« « La musique est une histoire intime d’individu, de vie. Aujourd’hui, j’assume totalement qu’un de mes trucs préférés dans les parties de batterie, c’est le silence. » Sans elle, pas de soutien rythmique, les contres-temps s’évaporent, la pulsion musicale serait proche de l’inertie et adieu le battement de la terre qui secoue la funk, le jazz, le rock… Le rythme c’est la vie, la vie c’est le rythme. Demande à Art Blakey qui prenait les commandes de son hard-bop à la limite de la courtoisie, à Charlie Watts le frustré discipliné et magistral du rock qui apportera une grande partie de ses lettres de noblesse aux Rolling Stones, ou à Maureen Tucker (la première batteuse rock de l’histoire ?) qui savait placer la frappe d’une baguette dans le gant d’un Velvet. Parce que la part de féminité derrière des fûts s’expose rarement sur le devant de la scène, Swanny Elzingre érige les lettres de noblesse d’un art et nous parle d’une passion, d’un chemin au parti pris, d’un langage universel mais dont l’initiation est primordiale. De ses débuts en autodidacte à la professionnalisation de son art, ce livre retrace le parcours pas toujours évident d’une batteuse (battante !) qui saura se faire une place dans un monde particulièrement masculin. Et comme elle le dit si bien : « Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de notes, qu’il n’y a pas de langage… », et çà, Lightnin’ Hopkins l’avait bien compris. Chouette petit livre témoignage dont les couleurs féminines mettent beaucoup de douceur dans ce monde de frapadingues. Des références essentielles pour appuyer ses dires, combinées à une réflexion presque philosophique du silence comme de la rythmique, donneront, par cet objet de papier, la pulsion de battre ses premières mesures. Et regarder par-dessus son épaule si le monde répond… »
Par Patrick DERRIEN
