« Musicien, compositeur, arrangeur, pédagogue, chroniqueur (Jazzman, Jazz magazine, Musik, France culture…), Pierrejean Gaucher, acteur et témoin engagé de ces bouleversements, a choisi la forme d’un dictionnaire pour raconter et expliquer ces (r)évolutions qu’il nourrit de l’évocation de son parcours de guitariste entre « jazz, pop et rock », de band leader (Abus dangereux, Phileas Band, 2G…), d’animateur de projets.
Comme le passionnant documentaire Nous l’Orchestre (Philippe Béziat, 2026) immerge le spectateur au côté des musiciens, au plus près de ce qu’ils entendent et ressentent quand ils jouent, et tout ce qu’ils ont dû consentir pour rejoindre un tel collectif, l’auteur retrace par touches subtiles son rapport à la musique, à son instrument, à la création, à sa place sur le « marché ». Il apporte de stimulantes analyses du contexte de la création (« Home studio [L’artiste artisan] », et de diffusion de la musique aujourd’hui.
Pourquoi un abécédaire ? Peut-être, parce que si la formule impose des contraintes, elle offre aussi toute latitude pour des échappées, des allers-et-retours. Avec un aspect déroutant, quand on en consulte la soixantaine d’entrées listées dans le sommaire. Non pas celles ouvrant sur le Panthéon de l’auteur, ses « boussoles musicales », avec son « Quarté » gagnant : « Les Beatles, Zappa, Miles Davis, Stravinsky », et encore « Satie (Esoterik) » qu’il a brillamment zappé (L’ours 506), ou sur ses guitar heroes : Beck (Jeff), Blackmore (Ritchie), McLaughlin (John)… et bien d’autres qui hantent ces pages, à l’instar de John Scofield, Pat Metheny ou encore Mike Stern.
On l’aura compris, il s’agit d’une sorte d’autobiographie (en forme de « Gibson [ou Fender ?»] », suis-je tenté d’ajouter, avec ou sans « Médiator »), matinée d’histoires et légendes de rock et de jazz. Mais pas seulement. De plus, si certaines entrées sont très courtes, tiennent en une phrase (« Voix [trouver sa] »), en trois (« Silence [ou espace] », d’autres se développent en plusieurs épisodes (trois pour Zappa, of course).
Musique, propriété et création Ainsi de ses réflexions sur les notions d’emprunt, d’inspiration, d’imitation, d’arrangement, et donc de « Plagiat / 1 [ou hommages] » ; « Plagiat /2 [les grands procès] »; Plagiat 3 [l’avenir du] ») qui accompagnent l’histoire de la diffusion de la musique enregistrée (des affaires d’avocats et de gros sous). Ou sur « Musicaliser [la voix] », ou « un film » et au passage le « Bruit » du chantier de ses maisons successives, ou les ondes des poteries d’une amie. Ou sur les aléas de la vie (« Carrières [ratées de peu] »).
Pas de nostalgie dans les propos du musicien, une sage invitation à prendre le bon côté des nouvelles technologies, sans se perdre en combats inutiles (son du Vinyle ou du numérique !), et inventer ses propres recettes. Les jeunes musicien•nes y trouveront des conseils plein de bon sens sur l’apprentissage d’un instrument (« Pratique [fastidieuse] », tout le monde n’est pas un virtuose ou capable de passer 18 h par jour sur l’instrument), sur l’oreille relative qui vaut bien l’oreille absolue, sur le rétroplanning d’un projet (« Musicien [auto-entrepreneur] »), sur la dérisoire rémunération de la musique sur les plateformes. Tout cela est écrit clairement, et avec humour, ce qui ne gâche rien. Si la lecture par thème et rebonds est possible, j’ai préféré tourner les pages une à une, histoire de ménager le suspense. »
Par Frédéric Cépède – L’OURS
