La sincérité dans la recherche historique est la capacité intellectuelle d’accomplir l’équation alchimique complexe, capable de conjuguer les battements du cœur et la clairvoyance de la raison. Et lorsque l’historien est lui-même une part de l’Histoire qu’il écrit, qu’il en soit acteur ou objet, et qu’il s’efforce de rester objectif, il ressemble à quelqu’un qui marche sur un fil ténu, tendu entre le cœur et la raison. Tel est le cas de l’historien franco-algérien Benjamin Stora, l’un des plus grands historiens contemporains spécialisés dans l’Histoire du Mouvement national algérien et de la révolution algérienne.
Il est absolument impossible de parler de l’Histoire contemporaine de l’Algérie ou de la discuter sans revenir aux écrits de Benjamin Stora, qu’il s’agisse de ses ouvrages personnels individuels, de ses travaux collectifs ou de ceux qu’il a dirigés, plus d’une centaine de livres et de documents, des centaines de conférences, des centaines d’entretiens écrits et audiovisuels. Il constitue à lui seul une véritable bibliothèque historique. Toutes les recherches, universitaires, sans exception aucune, consacrées à l’histoire moderne et contemporaine de l’Algérie, qu’elles soient politiques, économiques, sociales, culturelles, idéologiques, organisationnelles, militaires ou identitaires, réalisées dans les universités algériennes ou ailleurs dans le monde, s’appuient en premier lieu sur les ouvrages de Benjamin Stora. Ce qu’il a écrit sur l’Algérie est incontournable pour tout chercheur sérieux et crédible. (…) Au cœur même des multiples tempêtes qui ont traversé les relations entre l’Algérie et la France, il est resté cet intellectuel et ce chercheur doté d’une véritable aura académique et médiatique, poursuivant un discours apaisé sur des volcans en éruption, et depuis leur intérieur, avec un langage savant et sage, sans dissimuler la vérité ni la marchander, sans craindre d’exprimer son opinion avec clarté. Ce qui le guide, c’est la quête de la vérité historique, non la volonté de satisfaire telle ou telle partie politique. Entre l’Algérie et la France, à peine une tempête s’apaise qu’une autre surgit, la plupart nourries par les conflits de mémoire et d’Histoire. Et pourtant, Benjamin Stora demeure ce chercheur et historien qui, depuis plus d’un demi-siècle, travaille sur cette question ; cet intellectuel singulier qui circule entre les deux rives, donnant des conférences ici et là, sans se laisser affecter par les bourrasques politiques saisonnières, malgré la sensibilité des sujets qu’il aborde. C’est cette probité, alliée à ce charisme scientifique, qui lui permet de se déplacer librement et avec estime entre l’Algérie et la France : un discours armé de documents, nourri de faits et témoignages.
Amin Zaoui – L’Expression-Le Quotidien
