Daudet y pose en parfaite illustration du poète, dans la pure tradition post-romantique héritée de Victor Hugo : ami des peuples et des hommes, partout reçu parmi les siens, comprenant les choses cachées et les désirs secrets…

Les sauterelles : continue le cycle algérien. Ce conte renoue avec l’écriture dramatique fréquemment employée par Daudet, et n’est pas sans évoquer à voix douce certaines réminiscences bibliques (la dévastation des sauterelles est la première des plaies d’Egypte dans l’Exode)

L’élixir du révérend père Gauchet : ce conte renoue avec la truculence et la bonhommie éclésiastique raillée dans Les trois messes basses. Petite fable frondeuse contre la sainte institution, son écriture est si réjouissante qu’elle sera pardonnée à Daudet ! Derrière son comique, elle est en accord avec les représentations d’un sud-est “rouge” et “anti-calottin” tel qu’il sera bientôt souvent figuré.

En Camargue : sorte de saga camargaise, on imagine Daudet, son carnet de note à la main, tel un peintre s’arrêtant à tout instant pour “croquer” un paysage nouveau, transcrire toutes les impressions fournies par ce pays nouveau. Ecoutons particulièrement le 4e volet de ce cycle “le rouge et le blanc”, qui caractérise bien les différences politiques et idéologiques de ce midi fin de siècle : rouges (républicains) contre blancs (royalistes).

Nostalgies de caserne : C’est par cette Lettre que Daudet achève son recueil. On peut y lire la dichotomie du poète qui, tout en chantant sa Provence, ne peut s’empêcher de penser à Paris ; qui ne peut s’empêcher de chanter sa Provence pour Paris ; que se détermine homme et poète par Paris : “Mon Paris me poursuit jusqu’ici comme le tien. […] Ah ! Paris !… Paris !… Toujours Paris!”
Benjamin Goldenstein
© Groupe Frémeaux Colombini SAS 2010 

Ariane Ascaride
Née à Marseille en octobre 1954. Après plus de vingt années passées dans le monde du cinéma sans se départir de la modestie et de la simplicité qui la caractérise, Ariane Ascaride a su devenir l’incarnation d’un Marseille populaire de l’an 2000, particulièrement dans les films de son compagnon, Robert Guédiguian. Dans sa jeunesse marseillaise, Ariane Ascaride s’essaye au théâtre, dans des productions amateurs. Elle forge ensuite sa technique de comédienne au Conservatoire National d’Art Dramatique de Paris, avec Antoine Vittez comme professeur. Elle s’oriente vite vers le cinéma et entre 1980 (Dernier été) et 2004 (Mon père est ingénieur), le couple uni du cinéma français a signé des oeuvres originales, généreuses et humanistes. Révélée au grand public par une prestation extraordinaire dans Marius et Jeannette (de Robert Guédiguian – récompensée par un César de la Meilleure actrice en 1998) – elle est désormais sollicitée par un nombre croissant de réalisateurs. On l’a ainsi vu récemment dans Mon père est ingénieur (Robert Guédiguian, 2003), Brodeuses (Eléonore Faucher, 2004) ou Le Thé d’Ania (Saïd Ould Khelifa, 2005)

Roland Giraud
Né en février 1942 à Rabbat, Roland Giraud incarnera pour tous les Français un père à l’image des années 80 avec sa perfor­mance dans le célèbre film de Coline Serreau Trois hommes et un couffin (1985). C’est toutefois le théâtre qui lui a inspiré sa vocation d’acteur. Très jeune, il prend en effet des cours de théâtre et y consacre bientôt tout son temps. Au début des années 1970, il intègre la fameuse troupe du Splendid. On le remarque au théâtre en 1976 avec La Veuve Pichard où il a pour voisins : Martin Lamotte, Gérard Lanvin, Anémone et Renaud. Au même moment, il fait ses débuts au cinéma, grâce à Michel Audiard. Il sera ensuite choisi par Coluche pour jouer dans Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine (1977). C’est dans les comédies que Roland Giraud s’est en effet spécialisé et où il deviendra connu du grand public comme, en 1983, avec Papy fait de la Résistance (de Jean-Marie Poiré). Deux ans plus tard, c’est la consécration avec Trois hommes et un couffin. Tout récemment, Coline Serreau a d’ailleurs tourné, avec les mêmes acteurs, la suite de ce grand succès : 18 ans après (2003). Si l’on a moins vu Roland Giraud au cinéma dans les années 1990, c’est parce que celui-ci est revenu au théâtre, ses premières amours. Il a triomphé, en 2001-2002, avec Impair et père, comédie de Ray Cooney, et est actuellement à l’affiche d’Avis de Tempête, de Dany Laurent.

Ecouter LES LETTRES DE MON MOULIN - ALPHONSE DAUDET - Vol. 2 Lu par Ariane Ascaride et Roland Giraud (livre audio) 
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