« Une archive sonore précieuse » par le Journal de médecin

Réunie sur un CD, une sélection des cours que Michel Bouquet dispensa au Conservatoire National supérieur d’Art Dramatique en 1986 et 1987. Une archive sonore précieuse, proposant une exigeante éthique de l’acteur. Lieu commun : l’acteur serait cet être d’exception capable de sentir les choses et de les transposer d’emblée sur scène. Erreur ! Le métier, selon Michel Bouquet, ce serait plutôt l’inverse. Une pratique aux antipodes des illusions spontanéistes trop souvent colportées : « L’important pour un acteur, c’est que le style se dégage de la réflexion », assène-t-il en préambule de sa leçon inaugurale. Et, au fil de cette année d’enseignements dont ont été sélectionnés les moments les plus forts, il ne cessera de proposer à sa classe des éléments pour une éthique du jeu d’acteur. « Quand on est acteur, on sent. Alors, ce n’est même pas la peine d’en parler ». Dès lors, « l’art de l’acteur, ce n’est pas l’art de sentir, c’est l’art de réfléchir ». En fin de compte, comme le suggère une de ses élèves, l’idéal de l’acteur serait de réussir à disparaître (spécialité de l’excellent Michel Bouquet, au théâtre comme au cinéma) : parvenir à quitter son humeur du jour, « prêter sa sincérité » au personnage et, surtout, « ne pas prendre la place de l’auteur ». Excellente mise en perspective des contradictions, pièges et difficultés de l’interprétation, ces leçons signées Bouquet ont tôt fait de lui ressembler, faisant de l’humilité et du doute deux précieux alliés.  
O.I. – JOURNAL DE MÉDECIN