« Sans doute le chanteur le plus imparable du rock des années 1950 » par Jazz Magazine

Incandescent, explosif et théâtral ce petit-fils de pasteur baptiste a sans doute été le chanteur le plus imparable du rock des années 1950. Si ses rivaux noirs et blancs ont puisé dans son répertoire d’éruptions vocales et d’onomatopées percutantes, c’est que Little Richard avait « du bagage » et imprimait à ses interprétations autant de rigueur que d’intensité. Son charisme et sa sexualité compulsive, ses coiffures « pompadour », son immersion dans les soirées de travestis, les remords sincères et cocasses qui en firent notamment un adventiste du Septième jour, sont à coup sûr indissociables d’un rock’n roller prompt aux revirements. Mais il a transité par les rassemblements religieux et la glossolalie des fidèles pentecôtistes, les spectacles itinérants de type « vaudeville », le piano d’église ou de bastringue, les orchestres de jump blues et les rencontres clés (Sister Rosetta Tharpe, Billy Wright, Bumps Blackwell, Joe Lutcher…). Sa voix mémorable, qui entraîne l’orchestre et prépare le terrain à James Brown et à Otis Redding, incarne la sonorité la plus compacte d’un rock né des noces du gospel, du boogie et du R&B. L’équipe du studio néo-orléanais de Cosimo Matassa, avec le sax Lee Allen et le batteur Earl Palmer, l’a captée et entourée à la perfection dans le swing furieux de « Long Tall Sally » ou de « Good Golly Miss Molly », le balancement chaloupé de « Slippin’and slidin’’ » ou les blues ballads si prisées du sieur Richard. Ce coffret, dominé comme il se doit par sa période Specialty, offre aussi un bon aperçu de ses débuts sur RCA et Peacock (avec l’orchestre de Johnny Otis), ainsi qu’une sélection de ses enregistrements de gospel (on regrette l’absence de « Travelin’Shoes » dans les faces Atlantic) et de son retour maquillé au rock/R&B. Pour ceux qui savent ce qu’il faut de finesse pour réussir les « tirs dans le mille ».
Par Philippe BAS-RABERIN – JAZZ MAGAZINE