« Un moment crucial de l’évolution musicale de la Jamaïque » Blues in Britain

« Le Jamaïcain Ernest Ranglin a été élu « Jazz Guitarist of the Year » (« guitariste de jazz de l’année ») par Melody Maker en 1964, alors qu’il se produisait pendant neuf mois au Ronnie Scott’s Club de Londres. À peu près à la même époque, il a également arrangé dans un style ska une chanson R’n’B pour la jeune chanteuse jamaïcaine Millie Small. À ce jour, « My Boy Lollipop » s’est vendu à plus de sept millions d’exemplaires.
Ernest n’était pas un nouveau venu sur la scène musicale. Les notes de Bruno Blum qui accompagnent ce coffret proposent un aperçu détaillé de ses débuts, et la période couverte par ces enregistrements permet de retrouver les différents styles populaires à un moment crucial de l’évolution musicale de la Jamaïque.
Les premiers morceaux sont interprétés par Denzil Laing & The Wrigglers, un groupe qui joue du mento, la musique traditionnelle de l’île, souvent assimilée au calypso. Et, pour ajouter encore un peu à la confusion, ces morceaux étaient à l’origine sortis sur le label Kalypso. Le premier titre est « Bloodshot Eyes », une reprise aux accents caribéens du célèbre succès country repris en 1951 dans une version R’n’B par Wynonie Harris.
Le blues devient plus présent avec plusieurs morceaux inspirés du jump blues des années 1950, interprétés par Theophilus Beckford, lui-même influencé par Rosco Gordon. Ernest y joue une fois encore une guitare remarquable et très personnelle. Il participe également à « Silky », un instrumental de blues entraînant interprété par Clue J. & The Blues Blasters. On y retrouve aussi le regretté tromboniste Rico Rodriguez, qui deviendra plus tard un membre régulier de l’orchestre de Jools Holland.
L’album complet « Guitar In Ernest » présente le guitariste dans une formation de trio de jazz, montrant pourquoi les lecteurs de Melody Maker l’avaient tant apprécié. C’est à la fois une musique de grande qualité et un document historique, puisque cet album fut le deuxième LP publié par Island Records, le label de Chris Blackwell.
Le disque se termine ensuite par quelques sélections diverses, dont plusieurs morceaux issus de la bande originale du film de James Bond « Doctor No ».
L’album n’est donc pas exclusivement consacré au blues, mais il contient de remarquables enregistrements de blues et illustre parfaitement pourquoi Ernest Ranglin fut également une figure importante de la scène musicale londonienne des années 1960. »
Par Norman DARWEN – BLUES IN BRITAIN