« Les espoirs démocratiques du continent » par l’Humanité

« Le groupe lyonnais s’attache à faire revivre le répertoire d’artistes latino-américains qui, dès les années 1960, ont chanté les espoirs démocratiques du continent avant qu’ils soient écrasés par les dictatures. Un travail qu’ils prodiguent sur scène et dans leur dernier album, « Una historia americana ». (...) fringante plongée dans le répertoire de la nueva cancion (« nouvelle chanson » en français, NDLR) latino-américaine.

L’expression recouvre le large vivier de chansonniers dont la musique s’est emparée de la jeunesse sud-américaine dans les années 1960, mêlant l’héritage indigène à la protest song nord-américaine. Une scène broyée par les dictatures d’extrême droite avant de revivre, en partie, dans un exil européen. Parmi ses noms les plus illustres, les Chiliens Victor Jara, Angel et Violeta Parra ou les Argentins Mercedes Sosa et Atahualpa Yupanqui, quoique ce dernier, connu dès les années 1950, en fut en quelque sorte un précurseur.

Mais aussi, mis à l’honneur dans Una historia americana, l’Uruguayen Daniel Viglietti, les Argentins Horacio Guarany et Victor Heredia, le Péruvien Nicomedes Santa Cruz ou le Chilien Julio Numhauser, fondateur du groupe Quilapayun. « On a l’impression qu’aujourd’hui, tout est oublié, c’est effarant », s’indigne Séverine Soulayrès, chanteuse et guitariste cofondatrice de Vidala.

(...) Né en 2014, Vidala tire son nom d’une musique des Andes argentines qu’Atahualpa Yupanqui avait en son temps magnifiée (Vidala para mi sombra), « qui chante les grands espaces intérieurs dans les grands espaces extérieurs. C’est vraiment le blues des Sud-Américains », détaille Christophe Jacques. Le mot « projet » est souvent galvaudé, mais il y a bien de cela dans la manière qu’a le groupe (avec les percussionnistes et chanteurs Raphaèle Frey-Maibach et Baptiste Romano) de mêler les disciplines, musique, danse, vidéo, poésie, pour susciter les croisements et nourrir un dessein par bien des aspects politiques.

(...) Déjà en 2015, Vidala sortait un premier album éponyme « dans l’optique de découvrir la musique sud-américaine, avec autant de musiques traditionnelles que de textes engagés ». Puis un second en 2021, Cantando al sol, élaboré avec des artistes et poètes sud-américains et des universitaires. « Ce qui nous intéressait, c’était la place de l’artiste dans le mouvement social », se souvient Christophe Jacques.

« Et des femmes ! » renchérit Séverine Soulayrès, qui tient à préciser qu’un poème de l’écrivaine et militante féministe argentine Alfonsina Storni, qui s’est suicidée en 1938, y avait été mis en musique. Un projet au long cours, donc, aujourd’hui hébergé par la maison Frémeaux et associés sous le label « Mémoire collective », un choix mûrement réfléchi par le groupe.

« Ils ont une politique de non-déréférencement, indique Christophe Jacques. Car maintenant que des réactionnaires reviennent au pouvoir dans les pays sud-américains, on observe un déréférencement général. Plein d’auteurs ne seront plus édités. C’est un vrai problème qu’ont soulevé musiciens et sociologues là-bas. Il s’agit quand même de la mémoire d’un peuple ! » (...) »

Par Clément GARCIA - L'HUMANITE