Le monde politique et le rap convergent-ils dans une même mise en scène transgressive ?
Avec Le Journal d’un prisonnier (Fayard, 2025), Nicolas Sarkozy achève sa transition de fils d’immigré (hongrois) en rappeur, entamée de longue date avec ses costumes et ses lunettes miroirs, sa fascination pour l'Amérique de Miami Vice, le bling-bling, les stylos et montres de prix, la transgression, le rejet de la psychologie portée par La Princesse de Clèves (Claude Barbin, 1678), son côté « parrain » du monde politique, ses groupies ; évolution renforcée par une riche trophy wife et ce qui est désormais la validation gangsta fashion ultime : son bracelet électronique, sans parler de son séjour de vingt-et-un jours au centre pénitentiaire de la Santé. Doc Gynéco serait hier et dépassé. (…)
Les discours vociférants des tribuns politiques, proches des prêches des églises pentecôtistes américaines, sont scandés et projetés avec les mêmes urgence et violence que les meilleurs morceaux d'Eminem, Jay-Z, Booba ou Orelsan. Représentés par ceux du nationaliste noir panafricain Marcus Garvey, ils sont ainsi mis en lumière par une excellente compilation produite par notre confrère rock critic, dessinateur et musicologue, Bruno Blum, pour le label Frémeaux & Associés, consacrée aux Roots of Rap 1922-1973 (après celles, tout aussi passionnantes, dédiées aux racines du funk, de la Great Black Music, des Race Records ou de la Color Line). On y retrouve, parmi les nombreuses origines de la tchatche musicale - talking blues, negro spirituals, gospel, les joutes de rue en dirty dozens, DJ radios, toasters jamaïcains, scat des vocalistes de jazz, poètes de la beat generation, commandeurs de quadrilles et de square dance, amuseurs de music-hall, Last Poets, Dylan de « Subterranean Homesick Blues ».
Yves Bigot – Rolling Stone
