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LA TOUR D’AMOUR
RACHILDE 

Texte intégral lu par Jacques Gamblin







Préface à la Tour d’Amour
Par Edith Silve
Pour le cinquantenaire de la mort de Rachilde. 

“La mare aux grenouilles”
Une partie de l’œuvre de Rachilde se nourrit, on le sait, du souvenir de la terre de son enfance passée en Périgord, au Cros, “trou” sombre et marécageux, situé entre Château-l’Evêque et Périgueux, où naquit un 11 février 1860 Marguerite Eymery, dite Rachilde. L’évocation, dans ses romans, de son enfance et de la terre où elle vécut jusqu’à sa majorité est sans cesse traversée par des images et des métaphores de l’eau. L’eau est, en effet, au commencement de la vie de la petite Marguerite. Rachilde rappelle dans la célèbre préface à son roman A mort, paru en 1886, qu’elle est née en face de la “mare aux grenouilles”, dans une propriété qui regorgeait d’eau au point que les fruits s’y gâtaient. Arrivée à l’âge de la puberté, Marguerite verra se dresser hors de la mare “une sorte [...] d’immense cadavre blême, les bras tendus en avant, la tête ballottant sur les épaules”. L’eau tout autour “semblait se soulever d’horreur en grosses vagues muettes”. En proie à des hallucinations, la jeune fille est tentée de se noyer. Ce serait la bénéfique lecture de la bibliothèque du grand-père, Urbain Feytaud, juge de paix à Thiviers, qui aurait aidé la jeune fille à s’arracher à son morbide désir d’en finir avec la vie. Ce mélange de boue, d’eau sombre, de noyé et de lectures salvatrices n’est pas étranger à la composition du roman la Tour d’amour. En effet, un grand nombre de récits aux sources périgourdines ou bretonnes intègrent à l’aventure romanesque proprement dite des thèmes ou parfois simplement des motifs ou des images liés à l’eau. Elle y est plus souvent une matière qu’une simple étendue; c’est presque toujours une substance hostile, traître, dissimulée au fond des puits, des mares, des marécages, des fossés, des tanières, des forêts; elle suinte le long des murs, moisit les étoffes et les aliments, pourrit les récoltes dans les champs; elle est, enfin, la mer tout entière, “le dessous” par excellence, presque toujours “empestée du souffle de la mort” (Préface au roman A mort). Des récits aussi divers que A mort, Nono, la Princesse des ténèbres, le Dessous, une nouvelle aussi parfaite que le Cœur du moulin, des contes aussi aboutis que le Tueur de grenouilles, la Buveuse de sang, Volupté s’inscrivent tout à fait dans cette lignée.

La Tour d’amour fait partie, elle, des récits bretons auxquels Rachilde a sacrifié. La souche familiale fixée en Bretagne a peut-être aidé à l’éclosion de son plus beau roman. La mer n’y est plus un simple décor de tragédie qui court, semblable à une frise, le long de la lande comme dans certaines petites nouvelles qui composent le Tiroir de Mimi-Corail; elle est le personnage principal dans une histoire qui met en scène deux gardiens de phare. Planté sur un roc isolé qui s’avance dans l’océan, le phare appelé Ar-Men, “le roc” en breton, affronte l’océan déchaîné. Rachilde n’a pas choisi n’importe quel phare; en effet, Ar-Men se dresse au bout de la chaussée de Sein, constituée d’un chapelet de récifs, fort dangereux pour les bateaux, qui s’étend à huit milles, au large de l’île de Sein. En juin 1896, une épouvantable catastrophe, dont la presse populaire allait largement se faire l’écho, donna le branle à son imagination : “Dans la nuit du 17 au 18 juin, vers minuit, un grand paquebot anglais, le Drummond-Castle, revenant du cap de Bonne-Espérance et allant vers l’Angleterre, s’est perdu corps et biens sur les Pierres-Vertes, écueil avoisinant l’île de Molène, près d’Ouessant. Des 250 personnes qu’il portait, 3 seulement ont pu être recueillies vivantes. Le reste, équipage et passagers, a été englouti avec le navire, qui a coulé par 60 mètres de fond, trois minutes après avoir donné sur les rochers. Le naufrage paraît dû à une erreur de route du capitaine, qui venait reconnaître Ouessant, après la traversée du Golfe de Gascogne.” (Extrait de l’Illustration, 27 juin 1896. “A propos du naufrage du Drummond-Castle”.)

Le journal consacrait également de longs développements à l’édification mouvementée du phare d’Ar-Men qui débuta en 1869 et qui vit son allumage seulement après douze ans de périlleux travaux, en août 1881. Cette construction fut longtemps tenue pour irréalisable car la roche dans laquelle les ingénieurs des travaux publics avaient pensé édifier cette tour n’avait que sept mètres vingt de diamètre. Les difficultés que rencontrèrent les ouvriers les premières années, pour forer la pierre, sceller des goujons de fer qui devaient aider à fixer le ciment à la roche, furent énormes. La mer balayant violemment le roc toutes les cinq minutes, les ouvriers durent travailler amarrés au récif par des ceintures de pompier1. De nombreux croquis exécutés par Sabattier accompagnent le reportage, que Rachilde utilise et recopie parfois mot à mot lorsqu’il s’agit de détails techniques ou d’analyse à caractère géophysique propres à donner à son récit un fond de réalisme et un ton authentique. Tous les termes relatifs à la vie d’un phare sont ainsi exploités comme ce va-et-vient, sorte de télésiège, auquel est suspendu le gardien pour aller du bateau “ravitailleur” au phare. Un dessin couvrant deux pages de l’Illustration rend sensibles les périls que court le gardien durant la manœuvre. La romancière se contentera de transformer, par simple allitération, le Drummond-Castle, en Dermond-Nestle, qui, lui aussi, arrive du cap de Bonne-Espérance ! En juillet 1896, l’Illustration complétait son premier reportage par une évocation de l’existence que mènent les gardiens de phare : tous les ingrédients y sont réunis pour faire lever la pâte : la folie qui guette les gardiens que la solitude ronge, le délire du vent, la mort qui les frappe sans qu’on puisse venir chercher le cadavre avant quinze jours, la puanteur du cadavre, la peur du mouchardage entre gardiens, le sens du devoir, le respect des “autorités”; on y trouve même un portrait du gardien-chef du phare du Four, qui se décide sur le tard à apprendre la grammaire française ! Il semble bien préfigurer par son ignorance et son peu de goût pour la parole, l’extraordinaire portrait du vieux gardien-chef de la Tour d’amour : Mathurin Barnabas.

Et pourtant, les gardiens de la Tour d’amour n’ont rien de commun avec ceux de n’importe quel phare de nos côtes; Barnabas et son apprenti, Jean Maleux, sont symboliquement représentatifs de l’univers de la romancière et de ce qu’on appelle “la littérature fin de siècle” dans laquelle s’inscrit ce roman. Le phare va, en effet, cristalliser tous les grands thèmes qui firent le succès de Rachilde et qu’elle va organiser avec art et sobriété. C’est ainsi que la mer symbolise le ventre maternel et, plus généralement, tous les périls que fait courir à la femme la sexualité. Il y a, par exemple, des analogies entre Marivonnec, la pretite Bretonne, héroïne de la Buveuse de sang, la chienne finnoise de la Dernière Tentation, la grosse nourrice de la Marquise de Sade, et la mer dans la Tour d’amour. Toutes sont des mères ou des nourrices dangereuses : Marivonnec étrangle par ignorance – elle a quinze ans tout au plus – l’enfant dont elle accouche, terrée dans la lande, au fond d’un trou boueux; la chienne de Monsieur le curé d’Amblars, sous le coup d’une grande peur, dévore ses petits; la grosse nourrice, ivre morte, écrase sous son corps l’enfant qui dormait à côté d’elle dans son lit. La mer, symbole de toutes les femmes, ouvre au pied du phare ses énormes cuisses vertes et gainées; elle soulève ses “jupes jusqu’aux entrailles”, “se lamente comme une épouse trahie”. Jean Maleux la compare à “un sein de femme enragée” puis à “un ventre” et à “une expulseuse d’hommes”. Elle est tour à tour vierge, prostituée, épouse trompée, mère infanticide. Elle porte tous les masques de la femme que lui prête la romancière. Elle est probablement l’expression métaphorique la plus accomplie, dans l’œuvre de Rachilde, des angoisses et des hallucinations de la jeune fille face à sa mère et à la maternité. Derrière cette mer démontée, que des cohortes de navigateurs noyés sillonnent, se profile peut-être la mare du Cros, d’où jaillit le menaçant noyé de la jeunesse de Marguerite Eymery.


“Alors il s’étire à quatre pattes,
sauvage... flairant le vent”

Le Tueur de grenouilles 

Barnabas, qui a été trahi par sa première épouse, aime la mer dont il tire profit : il arrache à ce ventre, que semble féconder la mort, de jeunes noyées apportées par les naufrages; elles sont des compagnes douces et résignées qui ne le trahissent plus. En ce sens, Barnabas offre une variante plus exacerbée du personnage de Toniot le fils, héros de la nouvelle : le Tueur de grenouilles. Ayant, une nuit de lune, surpris sa mère dans les bras d’un amant, Toniot avertit son père, une brute épaisse, qui tue sa femme. La posture de grenouille retournée sur le dos que prend, devant les yeux horrifiés de l’enfant, la mère en train de faire l’amour conduit l’enfant à pêcher, tuer et “déshabiller” les grenouilles des étangs, auprès desquels il vit maintenant, orphelin, illettré, en bête sauvage. Par une de ces métamorphoses de l’image, si caractéristiques de l’œuvre de Rachilde, les grenouilles sont aussi les “avortons” et les “fœtus plongés au bocal universel” que Toniot va pêcher et manger. Une même lueur de convoitise ou de haine à l’égard de la femme anime le regard de Toniot et celui du gardien du phare. En passant de la mare aux grenouilles à l’océan, le petit Toniot est devenu un homme qui a les traits de Mathurin Barnabas. Barnabas apparaît à une première lecture comme un représentant de la loi dont le phare, symbole du phallus en érection, traduit l’autorité, l’État, le pouvoir. Cependant les images qui le dépeignent le rapprochent de tous ces êtres qu’on rencontre dans l’œuvre de Rachilde et que guette un irrésistible retour à l’animalité et à la force masculine et primitive.

Lorsque l’histoire commence, Barnabas a déjà perdu toute dignité humaine; il urine contre la porte du phare, mange à même les boîtes de conserve avec ses doigts, ne se lave ni ne se change plus; il couche avec ses bottes, ne se déshabille jamais et porte depuis dix ans un vêtement de bure qui semble enduit de jus de chique. Avec cela, il marche parfois à quatre pattes, “plié en bête comme de naissance”. Il était, conclut Rachilde, “comme de la honte faite homme”. Les termes dont use la romancière pour représenter son personnage dans tous les actes de sa fonction en font une bête mythique : c’est “un crabe”, un “oiseau de proie aux ailes déplumées”, un “vieux loup”, un “porc sauvage”, un “vieux chacal”, une “sale chouette”. De cet ensemble composite émerge la main droite, dont le volume, la force et l’adresse en font “une pieuvre” ou une “pince de crabe”; son visage est “plus nu qu’un cul de singe”, et ses prunelles, dont nous ne retiendrons qu’un élément emblématique, sont “vertes et vitreuses comme celles des poissons crevés”. Ainsi est soulignée sa complicité avec la mer et les noyés. Mais c’est probablement l’illétrisme dans lequel est tombé le gardien-chef après vingt ans de carrière qui est le plus représentatif de son retour à l’animalité. Animalité à laquelle il semble que la vie, dans ce phare, conduise inexorablement ses habitants. Ainsi Jean Maleux va-t-il découvrir que sa langue s’est “rouillée” à force de ne plus parler et qu’il traîne les syllabes à la manière du vieux Barnabas. Car Barnabas, qui ne tient plus depuis longtemps le journal de bord et qui limite son activité culturelle à épeler les lettres de l’alphabet, Barnabas, le “Maître”, le “Patron”, le “Père”, a perdu les derniers repères de la civilisation : “Petit, fit-il, la voix subitement sombrée, je ne sais plus lire”.

Barnabas et la mer forment un couple dans lequel l’animalité de l’homme et la violence primitive de la femme se répondent et se complètent2. Mathurin Barnabas, déjà à demi-bête, est aussi à demi-femme. Par fétichisme, il prélève sur les noyées qu’il vient de violer des bandeaux de cheveux qu’il coud à sa casquette. Tantôt noirs, tantôt blonds, ils descendent en longues oreilles de chien sur les joues du “vieux”. A cet extraordinaire signe extérieur de son androgynie, qui le rapproche de tous les personnages bisexués que l’on rencontre dans l’œuvre de Rachilde, vient s’ajouter la marque vocale de sa féminité : le père Mathurin a une voix de femme lorsqu’il chante. Jean Maleux, qui tente de la décrire, entend “une voix de jeune fille”, “une voix dolente”, “une voix de pleureuse”, “qui vous fondait les entrailles”. Mathurin chante avant les naufrages et peut-être bien qu’il les favorise et les accompagne de la voix. Le phare lui-même participe de l’ambiguïté sexuelle du personnage en devenant “la Tour d’amour” chaque fois que le vieux gardien entonne son refrain. Plongé dans un sommeil de plomb, avec le sentiment d’être attaché sur son lit par des “ficelles de lumière”, Jean Maleux, nouvel Ulysse, entend pour la première fois le chant maléfique de Barnabas s’élever dans la tour et monter jusqu’à lui. Peut-être Mathurin Barnabas rejoint-il dans l’inconscient collectif qui donna naissance à la légende d’Ulysse la figure allégorique de la Sirène, dont il emprunte les attributs divins, la voix enchanteresse et le corps mi-humain mi-bête. Il doit également beaucoup aux légendes, bretonnes probablement, qui lui donnent cette profondeur romantique des personnages de marins qui ont péri en mer, revenant parmi les vivants pour les torturer. 


“Ben quoi ? J’ai tué la mer”
La Tour d’amour 

Le jeune Jean Maleux, lui, a été envoyé par les Ponts-et-Chaussées auprès du vieux gardien-chef, dont il doit prendre la relève. Il s’agit, pour les “autorités”, de “remplacer l’intelligence d’un vieux qui décline”. Mais la transmission du savoir et du pouvoir se fait mal et... ailleurs. Le chef continue son service comme si l’apprenti n’existait pas. Mathurin, dont le savoir est proche de celui de Vulcain, a une connaissance du métier fondée sur l’instinct et sur une habitude vieille de vingt ans. Il n’a pas besoin de lire les cartes des marées et encore moins de tenir un journal de bord. Il sait “flairer” les orages et surtout les cadavres. C’est ce savoir occulte et maléfique qu’il va transmettre à Jean Maleux en même temps que le savoir technique du maniement des feux du phare. Maleux... son nom semble le prédisposer à un cheminement douloureux, car le malheur s’inscrit dans son nom patronymique. “Je porte en moi tous les malheurs”, s’écriera-t-il, effaçant l’image naïve que Barnabas avait de lui, à son arrivée au phare : “Jean, t’es né sous la chance !” Tout commence avec cette pêche aux moules, miraculeuse, au pied du phare. Il ouvre une moule grasse à souhait : “C’était la prunelle d’une vierge, bleu sombre et nageant dans une glaire de nacre, si transparente, si veloutée... la bonne moule!” “C’est de la poison !” lance Barnabas, pour qui tout poison est féminin. Et, de vrai, elle a un arrière petit goût fade que Jean oublie. La moule, symbole érotique, préfigure toutes les belles noyées avec lesquelles Barnabas assouvit ses désirs; moules qui se nourrissent des noyés apportés par les vagues de la baie des Trépassés.

Maintenant que Jean Maleux est assuré de son métier, il lui faut fixer son cœur et ses sens. Avant son arrivée au phare, il avait bien connu l’amour libre avec une “garce”, jeune Mauresque rencontrée sur l’île de Malte; mais une “garce”, ça ne s’épouse pas. La longue quête de l’amour commence et, avec elle, l’apprentissage négatif du renoncement à la femme et au mariage. A Brest, il a rencontré une jeune fille qui aura bientôt l’âge de se marier : Marie. Mais cette jeune cervelle oublie son premier rendez-vous “d’accordée” et Jean va glisser lentement vers son destin d’assassin, semblable en cela à celui de Mathurin Barnabas. De désespoir en solitude, un soir de congé, alors qu’il est pris de vin, il tue. C’est une “garce” qui passe... Peut-être Marie ? C’est sûrement Marie qu’il tue d’un coup d’eustache, là, en plein ventre... “Ben quoi ? j’ai tué la mer”, s’écrie-t-il, comme devenu fou. Ainsi disparaît à jamais pour lui l’épouse et la mère de ses enfants dont il poursuivait le rêve, au conditionnel : “Et nous aurions des enfants tout de suite, aussi grands que leur petite mère. Vive la joie !” A l’exemple de ces deux oiseaux mâles qu’il a achetés, par erreur, du même sexe, il reste seul maintenant en face de Barnabas. 

Le “cela”
Jean Maleux prend alors le chemin de Barnabas; il n’a plus de répugnance devant les gros poissons “mangeurs de pourriture” qu’il pêche et dont il re­lève son menu. Il cesse de parler avec le patron, se contentant “d’une syllabe” par repas et encore n’est-ce que “dans les occasions solennelles”. Il renonce à aller à terre et perd la mémoire en même temps que la notion du temps et de l’espace. Il cesse d’être propre et se rapproche à son tour de la bête; Barnabas et lui se mettent alors à monter et à descendre dans le phare “comme deux ours en cage”. Enfin il possède en rêve des noyées. Le voilà habité par les “infernales habitudes” de Barnabas. Ce n’est plus aux “femmes vivantes que je songe, dit-il, il me faudrait des créatures plus passives, plus complaisantes”. N’a-t-il pas d’ailleurs lui-même servi les obscures pratiques de son maître : en oubliant, à son arrivée à Ar-Men, d’allumer le phare, il a certainement provoqué le naufrage du Dermond-Nestle, apportant, sans le savoir, cette noyée aux cheveux noirs qu’une nuit Barnabas est allé retrouver... La boucle est bouclée et Jean Maleux pourrait bien être devenu la réplique de son maître. Barnabas a trouvé son “fils” et Jean Maleux a trouvé son “père”. Cette filiation spirituelle s’établit au moment de la mort de Barnabas. Cependant, la passation du savoir et du pouvoir du gardien-chef à son élève, maintenant initié, s’accomplit à travers un acte qui déliera le fils du serment tacite fait au père : Jean, qui a découvert au péril de sa vie l’objet fétiche que conserve Barnabas – une tête de jeune fille morte, noyée –, le jette à la mer. Cette tête, il faut bien le dire, est le symbole le plus baroque, le signe le plus évident de la culture décadente qu’offrent les romans de Rachilde ; elle devrait trouver sa place dans le mythe de Salomé, si fécond dans la littérature de cette fin de siècle. Enfermée et conservée dans un bocal de formol, femme-objet soumise à la contemplation de Barnabas, son infernal “époux”, c’est peut-être la tête de Salomé qui est à son tour offerte à la convoitise et à la folie de la Bête qui l’aime. Le mythe ainsi retourné est détruit et avec lui disparaît le pouvoir maléfique de la femme. Pour Jean Maleux, cette tête n’est pas un objet de culte. Il la rend à son élément en la désignant par le démonstratif “cela”. Il cesse donc d’avoir peur de la mer et de la mère, et rompt la magie qui le liait à l’eau et à la mort. Cependant il va payer très cher la conquête de sa liberté ; il restera célibataire en renonçant au mariage. Peut-être la clé de cette attitude se trouve-t-elle dans la volonté que Rachilde manifesta d’être sans famille ! C’est ainsi qu’elle se présentera à Vallette en 1886 ; au point que son futur époux lui écrira : “Vous ne parlez jamais de votre famille. On vous croirait presque née d’une génération spontanée” (le Roman d’un homme sérieux)3. Le bateau qui sombre au large d’Ouessant porte, à une consonne près, le nom patronymique de la famille de Rachilde : Desmond. Avec le naufrage, son nom s’efface.

Jean Maleux, qui n’avait déjà plus d’ascendants, renonce à avoir des descendants. Jeté hors de tout lignage, il renonce également à tout lien avec la terre et s’enferme à jamais dans le phare. L’épreuve qu’il vient de traverser l’a rendu fou, comme l’était déjà Barnabas ; mais, à la différence de son maître, il est un fou lucide qui met sa lucidité dans la tenue scrupuleuse du journal du phare. Il relate également l’aventure qu’il vient de vivre et note tous les nouveaux naufrages auxquels il assiste sans émotion. Il fait “son devoir”. Mais alors, Jean Maleux est-il devenu un écrivain? Car nous sommes bel et bien en train de lire – par effraction – ce journal de bord, devenu journal intime, destiné logiquement aux seules “auto­rités” des Ponts-et-Chaussées. De toute évidence, le rapport qu’entretient la folie avec l’écriture est au cœur de ce récit, et il est tentant de voir dans Jean Maleux le porte-parole de Rachilde que la lecture de la bibliothèque du grand-père a sauvée du suicide et que l’écriture détournera de la folie. Folie de la mère d’abord, qu’il fallut que Rachilde supportât puis acceptât ; la sienne, ensuite, en laquelle, devenue jeune femme, Rachilde crut sombrer. Il ne s’agit pas d’une écriture sage, d’une écriture de bas-bleu, d’une écriture amidonnée pour bonnes familles, non ! Mais d’une écriture noire, convulsée, qui s’est détournée du flot insipide de la littérature à succès et qui plonge ses racines dans les recherches que firent dans les années “80” Charcot et Ribot. Elle prend en compte la névrose de l’auteur pour la nouer étroitement aux fils du récit4. Mais plus que dans ses autres romans la part la plus obscure de l’inconscient est sereinement maîtrisée et symbolisée dans une exploitation à la fois ample et mesurée de ce que Bachelard appellerait, ici, “l’imagination spatiale” de l’écrivain. Le roman s’achève pourtant sur l’espace clos du journal que tient Jean Maleux. Il n’est plus désigné sous ce vocable, il est devenu “le grand livre du phare”, car c’est lui, maintenant, qui tient lieu d’espace, d’espace littéraire, au gardien-écrivain. Le qualificatif “grand”, appliqué au “livre”, indique de quelle valeur symbolique il est chargé. Il a pris la place du paysage morbide et angoissant que Jean Maleux avait sous les yeux, du temps de Barnabas.

Jean Maleux a transformé le banal journal de bord destiné aux “autorités” en ce livre que nous lisons. Il est devenu un rempart qui protège celui qui le rédige de la folie. En ce sens, il est l’équivalent du phare qui se dresse à la pointe du monde, seul sur un roc, symbole de culture, face à l’énormité de la mer déchaînée. La Tour d’amour, publiée en avril 1899 au Mercure de France, connut une nouvelle flambée d’intérêt en octobre 1901 : en effet, la presse révéla un horrible fait divers qui, selon les dires du professeur Antoine Ritti, médecin à Charenton, prouvait que “la fiction du romancier semblait avoir prévu l’abominable réalité”. Nous livrons aux lecteurs le contenu d’un des nombreux articles qui relatèrent cette affaire à laquelle Rachilde fut extrêmement sensible et qui venaient donner, a posteriori, un éclairage “naturaliste” à une œuvre qui ne l’était pas ! 

Une série d’abominables profanations
On vient de découvrir dans la petite commune du Muy, située sur la ligne P.L.M. entre Toulon et Nice, une série de crimes aussi odieux que macabres. Nos correspondants de Marseille et de Toulon nous télégraphient les détails suivants sur ces forfaits : Hier dans l’après-midi, on trouvait dans un grenier le cadavre décapité d’une fillette qui avait été violée et dont la mort remontait à plusieurs jours. Le parquet de Draguignan se transporta sur les lieux et commença une enquête qui aboutit à l’arrestation du coupable. Voici les renseignements que je viens de recueillir sur place : depuis quelques jours, une odeur nauséabonde semblait provenir de la maison portant le numéro 15 de la grand-rue du Muy. Cette maison est habitée par le nommé Antoine Ardisson, âgé de 65 ans, qui vit là avec son fils Honoré âgé de 29 ans et une femme nommée Robini qui leur sert de bonne à tous deux. Les voisins, poursuivis par l’odeur qui devenait pestilentielle, mirent le père Ardisson en demeure d’en rechercher la cause. Il répondit que l’odeur devait provenir des ordures que son fils, une véritable brute, déposait dans son grenier. Cependant, piqué par la curiosité, Ardisson pénétra dans le grenier. Il vit dans un coin une forme blanche enveloppée dans de la paille. Croyant que c’était une bête, il prit une pelle pour remuer le tas de paille. Quelle ne fut pas sa stupeur, lorsqu’il aperçut le cadavre d’une fillette de 4 ans vêtue d’une robe blanche, les jambes écartées, la tête entièrement détachée du tronc. Effrayé, Ardisson, après avoir hésité pendant deux heures, se décida, son fils ne revenant pas de la campagne, à aller prévenir le brigadier de gendarmerie. Celui-ci consigna immédiatement à sa disposition Ardisson père et la femme Robini pour les empêcher de se concerter avec le fils Ardisson. Celui-ci fut arrêté le soir à son retour des vendanges. Honoré Ardisson commença par s’étonner de son arrestation, puis pressé de questions, il avoua que le soir de l’inhumation de la jeune Louise X, morte à 4 ans de pneumonie infectieuse, le 12 septembre, il pénétra dans le cimetière, déterra le cadavre, le mit dans un sac et le porta chez lui où il en abusa. Honoré Ardisson, après cet aveu, demanda à manger, car, dit-il, il avait bon appétit. “Je parlerai, ensuite”, ajouta-t-il. En effet, après son repas, Ardisson fit les plus effroyables confidences. C’est ainsi qu’il a dit que lorsque mourait dans le pays une fillette qu’il avait remarquée et dont il connaissait le corps (puisque la plupart du temps il servait d’aide au fossoyeur) il se dirigeait la nuit entre une heure et deux heures du matin vers le cimetière, escaladait le mur, fouillait la tombe et abusait du cadavre. Il a reconnu avoir fait ainsi pour la jeune Y, âgée de 14 ans, morte le 20 février 1901, et pour la jeune Z, âgée de 13 ans, morte le 28 avril 1901. Il coupa la tête de cette dernière et l’emporta chez lui pour l’embrasser mieux et beaucoup plus souvent. Le vampire n’a pas avoué d’autre crimes. Mais on suppose que depuis deux ans, il a déterré et souillé six ou huit cadavres de fillettes de 4 à 14 ans. On voit qu’il a déjà reconnu en avoir souillé et décapité 3. Dans les perquisitions faites à son grenier, on a retrouvé la tête de la pauvre Z, la jeune fille dont le visage, a-t-il eu le cynisme de déclarer, lui plaisait le mieux. Le parquet de Draguignan s’est transporté sur les lieux pour commencer l’instruction. Au cours de l’interrogatoire qu’il a fait subir à Ardisson, le procureur lui a demandé pourquoi il ne s’était pas marié. Ainsi, il aurait eu une femme à lui. Le coupable a répondu : “Les vivantes ne voulaient pas de moi. Les mortes, elles, ne se défendaient pas.” Il est certain qu’on se trouve en présence d’une brute inconsciente. Mais la découverte de ces horribles forfaits n’en excite pas moins une très vive émotion. Honoré Ardisson était employé comme manœuvre maçon, et on l’avait surnommé Nounigno. Il a fait son service militaire en Corse au 61e de ligne. L’entrée du cimetière du Muy a été fermée jusqu’à nouvel ordre en vue des recherches que le parquet doit y faire opérer.
(Le Temps, 30 septembre 1901) 

En 1938, la Tour d’amour donna lieu à une pièce de théâtre mise en scène par Marcelle Maurette et représentée au théâtre du Grand-Guignol. Elle obtint un franc succès auprès des fidèles de ce théâtre - aujourd’hui disparu -, lieu privilégié d’une dramaturgie vouée à l’hystérie et aux morts violentes. Rachilde fut enchantée par cette mise en scène qui respectait l’outrance du texte. En 1984, le théâtre Essaïon présenta la Tour d’amour dans une nouvelle mise en scène de Jeanne Champagne, avec Jacques Gamblin dans le rôle de Maleux, qui obtint un grand succès.
Edith Silve  


La construction du phare d’Armen 
“Ce grand plateau est tellement dangereux que nous pouvons affirmer que tout navigateur qui le traversera sans le secours d’un bon pilote de l’île de Sein ne devra son salut qu’à un heureux hasard”.
Extrait de la Carte particulière de la chaussée de Sein et du passage du raz de Sein dressée en 1817 par l’ingénieur hydrographe Beautemps-Beaupré.

Il aura fallu quatorze ans pour que naisse le phare d’Armen. L’histoire de sa conception est unique parmi toutes celles qui présidèrent à la construction des phares du Raz de Sein. Arrêtons-nous un moment sur les étapes qui jalonnèrent sa naissance. Le phare va être érigé à l’intérieur de la chaussée de Sein, à l’extrémité de la Basse-Froide qui termine la chaussée, sur un rocher entouré d’un nuage d’écume. La roche n’offre presqu’aucune surface et les vagues ne cessent de la balayer. Le phare est situé au large de l’île du Sein et fait partie de ces phares qui ont les pieds dans l’eau car ils sont construits sur des rochers que la mer recouvre ou balaie à chaque marée. Dans les années 1800-1860, le nombre de bateaux qui sombrent en approchant de cette redoutable chaussée ne se compte plus et les ingénieurs de la commission des phares décident d’en stopper l’hécatombe en érigeant un phare sur l’une des têtes de roche située à l’extrêmité de la chaussée de Sein. Il existe trois roches en bout de la chaussée. Seule, l’une d’elles, semble offrir une petite assise émergeant à marée basse : c’est la roche d’Ar-Men. Après de nombreuses tentatives, la roche se laisse approcher. Le syndic de l’île réussit à mettre le pied sur le rocher et à en prélever un fragment. L’analyse révèle que c’est du gneiss. La roche mesure douze à quinze mètre de long et sept à huit mètres de large, à marée basse. Dès 1866, l’ingénieur, Paul Joly lance le projet d’établissement d’un soubassement en ciment de Médina-Parker. Des goujons de fer galvanisés sont scellés dans la roche pour y fixer la maçonnerie. On prévoit pour le phare une base de sept mètres vingt. Reste à trouver la main-d’œuvre. Les habitants de l’île de Sein refusent en bloc l’idée de se livrer à d’autres travaux que ceux de la pêche ! Le courage dont fait preuve l’ingénieur décide les senans à accompagner les maçons qu’on est allé chercher au cap-Sizun. Hélas, l’embarcation a bien de la peine à les déposer sur le site et lorsque les hommes le sont, ils travaillent d’une main, l’autre étant fermement accrochée à la roche, une ceinture de sauvetage passée sous l’aisselle. Parfois, une lame emporte au loin un ouvrier que la barque va repêcher. Parfois aussi, on ne le repêche pas... La construction de la tour démarre en mai 1869. Les fondations avancent bien que les lames viennent arracher des mains des ouvriers les pierres de granit qu’ils sont en train de poser. Une vigie est mise en place pour donner l’alerte en cas d’arrivée d’une déferlante. En octobre, les maçons ont comblé les fissures du roc et réalisé vingt cinq mètres cubes de maçonnerie.

C’est prodigieux. Les ouvriers sont félicités et une émulation collective les entraîne vers plus de performance. La guerre de 1870 va freiner ce courage et le travail en sera fortement ralenti. Les avancés techniques sont importantes mais la mort reste au rendez-vous pour ces hommes que la déferlante surprend et emporte pour ne plus jamais les rendre. Parfois la tempête est si violente qu’elle arrache le ciment du soubassement et emporte le treuil. En février 1881, le phare, après quatorze ans de travail acharné, est allumé. Il faut le souligner, cette tour, à la différence des autres est sans empattement. Quand le vent souffle, les ingénieurs tremblent de voir leur chef-d’œuvre s’écrouler. La tour, ronde et gracieuse, s’envole à plus de 34 mètres au-dessus de la roche et sa construction relève de l’épopée ! Le ciment employé donne des cauchemars aux directeurs des phares qui vont se résoudre à faire faire des travaux de consolidation de l’édifice. Il faut lutter contre la corrosion que lui imposent les terribles vagues de la chaussée de Sein. En effet, voilà qu’on redoute la décomposition des mortiers par l’eau de mer ainsi que la légèreté de la tour qui risque de s’effondrer. On ajoute donc un socle en ciment entre 1897 et 1902. Pour cela, les ouvriers profitant de la basse mer et armés de fleurets forent des trous dans le rocher, puis scellent des organeaux qui vont ancrer le futur soubassement de la tour. En même temps, on “charge l’édifice avec des gueuses de fonte” pour bien asseoir la tour sur son socle. Cet ultime chantier ne prendra fin qu’en 1902 ! Il aura fallu 45 ans à l’homme pour maîtriser la mer et ce phare du bout du monde. Le phar d’Ar-Men lance trois éclats blancs toutes les 20 secondes. Il a été automatisé en 1990.
Edith Silve 
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS/GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 2003    

Pour en savoir plus sur les phares, on consultera : Phares, Histoire du balisage et de l’éclairage des côtes de France, de Jean-Christophe Fichou, Noël le Hénaff, Xavier Mével, Edition Le Chasse-Marée ArMen, 1999. Tous nos remerciements vont aux auteurs de ce livre. 

Œuvres de Rachilde disponibles
La Jongleuse, Edition des Femmes, 1982 (Préface de Claude Dauphiné)
L’Animale, Mercure de France, 1993 (Préface d’Edith Silve)
Mon Etrange Plaisir, Editions Joëlle Losfeld, 1993 (Préface d’Edith Silve)
Nono, Mercure de France, 1994
La Marquise de Sade, Editions Gallimard, 1996 (Préface d’Edith Silve)
Madame la Mort and others plays, Baltimore, The Johns Hopkins, Press, 1998 introduction par Fraser Lively
Monsieur Vénus, Flammarion, 1998
La Tour d’Amour, Mercure de France, 1999 (Préface d’Edith Silve) 


Rachilde ou de “la Marquise de Sade” à la vieille dame indigne
Par Edith Silve 
Pour le cinquantenaire de la mort de Rachilde. 

La petite enfance de Rachilde
L’excentrique romancière, Rachilde, que le célèbre et sulfureux roman Monsieur Vénus lança en littérature à l’âge de 24 ans, s’appelle, de son nom patronymique : Marguerite Eymery. Elle naît un 11 février 1860, près de Périgueux, au Cros, qui signifie : “le trou”, en patois. Voici comment la romancière décrit le pays de son enfance : “La terre de cette contrée bénie porte à son centre un point noir, emblème des raffinées pourritures : la truffe, et pour chercher l’ignoble produit aphrodisiaque, des porcs abondent. Ils sont de bonne qualité, du reste, ces porcs. Mais leurs gardiens, nos paysans périgourdins, la vilaine race ! Poltrons, paresseux et jamais débarbouillés... C’est le point noir qui s’étend” (Préface de A mort). Un étang à l’eau glauque, une grande demeure humide, une mère toujours malade, une petite fille, la future Rachilde, laissée à l’abandon au milieu des enfants illégitimes sales et illettrés complètent le tableau dans lequel vont s’inscrire les premiers pas dans la vie de celle qui sera appelée à devenir une femme de lettres au destin exceptionnel. L’enfant, et sa mère suivent dans ses déplacements à travers la France le père, officier de carrière de l’armée impériale. Rachilde évoque dans La Marquise de Sade, un roman qui s’apparente, en partie, à une biographie intellectuelle, les tribulations de la famille Eymery allant de garnison en garnison, les souffrances et les terreurs de la petite fille élevée à la hussarde, les beuveries des officiers, les manœuvres des soldats sanglés dans leurs pantalons garance. Le tout forme un roman d’aventures avec, pour toile de fond, la guerre de 1870 qui se profile à l’horizon. A huit ans, Rachilde est encore totalement inculte et sauvageonne. Voici la curieuse image qu’elle donne d’elle à ses lecteurs “Mademoiselle Rachilde, un peu idiote, toujours pâle et très silencieuse, faisait le désespoir de ses parents mais le bonheur de sa nourrice qui la mettait encore dans son panier à provisions pour aller au marché” (Préface au roman : A Mort). 

Quand un soldat revient de guerre
La guerre a contraint la mère et la fille à retourner au Cros. L’hiver de 1870, qui fut terrible, offre l’image d’une fillette qui reproduit les combats et les joutes guerrières dont son imagination a été nourrie, dans ses jeux avec les petits paysans du Cros. La guerre a fait du père de Rachilde un héros fatigué. Il a, en effet, protégé avec son régiment la retraite de l’armée de Bazaine sur Metz, mais le héros qui revient de guerre est un homme détruit. Il est atteint de la petite vérole, il est devenu sourd et il a pris sa retraite. A son foyer, il retrouve une épouse qu’une maladie des nerfs et l’ennuie rongent. Il y retrouve aussi une fille qu’il n’aime pas et à laquelle il ne cache pas qu’il eût préféré un garçon. Il arrive au père de la battre à coups de fouet. Rachilde, devenue adulte et écrivain reconnue, l’avouera dans une lettre pathétique. Revenu au Cros, le père n’est plus que Lieutenant de louveterie sur ses terres. Il se dépense comme le font les petits hobereaux du Périgord, en courant après les gardeuses d’oies, les bergères et les nourrices. Il a probablement donné à Rachilde un demi-frère, enfant de l’hospice, qui vivra de braconnage dans les bois de la famille qui l’ignorera. Il est sans nul doute la figure centrale de l’œuvre de Rachilde et s’incarnera dans les personnages androgynes de ses romans. Rachilde va dépeindre, comme nombre de romanciers, le cercle de famille qui fut le sien en insistant sur sa vie de petite fille puis d’adolescente et enfin de jeune fille. Les comportements bourgeois de la famille Eymery sont si savoureusement évoqués que cette œuvre constitue un tableau exact des mœurs périgourdines sous l’Empire puis sous la troisième République. C’est ainsi que Rachilde sera la première, avant Emile Zola, à mettre en scène dans son roman de toute jeune fille : Monsieur de la Nouveauté, la naissance des grands magasins avec l’exode des jeunes campagnards et des jeunes filles attirés par les emplois dans les villes. Elle accordera une place majeure à la figure du père, militaire de carrière tombé à l’état de simple louvetier, parcourant les bois qui cernent sa propriété, à cheval, le fusil à l’épaule, à la poursuite des loups qu’il piège de la plus horrible façon, comme s’il était sur un champ de bataille.

La cruauté du père avec le monde animal va laisser de fortes empreintes dans la mémoire de sa fille. Le récit, La fille du louvetier, écrit en 1903, met en scène une de ces battues dont il était coutumier : “L’usage du pays était, en effet, de clouer l’ennemi abattu sur la place avec un pieu dans les côtes ou de l’écarteler au prochain arbre, [...] souvent l’animal respirait encore, car un loup adulte vous a la vie dure.” Un père qu’elle idolâtrera pour sa beauté et sa volonté de puissance et pour lequel elle partagera toujours son cœur entre la colère d’être sa fille et le désir d’en être exclusivement aimée : “J’ai peur de mon père que j’aime” avouera-t-elle dans un petit récit à caractère autobiographique : Quand j’étais jeune. En 1875, le père veut marier sa fille âgée de quinze ans avec un de ses lieutenants. La résistance de la petite Marguerite n’est pas du goût de la mère qui invente le pire des stratagèmes pour faire plier sa fille. Rachilde s’était entourée de petits animaux familiers qui l’aidaient à vivre et à passer le cap de l’enfance. Le récit, les Rageac, présente les petits compagnons de Rachilde : un poulet nain, une couleuvre, une souris, une chouette, un petit coq qui vivent tous dans la chambre de la jeune fille, douillettement. La mère fait enfermer dans un sac cette “vermine” qui est noyée dans l’étang. De désespoir, la jeune adolescente tente de se suicider. L’éducation religieuse de la fillette et sa scolarité sont bien négligées. Jules Ferry n’est pas encore arrivé ! et sa première communion ne lui laisse aucun souvenir. Avide de connaissances, la jeune fille lit la nuit, à la lueur d’une bougie ou de la lune. Ses études, la jeune Marguerite les fera, à travers la lecture de la bibliothèque de son grand-père. Voltaire et le Marquis de Sade vont façonner son esprit. Elle n’a pas dix-sept ans qu’elle se lance en littérature avec de petits récits qu’elle donne à l’Echo de la Dordogne.  

A nous deux, Paris
La mère, issue d’un milieu aisé, ouvre un salon littéraire à Paris, quai de Bourbon, tandis que le père, pour aider sa fille, vend sa meute de chiens. La jeune fille découvre le monde de l’édition. Elle est présentée à Victor Hugo, à Sarah Bernhardt, écrit à Catulle Mendès, rencontre Villiers de l’Isle Adam. En 1880, elle s’installe rue des Ecoles et commence une vie de romancière et de femme de lettres tenant salon : elle fait la connaissance de la bohème des lettres, tous poètes, écrivains dessinateurs, chansonniers, humoristes parmi lesquels on voit Jean Moréas, Léo Trézenik, Jean Lorrain qui restera toute sa vie un ami fidèle, Maurice Barrès, Verlaine et son ami Cazals, Remy de Gourmont, appelé à devenir l’actionnaire le plus précieux de la future maison d’édition : Le Mercure de France. En 1884, Monsieur Vénus, qui paraît d’abord en Belgique où il fait scandale, est condamné par les tribunaux. Il lance Rachilde dans le monde des lettres qui reconnaît en ce livre un roman majeur de la littérature féministe. Rachilde a trouvé un thème qui va faire d’elle “la reine des décadents”, la “Mademoiselle Baudelaire” de cette fin de siècle convulsé, la créatrice du personnage mi-homme, mi-femme de Mademoiselle de Vénérande qui plie à ses désirs un jeune homme dont elle fait une femme. Elle porte un costume et se produit dans les salons et les cafés, vêtue de pantalons et d’un pardessus d’homme. Elle monte à cheval, apprend à se battre à l’épée et à manier le révolver. Le mariage l’assagira... dans ses tenues vestimentaires seulement, car Rachilde continuera à produire des romans dont les thèmes sont un enchantement pour les psychanalystes et dans lesquels les personnages, souvent androgynes, vivent des aventures dignes de romans fantastiques ou de la série noire. Certains d’entre eux sont devenus des ouvrages incontournables de notre littérature comme Monsieur Vénus, La Marquise de Sade, l’Animale, La Tour d’Amour, Contes et Nouvelles, l’Imitation de la mort, Madame de Lydone, assassin, la Jongleuse, les Hors Nature.  

Le cadeau de mariage : Une maison d’édition
En 1885, Rachilde rencontre Alfred Vallette, celui qui va devenir son “compagnon”. Le Roman d’un homme sérieux permet aux lecteurs de suivre les futurs époux dans les méandres de cette rencontre. Alfred Vallette, lui donne, en 1890, une fille et un royaume : Le Mercure de France où sera publié, en 1900, le premier grand recueil de poèmes symbolistes sous la direction de Paul Léautaud et d’Adolphe Van Bever. C’est cette maison d’édition qui va donner à Léautaud sa place de grand témoin du monde des lettres de 1895 à 1956 par la publication de son Journal littéraire. Rachilde devient une femme comblée qui peut se livrer à l’activité à laquelle sa mère l’a initiée : elle tient un salon où le monde des lettres se donne rendez-vous de 1890 à 1922. Paul Valéry, Alfred Jarry, Jules Renard, Barrès, Pierre Louÿs, Henri de Regnier, Jean de Tinan sont parmi les premiers invités. 

La vieille dame indigne
En devenant chroniqueur dramatique au Mercure de France, en 1907, puis secrétaire de la revue, Léautaud devait fatalement affronter Rachilde qui tenait, elle aussi, une chronique. Comme ils se chamaillaient souvent, Rachilde n’ignorait pas qu’elle faisait l’objet de mille observations la concernant dans le journal que Léautaud tenait sur le Mercure et le monde des lettres. Rien n’est plus divertissant, sous la plume de Léautaud, que l’évocation du salon où Rachilde reçoit ses confrères et ses consœurs tous les mardis, et qui nous donne l’impression de pénêtrer dans une volière ou dans une ménagerie littéraire. C’est avec un rare plaisir que Léautaud note les boutades de Rachilde dont les réparties valent parfois celles de Léautaud : “Rachilde nous expliquait, ce soir, à Dumur et à moi, devant Vallette, les conseils littéraires qu’elle a donnés à Maryse Choisy à ses débuts : “Vous voulez réussir. Pas de meilleur moyen. Faites la putain. Voyez Colette.” La Rachilde vieillissante, excentrique, courant les cafés mal famés, affichant sa haine du “boche” pendant la guerre de 14-18, adoptant des positions passéistes en littérature, dans les années 20, critiquant avec emphase le Front populaire, donne à Léautaud l’occasion d’en croquer d’impérissables caricatures. C’est un délice que de les découvrir au tournant d’une page du Journal littéraire de Léautaud car le lecteur a le sentiment d’entrer de plein pied dans la vie privée des Vallette et de se familiariser avec la vie d’une maison d’édition. Rachilde, comme Léautaud, est très attachée à la cause animale et tous deux défendent les bêtes abandonnées avec la même passion. Le Journal littéraire la représente dans cette occupation, certes pleine de noblesse, mais on y trouvera aussi des scènes d’un irrésistible comique comme celle qui la dépeint, partant avec Léautaud pour manifester contre une corrida, habillée d’une robe rouge : “Elle parle de se jeter devant le taureau pour le défendre : ‘Hein ! Mon cher ! Une mort superbe. Quel tableau’ !” (Paul Léautaud) La volonté de s’afficher paraît si évidente dans la rage que met Rachilde à affronter la bête que Léautaud craignant de ne pas revenir vivant, rédige son testament avant de partir avec elle au combat ! Les vingt dernières années de sa vie, Rachilde va les vivre dans l’amertume et dans une solitude que sa fille, Gabrielle, a tenté de rompre sans y parvenir. Dépressive, presque totalement aveugle et déjà détachée de la vie, Rachilde s’est doucement repliée sur elle-même après la mort de son mari, en 1935. Nous avons bien connu le désespoir de sa fille qui n’a jamais pu pénêtrer dans la tour de la solitude en laquelle sa mère s’était enfermée, à la semblance de Maleux dans son phare. C’est peut-être ce terrible roman, La Tour d’Amour, dont tout le mystère qu’il renferme est encore loin d’être élucidé, qui contient les clés du pessimisme lucide de son auteur. Rachilde s’éteint en avril 1953, à quatre-vingt treize ans. Son œuvre, qui a sa place dans la littérature française, offre aux lecteurs d’aujourd’hui un considérable domaine de recherches et d’émerveillement.
Edith Silve
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS/GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 2003  

CD1
1. Chapitre 1 : Quand je me menai aux autorités...    4'55
2. Ensuite, on me causa de la paie...    5'19
3. A dix heures, on arriva sur Ar-Men...    3'59
4. J'escaladais les nuages et puis, patatras….    4'53 .
5. Chapitre 2 : Le vieux restait assis devant moi…    5'02
6. Ensuite, il se versa une demi-tasse de son rhum…    5'10
7. Je restais sur sa porte, ma lanterne personnelle à la main…    5'19
8. Je me suis mis au lit tout vêtu…    5'53
9. Chapitre 3 : Deux semaines coulèrent….    4'55
10. On avait la permission de terre…    4'30
11. Je me rappelais bien que cette phrase-là d'elle…     4'22
12. Quand  je vis que le jeu durerait trop longtemps… 3'59 

CD2
01. Chapitre 4 : De mémoire de marin, ça ne s'est jamais vu...    4'53
02. On ne voyait pas souvent les gros navires...    5'34
03. Ma chambre, au soleil levant…    4'35
04. Je recueillis des moules…    5'36
05. Chapitre 5 : Le vieux, penché sur son petit bouquin…    3'17
06. Cette nuit-là, il faisait un tel sabbat…    3'50
07. Le vieux posa son livre…    3'57
08. Le phare trembla de la base au sommet…    4'23
09. Chapitre 6 : On n'a pas idée de ce que c'est que la pluie…    6'07
10. Je rentrai un moment au phare…    5'42
11. Je remontais au phare…    5'35
12. Le malheur voulut que je me gâtai…    5'46 

CD3
01. Chapitre 7 : Je faisais la noce. Oui, parlons-en !    6'11
02. La patronne me servit du cidre, trottina…    5'59
03. La pluie tombait, le jour aussi.    5'21
04. Je vis briller ses yeux à travers l'obscurité…    4'53
05. Chapitre 8 : En débarquant sur l'esplanade du phare…    5'48
06. Un soir de vent d'ouest…    5'36
07. Je regardais le vieux, les poings serrés.    3'09
08. Je devenais maboul rien qu'à le contempler...    3'31
09. Mes mâchoires en claquèrent.    2'58
10. On ferait vite des projets.    3'56
11. Chapitre 9 : Je tournais mon béret …    5'07
12. Malheur à ceux qui aiment l'Amour !    4'36
13. Je faisais mon service le mieux…    3'36
14. On ne pense plus au péché…    3'13 

CD4
01. Chapitre 10 : Est-ce Pâques, est-ce Noël ?    4'26 .
02. Le vieux se décomposant au fond de son trou…        4'11
03. On sortit sur l'esplanade, tenant un bout de filin…    3'30
04. Nous continuâmes rapidement notre ascension…    4'24
05. Chapitre 11 : Le lendemain, il fallut réparer nos avaries.    4'19
06. Je demeurais un instant collé contre la muraille…    4'32
07. A Brest, je ne reconnus pas une rue…    3'55
08. Je restais jeune, seulement la mer m'avait….    4'55
09. Chapitre 12 : Encore un cauchemar !    5'18
10. Il fit signe que oui, hocha la tête…    5'20
11. Une odeur de marée entrait chez nous…    5'14
12. Le vieux caressa, de ses larges pinces de crabes…    5'09
13. Chapitre 13 : Alors comme j'ai peur, moi aussi…    0'43 

Ecouter LA TOUR D’AMOUR RACHILDE  TEXTE INTÉGRAL lu par JACQUES GAMBLIN (livre audio) © Frémeaux & Associés / Frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, parole enregistrée, etc...). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires  et les disquaires, ainsi qu’en VPC. Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écoutés par téléchargement auprès de sites de téléchargement légal.

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