Concernant la visibilité des prisons, Hélène Nogues-Brunet, ingénieure en sciences du vivant et autrice de l’article Surveiller et punir à +4°C sur « AOC », n’est pas inquiète au téléphone. Pour elle, la crise climatique va obliger à regarder les lieux d’enfermement en face, qui sont les révélateurs de notre avenir collectif : « en ce moment on parle de la canicule, mais il y a aussi les inondations, le black-out électrique ou d’approvisionnement en alimentation ou en eau : ce sont des bombes à retardement. On va vers un avenir climatique qui va s’intensifier, se complexifier, ce sont des lieux qui vont de toute façon devenir visibles ».
La chercheuse invite alors à profiter du dérèglement climatique pour penser les prisons autrement. Elle propose un système où la sécurité de la société ne tient pas sur un enfermement toujours plus massif en investissant dans davantage de contrôle, de prisons, d’isolement, mais où elle passe par une attention collective portée au soin. Un système où il y aurait « une gouvernance plus ouverte, qui intégrerait l’ensemble des habitant·e·s de ces lieux (détenu·e·s, familles, acteur·ice·s du territoires, etc) ». En intégrant aussi « les travaux autour de la justice restaurative, qui mériterait qu’on lui accorde des budgets et des moyens. » Elle se demande néanmoins : « est-ce que l’État est capable d’une transformation ? »
Gwenola Ricordeau, sociologue de la prison, croit en une transformation radicale du système pénal et de ses institutions telles que la police, la justice et la prison. Dans un ouvrage sur les violences sexistes et sexuelles, elle défend un fonctionnement où « il ne s’agit pas de seulement faire sans – sans la prison, sans la police et sans la justice ». C’est tout le système qui est à repenser pour que l’abolition des prisons puissent advenir, selon elle. « Cette abolition viendra plus probablement du système lui-même, de la montée en puissance de nouvelles technologies plus compétitives face au coût de l’enfermement, voire d’une montée de la sensibilité sociale à l’enfermement ». Une sensibilité qui se construit à travers les discours médiatiques qui traitent la prison autrement qu’à travers l’indignation des surveillants par les livraisons de colis. Mais aussi à travers les revendications des collectifs et des associations pour les détenu·e·s, et l’accès à la parole des prisonnier·e·s.
Juliette ALONZO - CNNI INFO
