« C’est passionnant, précis » par Culture Jazz

« Le calembour était une pratique fréquente dans Jazz-Mag ; je me souviens d’un "Ledru-Rollin", article sur Sonny Rollins -blague purement parisienne et métropolitaine. Le titre "Jimmy joue free" était parfait, sauf à expliquer le "free", plutôt associé à Ayler, Ornette Coleman, Cecil Taylor, à l’exaspération plutôt qu’à la tranquillité qui émanait de la musique de JG.
Carles part d’un constat, cela fait trois ans que JG n’a rien enregistré, ce qui lui donne sans doute l’idée d’analyser l’oeuvre de JG en revenant en arrière dans le temps. Cette forme s’accorde avec son analyse, qui voit l’évolution de la musique de JG "comme une ample spirale, pure et régulière " (p. 33).
Successivement, l’a. analyse les trois derniers disques de JG qui forment une trilogie : Thesis, Fusion, Free Fall. Puis il passe à la période Verve et enfin à celle de Capitol, pour terminer par la naissance de notre héros.
A l’époque de la parution, cet article a été d’autant plus important que beaucoup d’amateurs connaissait très mal la musique de JG, les disques américains étant rares et chers. Nous étions obligé de rêver cette musique avec des bribes de réel -entendu à la radio- et les descriptions lues dans les revues de jazz.
[La petite histoire dans la grande histoire. Samedi 11 mai 1968, vers huit heures d’un matin gris, des petits feux au milieu du boulevard Montparnasse. Devant la porte du Grand amphi d’Assas, une poignée d’étudiants attends l’ouverture de la porte. Un appariteur arrive suivi du professeur Jean-François Lemarignier en toge, comme cela se faisait. Soudain, cet éminent professeur d’Histoire du droit déclare : "Mon fils est mort pendant la guerre d’Algérie (Murmures d’étonnement et de compassion) Si la violence doit s’exercer dans cette faculté, c’est contre moi" (un mouvement d’enveloppement de toge. Stupéfaction des étudiants présents). Alors le doyen, M. Alain Barrère, arrive, nous dit qu’il ferme la fac et nous demande de sortir. Ce que nous faisons et nous allâmes au Quartier-Latin. Retour à l’Histoire.
Nota Bene : Mes musique de mai 68 : Stan Getz, For Musicians only / Bix Beiderbecke, CBS vol. 1/ Coltrane , Live at theVillage Vanguard again].
Daniel Baillon adopte une narration chronologique, reprenant l’histoire avant 1968, parce qu’il y a beaucoup d’enregistrements inédits que Philippe Carles ne connaissait pas. Daniel Baillon étudie soigneusement les enregistrements des différentes formations de JG et en relève les implications musicales et la continuité artistique de JG, souvent commentés par des textes de Jimmy Giuffre lui-même. C’est passionnant, précis et mérite une écoute parallèle.
Ensuite vient un résumé de la carrière de Jimmy Giuffre (p. 123) et une analyse de sa postérité musicale. Puis Daniel Baillon livre une analyse globale de l’importance de Jimmy Giuffre (p. 141) et finalement le dernier chapitre : « Jimmy Giuffre et le free jaz z ».
L’ouvrage comporte une discographie et un index, très bien venu. On regrette l’absence d’une table qui reprendrait tous les noms des paragraphes, cela aurait fait une jolie litanie. »
Par Philippe PASCHEL – CULTURE JAZZ