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Chansons sans gêne

Nathalie Joly chante Yvette Guilbert,

3ème épisode






D’après le spectacle de Nathalie Joly créé dans une mise en scène de Simon Abkarian au Théâtre de Lenche à Marseille en mai 2015, au Théâtre La Piscine à Chatenay-Malabry, au Théâtre de la Tempête Cartoucherie à Paris du 13 au 22 mai 2016 en coréalisation avec la Compagnie Marche la route.   

Festival d’Avignon du 6 au 27 juillet 2016 au Théâtre du Petit chien.

Chant et textes (1-3-4-10-12-13-17)
Piano, trompette (7) et chant (17) Jean-Pierre Gesbert
Contrebasse (2-6-8-9-16) Théo Girard
Arrangements et compositions (1-10-13) Nathalie Joly et Jean-Pierre Gesbert


 1 - Entrée d’ Yvette 0’50 (Nathalie Joly) - Sur la scène 2’06 (Léon Xanrof) 2’57
 2 - Blues de l’absinthe (Maurice Rollinat - Yvette Guilbert - Nathalie Joly) 3’23
 3 - Pourquoi n’êtes vous pas venu ? (Léon Xanrof - Yvette Guilbert - Nathalie Joly) 4’17
 4 - Les femmes comme moi (Nathalie Joly) sur l’air de Black coffee (Sonny Burke) 1’49
 5 - Nous nous plûmes (Georges Sibre - Harry Fragson) 3’11
 6 - A présent qu’t’es vieux (Paul Marinier - Nathalie Joly) 2’26
 7 - Les dames trop mûres (Léon Xanrof - Nathalie Joly) 3’05
 8 - La bossa du bossu (Nathalie Joly, d’après une chanson populaire 1555) 2’08
 9 - Les amis de Monsieur (Eugène Héros et Cellarius - Harry Fragson) 2’30
10 - Henri’s blues (Nathalie Joly) 1’05
11 - Hindu melody - Mélodie Indienne (Georges Ivanovitch Gurdjieff - Thomas Hartmann) 1’51
12 - Moulin rouge (Maurice Boukay - Legay Marcel - Nathalie Joly) 3’52
13 - Blues de la femme (Nathalie Joly) 1’26
14 - L’enfermée (Gaston Couté - Léo Daniderff - Nathalie Joly) 3’32
15 - Fleur de berge (Jean Lorrain - Yvette Guilbert - Nathalie Joly) 3’52
16 - Le manque de mémoire (Paul de Kock - Yvette Guilbert) 2’29
17 - Das Mädchen mit den Schwefelhölzchen (Friedrich Hollaender) 3’44
18 - Les Mignons (Françoise Lo - Barbara) 3’48

Réalisation artistique Nathalie Joly
Enregistré au studio G acoustique par Franck Gelibert
Mixage, Mastering Isabelle Davy - CIRCE
Création couverture Jean-Jacques Gernolle
Visuel couverture et photos © Marche la route
Textes, arrangements, compositions Nathalie Joly (Tous droits réservés)
Œuvres d’Yvette Guilbert © SGDL 2016
Durée : 52’

Production Marche la route

Contact scène marchelaroute@gmail.com
Tel +33 (0)6 52 04 68 90
Presse Cécile Morel
Site http://marchelaroute.free.fr

Fabrication et distribution Frémeaux & Associés
Coordination : Augustin Bondoux
www.fremeaux.com

Remerciements à la Société des Gens De Lettre de France, BNF Richelieu, Bibliothèque musicale Radio France, Théâtre de Lenche à Marseille, Théâtre de La Tempête Cartoucherie, acb Scène Nationale Bar le duc, Théâtre La Piscine à Chatenay-Malabry, Arnaud Sauer, Jacques Verzier, Pierre Ziadé, Samir Seghier, Thierry Roques, Fred Berry, Maurice Durozier et Simon Abkarian.

Avec le soutien de l’Adami





… Si on connaît un peu moins mal l’œuvre d’Yvette Guilbert, c’est grâce à Nathalie Joly (…). Il n’est pas nécessaire d’avoir vu les épisodes précédents pour goûter celui-ci. Entre refrains et textes tirés des écrits de la chanteuse, Nathalie Joly et son metteur en scène Simon Abkarian brossent le portrait d’une femme qui a connu la gloire et la fortune mais qui ne se réfugie pas dans un passé mythique : l’âge et l’expérience lui permettent de relever de nouveaux défis, le cinéma par exemple (elle tournera avec L’Herbier, Murnau ou Guitry). Elle donne aussi des conférences où elle plaide pour la cause des femmes.
Rares sont les chansons où les femmes ne sont pas au centre : souvent victimes, alcooliques (la poignante Buveuse d’absinthe) ou condamnées au trottoir, mais parfois libres et heureuses de tromper leur mari (A présent qu’t’es vieux, hilarante). Quelle aubaine d’écouter ces classiques oubliés, d’une qualité littéraire sans équivalent aujourd’hui : ils avaient pour auteur le vénéneux Jean Lorrain, l’anarchiste Gaston Couté, le corrosif Xanrof…
Au piano, Jean-Pierre Gesbert est bien plus que l’accompagnateur : il est le confident, l’amant ou encore un saisissant Sigmund Freud, pour évoquer l’admiration mutuelle qui liait le père de la psychanalyse et la reine du café-concert.
« Il y a en germe chez Yvette toute la chanson française postérieure… » explique Abkarian, metteur en scène sobre et précis qui a incité Nathalie Joly à s’affranchir des repères temporels. Au fil des interprétations, son Yvette va approcher Janis Joplin, Nina Hagen, Catherine Ringer… Les héritières d’Yvette Guilbert ne seront plus condamnées à écrire leur histoire à travers des textes d’hommes, mais emploieront leurs propres mots : Anne Sylvestre, Barbara… C’est cette histoire d’émancipation que retrace Chansons sans gêne, dans un miraculeux équilibre entre l’humour et l’émotion.     François-Xavier GOMEZ, 29 mai 2015
Nathalie Joly est passionnée par les formes parlées – chantées, à l’origine de tous ses spectacles, écrits et réalisés avec la compagnie Marche la route : Je sais que tu es dans la salle sur Yvonne Printemps et Sacha Guitry, Cabaret ambulant sur le Théâtre forain, Surabaya Trio puis J’attends un navire - Cabaret de l’exil d’après l’œuvre de Kurt Weill coréalisé avec Jacques Verzier, Cafés Cantantes sur les chansons de superstition et Paris Bukarest sur Maria Tanase mis en scène par Maurice Durozier, « Café polisson » créé au Musée d’Orsay pour l’ouverture de l’exposition « Splendeurs et misères, images de la prostitution en France 1850-1910 » mis en scène par Jacques Verzier, « Diseuses » sur l’histoire du parlé chanté d’hier au Rap d’aujourd’hui. Elle a écrit et chante depuis une dizaine d’années une Trilogie sur Yvette Guilbert, déjà jouée en quatre langues dans une quinzaine de pays : Le premier spectacle Je ne sais quoi a été créé à la demande de la Société Psychanalytique de Paris pour le 150ème anniversaire de la naissance de Freud d’après l’amitié et la correspondance entre la Diseuse fin de siècle et le père de la psychanalyse, confiée à Nathalie Joly par le London Freud Museum (coffret CD livre c/o Seven Doc/Marche la route). Un fond important de partitions et documents inédits écrits de la main d’ Yvette Guilbert, donné à Nathalie Joly par une vieille dame, a nourri le second spectacle En v’là une drôle d’affaire, (CD Marche la route label France musique). Cet opus, également mis en scène par Jacques Verzier, s’intéresse à la seconde carrière d’Yvette Guilbert qui la voit interpréter des chansons plus littéraires, inventant entre parlé et chanté, le « rythme fondu ». Chansons sans gêne, 3e volet du triptyque mis en scène par Simon Abkarian, évoque Yvette au soir de sa vie, commençant une carrière cinématographique à plus de 60 ans. Lors de son dernier récital, en 1938, elle salue avec émotion le public parisien qui l’a « vue vieillir, souriante et chantant. » On ne saurait toutefois oublier ni le combat contre les inégalités, ni la quête d’authenticité de cette « princesse de la rampe » qui avait « fui la bruyante gloire ».
Jean-Pierre Gesbert collabore depuis 1999 aux créations et parutions de Nathalie Joly J’attends un navire - cabaret de l’exil, Je ne sais quoi, En v’là une drôle d’affaire, Chansons sans gêne, Diseuses et Café polisson. Pianiste et comédien, il a travaillé avec le Centre Dramatique National des Pays du Nord, la compagnie du Pélican de Laurent Pelly et le Studio de Jean-Louis Martin-Barbaz. Il Il joue dans Les Bouchons chantent Mireille et Jean Nohain, La Dame de chez Maxim’s de Feydeau (Hervé Van der Meulen), Le Bourgeois Gentilhomme de Molière (Laurent Serrano), Dernière conquête (Laurent Pelly), Causerie et Paris la grande (Philippe Meyer). Les loufoques parlent aux loufoques (Pierre Dac), Où est-il l’été (Boby Lapointe), Cabaret astroburlesque (Patrick Simon). Le lézard de l’amour (Ariane Dubillard). Cabaret Caussimon (Michel Alban). Il a accompagné Fabienne Guyon, Mona Heftre, Yveline Hamon, Lydie Pruvot. Il est aussi pédagogue, directeur musical et compositeur pour le théâtre.


Entrée d’Yvette
(Nathalie Joly)
Artiste…
Quelle que soit la longueur d’une vie,
l’artiste meurt toujours à mi-chemin de son but.
Déjà malgré mes cinquante ans de labeur
je sais que ce sera mon cas…
j’ai commencé très jeune…

1 - SUR LA SCENE
(Léon Xanrof, arrgts Nathalie Joly
© ÉDITIONS FORTIN)
Maman un soir en répétant
M’ donna l’ jour derrière un portant
J’ grandis dans l’atmosphère malsaine sur la scène
Maintenant j’ suis actrice à mon tour
Je joue l’ soir je répète le jour
J’ passe mes dimanches et tout’ ma s’maine
sur la scène
On est très bien payé seulement
Nos amendes absorbent total’ment
Le prix d’ notr’ mois en une semaine sur la scène
Faut être bonne pour le Directeur,
Le régisseur, le souffleur, les auteurs, les acteurs, les censeurs
Un rôle ça donne rud’ment d’ la peine sur la scène !
Quand à la ville je crève de faim
J’ mange des soupers en carton fin
J’ bois du champagne, d’ la veuve fontaine
sur la scène
Les soirs où j’ai envie d’ pleurer
Faut tout d’ même que j’ fasse rigoler
ou que j’ souligne un mot obscène sur la scène
Et même le succès n’est pas doux
Ça n’ nous rapporte que des jaloux
On s’aime un peu comme chatte et chienne
sur la scène
Quand on est vieille, on veut plus d’ vous
Et y a pas d’ Caisse de retraite pour nous
Y a plus qu’à s’ fiche en sortant d’ scène
dans la Seine.

2 - Blues de l’absinthe

(Maurice Rollinat - Yvette Guilbert -
Nathalie Joly © SGDL 2016)
- Elle était toujours enceinte,
Et puis elle avait un air…
Pauvre buveuse d’absinthe !
Elle vivait dans la crainte
De son ignoble partenaire
Elle était toujours enceinte.
Par les nuits où le ciel suinte,
Elle couchait en plein air.
Pauvre buveuse d’absinthe !
Ceux que la débauche éreinte
La lorgnaient d’un œil amer :
Elle était toujours enceinte !
- Dans Paris, ce labyrinthe
Immense comme la mer,
Pauvre buveuse d’absinthe,
Elle allait, prunelle éteinte,
Rampant aux murs comme un ver…
Elle était toujours enceinte !
Oh cette jupe déteinte
Qui se bombait chaque hiver !
Pauvre buveuse d’absinthe !
Sa voix n’était qu’une plainte,
Son estomac qu’un cancer :
Elle était toujours enceinte !
- Elle râlait : « Ça m’esquinte !
Je suis déjà dans l’enfer »
Pauvre buveuse d’absinthe !
Or elle but une pinte
de l’affreux liquide vert
Elle était toujours enceinte !
Ce fut sa dernière plainte
Avant de quitter la terre,
Pauvre buveuse d’absinthe !
Et son amant dit sans feinte :
« Bon débarras, fini l’enfer! »
Elle était toujours enceinte.
Elle effrayait maint et mainte
Rien qu’en tournant sa cuiller
Pauvre buveuse d’absinthe !

3 - POURQUOI N’ETES VOUS PAS VENU ?
(Léon Xanrof - Yvette Guilbert - Nathalie Joly © SGDL 2016)
- L’autre jour vous m’aviez promis
De venir ce matin sans faute
Pour vous attendre j’avais mis
Le peignoir qui d’un geste s’ôte
Du parfum qui vous a tant plu,
Ma chambre était toute embaumée
Je crois que vous m’auriez aimée.
Pourquoi n’êtes-vous pas venu ?
- Mon miroir qui n’est pas menteur
Me disait que j’étais charmante
J’avais l’œil doux et prometteur
Et je trouvais longue l’attente
Même j’ai baisé mon bras nu
à votre place favorite,
Je disais « qu’il vienne donc vite ! »
Pourquoi n’êtes-vous pas venu ?
- Où donc étiez vous mon ami
Et d’où venait votre paresse
Si vous n’étiez pas endormi
Dans les bras d’une autre maîtresse ?
Que voulez-vous moi je l’ai cru
Et lorsque le courroux s’éveille
On songe à rendre la pareille,
Pourquoi n’êtes-vous pas venu ?
- Or à ce moment on frappa
« Enfin le voilà » m’écriais-je
« Entrez ! » mon mari seul entra
Oui mon mari, quel sacrilège !
Le tableau l’a sans doute ému
Car il m’a dit d’une voix tendre
Les mots que je voulais entendre
Pourquoi n’êtes vous pas venu ?
- Mon trouble était si grand si grand
Que lorsqu’il m’a dit « je vous aime »
Je crois que j’en ai dit autant,
Il m’embrassa je fis de même
Et quoique cela lui fût dû
Avec plaisir je fus docile
Ne venez plus c’est inutile
Puisque vous n’êtes pas venu.
Et si je vous disais que j’ai aimé quelqu’un comme jamais vous n’aimerez ?
Si je vous disais que pendant cinq ans
un homme m’a attendue et que je lui faisais toutes les misères, que j’avais pour lui toutes
les duretés parce que je l’aimais.
Je me serais fait couper en morceaux
plutôt que de le lui montrer, et lui, patient, m’attendait…

4 - Les femmes comme moi

(Nathalie Joly),
sur l’air de Black Coffee (Sonny Burke)
Mais les femmes comme moi n’ont pas le droit de pleurer, elles n’ont pas le droit de souffrir comme les autres, d’avoir un cœur comme
tout le monde. Les femmes comme moi il faut qu’elles rient, qu’elles n’aient pas d’âme.
Et j’ai été forte… J’aurais voulu mordre
les tentures, déchirer les étoffes, briser quelque chose, me cogner contre les meubles.
Et j’ai joué le soir, et j’ai amusé toute une salle, et j’ai chanté et j’ai ri, et j’ai vu quantité
de gens. Et personne, vous m’entendez, personne n’a rien vu.

5 - NOUS NOUS PLUMES
(Georges Sibre - Harry Fragson)
Elle s´appelait Hortense, elle avait vingt ans
Des yeux bleus, un nez en trompette
On s´était aimé, un soir de printemps
J´ dis pour entamer la causette
« Mam´zelle, voulez-vous de moi pour amoureux ?
Je dois vous prévenir, je suis militaire »
« À vot´ costume » qu´elle m´ fait
sans plus d’ manière
J´ m´en doutais bien un peu »
{Refrain:} Elle me dit : Ça colle-t´y ?
Ouais qu´ j´y dis
Bon qu´elle dit
Je lui plu, elle me plut
On se plut, nous nous plûmes
Avec rage, sans partage
Nous nous p´lures d´oignons
Je lui plu, elle me plut
On se plut, nous nous plûmes
Un nid d´ plumes sans costume
Et aïe donc, Cupidon!
- Quand j´étais d´ sortie l´ dimanche à St-Cloud
Dans l´ bois, toute la journée entière
On s´mordait les pieds, on s´griffait les genoux
On jouait à cracher en l´air
Pis quand venait le soir, ayant tout dépensé
On r’venait à pied par la barrière
Et j´ soupirais « Puisque t´es plumassière
Allons nous plumarder »
{Refrain:}
- Mais, hélas, l´amour c´est comme le camembert
Ça peut pas durer toute la vie
On s´est dit adieu, un beau soir d´hiver
Qu´y tombait un tas d´ saloperies
Depuis, je l´ai vue,
elle s´est fait teindre les cheveux
Elle fréquente plus les militaires
Et comme les jeunes, ça y rapportait guère
Maint’nant elle a un vieux
Elle me dit « V’là mon prix
Aujourd´hui, c´est un Louis »
- Elle m´ plut plus,
j´ lui plu plus
On s´ plut plus,
nous s´ plus plûmes
Sans bagage, bon voyage
Nous s´ plus p´lures d´oignon
J´ lui plu plus, elle m´ plut plus
On s´ plut plus, nous s´ plus plûmes
J´aime les femmes, j´ le proclame,
Mais à l´œil, c´est plus bon !

6 - A PRÉSENT QU’T’ES VIEUX
(Paul Marinier - Nathalie Joly)
- A présent qu’ t’es vieux, qu’ t’en a eu plus d’une
que t’es fatigué, qu’ tu t’en aperçois
Tu voudrais mon cher, r’ prendr’ la vie commune
Et recommencer l’ roman d’autrefois
Tout ça c’est très bien, ça m’ paraît très sage
Et ta p’tite santé s’en trouv’rait bien mieux
du diable d’ailleurs c’est assez l’usage
Et tu t’ fais ermite à présent qu’ t’es vieux.
- Ma cuisine jadis te paraissait fade
T’as été manger chez tous mes amis
mais à présent qu’ t’as l’estomac malade
Un p’tit ordinaire ça t’ sera permis !
Cet état d’ choses ne m’ paraît pas juste,
Si tu t’es ruiné l’appétit grand Dieux
Moi j’ai conservé le mien très robuste
J’ voudrais pas jeûner à présent qu’ t’es vieux.
- Tu m’ jures sur l’honneur de m’ rester fidèle
Que les autres bonnes femmes
ça n’ te dit plus rien
Que j’ n’aurai toujours qu’à m’ louer d’ ton zèle
Qu’ tu m’ suivras partout
comme un vrai p’tit chien.
Quand j’ pense qu’autrefois -
Dieu qu’ la vie est drôle
T’étais comme un coq, superbe, vaniteux,
Comme le temps tout d’ même
nous fait changer d’rôle
Tu joues les caniches à présent qu’ t’es vieux.
- Dans l’ temps où t’avais les jarrets solides
Pour d’autres victoires tu m’as plantée là
Ben maint’nant qu’ t’es mûr pour les invalides
Tu t’ dis « de c’ qui reste, ça la content’ra ».
Vois-tu, la valeur qui fait les conquêtes
Ça s’en va toujours en même temps
qu’ les ch’veux
Et si j’en juge par c’ qui t’ reste sur la tête
T’es rudement mangé à présent qu’ t’es vieux !

7 - LES DAMES TROP MÛRES
(Musique et paroles Léon Xanrof, arrgts N.Joly © ÉDITIONS FORTIN)
- Dans les salons l’air peu follet
Au sein gauche le ruban violet
Se tiennent dans les encoignures,
Les dames trop mûres.
Elles compriment sous l’ corsage craqueur
La gélatine où bat leur cœur
Dans des corsets aux airs d’armures
Les dames trop mûres.
Elles s’habillent comme à vingt ans
Oublient les injures du temps
En faisant à Vichy des cures,
Les dames trop mûres.
Leur décolletage sans pudeurs
combine heureusement l’odeur
De l’héliotrope et des saumures,
Les dames trop mûres.
Mais d’avoir l’âge des grands-mamans
Ça n’empêche pas les sentiments
Elles n’ont ni la chair ni l’âme dure,
Les dames trop mûres.
Et vers minuit dans leur logis
Par des collégiens un peu gris
Elles se font remonter en voiture,
Les dames trop mûres.
Quelquefois l’imprudent gamin
Meurt étouffé le long du chemin
Dieu préserve vos progénitures
Des dames trop mûres.
Mais les jeunes gens n’ont plus hélas
Les mêmes idées que feu Jonas
Elles font bien rarement des captures,
Les dames trop mûres.
Aussi vers le déclin du jour
Elles offrent à Dieu leurs amours
Qui n’ peuvent plus être autre chose que pures,
Les dames trop mûres.

8 - LA BOSSA DU BOSSU
(Nathalie Joly, d’après une chanson populaire 1555)
Mon père m’a mariée à un bossu
Le premier jour de mes noces il m’a battue.
Je m’en allis au jardin prier Vénus
Tu ne la verras plus petit bossu ta femme
Tu ne la verras plus petit bossu tordu.
Je m’en allis au jardin prier Vénus
La prière que j’ai faite est advenue
J’ai trouvé le bossu mort sur ses écus
Je l’ai fait ensevelir dans de la glu
Tu ne la verras plus petit bossu ta femme
Tu ne le verras plus petit bossu son cul.

9 - LES AMIS D’MONSIEUR
(Eugène Héros et Cellarius - Harry Fragson)
- Bien qu’il possède une femme charmante,
L’ami Durand est un coureur
V’là t’y pas qu’il remarque sa servante
Et qu’il la reluque en amateur.
Il lui murmure : « Dites donc, ma fille…
Entre nous, vous êtes fort gentille
Et votre personne, crénom d’un chien,
Au naturel doit être très bien. »
« Ah ! Monsieur - répond la petite bonne -
Ce que vous m ‘dites n’a rien qui m’étonne
Car, fit-elle d’un air étourdi
Tous les amis de Monsieur m’ l’ont déjà dit. »
- Durand, de plus en plus, s’emballe.
A la petite bonne, il fait la cour
Et pour décrocher la timbale,
Il lui jure toute une vie d’amour.
« Voyons, fais pas la dégoûtée.
Au contraire, tu d’vrais être flattée.
Dans ta chambre, je mont’rai sans bruit.
Laisse donc ta porte ouverte, cette nuit. »
« Ah ! Monsieur - répond la petite bonne -
C’ que vous m’ dites n’a rien qui m’étonne.
Parait qu’ je possède un bon lit.
Tous les amis de Monsieur m’ l’ont déjà dit. »
- Au rendez-vous, elle fut fidèle,
Mais comme elle hésitait un peu,
Durand s’excitant de plus belle,
Avait la tête, le cœur en feu.
Voyant qu’elle retirait sa chemise
En dev’nant rouge comme une cerise,
Il s’écria tout folichon :
« Je n’ai jamais vu d’aussi beaux nichons ! »
« Ah Monsieur » - répond la petite bonne -
C’ que vous m’ dites n’a rien qui m’étonne.
J’ comprends que vous soyez ébahi.
Tous les amis de Monsieur m’ l’ont déjà dit ».
 - Comme Durand a de la galette
Et qu’il n’est pas vilain garçon,
Elle fit pas longtemps la coquette
Et céda sans faire de façons.
Ici des points pour la censure
Puis il s’écria : « Je t’assure,
J’ te trouve exquise, c’est merveilleux
Et que ma femme tu t’y prends bien mieux ».
« Ah ! Monsieur - répond la petite bonne -
C’ que vous m’ dites n’a rien qui m’étonne,
Que j’ m’y prends mieux qu’ ta femme, pardi !
Tous les amis de Monsieur m’ l’ont déjà dit. »

10 - Henri’s blues
(Nathalie Joly)
Vivre âgée, n’en être point morte. Quelle merveille ! Comme un buveur de bière contemplant ses soucoupes je regarde la pile de mes ans. Les barrières qu’il a fallu sauter, les montagnes qu’il a fallu franchir, les mains absentes quand on criait à l’aide, les abuseurs de vos faiblesses, les tragédies de votre cœur, celles de votre corps, les crachats sur votre âme, les ciseaux sur vos ailes, et compter sur vos doigts les anges de votre vie. Assieds-toi à la table des disparus.

11 - Hindu melody - Mélodie Indienne

(Gurdjieff) (Georges Ivanovitch Gurdjieff / Thomas Hartmann)
- … Si j’ai aimé qui m’a haï, tant pis !
Si j’ai aimé qui m’a trahi, tant pis !
Si, par amour, souffrir j’appris, tant pis !
Si, sans me rendre, on m’a tout pris, tant pis !
Je suis Terrienne !
Effondrée de reconnaissance,
ô Terre !
Je suis ta Passante émerveillée…
 
12 - MOULIN ROUGE
(Maurice Boukay - Legay Marcel - Nathalie Joly)
- Sur la hauteur tout près des cieux
Quand la nuit descend sur la terre
On voit s’allumer les grands yeux
Du bruyant moulin de Cythère
Dis-nous pour qui tu mouds ton grain
Moulin pour qui tournent tes ailes
Pour la joie ou pour le chagrin
Mouds-tu pour eux, mouds-tu pour elle ?
Refrain : Moulin rouge, Moulin rouge, pour qui mouds-tu Moulin rouge pour la mort ou pour l’amour pour qui mouds-tu jusqu’au jour ?
- Je mouds pour que les pauvres fous
Les déshérités les malades
Aient moyennant quarante sous
leur part d’amour et de ballades.
Je mouds pour que les malheureux
les orphelins, les sans caresses
Aient des hiver moins rigoureux.
Je mouds pour que les meurt de faim
oubliant que leurs ventres grondent
S’enivrent de rythmes sans fin,
Je mouds pour que les assassins
éblouis laissent passer l’heure
où les ventrus et les malsains
regagnent tremblants leurs demeures.
- Sur la montagne des Martyrs
je mouds le rêve et l’Harmonie,
je mouds l’or et les repentirs,
le rachat par l’ignominie.
Je mouds un avenir meilleur
Je mouds pour eux je mouds pour elles,
je mouds un avenir meilleur,
par la croix rouge de mes ailes.

13 - Blues de la femme

(Nathalie Joly)
La jalousie ? C’est la haine des impuissants - Ah les femmes ! Comme elles se jouent de la bêtise masculine, quel pouvoir elles ont dans ce marché de l’amour. La femme sait qu’en amour l’œil de l’homme est le dictateur de son désir, que c’est l’œil d’abord qui dirige le choix de l’homme. La femme sait cela. Son jeu est magnifique à observer. Maquillage truquage ouverture fermeture seins remontés ventres plats aspiration augmentation réduction liposuccion épilation rhinoplastie autoplastie génioplastie nympho plastie gommages stoppages bandages et Hop-là ! Plus d’ ballottage ni d’âge! Y a t-il un Monsieur qui consentirait à de pareils martyrs pour séduire une femme ? Jamais de la vie ! D’abord les hommes ne sauraient pas. Leurs possibilités sont très limitées : ou un ventre qui rentre ou un ventre qui sort c’est tout ce qu’ils nous offrent pour nous distraire il n’y a pas d’ quoi s’amuser follement non vraiment. Un pauvre homme n’est qu’un pauvre homme qui toute sa vie restera le même. Tandis qu’une femme, en soixante ans, sera trente femmes.

14 - L’ENFERMÉE
(Paroles Gaston Couté - Musique Léo Daniderff - arrangements Nathalie Joly
© ÉDITIONS FORTIN)
J’ vis cheuz mes enfants
parce qu’on m’ trouve berlaude
Y m’ coupe du pain blanc, rapport à mes dents
Y m’ donnent de la soupe ben grasse
et ben chaude
Et du vin avec deux bouts d’ suc’ dedans
Y font du bien aise autour de mon âge
Mais ça c’est l’ médecin qu’en est cause bien sûr
Y m’enferment dans l’clos comme une pie en cage
Et j’ peux pas aller plus loin qu’ les quat’ murs !
La porte ! Y veulent pas me l’ouvrir la porte !
Quoi que j’ leur ai fait ? Qu’y veulent pas
qu’ je sorte,
Mais ouvrez-la moi donc la porte !
Hé les bieaux faucheux qui partent en besogne
Non ch’uis pas berlaude j’ai tout mes esprits
ch’uis même corps solide et j’ai forte pogne
Si vous faut quelqu’un pour gerber v’nez m’quérir
Oh… J’ voudrais bien aller aux champs
comme tout l’ monde
J’ai honte de rester comme ça sans œuvrer
A c’ t’heure qui fait doux et qu’ la terre est blonde
Si vous m’ défermez, c’est vous qu’hériterez
La porte ! Mais ouvrez-la moi donc la porte !
Quoiqu’ j’ vous ai fais ? Qu’ voulez pas
que j’sorte !
La porte que j’ vous dis ! La porte !
Hé mon beau Jean-Pierre qu’est déjà qui fauche
Y disent que j’ suis vieille mais tu sais ben qu’ non
A preuve c’est que j’chuis encore tell’ment gauche
Que j’ fais coquelicot en disant ton nom
Oh Viens j’ nous marierons tout d’ même
et quand même
Malgré qu’ t’ai pas d’quoué pour la dote que j’ai
Oh Viens t’en m’ d’ défermer si c’est vrai
qu’ tu m’aimes
Et courrons acheter l’ bouquet d’oranger…
La porte ! Faudra bien qu’ tu m’ l’ouvres la porte !
Quoi que j’ t’ai donc fait qu’tu veux pas
que j’sorte ?
La porte que j’ te dis ! La porte !
Mais l’ galant qu’ j’appelle c’est défunt
mon homme
Mais les bieaux faucheux passent pas d’ ce temps là
Mais ce s’rait donc vrai que j’ chuis berlaude comme
Ils s’le racontent tous ; Il tombe du verglas !
Ya pourtant quelqu’un qui frappe à ma porte
C’est Monsieur l’curé, les chantres et l’ bedeau
Qui viennent défermer sur terre les vieilles mortes
Pour les enfermer dans l’champs aux naviots.
La porte ! On me l’ouvrira bien la porte,
Le jour de l’enterrement, faudra bien qu’ je sorte,
Vous l’ouvrirez que j’dis ! La porte !!

15 - FLEUR DE BERGE
(Jean Lorrain - Yvette Guilbert -
arrangements Nathalie Joly © SGDL)
- J’ fis connaissanc’ au mois d’ décembre
Auprès d’ Billancourt
D’un marinier rouquin comm’ l’ambre
Un vrai brin d’amour
C’ gars mielleux me dit :
C’est pas d’la bêche, t’as rien des nichons
Vrai j’ t’offrirais bien quoiqu’en dèche
Un’ frit’ de goujons
{Refrain:} I m’app’lait sa goss’, sa p’tit’ môme
Dans l’ jour en bateau,
 
I m’prom’nait la nuit, fou d’ma peau
I’m’ caressait fallait voir comme
C’était un gars, c’était un homme
- L’ soir au Lion d’or, par des temps d’ neige
Au coin d’un bon feu
J’ lui faisais des tas de sortilèges
pour l’ monter un peu
Causant comm’ un chat qui miaule
d’suit’ y riochait

Et m’disait : rentrons à la piaule
Voir le beau brochet
- Que je t’ai pêché la p’tite ?
{Refrain :}
- C’était trop beau, l’ ciel est canaille,
Quand on est heureux
Ça dure jamais ! Faut que j’ m’en aille
Ma poitrine sonn’ creux
Le méd’cin dit que je m’ décolle
Grâc’ à c’ beau train-là
Qu’ dans deux mois j’ déviss’ ma boussole
Faut partir… Y’a pas !
Il m’app’lait sa gosse, sa p’tit’ môme
Dans l’ jour en bateau
I ‘ m’prom’nait la nuit, fou d’ma peau,
I m’ caressait fallait voir comme !
J’ pourrai jamais aimer d’autre homme.

17 - DAS MÄDCHEN mit den
Schwefelhölzern
(Friedrich Hollaender)
(La petite fille aux allumettes)
- Parcours le Monde jusqu’à effacer ton ombre, jusqu’à disparaître, devenir le brouillard vivant des autres, une esquisse, quelques traits…
Alors tous, amoureux d’eux-mêmes deviennent amoureux de toi, tu deviens le sculpteur derrière le paravent.



Je suis Terrienne, effondrée de reconnaissance,
ô Terre, je suis ta passante émerveillée

Parcours le Monde Yvette, jusqu’à effacer ton ombre
jusqu’à disparaître, devenir le brouillard vivant des autres
une esquisse, quelques traits...


Égérie des cabarets montmartrois de la Belle Époque, Yvette Guilbert, dont les traits ont été immortalisés par Toulouse Lautrec, est une grande figure de notre patrimoine. La comédienne et chanteuse, Nathalie Joly, dont c’est le troisième disque consacré à la grande ambassadrice du parlé chanté, réalise un formidable travail d’interprétation et de mise en musique du répertoire de celle qui fut sans doute la première chanteuse moderne. L’univers de la « Diseuse fin de siècle », engagé, drôle, poétique, est empli d’une force et d’une audace que Nathalie Joly interprète avec justesse et pertinence. Une œuvre intemporelle, annonciatrice de celle des grandes chanteuses à textes du XXe siècle, à laquelle Nathalie Joly redonne toute sa symbolique contemporaine.    Augustin BONDOUX & Patrick FRÉMEAUX

Yvette Guilbert was a great figure in France’s heritage (a poets’ muse in Montmartre during the Belle Époque), and her face was made immortal thanks to Toulouse Lautrec. Singer/actress Nathalie Joly now devotes a third album to the great female Ambassador of spoken texts in song, and you can hear the wonderful performance she’s accomplished in setting music to these songs from the woman who was probably the first modern songstress in France. The world of Guilbert — the “fin de siècle commentator” — is full of poetry, wit and commitment, and its strength and daring is echoed as Nathalie Joly sings her universe with pertinence and finesse. She restores all the contemporary symbolism of these timeless works announcing the great chanson artists of the 20th century to come.    Augustin BONDOUX & Patrick FRÉMEAUX


 1 - Entrée d’Yvette 0’50 - Sur la scène 2’06 = 2’57
 2 - Blues de l’absinthe 3’23
 3 - Pourquoi n’êtes vous pas venu ? 4’17
 4 - Les femmes comme moi 1’49
 5 - Nous nous plûmes 3’11
 6 - A présent qu’t’es vieux 2’26
 7 - Les dames trop mûres 3’05
 8 - La bossa du bossu 2’08
 9 - Les amis de Monsieur 2’30
10 - Henri’s blues 1’05
11 - Hindu melody - Mélodie Indienne 1’51
12 - Moulin rouge 3’52
13 - Blues de la femme 1’26
14 - L’enfermée 3’32
15 - Fleur de berge 3’52
16 - Le manque de mémoire 2’29
17 - Das Mädchen mit den Schwefelhölzchen 3’44
18 - Les Mignons 3’48



Nathalie Joly
Chant et textes (1-3-4-10-12-13-17)
Jean-Pierre Gesbert
Piano, trompette (7) et chant (17)
Théo Girard
Contrebasse (2-6-8-9-16)
Nathalie Joly et Jean-Pierre Gesbert
Arrangements et compositions (1-10-13)


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