« (…) La question politique du XXIe siècle n’est peut-être plus seulement celle de savoir qui surveille et qui punit. Elle est aussi de comprendre qui protège et qui expose. Qui bénéficie des infrastructures capables d’amortir les chocs climatiques ? Qui supporte, au contraire, les conséquences les plus directes du dérèglement écologique ?
À cet égard, la prison constitue sans doute l’un des laboratoires les plus inquiétants de notre temps. Elle préfigure une société dans laquelle la peine ne se mesure plus uniquement à la privation de liberté, mais également à l’inégale distribution de l’habitabilité. Une société où les vulnérabilités environnementales deviennent elles-mêmes des instruments de gouvernement.
La véritable leçon politique de la chaleur carcérale est peut-être là. Le changement climatique ne transforme pas seulement notre rapport à la nature. Il reconfigure en profondeur les formes contemporaines du pouvoir. Et il nous oblige à poser une question que Foucault n’avait pas eu à affronter : que devient la prison lorsque c’est le monde lui-même qui devient difficilement habitable ?
Dans un monde où l’habitabilité devient la condition centrale de toute politique, continuerons-nous à organiser la société autour de dispositifs d’exclusion hérités d’un autre âge écologique ? Ou accepterons-nous de repenser nos institutions à partir de la vulnérabilité partagée des vivants ?
NDLR – Hélène Nogues-Brunet a récemment publié Surveiller, punir et réinsérer en Anthropocène, les enjeux du monde carcéral face aux limites planétaires aux éditions Frémeaux et Associés.
Ce texte est publié dans le cadre d’un partenariat avec le festival Concertina, rencontres estivales autour de l’enfermement, à Dieulefit (Drôme) les 26, 27 et 28 juin 2026. »
Hélène Nogues-Brunet
Ingénieure en sciences du vivant – Propos recueillis dans AOC (éditions Sylvain Bourmeau)
