« Directeur de collections chez Frémeaux depuis quelques années déjà, l’érudit Bruno Blum (auteur en 2009 de l’essai “Le Rap Est Né En Jamaïque”, chez le même éditeur), propose à présent d’établir la genèse d’un genre devenu dominant (et en passe d’aborder bientôt son second demi-siècle). Il retrace ses origines depuis la contredanse et le quadrille importés aux Antilles par les colons européens, en passant par la scansion des field-hollers au cœur des pénitenciers du Sud du Mississippi, puis bien entendu par le prêche enflammé du gospel et des spirituals, avant de transiter par le spoken word des poètes beat (puis des Last Poets new-yorkais) jusqu’en Louisiane et dans les Caraïbes (où éclot la tradition du talking blues), pour finir par polliniser le blues, le western-swing, le doo-wop et le rock n’ roll.
Cette remarquable sélection de 43 titres abonde ainsi d’exemples significatifs, depuis certains dance commanders guadeloupéens et haïtiens jusqu’à nos propres Ouvrard et Brigitte Fontaine – avec Areski – en passant par Allen Ginsberg, Tex Williams, Bukka White, Max Roach, Louise Bennett, Duke Ellington, John Lee Hooker, Jack Kerouac, Oscar Brown Jr., Ramblin’ Jimmy Dolan et Bo Diddley, sans oublier d’historiques radio DJs tels qu’Alan Freed et Jocko Henderson. La dimension émancipatrice et militante inhérente aux prémices du rap s’illustre notamment par les voix de Marcus Garvey et du poète et cinéaste béninois Alfred Sanvi Panou (accompagné de l’Art Ensemble Of Chicago), et le copieux livret ci-inclus complète judicieusement cette pertinente introduction à un courant dont le cheminement jalonne ainsi le siècle écoulé. Comme le démontra également le coffret “Roots Of Punk Rock” (dans la même série), aucun genre musical, aussi iconoclaste fût-il, n’émerge jamais sui generis, et Blum s’emploie avec le brio qu’on lui connaît à en dresser la passionnante exégèse. »
Par Patrick DALLONGEVILLE – PARIS MOVE
