Parler avec Edgar Morin
Parler avec Edgar Morin
Ref.: FAPO3365

Abécédaire philosophique  D’Âme à Zizanie - Mis en oeuvre par Alain Siciliano, Patrick Frémeaux et Stéphanie Acquette

Ref.: FAPO3365

EAN/ISBN : 9782382833650

Auteur : Edgar Morin

Label : FREMEAUX POLLEN - DIFF. POLLEN

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Présentation

« Il y a deux impératifs de morale : l’un, c’est résister à la cruauté du monde et à la barbarie humaine ; et le deuxième, essayer de faire en sorte que chacun puisse réaliser les aspirations poétiques de sa vie. »
Edgar Morin

Parler avec Edgar Morin, c’est l’expérience rare d’une conversation libre, comme au détour d’un déjeuner, sans autre but que partager un temps de pensée vivante. Ce livre prend la forme d’un abécédaire, d’Âme à Zizanie. Chaque mot devient prétexte à réflexion, chemin d’accès à l’oeuvre et à la vie du penseur.
Avec sa voix fluide et complice, Edgar Morin nous conduit vers une connaissance non mutilée, capable de saisir la complexité du réel. Loin des savoirs cloisonnés ; sciences, poésie, politique, amitié, sensualité, résistance : tout s’entrelace et nourrit la pensée. Un témoignage unique d’un des plus grands penseurs contemporains.
Patrick Frémeaux

Edgar Morin (né en 1921) est un philosophe et sociologue majeur, auteur de l’oeuvre monumentale La Méthode (Seuil), qui a profondément renouvelé notre compréhension de la complexité. Résistant pendant l’Occupation, penseur indiscipliné, il s’est toujours tenu à distance des cadres universitaires établis et des idéologies figées. Ses travaux embrassent aussi bien la culture populaire que la mondialisation, l’éducation ou les défis éthiques et politiques contemporains. Son parcours et ses idées sont présentés dans l’Entretien (Le Monde - Frémeaux & Associés), véritable introduction incarnée à son oeuvre au travers de sa vie. À travers ses combats et ses réflexions, Edgar Morin apparaît comme l’une des grandes consciences du XXe et du XXIe siècle.



198 PAGES

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Presse
« Penseur inclassable et refusant les catégories, Edgar Morin est mort vendredi 29 mai, à 104 ans. Il laisse à l’écologie ce qu’elle peine à défendre dans le débat public : une pensée capable de tout relier. Edgar Morin est mort à 104 ans, laissant derrière lui une œuvre immense, sinueuse, et parfois intimidante, souvent citée, moins souvent lue jusqu’au bout. Dans le grand vestiaire des penseurs du XXᵉ siècle, on le range volontiers parmi les sociologues, les philosophes, les humanistes, les inclassables. Mais, il faut lui garder une place du côté de l’écologie. Non pas parce qu’il aurait théorisé les hoquets du climat comme un climatologue ni parce qu’il aurait arpenté les zones humides en bottes, carnet naturaliste à la main. Son apport est ailleurs : Edgar Morin a tenté de donner à l’écologie ce qui lui manque cruellement dans le débat public, une pensée capable de tout relier. Relier les crises entre elles. Relier l’économie au vivant, la technique au politique, la science à l’incertitude et l’humain à la biosphère. Relier sans tout écraser dans un vaste brouillard mental, relier dans le soin de la complexité. Chez Morin, la complexité n’est pas un mot pour faire savant ou pour renvoyer l’action aux calendes grecques. C’est une discipline mentale, une hygiène de l’intelligence. Une façon de résister à cette vieille passion moderne : découper le monde en petites tranches administrables, puis s’étonner que le réel déborde de partout !   Une crise de notre manière d’appréhender et de comprendre le monde C’est là, sûrement, que sa pensée rejoint le plus fortement la crise écologique. Car cette crise n’est pas seulement une affaire de CO2, de biodiversité, de sécheresses, de forêts en flammes ou de glaciers disloqués. Elle est aussi une crise de notre manière d’appréhender et de comprendre le monde. Nous vivons dans des sociétés capables de mesurer, modéliser, mettre en équations, extraire, optimiser, mais qui peinent à saisir les rétroactions, les dépendances, les effets en cascade, les corrélations. Nous savons isoler des indicateurs mais pas habiter un système. Nous parlons de transition, sans nous immerger dans le processus – autrement plus prometteur – de la métamorphose. Car il faudra changer de corps (grandir ?) pour vivre. Dans Terre-Patrie, écrit en 1993 (éd. Seuil) avec Brigitte Kern, Morin formulait ce qui semble désormais une évidence : l’humanité partage un destin terrestre commun. Pas un destin abstrait, lisse, mondialisé comme un pub pour aéroport, mais une communauté de périls. Le dérèglement climatique, l’arme atomique, les nationalismes, les inégalités, les emballements techniques et les crises démocratiques ne sont pas des dossiers séparés, ils composent une même époque, celle de l’adolescence humaine. Une « polycrise », dirait-on aujourd’hui, où chaque fissure communique avec les autres. Trente-deux ans plus tard, il réitère : cette polycrise « pourrait nous inciter à trouver une nouvelle culture, une nouvelle civilisation sur cette Terre, qui deviendrait une vraie patrie humaine ». Tenir ensemble ce que l’époque sépare Sa « Terre-Patrie » est peut-être trop vaste, trop fraternelle, trop peu attentive aux rapports de force concrets, aux responsabilités historiques, aux ravages coloniaux et capitalistes qui ont fabriqué l’Anthropocène. Le commun terrestre n’est pas également partagé : certains ont beaucoup brûlé, extrait, bétonné ; d’autres paient l’addition. C’est, peut-être, la limite de son humanisme planétaire : il voit puissamment l’unité de destin, moins l’inégalité de la facture. Mais ce serait une erreur de congédier Morin au motif qu’il aurait trop voulu embrasser. À l’heure où l’écologie est sans cesse sommée de choisir entre expertise froide et colère chaude, entre rapport du Giec et stratégie électorale, entre sobriété individuelle et transformation systémique, sa pensée rappelle une chose précieuse : il faut tenir ensemble ce que l’époque sépare. La science et le récit. Le local et le planétaire. La catastrophe et la possibilité. La peur et le désir. La Terre et la patrie, mais une patrie dénationalisée, agrandie à l’ensemble du vivant qui nous porte. Edgar Morin disparaît alors que la crise écologique n’a plus besoin d’être annoncée et qu’elle semble moins que jamais solutionnable. Elle est là, dans les sols, dans les nappes, dans les primes d’assurance, les récoltes, les corps fatigués par la chaleur, les villages déplacés, les forêts malades. Le temps n’est plus à découvrir que tout est lié mais à agir comme si nous l’avions véritablement compris. Morin n’a pas pensé le mot écologie comme un sujet mais comme une preuve : la preuve que notre intelligence moderne, trop compartimentée, ne sait plus habiter le monde qu’elle transforme. L’écologie demande de changer de pensée « Pour lui, la réforme de pensée est inséparable d’une réforme de l’éducation, elle-même inséparable d’une réforme de pensée, c’est-à-dire que l’une est nécessaire à l’autre. Cette réforme de pensée est inséparable de la vraie prise de conscience de la réalité des problèmes planétaires, de l’Humanité aujourd’hui. Tout notre système de connaissance est là, selon lui, pour nous rendre aveugles, c’est-à-dire pour produire des connaissances séparées et fragmentées sur un ensemble enchevêtré. Les experts sont des aveugles, les économistes clos sont des aveugles. Nous avons donc un système de connaissance qui nous rend aveugles sur les problèmes fondamentaux et globaux… » écrit Marc Humbert, président de l’association des Convivialistes, dans son hommage. C’est peut-être la leçon la plus exigeante de Morin : l’écologie ne demande pas seulement de changer nos ampoules, nos lois ou nos technologies. Elle demande de changer de pensée. Et cette réforme-là ne se vote pas en une nuit. Elle s’apprend, se travaille, se transmet. Elle oblige à quitter les conforts du simplisme et toutes ces petites cages bien rangées où l’on croit comprendre le monde parce qu’on l’a amputé. Morin aura passé un siècle à refuser ces cages. « J’ai tendance à croire que tout finira mal. » Au chapitre « Espoir » de Parler avec Edgar Morin (Frémeaux & Associés-Pollen, février 2026), le lecteur attentif saisira le plus profond paradoxe de ce penseur hors norme, aux yeux toujours rieurs. Il pouvait se tenir droit sur la voie de l’espoir, y compris dans un monde en flammes. « Quand un système ne peut pas traiter ses problèmes vitaux, qui sont en même temps ses problèmes mortels – c’est-à-dire le système Terre ne peut pas traiter la dégradation de la planète, l’arme atomique, l’économie, la faim, l’inégalité – alors un système se désintègre, mais il est capable de se métamorphoser en un métasystème plus riche. Donc, je place mon espoir improbable dans cette métamorphose. » Persuadé que l’espèce humaine est cheminante, il espérait qu’elle saurait tracer des voies… « L’aventure est inconnue, mais il faut penser à ouvrir une voie. Dans tous les domaines, dans tous les sens, il y a mille initiatives qui ne se connaissent pas mais qui sont toutes porteuses d’avenir. » Dans un monde qui se fissure, cette obstination demeure une consigne de survie. Et son legs le plus précieux. » Par Laure NOUALHAT - REPORTERRE
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« L’histoire complexe d’Edgar Morin, derniers épisodes en date(…) « Les faits sont têtus », disait Lénine. Edgar Morin estime que les idées le sont davantage. C’est pourquoi, dans Y a-t-il des leçons de l’histoire ? (Denoël, 2025), l’ancien « communiste de guerre » et résistant, devenu philosophe de la « Terre-Patrie », passe la continuité historique au tamis de la complexité, dans une série de leçons brèves et éprouvées. Premier enseignement : le résultat d’une action peut être contraire à l’intention qui l’a provoquée : destinée au départ à engager une réforme financière, la convocation des Etats généraux, en 1789, par Louis XVI, provoqua la Révolution française. Seconde leçon : « Au lieu de dominer l’histoire depuis un trône supratemporel », l’historien doit être lui-même être contextualisé − le communiste Albert Mathiez « exaltait » Robespierre et le Comité de salut public, le libéral François Furet « récusa » l’histoire jacobine, rappelle-t-il.La partie sur les mythes et les religions monothéistes est sans doute la plus étoffée de ce texte bref. Si le sociologue n’élude pas la part de violence dans l’« histoire conquérante » de l’islam, il évoque les métamorphoses du judaïsme, et estime qu’« il ne suffit pas d’avoir été persécuté pour ne pas devenir persécuteur ».A rebours d’une approche issue de l’école des Annales, qui repose sur l’analyse matérielle et économique des faits historiques, Edgar Morin incline vers une histoire événementielle qui fait la part belle à la singularité des personnalités, à la lumière du parcours de Jeanne d’Arc, de Robespierre ou du général de Gaulle dont « l’action fut trois fois décisive dans l’histoire de France ».Il faut dire qu’Edgar Morin a connu « l’histoire avec sa grande hache », selon la formule de l’écrivain Georges Perec. Une histoire tragique dont témoigne L’année a perdu son printemps (Denoël, 2024), son roman autobiographique longtemps resté inédit. Ecrit en 1946, ce récit de jeunesse met en scène le parcours d’un fils unique, Albert Mercier, à qui son père cache la mort de sa mère et qui, malgré cet « Hiroshima intérieur », renaît à la vie par l’irruption de l’histoire, notamment au sein de la Résistance.C’est un autre manuscrit retrouvé qui a marqué l’histoire récente du sociologue. La Méthode de La Méthode. Le manuscrit perdu (Actes Sud, 2024) devait constituer le troisième volume de l’œuvre la plus importante d’Edgar Morin, La Méthode, rédigée entre 1977 et 2004, où se déploie le paradigme de la complexité qu’il n’a cessé de remettre sur le métier. Edgar Morin a raison sur ce point : les idées sont têtues.Vient de paraître également : « Parler avec Edgar Morin. Abécédaire philosophique, d’Ame à Zizanie », mis en œuvre par Alain Siciliano, Patrick Frémeaux et Stéphanie Acquette (Frémeaux & Associés, 198 p., 20 €). »Par Nicolas TRUONG – LE MONDE
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« À force de sacrifier l'essentiel pour l'urgence, on finit par oublier l'urgence de l'essentiel » : en cette ère où les crises succèdent aux crises, la « pensée complexe » d'Edgar Morin nous est en effet précieuse pour affronter la rugosité du monde contemporain et cerner, comme vous l'écrivez dans votre présentation, « la complexité du réel loin des savoirs cloisonnés ». J'ai été en particulier sensible à cette réflexion de l'ancien lieutenant des Forces françaises combattantes l'entrée « Résistance » : « la résistance, ce n'est pas d'avant-hier, ce n'est pas seulement une chose d'hier, c'est une chose d’aujourd’hui ». Yaël Braun-Pivet – Présidente de l’Assemblée nationale
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