« Une heureuse anthologie » par Jazz magazine

Les historiens du jazz accordent rarement à Don Byas la place qu’il mériterait. Alain Tomas, concepteur de cette anthologie et auteur d’un copieux livret, note à juste titre que lui-même influença nombre de saxophonistes, de Lucky Thomson à Benny Golson ou Bobby Jaspar, lequel le faisait figurer dans son panthéon. La partie la plus féconde d’une carrière bien remplie et entamée très tôt (à douze ans, il jouait de l’alto dans l’orchestre de Benny Moten) s’articule autour de deux pôles, New York, à partir de 1937, puis Paris. Après avoir été recruté en 1941 par Basie, il participera même aux balbutiements du bebop au Minton’s. Une période jalonnée d’enregistrements de premier plan, avec Basie, Andy Kirk, Hot Lips Page (« These Foolish Things », en 1944, un an avant la fameuse version de Lester), sans oublier « Bebop » au sein du Dizzy Gillespie Sextet ni évidemment, à la tête de son quartette, « Laura ». Un thème qui reste attaché à son nom et dont il fut un des rares ténors, sinon le seul, à jouer systématiquement le « verse » en concert. Une tournée européenne le conduit à Paris où il choisit de se fixer. Il y restera dix ans avant de résider au Danemark jusqu’à sa mort en 1972. Entre 1946 et 1955, il, gravera chez nous, à la tête de combos qui comptent essentiellement des Français, au demeurant très discrets – Maurice Vander, Martial Solal, Géo Daly, Pierre Michelot – quelques titres qui assoient sa réputation d’incomparable interprète de ballades. Sa technique superlative, une sonorité suave alliée à une aisance mélodique et harmonique lui permettaient de transmuer les morceaux les plus banals en pépites précieuses comme en témoigne cette heureuse anthologie.
Par Jacques ABOUCAYA – JAZZ MAGAZINE