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ACCORDEON
Musette Virtuoses Paris 1944-1954
Volume 3 








Ce troisième volume consacré exclusivement à l’accordéon fait chronologiquement suite aux deux précédents réalisés en 1992 et 1993 par le regretté guitariste Didier Roussin. Ces deux compilations faisant la part belle aux années 40, celles de l’Occupation, il était évident d’y voir figurer en bonne place les accordéonistes dits “swing” de l’époque, Gus Viseur et Tony Muréna, auxquels l’ami Didier Roussin vouait à juste raison la plus vive admiration. Au lendemain de la Libération, l’accordéon va plus que jamais devenir l’instrument le plus populaire, celui des bals de toutes les classes sociales, des plus célèbres bals musette de la capitale à la plus modeste fête de campagne, en passant par les kermesses, les manifestations commerciales, les fêtes foraines et les réunions familiales et amicales. Curieusement dès 1945, Tony Muréna surtout, Gus Viseur de façon moins systématique et quelques autres ne vont pratiquement plus enregistrer de fox imprégnés de jazz comme ils le firent abondamment durant les années noires, pour sacrifier à la mode des chansons populaires. Magistralement interprétés par nos géants de l’accordéon, de nouveaux succès vont faire danser la France entière en ces jours heureux enfin retrouvés, sur les rythmes traditionnels : valses, javas, marches, tangos… mais aussi les nouvelles danses nées sous d’autres cieux : boléros, sambas, guarachas et même la raspa. Dans cette nouvelle sélection, à travers plusieurs milliers d’enregistrements en ma possession, j’ai tenté de constituer le panorama le plus éclectique qui soit de dix ans d’accordéon en France (de 1944 à 1954).  Dans le CD N°1, vous seront présentés quelques vétérans, énormes vedettes déjà durant les années 30, tels ALEXANDER, VAISSADE et DEPRINCE négligés, sans doute volontairement dans les deux précédents volumes, mais dont les disques réalisent encore d’énormes chiffres de vente au lendemain de la Libération. Mais l’essentiel de ce coffret, notamment avec le CD N°2, est consacré à la mise en exergue des accordéonistes exceptionnels de la nouvelle génération de l’après-guerre, ceux qui prirent la relève des rares virtuoses des précédentes décennies (Emile Vacher, Deprince, Médard Ferrero…), ces pe­tites précisions justifiant le titre de ce volume : MU­SETTE-VIRTUOSES PARIS 1944-1954. Certains d’entre-vous s’étonneront sans doute de l’absence de quelques noms de l’accordéon populaire des années 50, mais la présence d’enregistrements de quelques soi-disant virtuoses que la courtoisie la plus élémentaire m’interdit de nommer ici, au côté de ceux de Marcel Azzola, Freddy Balta et Gilbert Roussel, eût été une “douche écossaise” pour les puristes de l’accordéon auxquels je m’associe. Partageant inflexiblement cet avis, j’ai donc opté pour ce choix lors de la réalisation de ce double CD. 

CD N°1 
Accordéoniste populaire s’il en fut dès le milieu des années 20, Jean VAISSADE était né en 1911 à Cougoussac, un hameau près de Nasbinals (Lozère). Il fit ses débuts dans les bals de la rue de Lappe et à l’âge de quinze ans il enregistrait déjà des disques à saphir avec au banjo… Django Reinhardt. Il s’est produit dans tous les bals musette de la capitale dont l’Eden (rue Au Maire) et le Tourbillon (rue de Tanger). Compositeur doué et surtout mélodiste inspiré, ses premières œuvres furent rapidement d’énormes succès durant les années 30, dont 22 titres enregistrés par Rina Ketty qu’il avait épousée en 1938 ; la même année, elle enregistrait son immortel paso-doble à trois temps “Sombreros et mantilles”. A partir de 1940, grièvement blessé à l’épaule sur le front de Belgique et paralysé du bras droit, Jean VAISSADE fit appel à son ami Adolphe Deprince pour le remplacer lors de ses enregistrements pour le label Gramophone. En 1945, il peut enfin reprendre le chemin des studios mais c’est antérieurement que fut gravé “La morena” (CD1 - N°1), un paso-doble de sa composition, précédemment enregistré en 1942 chez Pathé par la chanteuse Rose Avril. Au lendemain de la Libération, les disques de Jean VAISSADE furent encore de toutes les manifestations dansantes et festives ; c’est aussi en 1945 qu’il a composé “Le retour des cigognes” (CD1 - N°2) sur des paroles de son éternel complice Léon Depoisier dit Chanty, une valse néo-alsacienne créée et immortalisée par Lina Margy. Pour l’enregistrement de cette composition, Jean VAISSADE a fait appel au chanteur Roger Gerlé, lequel devra l’essentiel de sa notoriété à la dizaine de refrains chantés en compagnie de notre accordéoniste. A partir des années 60, Jean VAISSADE s’est consacré exclusivement à la musique folklorique auvergnate en gravant encore pour différents labels de nombreux titres, la plupart étant de sa composition : “Ma pastourelle”, “Les genêts d’or”… Propriétaire d’un café proche de la gare de Vincennes, Jean VAISSADE nous a quittés le 1er juin 1979, laissant derrière lui l’une des plus abondantes discographies d’accordéoniste et d’im­mortels succès populaires. Bien que ne possédant pas la technique instrumentale de Jean Vaissade, Maurice ALEXANDER a mené une carrière présentant une grande similitude et un certain parallélisme avec celle du compositeur de “Sombreros et mantilles”. Né en 1902, il découvre en 1916 l’accordéon qu’il étudie d’abord seul avant de prendre des leçons avec les Frères Charles et Michel Péguri. Comme Vaissade, il se produit dès 1921 rue des Vertus, puis chez Bousca et au Petit Balcon à la Bastille et à “Ça Gaze” à Belleville. Parfait homme d’affaires, il doit aussi sa grande popularité en animant au début des années 30 plusieurs tours de France aériens des avions de tourisme et le Tour de France cycliste. Il enregistre un nombre incalcu­lable de 78 tours tout d’abord chez Parlophone, puis sur l’étiquette Columbia, label auquel il restera fidèle jusqu’en 1956, marquant la fin de sa longue et prolifique carrière discographique. Comme Vaissade aussi, Maurice ALEXANDER a le don de la mélodie populaire et ses compositions chantées par les plus grandes vedettes du moment sont encore dans bien des mémoires : “Le refrain des chevaux de bois” (Ray Ventura et son or­chestre), “Tel qu’il est” et “La môme catch-catch” (Fréhel), “La rue de notre amour” (Damia), “Brin d’amour” (Lina Margy), “Adèle” (Bourvil)… Pour ses enregistrements, à l’instar de Vaissade et Deprince et jusqu’à son dernier disque, Maurice ALEXANDER a renforcé la traditionnelle formation musette d’un saxo- alto (au large vibrato surtout dans les contre- chants), mais aussi d’une trompette et quelquefois d’un xylophone, donnant ainsi une couleur rétro et désuète mais non sans charme à ses interpré­tations, une sonorité qui immanquablement évoque les fêtes populaires, les bals de campagne d’une époque hélas révolue. Maurice ALEXANDER (la comparaison m’en revient, je pense) est à l’accordéon ce que les naïfs sont à la peinture ; n’est-ce pas là le plus beau compliment que l’on puisse faire en regard d’un accordéoniste techniquement limité ? Dans sa gigantesque production discographique, j’ai choisi deux de ses compositions : “Java du printemps” (CD1 - N°3) où les cuivres s’en donnent à cœur joie et l’une de ses plus charmantes valses “Brin d’amour” (CD1 - N°4) qui chantée par Lina Margy a connu un confortable succès populaire. Autre figure légendaire de l’accordéon dès le début des années 30, Adolphe DEPRINCE fut aussi prolifique dans ses compositions que par la quantité de disques enregistrés sur une quinzaine de labels différents. DEPRINCE est né en 1901 à Malines en Belgique, où son père chef de musique lui enseigne le solfège à l’âge de six ans. Seul il  s’initie à l’accordéon jusqu’à devenir un véritable virtuose de l’instrument que s’arrachent, comme accompagnateur, les plus grandes vedettes de la chanson. Ses innombrables compositions pré­sentant souvent une certaine difficulté d’exécution sont spécialement écrites pour l’accordéon et, contrairement à celles de Vaissade et d’Alexander, ne seront pas des succès populaires de la chanson, petite exception faite toutefois de “Monsieur Li- Phang” (CD1 - N°5) une rumba composée en collaboration avec Francis Baxter, créée et enregistrée par Patrice et Mario. “Après l’orage” (CD1 - N°6), autre composition de notre virtuose, est une polka à variations dans la meilleure tradition musette. Président et fondateur de l’Union Nationale des Accordéonistes Français et après une carrière exemplaire faite de talent, de mo­destie et de gentillesse, Adolphe DEPRINCE s’est éteint en 1995 (à l’âge de 94 ans !).  De tous les accordéonistes réunis dans cette compilation, Louis FERRARI est le seul a avoir pratiqué l’accordéon avec un clavier à touches- piano, bien qu’étant par ailleurs un virtuose du bandonéon. Né à Paris en 1910 et après une enfance passée en Italie, Louis FERRARI étudie l’accordéon-piano à huit ans et gagne sa vie en jouant dans les bals parisiens et de la banlieue. Sa discographie, beaucoup plus modeste que celles de ses confrères précédemment cités, se fera sur les étiquettes Parlophone, Odéon, Polydor, Festival et Fontana. Il doit sa grande popularité à l’émission radiophonique “On chante dans mon quartier” enregistrée à travers la France dès 1945 et présentée par Saint- Granier, Georges Gosset et François Chatelard, Louis FERRARI ayant la diffi­cile tâche d’accompagner au pied levé tous les concurrents amateurs de ce radio-crochet. De cette émission populaire où quelques talents pourtant se révélèrent au milieu d’une grande médiocrité, on se souvient de l’indicatif repris par toute la foule de spectateurs “On chante dans mon quartier” (CD1 - N°7) paroles de Francis Blanche et dont le refrain est chanté par le fantaisiste Jean- Fred Mélé, longtemps confiné dans cette fonction. Plus accordéonistique et d’un autre niveau mu­sical “La rabouine” (CD1 - N°8) valse en la mineur de Louis FERRARI fut adoptée par bon nombre d’instrumentistes soucieux de renouveler un répertoire dans lequel “Aubade d’oiseaux” et “Reine de musette” figuraient depuis longtemps en bonne place. Rappelons que Louis FERRARI, décédé en 1987, fut aussi un compositeur au talent confirmé : “Joue contre joue”, “Domino”, “N’oublie jamais”, “Un petit bout de satin”, “Moisson”…

Accordéoniste populaire par excellence, détenteur de la plus abondante discographie qui soit et débutée dès 1933, Emile PRUD’HOMME est né le 6 mars 1913 à Aubervilliers. Après avoir travaillé le piano il se passionne pour l’accordéon ; très doué il devient rapidement musicien professionnel dans les plus célèbres bals de Paris dont Chez Bousca et le Tourbillon. Dès le milieu des années 30, succédant à Emile Vacher, Marceau et Deprince, il est considéré comme étant le plus représentatif du véritable style musette à la ca­dence irréprochable particulièrement appréciée des bons danseurs et pour ne rien dire de son exceptionnelle gouaille de titi parisien. A partir de 1936, après avoir enregistré sur différents petits labels (Bengali, Ultraphone, Disc-Art…) Emile PRUD’HOMME signe un contrat d’exclusivité avec les disques Odéon sur lesquels il enregistrera près de 2000 titres, avant qu’une embolie pulmonaire ne l’emporte le 17 juillet 1974 à l’âge de 61 ans. Il me fut donc bien difficile de choisir deux titres parmi une telle production discographique. Avec “Et ça repart” (CD1 - N°9) on retrouve toute la gouaille légendaire de celui que ses admirateurs appelaient familièrement Mimile, une présence et une personnalité immortalisées dans le film “Le gang des pianos à bretelles” (1952) avec Ginette Leclerc, un film rare mais aujourd’hui disponible en D.V.D. Dans “Le merle chante” (CD1 - N°10) une traditionnelle polka à variations, nous saurons apprécier les talents de compositeur d’Emile PRUD’HOMME, mais aussi sa brillante technique jamais prise en défaut, l’originalité de son phrasé et sa précision dans l’attaque de chaque note.  Autre géant de l’accordéon et au style tout à fait différent, puisque n’utilisant jamais le registre vibration, Emile CARRARA fut en 1948 le fondateur du Club de l’Accordéon avec ses amis Emile Prud’homme, Tony Muréna et Gus Viseur. Appelé familièrement “Milo” par ses proches et ses admirateurs, Emile CARRARA était né le 2 août 1915 à Paris. Après avoir travaillé seul la technique de l’instrument, il fit ses débuts dans les bals de la rue Monge avant d’être engagé en 1936 chez Maxim’s durant deux ans. Dans les années 40, il a enregistré la plupart de ses compositions chez Pathé, très souvent à la tête d’un quartette dans lequel figure Pierre Fouad (batteur de Django au sein du Quintette du Hot-Club de France). Compositeur inspiré, privilégiant toujours les riches harmonies et les sonorités feutrées dans le choix des registres de son accordéon, aucune de ses œuvres ne peut être considérée comme un classique de l’accordéon, exception faite pourtant de “Volubilis” (CD1-N°11), son plus grand succès étant évidemment “Mon amant de Saint-Jean”, l’une des chansons les plus évocatrices de l’Occupation, mille fois reprise depuis sa création par Lucienne Delyle en 1942. Au lendemain de la Libération, Emile CARRARA sur le label Decca a enregistré ses nouvelles compositions et les succès les plus populaires du moment. En 1951, d’un goût sûr et avec beaucoup d’élégance dans le phrasé, il a gravé “Seul dans Paris” (CD1 - N°12) la superbe valse de Raymond Legrand et thème principal du film éponyme avec Bourvil et Magali Noël. A noter que l’on peut voir et entendre Emile CARRARA dans le film d’Alfred Rode “Boîte de nuit” (1950) où sa “Valse chaloupée” inspire une superbe chorégraphie à la danseuse et comé­dienne Claudine Dupuis. Après avoir longtemps enseigné l’accordéon dans son école du faubourg Saint-Martin et animé d’innombrables galas à travers la France avec son ensemble dont je fis partie un certain temps comme saxo-alto, flûtiste et clarinettiste au début des années 60, Emile  CARRARA nous a quittés en 1973.  Autre grand styliste de l’accordéon, Jo  PRIVAT fut particulièrement apprécié des danseurs émérites par sa cadence exemplaire et son phrasé reconnaissable entre tous et dans lequel , volontairement, les nuances ne sont que discrètement soulignées. Né en 1919 dans le quartier de Ménilmontant, Georges PRIVAT après ses pre­mières gammes sur un diatonique, prend sérieusement des leçons auprès de Paul Saive. Il fait son apprentissage en jouant dans les cours, puis rue des Vertus. En 1936 il fait la réouverture du Balajo rue de Lappe, dancing mythique où durant quarante ans il va faire valser les meilleurs danseurs de Paris et de la banlieue, sans parler des milliers de touristes croyant s’encanailler le temps d’une soirée dans ce temple parisien du musette. Toujours accompagné par les meilleurs guitaristes manouches lors de ses enregistrements et d’autre part excellent compositeur, on lui doit des cen­taines d’œuvres dont une majorité de valses aux superbes lignes mélodiques et aux riches harmonies parmi lesquelles : “Sa préférée” (CD1 - N°13) dans la meilleure tradition et “Mystérieuse” (CD1 - N°14) plus swinguée, sans oublier l’incontournable “Balajo” (CD1 - N°15) et “Valse fantôme” (CD1 - N°16) certes moins connue, mais ne manquant pas d’originalité. A la liste de ces chefs-d’œuvre, il faut ajouter : “Nuit blanche”, “Escadrille”, “Cauchemar”, “Im­pression gitane”… Décédé en 1996, personnage attachant et haut en couleur, ne serait-ce que par son étonnante facilité à parler l’argot, son humour des plus imagés dont je fus souvent l’heureux témoin, Jo PRIVAT reste aujourd’hui encore le personnage le plus légendaire de toute l’histoire de l’accordéon. 

Charley BAZIN fut avec Gus Viseur, Tony Muréna et Louis Richardet l’un des premiers  créateurs de l’accordéon-swing. Né le 2 juin 1912 à Paris, il pratique l’accordéon dès l’âge de  quinze ans et à partir de 1934 il s’impose comme l’un des plus brillants virtuoses dans tous les bals populaires de la capitale où, nourries des chorus des grands solistes de jazz, ses improvisations sont déjà remarquées. Mais la guerre va hélas interrompre ses activités ; fait prisonnier il  s’évade et rejoint la Résistance. Au lendemain de la Libération, après avoir fait les beaux soirs de la “Grande Roue” et “Chez Florence”, on le retrouve à l’accordéon, mais aussi à la guitare dans l’orchestre de Jacques Hélian. C’est à cette époque qu’il enregistre “After you’ve gone” (CD1 - N°17) avec André Karren au violon et la section rythmique de l’orchestre Jacques Hélian : Jacques Liébrard (guitare), Louis Pecqueux (contrebasse) et Christian Garros (batterie). Avec son ami Zappy Max, il poursuit ses activités au Radio-Circus que patronne Radio-Luxembourg et ce contrat ter­miné, il monte un orchestre attractif très sollicité pour l’animation de nombreux galas à travers la France. Pour ces spectacles, il est souvent accompagné de l’animateur Jean-Claude Théodore (également saxo-clarinette) et que remplacera un peu plus tard Dany Maurice. Le guitariste Mario Folchetti et le batteur Robert Péguet vont être aussi ses complices durant de nombreuses années. Charley BAZIN, musicien complet, fut aussi un compositeur de talent, notamment de “La valse du diable” (CD1 - N°18). Malgré un jeu brillant et incisif, une technique jamais prise en défaut, le sympathique Charley a enregistré peu de disques comparativement à ses confrères Muréna, Viseur et Carrara. Retiré au Lavandou où il pratiquait la pêche sous-marine, toujours passionné de musique, mais aussi de littérature, de philosophie et d’écologie, Charley BAZIN est décédé le 31 décembre 2002.  Avec ses amis Gus Viseur, Jo Privat et Emile Prud’homme, Tony MURÉNA reste aujourd’hui encore l’une des figures les plus emblématiques du monde de l’accordéon. Né en 1915 dans la région de Parme (Italie), le jeune Antonio MURÉNA vient s’installer avec sa mère à Nogent en 1923. Très jeune, extrêmement doué et parfait autodidacte, il prend toutefois quelques leçons avec Médard Ferrero et son cousin Louis Ferrari. Rapidement il est engagé dans les cabarets les plus chics de la capitale où il découvre le jazz. Dès l’été 1939, il signe un contrat d’exclusivité avec les disques Odéon auxquels il restera attaché jusqu’en 1954. Durant l’Occupation, en compagnie des Frères Ferret à la guitare, il enregistre toute une série de 78 tours, dont une majorité de fox de sa composition. En 1951, on le retrouve propriétaire du dancing “Le Mirliton” (Boulevard des Batignolles) où, entouré d’excellents musiciens, il officie en faisant la part belle aux thèmes de jazz. Tout aussi brillant au bandonéon qu’à l’accordéon, Tony MURÉNA pouvait aborder tous les  styles de musique. Contrairement à certains de ses confrères, et non des moindres, il parvenait à donner une âme à la plus médiocre des rengaines que ses éditeurs phonographiques lui imposaient parfois. Ainsi, les disques réalisés durant son contrat chez Barclay dès le milieu des années 50, furent enregistrés avec un registre musette à vibration. Que les nombreux admirateurs du grand Tony des belles années Odéon soient ras­surés, les deux enregistrements retenus ici sont antérieurs aux années Barclay. On lui doit quelques-unes des plus belles valses en mineur telles “Passion” et “Indifférence” (en collabo­ration avec Joseph Colombo), “Impasse des Vertus”, “Joyeux vagabond”, “La zone”… Bien qu’un choix soit toujours arbitraire, j’ai retenu “La valse chinoise” (CD1 - N°19) et une superbe interprétation en boléro de “Qui me délivrera ?” (CD1 - N°20) de mon amie Nicole Louvier. Et s’il fallait un paso-doble pour clore cette première sélection, son incontournable composition “Adios Sevilla” (CD1 - N°21), dans sa version enregistrée chez Festival en 1954, semblait parfaitement convenir. Tony MURÉNA nous a hélas quittés prématurément en 1971 à l’âge de 56 ans.    

CD N°2
Aujourd’hui encore, l’influence exercée par Gus VISEUR sur plusieurs générations d’accordéonistes reste considérable. Toutes proportions gardées, il fut à l’accordéon ce que Django Reinhardt était à la guitare, à la seule différence que l’illustre gitan est toujours unanimement reconnu comme étant le maître incontesté du jazz manouche. Gustave VISEUR est né le 15 mai 1915 à Lassines en Belgique wallonne. Dès l’âge de huit ans il joue déjà très adroitement dans un petit orchestre amateur et poursuit ses activités musicales dans les bals musette de la capitale dont “Le petit jardin” et au “Bal Tholozé” (18e). Au début des années 30, il découvre le jazz en compagnie de son ami Charley Bazin et se produit dans le quartier de Pigalle à “L’Ange rouge” et au “Chantilly”. Au Hot-Club de France, il rencontre Django Reinhardt et tous les merveilleux guita­ristes manouches (Pierre “Baro” Ferret, “Matelo” Ferret, Sarane Ferret…) avec lesquels dès 1938 il enregistre de nombreux thèmes de jazz et de superbes valses modernes, souvent de sa composition, pour les labels Swing et Columbia, soit un total d’une centaine de faces environ. Pourtant Gus VISEUR n’a pas le sens des affaires et au lendemain de la Libération, en préférant jouer la musique qu’il aime pour son propre plaisir, il va renoncer à une carrière d’accordéoniste popu­laire, celle faite par ses confrères et amis Muréna, Bazin et Privat, eux aussi pourtant des plus modernes, en refusant de sacrifier aux inévitables bals en province et autres galas. Tout en continuant d’enregistrer pour les disques Pacific et Ducretet-Thomson et après avoir ouvert un ma­gasin au Havre, Gus VISEUR se fixe au Canada de 1960 à 1969. De retour en France, la suite de sa carrière se fera alors loin des médias, quelques 33 tours seront encore enregistrés chez Barclay et chez Vogue et, à l’âge de 59 ans, Gus VISEUR dit “Tatave” nous a quittés hélas trop tôt le 25 août 1974. Heureusement, il nous laisse de magnifiques compositions toujours reprises par toutes les nouvelles générations d’accordéonistes : “Jeannette”, “Flambée montalbanaise”, “Soir de dispute”, sans oublier “Gracieusette”, “L’im­prévu” et moins encore “Swing-valse” (en collaboration avec Pierre “Baro” Ferret). Parmi les autres valses de sa composition j’ai sélectionné, rarement voire jamais rééditées, “Sans rancune” (CD2 - N°1) co-signée en 1948 avec le pianiste Jacques Morino, brillant spécialiste du tango, et “Quinze mai” (CD2-N°2) composée en 1952 ; ces deux valses, toutes deux en la majeur, furent enregistrées chez Ducretet-Thomson, label sur lequel Gus VISEUR a gravé près de 80 faces à partir de 1950 dont un certain nombre de succès popu­laires de moindre intérêt.

On ne présente plus Yvette HORNER dont la chevelure rousse et flamboyante fait encore parfois les beaux soirs de certaines émissions télé­visées. Ses quelques débordements vestimentaires sont aujourd’hui bien superflus aux yeux des véritables amateurs d’accordéon qui préfèrent saluer l’exceptionnelle carrière de cette virtuose née à Tarbes, lauréate du Conservatoire de Toulouse dans la classe de piano. Elle a confirmé ses dons et son talent en remportant la Coupe Mondiale de l’accordéon à Lausanne en 1948. Elle fut aussi la vedette de onze Tours de France, coiffée d’un chapeau aux couleurs d’une célèbre marque d’apé­ritif à la gentiane. A la tête d’un orchestre attractif parfaitement rodé, elle a d’une part animé des milliers de bals et, d’autre part, entourée d’excellents musiciens maîtrisant comme elle les pages classiques, elle s’est produite tant en France qu’à l’étranger en d’innombrables concerts. Sa rigueur et sa discipline de travail lui assurent aujourd’hui encore un doigté et une technique instrumentale reconnaissables entre tous en raison surtout d’un détaché caractéristique et précis. L’une de ses plus célèbres compositions, facile celle-là, reste “La marche des mineurs” (CD2 - N°3). Quant à son “Galloping comedian” (CD2 - N°4), morceau de bravoure de nos meilleurs accordéonistes et harmonicistes, il est parfaitement représentatif de sa virtuosité mise très souvent au service de bril­lantes pièces de musique de genre et d’ouvertures classiques. La notoriété de René SUDRE n’a jamais atteint celle des accordéonistes précédemment cités. Il reste pourtant l’une des valeurs sûres du monde de l’accordéon de l’après-guerre, ne serait-ce que pour avoir remporté le Grand Prix du Disque en 1947 avec la célèbre “Mazurka-fantaisie” (CD2 - N°5) de Médard Ferrero. Fils de Jean Sudre qui tenait un bal auvergnat rue des Taillandiers (11e), René SUDRE né en 1921 a travaillé sérieusement très jeune l’accordéon avec Paul Saive. Il a débuté à seize ans à la Boule Rouge (8, rue de Lappe), enchaîné dans un orchestre tzigane avant de poursuivre sa carrière à la Libération chez Bousca, à la Java et surtout à “Ça Gaze”, bal musette situé au 27 de la rue de Belleville (19e). Atteint d’un cancer de la gorge, il a connu une fin de vie difficile en jouant sur un accordéon fatigué au Marché aux Puces de Saint-Ouen. René SUDRE à la trop brève carrière puisque décédé en 1969, se devait de figurer dans ce panorama au même titre qu’André BEAUVOIS, lui aussi peu connu du grand public. Son enregistrement de “Cœur ou raison” (CD2 - N°6) valse de Francis Baxter et Géo Tournet, attribuée par erreur à Gus Viseur sur l’étiquette rouge du 78 tours Riviera, permettra peut-être de réparer modestement cette grande injustice. Né le 15 avril 1922 à Paris, André BEAUVOIS a étudié parallè­lement l’accordéon et le piano dès l’âge de quatre ans. Après avoir travaillé avec Jacques Mendel, il a remporté de nombreux prix à Bruxelles et à Liège dans les années 30. Comme la plupart de ses confrères, il a fait les beaux soirs de différents dancings parisiens (Bousca, Le Tahiti…) et enregistré seize 78 tours chez Riviera au début des années 50. En 1955, il s’était fixé au Mexique où sa fin de carrière fut assez brillante. Décédé en 1990 à l’âge de 68 ans, il repose aujourd’hui à Acapulco. Dans “Cœur ou raison” retenu dans cette sélection, certains puristes s’étonneront sans doute du curieux, pour ne pas dire inutile, contre-chant joué au saxo-alto perturbant quelque peu notre appréciation du jeu énergique et de l’élégant phrasé d’André BEAUVOIS.

Ferdinand BALTA est né à Paris le 21 dé­cembre 1919 ; il débute l’étude du piano à cinq ans et découvre l’accordéon et l’orgue à onze ans. A partir de 1935, il participe en y remportant les premiers prix à de nombreux concours à Paris et à Liège, ce qui lui vaut d’enregistrer son premier disque, aujourd’hui introuvable, chez Odéon en 1935 et c’est en 1938 qu’il couronne son pal­marès à Paris avec la Coupe Mondiale de l’accordéon. Tout en travaillant ses trois instruments avec un acharnement exemplaire, Freddy BALTA se produit dans un grand nombre d’établissements dansants de la capitale, devient l’accordéoniste le plus demandé pour les séances d’enregistrements les plus diverses, en particulier pour les musiques de films et l’accompagnement des vedettes de la chanson. De 1949 à 1961, il est l’accordéoniste régulier d’Yves Montand, de Juliette Gréco, de Guy Béart et de tant d’autres. Compositeur de talent, arrangeur et transcripteur pour l’accordéon d’œuvres classiques, il obtient le Grand Prix du Disque en 1949 avec “Coup de tête” (CD2 - N°7) une java-mazurka ne cédant pas à la facilité, pas plus que “Parlons notes” (CD2 - N°8). Musicien exceptionnel par sa rigueur sur les instruments qu’il a pratiqués (accordéon, orgue et piano), ancien élève à l’orgue de Marcel Dupré et de Pierre Cochereau, il fut aussi à Lausanne de 1970 à 1999 un professeur aussi exigeant qu’attentif dont les élèves obtinrent les plus brillants ré­sultats. Décédé le 8 janvier 2002, Freddy BALTA reste l’un des plus prestigieux accordéonistes de sa génération, respecté et admiré des plus grands professionnels du monde musical, à défaut d’avoir connu la notoriété auprès du grand public, ce qui lui importait peu semble-t-il. Autre monstre sacré de l’instrument, Marcel AZZOLA est certainement celui qui a réconcilié plusieurs générations, toutes cultures musicales confondues, avec l’accordéon. Son exceptionnelle technique, ses impressionnantes connaissances musicales, sa sensibilité, ses dons d’improvi­sateur, son sens artistique hors du commun, auxquels il faut ajouter la plus grande gentillesse et une modestie rare, lui ouvrirent toutes les portes, de la musique de danse à l’accompagnement des plus grands noms de la chanson, en passant par les concerts classiques et le jazz. Né le 10 juillet 1927 à Pantin, Marcel AZZOLA apprend très jeune l’accordéon avec Attilio Bonhommi, puis avec Médard Ferrero qui l’initie aux œuvres classiques. Il remplace son ami René Sudre dans l’orchestre russe de Georges Streha à l’Empire, un cabaret proche de l’Etoile. Sa grande facilité d’adaptation à tous les styles de musique lui permet de se produire dès la Libération chez Gineston (rue Au Maire), à “Ça Gaze”, chez Bousca... Dès 1949, il enregistre anonymement ses premiers disques comme accompagnateur et au bandonéon avec les orchestres de Ramon Mendizabal, Marcel Feijoo, Tani Scala… Entouré d’excellents musiciens dont Didi Duprat à la guitare, Roger Simon au sax-ténor, Pascal Groffe à la basse et Jack Irsa à la batterie, Marcel AZZOLA enregistre en vedette ses premiers 78 tours pour les étiquettes Riviera et la Voix de son Maître. Dans les années 60, il rencontre la pianiste Lina Bossatti, également chanteuse et violoniste, avec laquelle il forme un remarquable duo pour des concerts des plus belles pages classiques. Marcel AZZOLA devient aussi l’accompagnateur d’Yves Montand, Juliette Gréco, Mouloudji et Jacques Brel dont le “chauffe Marcel!” lancé lors de l’enregistrement de “Vesoul” est passé à la postérité. Technicien hors pair, Marcel AZZOLA est aussi le compositeur d’œuvres superbes pour l’accordéon dont “Rue de la Chine” (CD2 - N°9) mazurka à variations en mi bémol et si majeur sur laquelle bien des accordéonistes se cassèrent vainement les doigts. Dans “Règlement de compte” (CD2 - N°10) valse-jazz en la mineur de Pierre Ferret et Jo Privat, l’époustouflante mise en place et le swing de Marcel AZZOLA sont superbement soutenus par une section rythmique des plus efficaces et le vibraphone de Géo Daly. 

Mon ami Charles VERSTRAETE était né le 15 octobre 1924 à Wattrelos près de Roubaix où très jeune il avait étudié sérieusement l’accordéon et gagné son premier concours en 1936 à l’âge de douze ans. Inscrit au Conservatoire de Roubaix dans la classe de trombone, il en sortait avec un premier prix en 1943. Bien qu’ayant constitué un orchestre de danse de qualité avec lequel il a animé de nombreux bals populaires à travers la France dès le milieu des années 50, Charles VERSTRAETE a fait l’essentiel de sa grande car­rière professionnelle au trombone, souvent en­touré de ses confrères Benny Vasseur et André Paquinet, dans les plus grandes formations, de Ray Ventura à Raymond Lefèvre en passant par Claude Bolling, Michel Legrand et beaucoup d’autres encore. Alors que Charles VERSTRAETE fut trombone soliste des meilleurs orchestres de jazz français, on s’explique mal son choix de l’emploi du registre musette à vibration pour la quasi totalité de ses enregistrements chez Philips, Pacific et Barclay ; sans doute cette sonorité lui fut-elle imposée par la direction de ces labels dans un but uniquement commercial ? Ensemble, la question ne fut jamais soulevée. La samba “Mira mia” (CD2 - N°11) de Marcus, petit éditeur pa­risien des années 50, a été gravée dans ce style musette traditionnel. Charles VERSTRAETE nous a quittés en décembre 2003. En complément d’une importante discographie, il nous laisse un ouvrage passionnant sur l’accordéon, agrémenté de nombreuses photos, intitulé “De l’accordéon au trombone” paru en 2000. Gilbert ROUSSEL est aussi à classer parmi les plus grands virtuoses et stylistes de l’accordéon de sa génération. On ne compte plus les séances d’enregistrements les plus diverses dont il fut l’accordéoniste soliste, mais une oreille exercée permet d’y reconnaître aussitôt l’élégance de son phrasé, sa technique à toute épreuve et la sonorité “légèrement acidulée” de son Cavagnolo. Devoir choisir deux titres seulement parmi sa discographie d’une qualité constante et dont je possède tous les éléments, ne fut pas chose facile. J’ai retenu sa version sobre du “Caprice espagnol”(CD2 - N°12) valse de Roger Rosso, très jouée durant les années 50 et dont la mélodie du premier motif est un petit chef-d’œuvre. “Croix de Malte” (CD2 - N°13) fut composée par Gilbert ROUSSEL en souvenir de la mythique brasserie installée à deux pas de la Porte Saint-Martin, où les plus grands virtuoses et d’autres moins talentueux il est vrai, s’illustrèrent durant les années 50. Gilbert ROUSSEL, vainqueur de la Coupe Mondiale en 1949 à Spa en Belgique, après s’être retiré du monde musical, est hélas décédé en 2002 dans la plus grande indifférence médiatique. Emile DECOTTY fut aussi parmi les accordéonistes les plus sollicités pour les séances d’enregistrements, non seulement à la tête de son ensemble musette, mais aussi au sein d’orchestres de tous styles et pour de nombreux accompa­gnements d’artistes de la chanson. Né en 1922, après avoir renoncé à l’étude du violon, il travaille assidûment l’accordéon avec Médard Ferrero et devient rapidement l’un des plus sérieux professionnels de l’instrument. Au lendemain de la Libération, il officie au cabaret le plus sélect de Paris “Le Drap d’Or” et enchaîne avec “Le Tourbillon”, le célèbre musette de la rue de Tanger. Accompagnateur recherché par les plus grands noms des variétés, tant sur scène que pour la réalisation de leurs disques, compositeur d’œuvres souvent d’une certaine difficulté, c’est à l’enseignement de l’accordéon qu’il a consacré la fin de sa carrière. Dans “Cano... Canoë” (CD2 - N°14) un baïon composé par Mick Micheyl, où parfaitement entouré d’excellents musiciens, nous saurons apprécier sa parfaite maîtrise du bon tempo, tout comme les danseurs les plus exigeants.

André ASTIER (1923-1994) se devait de figurer dans ce discret hommage rendu aux plus grands de l’accordéon. “Le canari tyrolien” (CD2 - N°15) une valse sans grande originalité signée Edouard Duleu, n’est certes pas le reflet de l’immense talent, de la virtuosité sans faille et de l’exceptionnelle musicalité d’André ASTIER dit “Monsieur Accordéon”. En effet, les disques qu’il a enregistrés jusqu’en 1955 ne rassemblent que des titres très populaires spécialement destinés à la danse, le meilleur de sa discographie ayant été réalisé postérieurement à la période évoquée sur ce CD. Passionné de musique classique, nombreuses sont ses transcriptions pour l’accordéon d’œuvres immortelles. Avec ses amis Marcel Azzola, Joss Baselli et Joé Rossi (souvent appelés les Mousquetaires de l’accordéon), André ASTIER fut l’un des fondateurs de l’Académie Française de l’Accordéon. L’enseignement de haut niveau de ces quatre prestigieux professeurs fut le tremplin des meilleurs instrumentistes des nouvelles générations d’accordéonistes. Contrairement à André Astier, le parcours de Loulou LEGRAND est celui d’un accordéoniste populaire pour avoir, dès son plus jeune âge, joué dans tous les bals et les dancings de France et souvent même à l’étranger. Né en 1926, après avoir travaillé le violon durant huit ans, Loulou LEGRAND s’initie très vite à l’accordéon et se produit dans divers bals clandestins jusqu’à la Libération où il débute sa carrière profession­nelle au “Chantilly”. Excellent aussi au bandonéon, il est appelé par les spécialistes du tango que sont Ramon Mendizabal, Quintin Verdu, Tito Fuggi… On le retrouve durant deux ans chez Bousca, rue de Lappe à deux pas du Balajo et à partir de 1951 il enregistre ses premiers disques chez Ducretet-Thomson, dont deux faces en compagnie de Gus Viseur, et obtient le Grand Prix du Disque de l’Académie Charles Cros en 1952. Dès lors, Loulou LEGRAND va se consacrer à la musique de danse en interprétant avec la même énergie et beaucoup de sensibilité les classiques du musette et les succès du jour. Avec le souci de diversifier les rythmes de cette sélection, j’ai choisi le slow “Too young” (Trop jeune) (CD2 - N°16) l’inou­bliable création de Nat King Cole, interprétée d’un goût sûr et tout en nuances par Loulou LEGRAND, des qualités que j’ai souvent appréciées chez lui pour avoir joué à ses côtés en maintes occasions. Fernand VERSTRAETE n’ayant aucun lien de parenté avec son ami Charles précédemment entendu (CD2 - N°11) était né en 1925 à Roubaix. De sérieuses études musicales lui permirent d’être l’un des meilleurs trompettistes de variétés et de jazz en même temps qu’un exceptionnel virtuose de l’accordéon doublé d’un arrangeur particulièrement recherché. A la trompette et au bugle, il a participé durant plus de quatre dé­cennies aux enregistrements de bon nombre d’orchestres de tous styles confondus. Sous le pseudonyme du mystérieux “Trumpet Boy”, il a animé des centaines de galas à la tête de sa brillante formation. A l’accordéon, il fut l’un des leaders de l’Orchestre Musette de Radio-Luxembourg, le plus moderne en tous cas à défaut d’être le plus populaire en refusant l’emploi du registre à vibration. Afin d’apprécier son époustouflante technique, la modernité de ses harmonies et l’audace de ses inventions rythmiques, pour réparer aussi cette grande injustice de ne pas avoir atteint la noto­riété auprès du grand public, “Boogie-valse” (CD2 - N°17) l’une de ses compositions, mérite toute notre attention et notre grande admiration. Fernand VERSTRAETE est décédé en 1992.

Joss BASELLI reste dans toutes nos mé­moires pour être l’un de ceux ayant le plus œuvré, avec son ami Marcel Azzola, à la réhabilitation de l’accordéon et son intégration dans toutes les formes musicales. Né en 1926 à Somain (Nord) et après de solides études musicales, Joss BASELLI devient dès le début des années 50 le fidèle et efficace accordéoniste-accompagnateur de Patachou laquelle, un peu plus tard, le fera connaître aux Etats-Unis sous le nom de Jo Basile, son véritable patronyme. Il a enregistré ses premiers 78 tours dès 1951 chez Saturne, puis au bandonéon à la tête d’un orchestre de tangos chez Philips. Sur ce même label, à l’accordéon et parfois au vibra­phone, il a réalisé de superbes 45 tours dont “Où sont-ils donc?” (CD2 - N°18) de Charles Trenet, un fox moderato dans lequel nous saurons apprécier la subtilité de son interprétation et la richesse de l’arrangement. Il fut l’un des Quatre Mousquetaires de l’accordéon, professeur, auteur d’excellentes méthodes faisant toujours autorité, compositeur de superbes valses, éditeur, accompagnateur des plus grands de la chanson et même producteur d’émissions régulières télévisées consacrées à l’accordéon. Victime d’un arrêt cardiaque, il nous a quittés brutalement et prématurément en septembre 1982 alors qu’il animait une soirée dansante avec sa formation. Maurice VITTENET, comme quelques-uns des accordéonistes présentés ici, n’a pas connu la grande notoriété acquise par certains auprès du public populaire. Né en 1928 à Saint-Dizier (Haute-Marne), c’est dès l’âge de douze ans qu’il étudie passionnément l’accordéon. De toutes les nombreuses récompenses obtenues par Maurice VITTENET, retenons surtout la Coupe Mondiale d’accordéon remportée à Paris en 1951. De la discographie de Maurice VITTENET, assez mo­deste quant au nombre de faces enregistrées, j’ai retenu “Deux minutes à Milan” (CD2 - N°19) valse en sol mineur de Jo Privat écrite en collaboration avec Antoine Tedeschi, dit Antoine la Java, pour avoir joué de nombreuses années dans ce temple du musette de la rue du Faubourg-du- Temple. Très adroit également au piano et à la guitare, Maurice VITTENET est décédé en 1988 des suites d’une longue et douloureuse maladie. Pour avoir travaillé durant trente-trois ans comme saxo-flûte-chanteur dans son orchestre, Louis CORCHIA est évidemment l’accordéoniste dont le parcours m’est le plus parfaitement connu. Né en juin 1935, fils de Primo Corchia (lui aussi accordéoniste, spécialiste du bandonéon et chef d’orchestre de l’une des plus célèbres formations françaises de tangos), Louis CORCHIA débute dès l’âge de cinq ans ses études musicales au piano et à dix ans à l’accordéon avec Médard Ferrero, sans négliger l’harmonie avec Jacques Mendel. En 1951, à l’âge de 16 ans, il remporte à Londres le Trophée Mondial de l’Accordéon ; Primo Corchia l’incorpore aussitôt dans son orchestre. Au milieu des années 50, Louis CORCHIA monte sa propre formation en même temps qu’il enregistre ses premiers 78 tours chez Vogue, suivis de quelques 45 tours sur lesquels explosent son étonnante virtuosité et un tempérament hors du commun. Il se fait connaître alors dans les plus grandes brasseries dont la Croix de Malte à la Porte Saint-Martin ainsi qu’en province et plus tard encore en des milliers de bals et de galas toujours couronnés de succès. Sachant mettre sa brillante technique au service d’œuvres classiques et de musique de genre, il sait aussi satisfaire tous les publics populaires avec beaucoup d’élégance et de facilité, mais aussi une gentillesse et une simplicité naturelles. Ensemble, nous avons animé le Grand Bal des Bretons d’Amérique à New York, au Waldorf Astoria en 1973 et au Statler Hilton en 1974. Multi­millionnaire du disque, compositeur de superbes valses modernes dont “La roulotte”, “La chi­neuse” et “Rue de Charenton”, Louis CORCHIA se produit toujours à travers la France en de nom­breux spectacles et galas, en compagnie d’or­chestres lui assurant un parfait accompagnement. La valse “Sentiments” (CD2 - N°20) enregistrée en 1953 pour les disques Vogue, fut écrite par Louis CORCHIA en collaboration avec Jacques Faivre plus connu sous le nom de Toni Jacque, ami et remplaçant régulier de Jo Privat au Balajo durant de nombreuses années.

C’est sur le tempo vif de “Tickled Pink” (CD2 - N°21) par les FRERES DOMERGUE que s’achève cette compilation. Pour réparer là en­core une certaine injustice, j’ai tenu à présenter ici les FRERES DOMERGUE “Les Jumeaux de l’Accordéon”, hélas méconnus du grand public. André et Louis DOMERGUE nés à Paris en 1920 ont étudié très sérieusement l’accordéon avec Jacques Mendel, l’excellent pédagogue que l’on sait, et dès l’âge de treize ans firent partie du cé­lèbre Baby Jazz Masspacher. Jouant très habilement de leur extraordinaire ressemblance, de leurs qualités musicales et en se spécialisant dans les œuvres classiques et les standards de jazz, ils montèrent un numéro exceptionnel très applaudi tant en France qu’à travers l’Europe, mais aussi à la radio et à la télévision. Malheureusement les FRERES DOMERGUE n’ont que très peu enre­gistré ; signalons quelques faces gravées chez Saturne et, plus réussis et représentatifs de leur talent, une douzaine de titres sur l’étiquette “La Voix de son Maître” dont ce “Tickled Pink” sélectionné ici afin de vous faire découvrir et connaître enfin les FRERES DOMERGUE. Cette compilation rassemble les accordéonistes me semblant être les plus représentatifs d’une certaine qualité musicale entre 1944 et 1954. Si volontairement j’ai écarté ici quelques noms ne réunissant pas les critères de qualité que j’ai voulu respecter, ce choix n’est évidemment pas exhaustif et certains accordéonistes, musiciens de talent, par manque de place il est vrai, sont hélas absents de cette sélection dans laquelle j’aurais aimé voir figurer aussi les Frères Médinger (à la longue carrière exemplaire, tant sur le plan pédagogique que par leur abondante discographie), Etienne Lorin (pour sa contri­bution aux premiers succès de Bourvil), Louis Ledrich (pour quelques-unes de ses compo­sitions), Jo Moutet (empruntant parfois le pseudonyme de Jo l’Auvergnat, d’autre part ex­cellent arrangeur et pianiste-accompagnateur de Georges Guétary) et d’autres absents encore dont l’essentiel de la carrière (surtout discographique) se fit postérieurement à 1954 : Maurice Larcange et Jacky Noguez (décédés en 2007), Joé Rossi, Armand Lassagne, Jean Corti... Peut-être feront-ils l’objet d’une future compilation ? Une mention spéciale aussi à mes amis disparus : Jean Cardon (brillant et fidèle accompagnateur de Léo Ferré) et Roger Damin (accompagnateur de Guy Béart et Francis Lemarque). Et mille fois pardon à ceux que j’ai oubliés.
DANY LALLEMAND               
© 2008 FREMEAUX & ASSOCIES

Conception : Dany Lallemand 
Disques originaux, photos et documents : Collec­tion Dany Lallemand. 
Vifs remerciements à Ida Quicray.  

english notes
This third volume highlighting the accordion is the chronological follow-up of the two preceding albums made in 1992 and 1993 by the much-missed guitarist Didier Roussin and which featured the forties, the period of Occupation.  After Liberation, the accordion became the most popular instrument, being played in dances and ranging from the most prominent bals musette in Paris to the small rural festivities, equally enjoyed in fairs of all kinds and social occasions.  Strangely enough, as from 1945, Tony Murena and to a lesser extent Gus Viseur, hardly recorded any more jazzy foxtrots as they did previously during the more gloomy years.  The accordion giants got France to the dance floor with traditional rhythms – waltzes, javas, marches and tangos – and also with more exotic sounds – boleros, sambas, guarachas and the raspa. CD 1 features some of the veterans, artists who were already in the forefront in the thirties, such as Alexander, Vaissade and Deprince, and whose discs were still selling well after Liberation.  However, this boxed set, particularly CD 2, deals essentially with the exceptional accordionists of the new post-war generation – those who took over from the rare virtuosos of the preceding decades.  Some may be surprised that we have omitted some names associated with popular accordion music of the fifties, but we have retained only the most remarkable musicians.

CD N° 1
Accordionist Jean Vaissade  was born in 1911 in Cougoussac in Lozère.  He debuted in dances in the rue de Lappe and at the age of fifteen made his first recordings, with Django Reinhardt on the banjo!  He played in all the bals musette in the French capital.  His talent as a composer and melodist was recognized and his first works became huge hits in the thirties, including 22 titles recorded by Rina Ketty, his wife.  In 1938 she recorded her immortal paso-doble ‘Sombreros et mantilles’.  Jean Vaissade was wounded on the Belgian frontier in 1940 but returned to the studios in 1945.  His paso-doble ‘La morena’ (CD1-N°1) was cut for Pathé in 1942 by singer Rose Avril.  After Liberation, his discs were played during all festivities and in 1945 he composed ‘Le retour des cigognes’ (CD1-N°2).  In the sixties, Vaissade worked uniquely on Auvergne folk.  He passed away in 1979, leaving an enormous legacy of music. Maurice Alexander did not boast the same instrumental technique as Jean Vaissade but his career was very similar.  Born in 1902, he began learning the accordion in 1916.  In 1921 he started performing in the rue des Vertus and then at the Bousca and at the Petit Balcon and ‘Ca Gaze’.  He recorded a large number of 78s, first for Parlophone and then for Columbia.  His compositions were sung by the great stars of the day such as ‘Le Refrain des Chevaux de bois’ (Ray Ventura and his orchestra), ‘Tel qu’Il est’ and ‘La Môme catch-catch’ (Fréhel), ‘La Rue de notre Amour’ (Damia) and ‘Adèle’ (Bourvil).  Alexander added an alto sax, trumpet and sometimes a xylophone to the traditional musette formula, giving a charmingly old-fashioned shade to his tunes.  Here, we have selected two of his many compositions: ‘Java du Printemps’ (CD1-N°3) and ‘Brin d’Amour’ (CD1-N°4), sung by Lina Margy. Another legendary name of the early thirties is Adolphe Deprince who wrote  in quantity and recorded for some fifteen record labels.  Deprince was born in 1901 in Belgium where he became a virtuoso of the accordion.  His compositions were not popular hits, excepting ‘Monsieur Li-Phang’ (CD1-N°5).  ‘Après l’Orage’ (CD1-N°6) is a polka in the musette style.  Adolph Deprince left us in 1995, aged 94. In this album Louis Ferrari is the only artist who played the accordion with a piano keyboard.  He was born in Paris in 1910 and spent his childhood in Italy; Ferrari studied the piano-accordion at the age of eight and played in dance halls in Paris and its suburbs.  He recorded for Parlophone, Odéon, Polydor, Festival and Fontana and owes his popularity to the radio show ‘On chante dans mon Quartier’, broadcast as from 1945, where he accompanied the candidates in a talent- spotting competition with its theme tune ‘On chante dans mon Quartier’ (CD1-N°7) sung by Jean-Fred Mélé.  We can appreciate ano­ther dimension of his talent in ‘La Rabouine’ (CD1-N°8).  Louis Ferrari died in 1987. Emile Prud’home was born in 1913 in Aubervilliers and boasts the largest discography of accordion music.  He became a professional musician at an early age and played in famous dance halls in Paris including Chez Bousca and Le Tourbillon.  In the mid-thirties, he was considered as the most representative of the true musette-style.  In 1936, having recor­ded for various small firms, Prud’hom­me signed an exclusive contract with the Odéon label with whom he recorded almost 2000 titles before his death in 1974.  We can admire his talent here in ‘Et ça repart’ (CD1-N°9) and in the polka ‘Le Merle chante’ (CD1-N°10). Another accordion giant was Emile Carrara who in 1948 founded the Club  de l’Accordéon with his friends Emile Prud’homme, Tony Muréna and Gus Viseur.  Carrara was born in 1915 in Paris and debuted in the Rue Monge dances before being hired at Maxim’s in 1936.  During the forties, he recorded most of his compositions for Pathé, often heading a quartet.None of his titles can be considered as an accordion classic, apart from ‘Volubilis’ (CD1-N°11) and his biggest his was ‘Mon Amant de Saint-Jean’.  After Liberation Carrara recorded his new compositions for Decca.  In 1951 he cut Raymond Legrand’s superb waltz ‘Seul dans Paris’ (CD1-N°12).  He passed away in 1973. Through his rhythm and phrasing, Jo Privat was much appreciated by dancers.  Born in 1919 in Ménilmontant debuted in Rue des Vertus.  In 1936 he played in the  legendary Balajo in Rue de Lappe where he was billed for forty years.  For his recordings he was always accompanied by the best Gypsy guitarists and he excelled as a composer who signed hundreds of titles including ‘Sa Préférée’ (CD1-N°13), ‘Mystérieuse’ (CD1-N°14), ‘Balajo’ (CD1-N°15) and ‘Valse fontôme’ (CD1-N°16).  Jo Privat died in 1996. Along with Gus Viseur, Tony Murena and Louis Richardet, Charley Bazin was one of the creators of the swing-accordion style.  Born in 1912 in Paris, he began learning the accordion at the age of fifteen and as from 1934 stood out as one of the capital’s best artists  in the local dances.  After the war and after playing in the Grande Roue and Chez Florence he played the accordion and guitar in Jacques Hélian’s orchestra.  During this period he recorded ‘After you’ve gone’ (CD1-N°17).  He later founded his own orchestra.  He was also a talented composer as we can appreciate in ‘La valse du diable’ (CD1-N°18).  He passed on in 2002. With his friends Gus Viseur, Jo Privat and Emile Prud’homme, Tony Murena still symbolizes the accordion world.  Born in 1915 in Italy, he settled in France in 1923.  He was hired in the most chic cabarets in Paris where he discovered jazz.  In 1939 he signed an exclusive contract with the Odéon label.  During Occupation and with the Frères Ferret on the guitar, he recorded a series of 78s.  In 1951 he bought the dance hall Le Mirliton.  This selection includes ‘La valse chinoise’ (CD1-N°19), ‘Qui me délivrera?’ (CD1-N°20) and ‘Adios Sevilla’ (CD1-N°21).  Alas Tony Murena left us in 1971 at the age of 56. 

CD N° 2
Gus Viseur, born in 1915 in Belgium, influenced several generations of accordionists.  At the age of eight he began playing in a small amateur band and continued in bals musette such as Le petit jardin and the Bal Tholozé.  In the early thirties he discovered jazz and was billed in the Pigalle district.  At the Hot Club of France he met Django Reinhardt and the other marvellous Gypsy guitarists with whom he recorded many titles, often his own compositions.  Still recording, Viseur lived in Canada from 1960 to 1969, but returned to France and recorded a few LPs for Barclay and Vogue.  He died in 1974.  His legacy includes ‘Sans rancune’ (CD2-N°1), co-signed with pianist Jacques Morino, and ‘Quinze mai’ (CD2-N°1). Everyone knows the flamboyant red-head Yvette Horner, born in Tarbes.  Her talent was recognized both in France and abroad as she toured internationally.  One of her most celebrated compositions remains ‘La Marche des Mineurs’ (CD2-N°3) and he ‘Galloping Comedian’ (CD2-N°4) portrays her immense talent. René Sudre is perhaps less-known than the afore-mentioned artists, but was awarded the Grand Prix du Disque in 1947 with ‘Ma­zurka-fantaisie’ (CD2-N°5).  Sudre was born in 1921 and debuted at the age of sixteen in La Boule Rouge in a Gypsy band before going on to Chez Bousca, La Java and ‘Ca Gase’.  He led a short life, passing away in 1969.   Born in 1922 in Paris, André Beauvois started studying the accordion and piano at the age of four.  He later played in various Parisian dance halls and recorded sixteen 78s for Riviera in the early fifties.  Here, we can appreciate him in ‘Coeur ou Raison’ (CD2-N°6). Ferdinand Balta was born in Paris in 1919.  As from 1935 he won many contests in Paris and Liège.  He played in a large number of dance halls and was much in demand for recording sessions, in particular for film scores and to accompany singers.  From 1949 to 1961 he played with Yves Montand, Guliette Gréco, Guy Béart and many others.  He was awarded the Grand Prix du Disque in 1949 with ‘Coup de Tête’ (CD2-N°7) and his talent is also apparent in ‘Parlons notes’ (CD2-N°8). Another accordion giant is Marcel Azzola, born in 1927 in Pantin.  He replaced René Sudre in Georges Streha’s orchestra at the Empire cabaret and went on to perform in Chez Gineston, ‘Ca Gaze’ and Chez Bousca.  He began recording anonymously in 1949 and then recorded in his name.  In the sixties he teamed up with pianist Lina Bossatti – a remarkable classical duo.  Azzola also accompanied Yves Montand, Juliette Gréco, Mouloudji and Jacques Brel.  He also composed superb pieces such as ‘Rue de la Chine’ (CD2-N°9).  His breath-taking positioning and swing are to be noted in ‘Règlement de Compte’ (CD2-N°10). Charles Verstraete was born in 1924 in Wattrelos and won his first contest at the age of twelve.  He founded a dance orchestra but he mainly concentrated on the trombone.  The samba ‘Mira mia’ (CD2-N°11) is in the traditional musette style.  He left us in 2003. Gilbert Roussel can also be ranked among the greatest virtuosos of the accordion.  His entire discography is of high quality but here we have selected his sober version of ‘Caprice espagnol’ (CD2-N°12) and ‘Croix de Malte’ (CD2-N°13).  Roussel died in 2002. Emile Decotty,  born in 1922, was also often called for by the recording studios, either at the head of his musette ensemble and as a member of orchestras of various styles and to accompany singers.  After Liberation he played in the Parisian cabaret Le Drap d’Or and then in Le Tourbillon.  ‘Cano…Canoë’ (CD2-N°15), composed by Mick Micheyl, we can appreciate this master of rhythm. André Astier (1923-1994) is also featured in this tribute to the great masters of  the accordion.  In ‘Le Canari tyrolien’ (CD2-N°15), may not portray his talent, but his best pieces were made after the period covered on this album. Loulou Legrand, born in 1926, played in all France’s dance halls and often abroad also.  He debuted at the Chantilly and played at Chez Bousca for two years and began recording in 1951.  This selection includes ‘Too young’ (CD2-N°16), Nat King Cole’s unforgettable creation. Fernand Verstraete, not relation of his aforementioned friend Charles, was born in 1925 in Roubaix.  He was both an excellent trumpeter and accordionist.  Under the name of ‘Trumpet Boy’, he played in hundreds of galas heading his brilliant band.  In ‘Boogie-valse’ (CD2-N°17) we can not his technique, modernity and audacity.  He passed away in 1992. Joss Baselli (aka Jo Basile) was born in 1926 in Somain and in the early fifties became the faithful and efficient accompanist of Patachou.  He first recorded in 1951 for Saturne and then for Philips cut some superb singles including Charles Trenet’s ‘Où sont-ils donc?’.  He suffered a fatal heart attack in 1982. Maurice Vittenet was born in 1928 in Saint-Dizier and in 1951 won the Accordion World Cup in Paris.  Here we have selected ‘Deux Minutes à Milan’ (CD2-N°19).  Maurice Vittenet passed away in 1988. Louis Corchia was born in 1935 and  at the age of 16 won the World Accordion Trophy in London.  In the mid-fifties he founded his own band and cut his first 78s for Vogue which were followed by some singles.  Corchia still plays in France in shows and galas.  The waltz ‘Sentiments’ (CD2-N°20) was recorded in 1953 was written by Louis along with Jacques Faivre, better known as Toni Jacque. This selection closes with ‘Tickled Pink’ (CD2-N°21) and the Frères Domergue – André and Louis born in Paris in 1920.  Although much appreciated in France and Europe in general, the brothers recorded little. Unfortunately we could not feature all the deserving artists in this album, in particular the Médinger Brothers, Etienne Lorin, Louis Ledrich, Jo Moutet and others who mainly recorded after 1954:  Maurice Larcange and Jacky Noguez, Joé Rossi, Armand Lassagne and Jean Corti.  We hope to include them in a future compilation.
Adapted in English by Laure WRIGHT
From the French text of Dany LALLEMAND
© 2008 FREMEAUX & ASSOCIES 

CD 1
1. Jean VAISSADE et son ensemble 
La Morena (Paso-doble) (Jean Vaissade) 3’02 / Gramophone K 8695 OLA 4182-1  Enr. Octobre 1943/sortie juin 1944

2. Jean VAISSADE et son ensemble 
(Refrain Roger Gerlé) Le retour des cigognes (Valse)  (Chanty - Jean Vaissade) 3’01 / La Voix de son Maître K 8766  OLA 4498-1  mars 1946

3. Maurice ALEXANDER et son ensemble
Java du printemps (Java)  (Maurice Alexander) 2’52 / Columbia DF 3032 CL 8065-1 octobre 1945

4. Maurice ALEXANDER et son ensemble
Brin d’amour (Valse) (M. Alexander - Maurice  Denoux) 2’22 Columbia  DF 3017 CL 8027-1 juin 1945

5. DEPRINCE et son ensemble
Monsieur Li-Phang (Rumba) / (A. Deprince - Francis Baxter) 2’53 Gramophone K 8874  OLA 5006 -1 juillet 1947

6.  DEPRINCE et son ensemble
Après l’orage (Polka à variations)  (Adolphe Deprince) 2’43 La Voix de son Maître K 9114  OLA 6092-21  octobre 1951

7. Louis FERRARI et son ensemble 
(Refrain Jean-Fred Mêlé) On chante dans mon quartier (Valse) / (F. Blanche - R.Marbot) 2’18 Odéon 281.692  KI 9740 -1  mars 1946

8. Louis FERRARI et son ensemble 
(sans chant) La Rabouine (Valse) (Louis Ferrari) 2’49 Odéon 281.779  KI 9940 -1   janvier 1947

9. Emile PRUD’HOMME et son ensemble 
(Refrain Roger Varnay) Et ça repart (Java)  (Sergelys - Emile Prud’homme) 2’53 Odéon  282.118  KI 10.734 -1 septembre 1949

10. Emile PRUD’HOMME et son ensemble
(sans chant) Le merle chante (Polka)  (Emile Prud’homme) 2’52 Odéon 282.353  KI 11.295 -1 décembre 1950

11. Emile CARRARA et son ensemble Volubilis
(Valse) (Emile Carrara) 2’34 Pathé PA 2254  CPT 5518-1 janvier 1943

12. Emile CARRARA et son ensemble Seul dans Paris
(Valse) / (R. Legrand)(du film Seul dans Paris) 2’42 Decca SF 21.552  P 1074 septembre 1951 

13. Jo PRIVAT  et l’Orchestre Musette Roger Vaysse
Sa préférée (Valse musette) / (Jo Privat) 3’09 Pathé PA 2339  CPT 5996-1 septembre 1945

14. Jo PRIVAT  et l’Orchestre Musette Roger Vaysse Mystérieuse
(Valse swing) (Jo Privat) 2’59 Pathé PA 2339  CPT 5995-1 septembre 1945

15. Jo PRIVAT et son ensemble Balajo
(Valse) (Jo Privat) 2’07 Pacific 1548  AI 1410  janvier 1950

16. Jo PRIVAT et son ensemble
Valse fantôme / (Valse)  (Jo Privat- E. Cheni) 2’51 Pacific 1752  AI 1479  novembre 1950

17. Charley BAZIN et son Quintette
After you’ve gone (Fox) (Kramer) 3’02 Sofradi  S 1267  S 2383 octobre 1945

18. Charley BAZIN et son ensemble
Valse du diable (Valse) / (Charley Bazin) 2’28 Pathé PA 2917  CPT 8789-21 mars 1952

19. Tony MURÉNA et son ensemble
Valse chinoise  (Joseph Colombo - Georges Ghestem) 3’09 Odéon 281.842  KI 10.069-1 septembre 1947

20. Tony MURÉNA et son ensemble
Qui me délivrera? (Boléro)  (Nicole Louvier) 2’17 Odéon 282.868  KI 12.496-21 octobre 1953

21. Tony MURÉNA et son ensemble
Adios Sevilla (Paso-doble)  (Tony Muréna - Jacques Chanzol) 2’26 Festival  MU 174  FA 2163  juillet 1954 

CD 2
1. Gus VISEUR et son ensemble
Sans rancune (Valse)  (Gus Viseur - Jacques Morino) 3’08 Ducretet-Thomson  X 8197  EN 215 B 1950

2. Gus VISEUR et son ensemble
Quinze mai (Valse) (Gus Viseur) 3’12 Ducretet-Thomson  X 8711  SEL 1063  janvier 1953

3. Yvette HORNER et son ensemble
Marche des mineurs (Marche)  / (Yvette Horner) 2’38 Pathé  PA 2662  CPT 7153-1 septembre 1949

4. Yvette HORNER et son ensemble
Galloping Comedian (D. Kabalevsky) 2’31 Pathé  PA 2868  CPT 8639 -21 février 1952

5. René SUDRE et son ensemble
Mazurka – fantaisie (Médard Ferrero) 2’01 Pacific  MC 723  ST 1512-1 1946

6. André BEAUVOIS et son ensemble
Cœur ou raison (Valse) / (Francis Baxter - Géo Tournet) 2’54 Riviera  N° 1180  P 8433-1P 1950

7. Freddy BALTA et son ensemble
Coup de tête (Java - mazurka)  (Freddy Balta) 2’31 Selmer SM 314  Part 6368-1 novembre 1948 

8. Freddy BALTA et son ensemble
Parlons notes (Valse) (Freddy Balta) / 2’41 Ducretet -Thomson  X 8088 Part 7193-1  juin 1949

9. Marcel AZZOLA et son ensemble
Rue de la Chine (Mazurka variations) / (Marcel Azzola - René Duprat) 2’39 La Voix de son Maître K 9113  OLA 6097-21  octobre 1951 

10. Marcel AZZOLA et son ensemble
Règlement de compte (Valse-jazz)  (Pierre Ferret - Jo Privat) 3’01 La Voix de son Maître  K 9223  OLA 7034-21  septembre 1954

11. Charles VERSTRAETE  et son ensemble musette
Mira mia (Samba) (Marcus) 2’49 Philips  70.055 H  2399-3 ACP  novembre 1952

12. Gilbert ROUSSEL et son ensemble
Caprice espagnol (Valse) / (Roger Rosso) 3’03 Polydor 590.245  0843  3 ACP février 1950

13. Gilbert ROUSSEL et son ensemble
Croix de Malte (Valse) / (Gilbert Roussel) 2’27 Polydor  590.254  1045  2 ACP octobre 1950

14. Emile DECOTTY  et son orchestre musette
Cano… Canoë (Baïon) (Mick Micheyl) 3’11 Pathé  PA 3147  CPT 11.586 -21 B  mars 1955

15. André ASTIER et son ensemble
Canari tyrolien (Valse tyrolienne)  (Edouard Duleu) 2’46 Columbia DF 3530   CL 9750-21 avril 1954

16. Loulou LEGRAND et son ensemble
Trop jeune (Too young) (Slow-fox ) /(S. Lippman) 3’03 Ducretet-Thomson X 8373  SEL 613  1951

17. Fernand VERSTRAETE et ses rythmes
Boogie-valse (Valse)  (Fernand Verstraete) 2’40 Victory 9353  BN 618  juin 1952 

18. Joss BASELLI et son ensemble
Où sont-ils donc? (Fox)   (Charles Trenet) 3’02 Philips (45 EP)  424.027 Ca 1955

19. Maurice VITTENET et son ensemble
Deux minutes à Milan (Valse)  (Jo Privat - A. Tedeschi)  Decca  SF 21.669  P 1139 2’56  novembre 1951

20. Louis CORCHIA, son accordéon,  et son ensemble
Sentiments (Valse)  (Louis Corchia - Jacques Faivre)  2’55 Vogue V 12.021  53 V 4424 1953

21. Les FRERES DOMERGUE
“Les Jumeaux de l’Accordéon” Tickled Pink (Marshall Ross) 2’35 La Voix de son Maître  K 9149  OLA 6576-21  avril 1953 

CD ACCORDEON Musette Virtuoses Paris 1944-1954 Volume 3 © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)

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