« Trente-six titres étourdissants de beauté convulsive » par Jazz Magazine

Au moment de la Renaissance de Harlem (1918-1930), des artistes affirment l'identité afro-américaine. Harlem est réputée comme la capitale de la culture noire, et Duke Ellington en est l'un des acteurs majeurs, notamment sur la scène du Cotton Club, où il est engagé pour trois ans en décembre 1927.

Il fait alors usage de ce que l'on pourrait appeler la mythoparodie, un détournement de la saga de Tarzan initiée par le feuilletoniste Edgar Rice Burroughs. Le jungle jazz, dont il est le pionnier, mélange l'ironie à l'invention musicale. Feulements et rugissements, plaintes et stridulations sortis des cuivres et de la bouche d'Adelaide Hall font grincer les codes d'Hollywood et de ses tarzâneries de mâle blanc herculéen. Pionnier du genre, notre « génie ducal » accompagne avec ses nombreux orchestres des chorégraphies sur fond de forêt vierge en carton-pâte. Du Cotton Club au Ziegfeld Theatre en passant par le Fulton — où il est rejoint par Maurice Chevalier —, il fait entendre des instruments à la voix animale et des pièces emblématiques telles que East St. Louis Toodle-Ooh, Black & Tan Fantasy et bien sûr, The Mooche.

Trente-six chandelles — comprenez trente-six titres étourdissants de beauté convulsive — composent ce programme d'une facture sonore particulièrement soignée et richement présenté par Tony Baldwin et Alain Pailler, ce dernier étant l'oreille absolue de Duke Ellington.

Guy Darol – Jazz Magazine