« Permis d’espérer » par Le Monde

« Alors que de trop nombreuses forêts européennes sont transformées en usines à bois par la monoculture et les coupes rases, la Confédération helvétique expérimente une technique ancestrale qui favorise la fraîcheur et la biodiversité.
« Renouer avec le sauvage »
Toute la Suisse ne pratique pas la forêt pérenne, tant s’en faut. Néanmoins, la loi fédérale du 4 octobre 1991 régissant les forêts oblige à maintenir la surface forestière totale du pays. « Un pays voisin de la France dispose d’une loi forestière exemplaire promouvant les forêts naturelles mixtes, interdisant la coupe rase et les engrais de synthèse, et garantissant à chacun l’accès libre à tous les boisements privés ou publics », note Ernst Zürcher, conscient de la distance qui sépare cette approche de celle de la France, qui, comme d’autres territoires initialement enforestés, a perdu la totalité de ses paysages forestiers d’origine. « Face au réchauffement climatique, la forêt en couvert continu devrait se généraliser », estime Mélila Saucy, attablée, à 1 070 mètres d’altitude, sur le promontoire d’une auberge de montagne, à Bettlachberg. 

En face d’elle, la réserve forestière du Bettlachstock s’étend avec ses hêtraies pluriséculaires, classée au Patrimoine mondial de l’Unesco. Celle-ci a été laissée en libre évolution, elle n’est pas exploitée et constitue un habitacle essentiel pour la biodiversité. Dans Les Droits de la nature vs les droits de l’environnement (Frémeaux & Associés, 360 pages, 26 euros), ouvrage collectif dirigé avec le philosophe Dominique Bourg, Ernst Zürcher plaide également en faveur du « réensauvagement » de parcelles substantielles, grâce à la réintroduction des grands prédateurs carnivores – loups, lynx et ours – afin de limiter la surpopulation de leurs proies, des animaux qui surconsomment les végétaux. « La reforestation d’une part suffisante en libre évolution est l’élément déterminant d’une réinsertion harmonieuse des activités humaines au sein des écosystèmes qui les rendent possibles », déclare-t-il. »
Par Nicolas TRUONG – LE MONDE