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L’ART D’AVOIR TOUJOURS RAISON
SCHOPENHAUER
Lu par DIDIER BOURDON 








L’ART D’AVOIR TOUJOURS RAISON
SCHOPENHAUER
CD1
01. L’art d’avoir toujours raison    4’51
02. Machiavel prescrit au prince d’utiliser...    5’05
03. Pour établir la dialectique selon toute rigueur...    6’07
04. Fondement de toute dialectique    5’00
05. Premier stratagème    4’49
06. Deuxième stratagème    4’24
07. Stratagème 3    3’07
08. Stratagème 4    1’00
09. Stratagème 5    1’19
10. Stratagème 6    1’14
11. Stratagème 7    1’18
12. Stratagème 8    0’25
13. Stratagème 9    0’37
14. Stratagème 10    0’34
15. Stratagème 11    0’38
16. Stratagème 12    2’32
17. Stratagème 13    1’05
18. Stratagème 14    0’41 

CD2
01. Stratagème 15    0’58
02. Stratagème 16    1’03
03. Stratagème 17    0’25
04. Stratagème 18    0’34
05. Stratagème 19    0’36
06. Stratagème 20    0’39
07. Stratagème 21    0’53
08. Stratagème 22    0’34
09. Stratagème 23    1’03
10. Stratagème 24    0’50
11. Stratagème 25    1’52
12. Stratagème 26    0’32
13. Stratagème 27    0’29
14. Stratagème 28    2’17
15. Stratagème 29    2’44
16. Stratagème 30    4’58
17. Stratagème 30     (suite) 4’31
18. Stratagème 31    2’11
19. Stratagème 32    1’03
20. Stratagème 33    0’45
21. Stratagème 34    0’54
22. Stratagème 35    3’15
23. Stratagème 36    5’05
24. Stratagème 37    1’00
25. Ultime stratagème  3’49
26. Ultime stratagème  (suite)  2’03  

L’art d’avoir toujours raison
Arthur Schopenhauer

Arthur Schopenhauer (1788-1860) serait l’homme d’un seul livre : Le Monde comme vo­lonté et comme représentation, dont la première édition date de 1818. Celle-ci passa pourtant quasi inaperçue et l’édition définitive de 1844 n’eut guère plus de succès. C’est avec la publication, en 1851, des Parerga et Paralipomena, recueil d’essais touchant à divers sujets philosophiques, moraux, littéraires, polémiques, etc., qu’il connaît un succès tardif, presque mondain, en Allemagne d’abord (Wagner lui fait part de son admiration) puis en Angleterre, en France, et partout en Europe. La figure du “pessimiste” de Francfort devient célèbre – célibataire endurci qui interdit toute visite; misanthrope préférant la compagnie de ses chiens à celle des humains ; phobique ne se séparant jamais d’un pistolet et refusant de loger à l’étage pour pouvoir (au cas où) fuir par la fenêtre, qui chiffre ses manuscrits et protège méticuleusement ses biens contre le vol; vieux rentier coupé de l’Université qu’il attaque rudement dans une prose de pamphlétaire, mais tenant table ouverte dans un hôtel de Francfort où ses visiteurs étrangers se régalent de ses sarcasmes… Redécouverte, sa pensée est saluée par les maîtres du soupçon : Nietzsche (mais qui lui reproche de ne pas assumer jusqu’au bout sa découverte du “vouloir” au principe de tout) et Freud – car Schopenhauer discerne un point aveugle à la conscience, et l’énergie mise à le dissimuler. 

L’art d’avoir toujours raison
C’est à ses talents d’écrivain que Schopenhauer doit cette première reconnaissance. Il écrit une langue claire, parfois mordante, qui peut faire penser – comme ensuite celle de Nietszche – au style des moralistes français. Cette manière le rend marginal en philosophie quand domine en Allemagne la langue technique de Hegel. Or c’est le cas en 1830-1831, au moment où il écrit son petit traité de “dialectique éristique”, L’art d’avoir toujours raison. Le terme de dialectique ne peut pas ne pas avoir pour ses contemporains un sens hégélien : entendue habituellement comme art du débat contradictoire, la dialectique prend en effet dans la conception hégélienne une importance centrale, parce que la contradiction est pensée comme objective et nécessaire ; la compréhension intime du réel suppose une exposition “dialectique” de la connaissance, cette dernière se confondant avec l’expression de phases successives dans l’histoire, chacune à la fois niant et accomplissant la précédente, jusqu’à la complète affirmation de l’absolu. Le stade ultime est pour Hegel auto-affirmation de l’Esprit. Le marxisme reprendra cette philosophie de l’histoire mais en opérant un “renversement”, selon le terme de Marx : l’idéalisme spéculatif est inversé en un “matérialisme dialectique”, promis lui aussi à un durable succès. Schopenhauer feint d’ignorer dans son traité cette acception du terme. Mais en présentant la dialectique comme un simple art de persuader (ce qui revient à lui appliquer en réalité la définition traditionnelle de la rhétorique), en le dissociant de la logique comme art de penser et surtout en revendiquant, avec plus de rigueur écrit-il qu’Aristote, une séparation radicale entre la “forme” et la “matière” des arguments (autrement dit, la dialectique n’a aucune prise sur le fond des choses, elle ne traite que de la manière d’exposer une thèse et doit pour cela être comparée à un exercice sportif : c’est une gymnastique de l’esprit, une escrime intellectuelle), il s’oppose à toutes les prétentions d’un hégélianisme ramené entre les lignes à un pur charlatanisme : “on peut en imposer en débitant d’un air grave des absurdités d’allure savante ou profonde, qui font tourner la tête et embrouillent, tout en les faisant passer pour la preuve la plus irréfutable qui soit de sa propre thèse. Comme on le sait, ces derniers temps, quelques philosophes ont utilisé, en présence même de la totalité du public allemand, ce stratagème, avec le plus éclatant succès…” (stratagème 36). Schopenhauer détestait Hegel – il n’est pas sûr en revanche qu’il l’ait véritablement lu. Par défi, durant les quelques mois où il fut obligé d’enseigner (à Berlin, en 1820), il fit cours aux mêmes heures que son illustre rival – sans autre effet que de n’avoir à peu près aucun auditeur… Est-ce la disparition de ce dernier, victime du choléra en 1831, qui lui sembla rendre inutile la publication de ce petit traité ? Toujours est-il que cet Art d’avoir toujours raison ne paraîtra qu’en 1864, à titre posthume, et presque quinze ans après les Parerga et Paralipomena. 

Rhétorique, dialectique, logique
Qu’est-ce que la dialectique ? Schopenhauer, dans une note au traité, rappelle la définition d’Aristote : “un art du discours, au moyen duquel nous réfutons quelque chose, ou l’affirmons avec des preuves, et cela au moyen des questions et des réponses des discutants”. C’est donc – à une époque où la philosophie est une discipline essentiellement orale, ce avec quoi d’ailleurs l’Université renoue, dans les années de l’hégélianisme triomphant – un art de la discussion réglée, mais dans le domaine, précise Aristote, des endoxa ou probabilia, des opinions ou vérités “probables”. Platon au contraire distinguait absolument l’opinion de la vérité et faisait de la dialectique un usage libérateur : le dialogue (dia-lektikè, cela signifie la même chose : la parole partagée), tel qu’il le met en scène dans la bouche de son maître Socrate, est un art de détruire les apparences pour permettre à l’auditeur d’accoucher de la vérité qu’il porte en lui. Cette “maïeutique” s’oppose à la sophistique, une éloquence qui ne vise qu’à l’emporter sur l’adversaire, sans souci de la vérité. Aristote écrit des Réfutations sophistiques qui visent à combattre les sophistes sur leur propre terrain. La plus efficace des réfutations serait celle qui établirait un lien nécessaire entre les prémisses acceptées par l’adversaire et la conclusion qu’il refuse : un tel raisonnement, Aristote l’appelle syllogisme. Il en fait l’étude dans les Premières Analytiques et c’est la première tentative d’une logique au sens moderne, c’est-à-dire d’une discipline consacrée aux conditions formelles du vrai et du faux. Schopenhauer considère qu’il y a place pour un art indifférent à la vérité des prémisses (d’où découle la vérité de la démonstration si elle est bien conduite). Ce faisant, il renoue sans le dire avec la sophistique, au moins dans un but polémique : dévoiler des “stratagèmes” qui n’ont que l’apparence de la vérité. La rhétorique désigne, au sens large, l’art de parler. La dialectique apparaît de ce point de vue comme une de ses spécialités (art d’argumenter), comme il y a un art de la plaidoirie ou du débat judiciaire, un art de la persuasion politique, un art de la louange ou du blâme… Mais les philosophes, on l’a vu avec Platon, ont pu assimiler la rhétorique à la sophistique et refuser par conséquent toute confusion avec leur propre discipline. Au Moyen Âge, se réclamer de la dialectique (c’est-à-dire d’Aristote) revient à prendre le parti de la raison, de l’intellect. Les “belles-lettres” sont oubliées et le latin technique des docteurs de l’École est coupé de l’éloquence classique. Inversement, lorsque les humanistes de la Renaissance vont réhabiliter cette dernière, le latin scolastique va leur paraître “galimatias”. Les “dialecticiens” vont sombrer avec la scolastique dans ce discrédit d’une langue devenue barbare. La rupture est plus radicale encore avec Descartes : rhétorique et dialectique sont confondues dans la même inutilité aux yeux de celui qui soumet au doute toutes les connaissances acquises et ne trouve appui pour une science de la nature que dans les mathématiques ; la logique elle-même, écrit-il dans le Discours de la méthode (1637), sert “plutôt à expliquer à autrui les choses que l’on sait” ou pire “à parler sans jugement, de celles qu’on ignore”, “qu’à les apprendre”. Schopenhauer, s’il dédaigne ostensiblement ses contemporains, emprunte volontiers en revanche aux auteurs anciens, y compris les latins comme Quintilien; mais dans une autre de ses notes il est dur envers le plus célèbre d’entre eux, Cicéron, puisqu’il écrit que les Topiques cicéroniennes “sont une imitation d’Aristote, faite de mémoire, et d’une plati­tude et d’une pauvreté extrême ; Cicéron n’a pas la moindre notion claire de ce qu’est ou de ce à quoi vise un topos et radote par conséquent, ex ingenio, mêlant toutes sortes de niaiseries, en les assaisonnant abondamment d’exemples juridiques”. S’il fait retour à une conception qui se veut rigoureuse de la dialectique, on a vu l’usage essentiellement polémique qu’il en offre dans L’art d’avoir toujours raison. Mais il se pourrait que l’enjeu ne soit pas purement extérieur à sa philosophie. 

Volonté et représentation L’originalité de Schopenhauer est en effet d’avoir débusqué à la racine du “principe de raison suffisante”, c’est-à-dire du postulat de toute pensée rationaliste, une confusion entre différents sens du même terme de “raison” : “causalité” physique, “nécessité” logique et “motivation” morale. C’est donc un sophisme qui, en dernière analyse, aurait aveuglé les penseurs avant lui. Reprenant à Kant la distinction entre “phénomène” et “noumène” (chose en soi), il refuse en revanche de le suivre dans la séparation entre la causalité (domaine de la nature) et la liberté, conçue comme quelque “territoire” réservé qui en serait mystérieusement séparé : au contraire elle s’abîme dans une cause sans cause, un principe du “vouloir” totalement opaque et inaccessible à la conscience mais éprouvé dans l’affect. Spinoza dénonçait l’illusion de liberté en supposant une pierre douée de conscience “qui pourrait s’imaginer qu’elle ne fait [dans sa chute] qu’obéir à sa volonté” ; Schopenhauer reprend l’exemple dans Le Monde comme volonté et comme représentation (livre II) mais poursuit crânement : “Moi, j’ajoute que la pierre aurait raison.” Cet amor fati se décline en une philosophie de l’absurde, car l’homme fait écran à la vérité de la volonté par ses représentations : ainsi de la causalité en physique, mais aussi bien de la finalité dans l’ordre historique, ou du libre arbitre dans l’ordre personnel. Sans progrès concevable, l’histoire humaine est livrée à la répétition. La sagesse serait alors dans le détachement, tel que le permettent l’art (et notamment la musique, que Schopenhauer pratiquait assidûment) puis l’ascèse morale. Au dernier stade, le sage – conformément, selon Schopenhauer, à certaines doctrines mystiques et en particulier hindoues, sur lesquelles il a fortement contribué à porter l’intérêt – aurait à professer “la négation complète du vouloir”, sans laquelle l’homme, toujours en conflit avec lui-même, serait condamné à la souffrance. Toute autre forme de “bonheur” ne serait qu’illusion : “le rêve du mendiant”… Mais de tout cela il n’est guère question dans L’art d’avoir toujours raison, cette rhétorique batailleuse qui semble, quoi qu’elle en dise, ne pas se résigner à ce que les hommes exercent leur “droit d’être idiot”. Faut-il voir dans l’invocation finale : “la paix vaut encore mieux que la vérité”, une ironique invitation à renoncer à la dispute ?
François Trémolières 
© Frémeaux & Associés / Groupe Frémeaux Colombini SA 2004   

Didier BOURDON – Acteur, réalisateur, scénariste 
Après une formation à la Rue Blanche et au Conservatoire de Paris, il débute sa carrière au café-théâtre en 1982, où il rencontre Pascal Légitimus et Bernard Campan avec lesquels il monte le trio “Les Inconnus”. Le succès est immédiat et “La télé des Inconnus” reçoit le Molière du Rire en 1991. Parallèlement, il poursuit une carrière de comédien et réalisateur. 

Réalisateur : 2003 : Le point D / 2002 : Sept ans de mariage / 2001 : Les Rois mages, co-réalisation avec Bernard Campan / 2000 : Le Pari, co-réalisation avec Bernard Campan / 1995 : Les trois frères, co-réalisation avec Bernard Campan.

Acteur : 2002 : Fanfan la Tulipe de Gérard Krawzyk / 2002 : A l’abri des regards indiscrets / 2001-2002 : Sept ans de mariage / 2001 : Les Rois mages / 2000 : Le Pari / 1999 : L’extraterrestre / 1998 : Doggy Bag de Frédéric Comtet / 1996 : Tout doit disparaître  de Philippe Muyl / 1995 : Les trois frères / 1994 : La Machine de François Dupeyron / 1992 : L’œil qui ment de Raoul Ruiz / 1983 : Le sang des autres de Claude Chabrol.  

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