« Apprendre à écouter le monde vivant » par Enfance et Culture

« Avec ses 708 pages, Écouter les oiseaux et les sons de la nature peut impressionner. Pourtant, ce n’est pas un livre qu’il faut nécessairement lire de la première à la dernière page. L’ouvrage est organisé en chapitres aux sujets très variés et possède un index particulièrement précieux : on peut donc y entrer par une question, un auteur, une pratique, une notion, et se laisser guider au gré de ses centres d’intérêt.

Patrick Frémeaux en signe une très belle introduction, qui permet de comprendre les origines et les enjeux de l’audio-naturalisme, une pratique encore trop peu connue. Né dans les années 1960 avec Jean-Claude Roché, pionnier de l’enregistrement des sons de la nature, ce courant se situe à la croisée de l’art, de la science et de la connaissance du vivant. Il ne s’agit pas simplement d’enregistrer les chants d’oiseaux : écouter les sons d’un milieu, c’est aussi apprendre à le connaître, à en percevoir les équilibres, les transformations et les fragilités.

Bernard Fort, qui a consacré une grande partie de sa vie à l’ornithologie et à l’enregistrement des chants d’oiseaux, est l’une des grandes figures de cette histoire. Compositeur de musique électroacoustique, il utilise ces enregistrements comme une véritable matière musicale, travaillant à partir des sons du vivant entre observation, composition et abstraction.

Autour de lui, naturalistes, preneurs de son, chercheurs, artistes et philosophes racontent leur expérience et leur manière d’écouter. Certains s’intéressent aux oiseaux et à leur physiologie, d’autres aux techniques d’enregistrement ou aux paysages sonores ; d’autres encore interrogent la dimension artistique de ces pratiques, leur histoire ou leur rapport à notre façon d’habiter le monde. Jérôme Sueur, Marc Namblard, Fernand Deroussen, Boris Jollivet, Allain Bougrain-Dubourg, Juliette Volcler, Gilles Malatray, Lê Quan Ninh et bien d’autres apportent ainsi des éclairages très différents.

C’est sans doute ce qui fait la richesse de ce livre : on y découvre que derrière le simple plaisir d’entendre chanter un oiseau se cachent des pratiques, des savoirs et des questions multiples. Comment enregistrer sans perturber ? Que cherche-t-on à entendre ? Comment restituer un paysage sonore ? Que nous apprennent les sons sur les milieux naturels ? Et que devient notre rapport au vivant lorsque nous prenons vraiment le temps de l’écouter ?

Le livre donne ainsi envie de tendre l’oreille, de prêter attention aux sons qui nous entourent et peut-être de faire l’expérience de cette écoute avec les enfants. Car apprendre à écouter, c’est aussi apprendre à observer autrement et à découvrir ce qui, habituellement, passe inaperçu.

Un ouvrage qui se lit donc par petites touches, au gré des envies et des découvertes, et qui trouve un prolongement particulièrement intéressant dans le CD qui l’accompagne. Après avoir découvert les hommes, les pratiques et les réflexions qui ont construit l’audio-naturalisme, on peut en entendre concrètement les traces dans les paysages sonores proposés sur le disque. Deux supports complémentaires pour apprendre, chacun à sa manière, à écouter le monde vivant. »

Par Cristina AGOSTI-GHERBAN – ENFANCE ET CULTURE