Comme la plupart des artistes qui ont enregistré pour Chess ou ses labels associés, Etta James est victime de l’impéritie des propriétaires actuels de ces catalogues. Son œuvre n’a jusqu’ici pas fait l’objet d’une campagne de réédition exhaustive et le seul coffret qui résume son parcours, sorti en 2000, est évidemment épuisé de longue date.
Frémeaux & Associés fait donc œuvre de salubrité publique en regroupant en trois copieux CD l’intégralité des faces publiées entre 1955 et 1962 (les inédits et prises alternatives parus a posteriori, notamment chez Ace, sont en dehors du domaine public et ne sont donc pas repris). Si tout ce matériau a déjà été compilé, le format de cette intégrale permet de suivre l’évolution artistique de James et le développement de ses capacités d’interprète sous la houlette de Riley Hampton, le directeur musical de Chess à l’époque. Au fil des années, la chanteuse s’éloigne du carcan de la braillarde R&B de ses débuts pour révéler un sens de la nuance et une versatilité qui lui permet de donner des lectures réussies de standards comme At Last, dont elle grave la version de référence, ou These Foolish Things, sans négliger son ancrage dans la tradition à coup de singles imparables (Seven Day Fool, Something’s Got a Hold on Me...) destinés à enflammer les clubs. Une voix majeure des musiques afro-américaines.
Frédéric Adrian - Jazz Magazine
