« Cinq jeunes gens font de Paris la capitale du jazz » par Jazz Magazine

1961 : les Messengers ont huit ans et malgré les changements restent fidèles à eux-mêmes. L’équipe est à son sommet, un équilibre parfait et sans sagesse : audace, intuition, découverte, joie !  Jimmy Merytt tient la maison, Bobby Timmons incarne le grommellement jubilatoire du blues, débordant, approximatif parfois et totalement dans le coup. Wayne Shorter affiche paradoxalement un son de jeune homme lié à une très ancienne histoire du jazz, fluide et un peu nasillard. La mélodie n’est pas toujours nécessaire : on explore le halo des notes, on joue au yoyo avec les intervalles – Shorter balance entre une maîtrise parfaite de l’instrument et une découverte enfantine de ses improvisations. Lee Morgan, 23 ans, est au pic de sa jeunesse. Clarté incandescente du phrasé, ornementation tournoyante, audace de l’aigu… Au centre Art Blakey déverse son fameux « sac à charbon », roulement caractéristique qui précède chaque changement de chorus. Mais dans ses solos, il alimente le brasier en maintenant son after beat ! On ne peut même pas dire que cette équipe soit soudée, mais dans ce rugby du diable, chaque soliste sait laisser sa place à l’autre. L’enregistrement est un bazar terrible : rançon du live qui fait apparaître l’enthousiasme de la salle sans embrumer les thèmes, certains symboliques des Messengers (Blues March), d’autres, encore neufs, sans la notoriété qui les consacrera plus tard. « Round Midnight » s’élève comme une mélodie fantomatique. Tout cela ponctué par un texte de Michel Brillé précis et enthousiaste qui restitue cet Olympia dans l’histoire du jazz en France, cinq jeunes gens qui font de Paris la capitale du jazz.

Par Yvan AMAR – JAZZ MAGAZINE