« Jamesetta Hawkins naît à Los Angeles. Sa mère n’a que 14 ans ! Son père est inconnu. La légende voudrait que son père fût un célèbre joueur de billard Rudolf ‘Minnesota Fats’ Wanderone. Sa très jeune mère mène une vie de bâton de chaises. L’enfant Jamesetta sera ballotée entre divers foyers d’accueil, sa tante ou ses grands-parents. Grâce à eux, elle fréquente la St Paul Baptist Church dont le chœur, Echoes of Eden Choir, est fort célèbre. Il est dirigé par le Professeur James Earl Hines. Dans son autobiographie Rage To Survive (co-écrite avec David Ritz et publiée en 1995 chez Villard Books), Etta James écrit : « we had one of the biggest,baddest, hippest choirs anywhere… Our choir master, Professor James Earle Hines was my first and heaviest musical mentor, the cat who taught me to sing. Fact is, I wanted to sing just like him. » La gamine se fait très vite remarquer par les paroissiens grâce à sa belle voix. Elle écoute du doo wop, du gospel, du rhythm & blues et du blues. Avec deux copines de son voisinage, elle forme The Creolettes. L’incontournable Johnny Otis repère le trio et le fait signer avec la firme de disques des frères Bihari, Modern. Jamesetta devient Etta James. Le premier titre enregistré fin Novembre 1954, Wallflower (en fait le vrai titre était Roll With Me Henry que la décence de l’époque censura) était une réponse au Work With Me Annie d’Hank Ballard. Publiée début 1955, la chanson devient un tube. Pendant quatre ans, accompagnée à Los Angeles par l’orchestre du saxophoniste et arrangeur Maxwell Davis, ou à La Nouvelle-Orléans en 1956 par celui du trompettiste Dave Bartholomew avec Lee Allen (saxo) et Earl Palmer (drums) (I’m A Fool, Fools We Mortals Be et Tough Lover), Etta James grave vingt-quatre titres rhythm & blues et rock’ n roll d’une qualité exceptionnelle. Sa voix fait des merveilles. Les accompagnateurs swinguent à cœur joie pour le plus grand bonheur des auditeurs et danseurs. Réjouissante est l’écoute du premier cd. En cette fin des années cinquante, Harvey Fuqa, le leader des Moonglows, est le petit ami d’Etta James. Avant de se séparer et épouser l’une des sœurs de Berry Gordy à Detroit, il présente en 1960 la chanteuse à Leonard Chess. Les artistes phares de Chess sont Muddy Waters et Chuck Berry. Les frères Chess souhaiteraient toucher un public beaucoup plus vaste en s’adaptant aux nouveaux goûts. Ils vont essayer de faire d’Etta James une Sam Cooke ou une Ray Charles féminine, une « crossover diva. » Pour atteindre cet ambitieux objectif, Chess sélectionne des ballades pop sentimentales, mièvres et très moyennes. Les arrangements confiés à Riley Hampton sont conventionnels et d’un manque flagrant d’originalité. Saute aux oreilles le contraste entre l’affligeante médiocrité de la musique et la superbe voix, l’expressivité du chant et l’immense talent d’Etta James qui déploie toute la palette des émotions. De 1961 à 1963, Argo, une filiale de Chess, publiera quatre albums : « At Last » et « The Second Time Around » en 1961 ; « Etta James » en 1963 ; « Sings For Lover » en 1963. Ils occupent les cds 2 et 3. Plusieurs titres extraits de ces albums apparurent en 45 tours. Ainsi Etta James vendit-elle d’innombrables disques aux publics afro américains et surtout blanc. Le ‘crossover’ ardemment souhaité par Leonard Chess réussit sur le plan commercial. Le bilan artistique est plus mitigé. De cet océan de sentimentalité excessive à mon goût se dégagent de beaux moments : I Just Want To Make Love To You, All I Could Do Is Cry, Waiting For Charlie To Come Home, Something’s Got A Hold on Me, Let Me Know, Spoonful et Nobody But You. En fin du troisième cd, vous découvrirez le rare single Argo 5353 publié sous le nom The Ecuadors ; Etta James assure les chœurs pour Chuck Berry. Les inconditionnels d’Etta James se précipiteront. (…) »
Par Gilbert GUYONNET – ABS MAGAZINE
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