Sonny Criss - 1947-1958
Sonny Criss - 1947-1958
Ref.: FA5913

Selection d’Alain Gerber

Sonny Criss

Ref.: FA5913

EAN : 3561302591322

Direction Artistique : Alain Gerber, Jean Buzelin et Jean-Paul Ricard

Label : Frémeaux & Associés

Durée totale de l'œuvre : 2 heures 24 minutes

Nbre. CD : 2

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  • - CHOC Jazz Magazine
Présentation

Sonny Criss est un unsung hero de l’histoire du jazz. Saxophoniste alto brillant de l’ère bebop, son talent inégalable est pourtant resté dans l’ombre de Charlie Parker. Publiée en même temps que le livre « Ne laissez pas le soleil se lever sur vos larmes », le roman biographique d’Alain Gerber, cette anthologie met en évidence la virtuosité et l’expressivité hors du commun du musicien. Un hommage inespéré à l’un des plus grands maîtres oubliés du jazz du XXe siècle.
Patrick FRÉMEAUX



CD1 - 1947-1955 : WARDELL GRAY SEXTET : HOT HOUSE. AL KILLIAN SEXTET : SONNY’S BOP • OUT OF NOWHERE. FLIP PHILLIPS & HIS ORCHESTRA : FLIP’S IDEA • PUT THAT BACK. SONNY CRISS QUARTET : THE FIRST ONE • CALIDAD • BLUES FOR BOPPERS • TORNADO. HARRY BABASIN ALL STARS : IRRESISTIBLE YOU • THE SQUIRREL. BUDDY RICH QUINTET : BROADWAY • A SMOOTH ONE.

CD2 - 1955-1958 : BUDDY RICH QUINTET : THE TWO MOTHERS • SONNY AND SWEETS. SONNY CRISS : ALABAMY BOUND • WEST COAST BLUES • SWEET GEORGIA BROWN • THE MAN I LOVE • AFTER YOU’VE GONE • HOW HIGH THE MOON • NIGHT AND DAY • WHAT IS THIS THING CALLED LOVE • IN THE STILL OF THE NIGHT. SONNY CRISS QUARTET : EASY LIVING • WILLOW WEEP FOR ME • WAILIN’ FOR JOE. SONNY CRISS : I GOT IT BAD • SYLVIA • BUTTS DELIGHT.

SÉLECTION D’ALAIN GERBER ASSISTÉ PAR JEAN BUZELIN ET JEAN-PAUL RICARD

Presse
Chronique parue dans Dernières Nouvelles d'Alsace à propos du livre d'Alain Gerber sur Sonny Criss Ne laissez pas le soleil se lever sur vos larmes, paru simultanément : Adoubé par le grand Charlie Parker, Sonny Criss (1927-1977) avait en poche un ticket pour la gloire qui pourtant se refusa à lui avec obstination. Sommité de l’histoire du jazz, Alain Gerber signe les mémoires imaginaires d’un génie oublié de la West Coast. Ne laissez pas le soleil se lever sur vos larmes. Le titre du roman emprunte à une chanson enregistrée en 1946 par Louis Jordan et à laquelle Ray Charles donnera une seconde vie une bonne décennie plus tard. Don’t let the sun catch you crying est un jazz vaguement bluesy, très sentimental, mais qui résume assez bien la trajectoire de Sonny Criss. Celle d’un perdant magnifique, formé dans le chaudron bouillonnant du bebop, et qui dès 18 ans eut l’honneur de croiser son saxo avec celui de Charlie Parker. « L’histoire du jazz est une invention tardive. Les anecdotes en ont longtemps tenu lieu », fait dire Alain Gerber à son narrateur, un Sonny Criss désabusé, mais ayant encore foi en sa musique, et que l’auteur imagine livrant ses confidences au soir de sa vie. La vie incandescente et bousculée d’un musicien noir qui résume quelques pages épiques d’un jazz en éternel devenir, entre le bebop et le cool. À Los Angeles, sur la côte ouest des États-Unis, il cherchait à tracer sa voie face à la domination musicale de New York. La fiction est ici ancrée dans une histoire du jazz traversée par les questions politiques et raciales des États-Unis des décennies 1940, 50 et 60, dont Alain Gerber offre une connaissance confondante d’érudition. Ne laissez pas le soleil se lever sur vos larmes est moins une biographie intimiste qu’un essai subjectif qui fait défiler des figures de légende ayant pour noms Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Miles Davis, Charles Mingus, John Coltrane, Chet Baker ou encore Ornette Coleman et Thelonious Monk. Des géants dont l’ombre a depuis longtemps recouvert un Sonny Criss qui a toujours souffert d’être perçu comme l’éternel dauphin de Parker. Une sorte de suiveur, dépourvu de personnalité propre, condamné au statut de has-been dans une scène musicale alors obnubilée par le modernisme, mais incapable d’avoir les idées claires tant son actualité était mouvante. « Tout ce que vous pouviez entreprendre pour vous écarter du parkerisme, comme tout ce que vous tentiez pour vous en montrer digne, était porté à votre discrédit. Tantôt l’on vous condamnait pour ce qui vous séparait de Bird, tantôt pour ce qui vous en rapprochait, l’essentiel étant de souligner l’inutilité même de votre existence », fait dire Alain Gerber à Sonny Criss. Si, un temps, le saxophoniste se détourna de sa carrière professionnelle pour devenir travailleur social ou assurer des interventions musicales dans les écoles, il n’en a pas moins gravé des disques d’une splendeur étincelante, notamment pour les labels Prestige ou Muse. L’éditeur d’Alain Gerber, Frémeaux & Associés, s’est taillé sa petite réputation par l’excellence de son catalogue qui revisite l’histoire du jazz par le livre comme par le disque. Un coffret double CD permet ainsi de prolonger la lecture et offre un panorama de la virtuosité comme de la sensibilité de Criss. De quoi rendre encore plus incompréhensible l’oubli dans lequel le musicien a sombré. Tout comme cette méconnaissance dans laquelle il est demeuré englué de son vivant. Un magazine spécialisé, dans les années 60, l’avait placé en numéro un de la catégorie « talents méritant une plus large reconnaissance » … Une embellie, pourtant, se leva à l’horizon ! Le Japon, avec son vivier de fondus de jazz, lui proposa de venir s’y produire en 1977. Une invitation nimbée du plus profond respect, avec réception prévue par le maire de Tokyo. Une reconnaissance, la cinquantaine arrivée, que le sort lui refusa avec un malin plaisir. Car dans le même temps, Sonny Criss apprenait qu’il souffrait d’un cancer de l’estomac à un stade avancé. Refusant d’affronter un nouveau chemin de croix, l’héritier magnifique de Parker préféra mettre fin à ses jours. Serge Hartmann - Dernières Nouvelles d’Alsace
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L’histoire du jazz compte de nombreux oubliés. Sonny Criss en fait partie. Remercions Alain Gerber de réparer cette injuste amnésie avec cette parfaite anthologie de ce fils de Memphis, installé à Los Angeles dès ses 15 ans et devenu, dans les années 1950, un altiste majeur de la Black California. J’ai découvert Sonny Criss au début des années 1960 grâce à un super 45-tours enregistré en France par Bernard de Bosson, intitulé Blues pour flirter. Coup de foudre immédiat ! Depuis, il fait partie de la petite tribu de mes « musiciens intimes ». Pourquoi ? J’aime son style fluide et volubile, « remarquable anthologie, selon Xavier Prévost, de diverses phases de l’histoire de l’instrument ». Marqué bien sûr par Charlie Parker (vivacité de l’attaque), il se refusera à parodier le Bird dont la découverte à Los Angeles l’avait pourtant foudroyé. Proche de Benny Carter (élégance mélodique), Johnny Hodges (onctuosité et velouté de la sonorité) et Willie Smith (sens enflammé du swing), son jeu, tout imprégné du blues le plus essentiel et teinté d’une tendresse jamais mièvre, surprend toujours par sa façon éruptive de surgir à chaque entrée en solo avec une véhémence lyrique irrésistible. Comment résister à ce phrasé roulé-boulé, voluptueusement élastique et sinueux, pareil à « une onde où l’onde s’enroule à la houle d’une onde » (Pierre Louÿs) ? Dans ce florilège amoureux, on (re)découvre avec bonheur des titres où il côtoie Wardell Gray, Howard McGhee, Buddy Rich, Chet Baker et Charlie Parker ; pour Clef, le label de Norman Granz, de bien belles prises avec son ami Hampton Hawes, publiées sous le nom de Flip Phillips ; enfin de superbes faces avec Sonny Clark, piochées dans trois microsillons Imperial datant de 1956 (Jazz USA, Go Man! et Plays Cole Porter). Pascal Anquetil - Jazz Magazine
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Après une autobiographie de la batterie jazz, une histoire du be bop et un Naissance de la bossa nova plutôt objectives, Alain Gerber revient à la manière qu'il a forgé au fil d'une bibliographie déjà ancienne et qu'il a hissé au rang d'un genre en lui-même : la biographie de grandes figures à la première personne. Mais avec ces « Mémoires imaginaires de Sonny Criss, le génie oublié de la West Coast », l'auteur opère plus qu'un simple retour. On ne saura jamais si le saxophoniste se serait totalement reconnu dans les mots choisis par Alain Gerber mais ce dernier semble avoir trouvé la meilleure des positions pour dépeindre cette Black California, finalement toujours méconnue, et surtout faire vivre à son lecteur l'expérience vécue du jazz de ces années-là qu’un certain Charlie Parker éclabousse de tout son génie et de ses failles également, en entrainant dans son sillage toute une génération de musiciens. Souvent pour le meilleur, parfois pour le pire. Ce point de vue d'écriture tient bien sûr compte, avec une émouvante sincérité et un amour tendre, de la singularité de Sonny Criss, qui a su dépasser le legs birdien et s'affirmer comme une autre voie possible. Et ce n'est pas le moindre agrément de ce récit irrésistible (qui s'accompagne d'un double CD indispensable). Bruno Guermonprez – Jazz News
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« Ce livre d’Alain Gerber, écrit en hommage au saxophoniste alto Sonny Criss, s’inscrit dans la lignée haut de gamme de ses précédents romans historiques et essais consacrés à Lester Young (2000), Chet Baker, Clifford Brown, Bill Evans (2001), Louis Armstrong (2002), Jack Teagarden (2003), Charlie Parker, Billie Holiday (2005), Paul Desmond, Miles Davis (2007)…L’action démarre à Los Angeles, en 1947, avec la rencontre de Williams Sonny Criss et de son idole Charlie Parker qui vient d’arriver en ville avec le sextette de Dizzy Gillespie. Durant le séjour californien de Bird, le maître et le disciple vont devenir inséparables et partageront nombre d’aventures évoquées d’une plume alerte et érudite par l’auteur.On croise en chemin des musiciens de légende tels Howard McGhee, Dexter Gordon, Wardell Gray, Teddy Edwards, Dodo Marmarosa, Bud Shank, Art Pepper, Gerald Wilson… et des figures pittoresques comme l’écrivain et producteur Ross Russel, fondateur du label Dial, Dean Benedetti qui enregistre toutes les prestations publiques de Parker, et le dealer Emry « Moose The Mooche » Byrd. Bref, se dessine le monde bigarré du jazz californien dans lequel le jeune Sonny Criss trouve vite sa place.Très vite, les portes des studios s’ouvrent à son talent comme l’indique la sélection discographique concoctée de main de maître par l’auteur. Ses premiers enregistrements, provenant d’un concert Just Jazz organisé par Gene Norman et deux AFRS Jubilee (1947), produits alors qu’il avait une vingtaine d’années, témoignent de la maturité de son jeu encore sous l’influence de son maître Charlie Parker et le montrent tout à fait à sa place dans un environnement prestigieux.Le même niveau d’excellence se maintient avec les faces Clef parues sous le nom de Flip Phillips et de Harry Babasin où il côtoie Chet Baker, Charlie Parker et Al Haig. Séduit, Norman Granz, le patron du label Clef, continue de lui faire confiance en l’intégrant dans ses tournées JATP et l’invite à graver, en 1949, quatre faces sous son nom qui le présentent déjà en pleine possession de ses moyens.Une occasion pour Sonny Criss, accompagné pour l’occasion par ses amis et complices Hampton Hawes et Chuck Thompson, de faire apprécier son discours de vif argent et la beauté de sa sonorité. Son phrasé est fluide, sa mise en place précise, son discours construit avec rigueur, quatre de ses compositions dont Blues For Boppers, un blues de haute volée, ajoutant encore à la qualité de l’ensemble.La production de Sonny Criss prend une toute autre tournure quand il enregistre en 1955 avec le quintette de Buddy Rich aux côtés d’Harry Edison, Jimmy Rowles et John Simmons. Sa sonorité se fait alors plus incisive et son phrasé devient plus tranchant.Cette tendance ira en s’accentuant avec ses faces Imperial de 1956. On le voit ouvert à l’influence de Willie Smith, le soliste vedette de Jimmy Lunceford, dans sa manière de donner du poids à ses notes comme en témoigne un blues d’anthologie du calibre de West Coast Blues. On retrouve aussi l’élégance de Benny Carter dans son approche de la mélodie (The Man I Love). En quelque sorte, Sonny Criss donne une dimension plus large à son art en élargissant les frontières de la tradition sans jamais les transgresser pour aller en terres étrangères.Écrit de main de maître, cet ouvrage relate le destin pas toujours heureux d’un musicien de grande classe qui, victime des changements de modes, ratera de peu la notoriété, la vraie, celle qui efface l’oubli du temps : un juste et inespéré hommage qui réhabilite dans la mémoire des amateurs l’œuvre du grand saxophoniste que fut Sonny Criss. »Par Alain TOMAS – COULEURS JAZZ
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Liste des titres
  • Piste
    Titre
    Artiste principal
    Auteur
    Durée
    Enregistré en
  • 1
    Hot House
    Sonny Criss
    Tadd Dameron
    00:06:15
    1947
  • 2
    Sonny’s Bop
    Sonny Criss
    Sonny Criss
    00:03:30
    1947
  • 3
    Out of Nowhere
    Sonny Criss
    Johnny Green
    00:02:51
    1947
  • 4
    Flip’s Idea
    Sonny Criss
    Flip Phillips
    00:02:40
    1949
  • 5
    Put That Back
    Sonny Criss
    Flip Phillips
    00:03:35
    1949
  • 6
    The First One
    Sonny Criss
    Sonny Criss
    00:02:52
    1949
  • 7
    Calidad
    Sonny Criss
    Sonny Criss
    00:03:11
    1949
  • 8
    Blues for Boppers
    Sonny Criss
    Sonny Criss
    00:02:29
    1949
  • 9
    Tornado
    Sonny Criss
    Sonny Criss
    00:02:41
    1949
  • 10
    Irresistible You
    Sonny Criss
    Gene DePaul
    00:06:23
    1952
  • 11
    The Squirrel
    Sonny Criss
    Tadd Dameron
    00:15:47
    1952
  • 12
    Broadway
    Sonny Criss
    Wilbur H. Bird
    00:11:54
    1955
  • 13
    A Smooth One
    Sonny Criss
    Benny Goodman
    00:09:12
    1955
  • Piste
    Titre
    Artiste principal
    Auteur
    Durée
    Enregistré en
  • 1
    The Two Mothers
    Sonny Criss
    Harry Edison
    00:06:03
    1955
  • 2
    Sonny and Sweets
    Sonny Criss
    Sonny Criss
    00:04:40
    1955
  • 3
    Alabamy Bound
    Sonny Criss
    Ray Henderson
    00:03:11
    1956
  • 4
    West Coast Blues
    Sonny Criss
    Sonny Criss
    00:05:01
    1956
  • 5
    Sweet Georgia Brown
    Sonny Criss
    Maceo Pinkard
    00:02:54
    1956
  • 6
    The Man I Love
    Sonny Criss
    George Gershwin
    00:03:19
    1956
  • 7
    After You’ve Gone
    Sonny Criss
    Turner Layton
    00:03:39
    1956
  • 8
    How High the Moon
    Sonny Criss
    Morgan Lewis
    00:03:07
    1956
  • 9
    Night and Day
    Sonny Criss
    Cole Porter
    00:04:43
    1956
  • 10
    What Is This Thing Called Love
    Sonny Criss
    Cole Porter
    00:05:43
    1956
  • 11
    In the Still of the Night
    Sonny Criss
    Cole Porter
    00:04:19
    1956
  • 12
    Easy Living
    Sonny Criss
    Ralph Rainger
    00:02:12
    1957
  • 13
    Willow Weep for Me
    Sonny Criss
    Ann Ronell
    00:03:07
    1957
  • 14
    Wailin’ for Joe
    Sonny Criss
    Sonny Criss
    00:03:13
    1957
  • 15
    I Got It Bad
    Sonny Criss
    Duke Ellington
    00:03:53
    1958
  • 16
    Sylvia
    Sonny Criss
    Sonny Criss
    00:07:42
    1958
  • 17
    Butts Delight
    Sonny Criss
    Sonny Criss
    00:04:06
    1958
Livret

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Sonny Criss

Le volcan et la bougie
1947-1958

Par Alain Gerber

 

À Jean-Jacques Pussiau,

 

He took his own life, ai-je lu sous la plume de Thomas Owen comme sous celle de Ted Gioia : il s’est ôté la vie. On suppose qu’il s’était fatigué d’agoniser tout vif. Lassé de voir les gens l’écarter de sa propre existence, chaque fois qu’il se croyait à deux doigts de l’embrasser. Il ne suffit pas d’aimer la vie, la musique, les beautés de la Terre, il ne suffit pas de les aimer à la folie pour être payé de retour.

William Sonny Criss, musicien professionnel depuis ses quinze ans, n’en avait pas vingt : Howard McGhee, Wardell Gray, Billy Eckstine et d’autres lui ont donné sa chance.

Homme de radio, découvreur de talents, producteur, promoteur de concerts historiques sur la côte Ouest des États-Unis[1], fondateur des disques GNP Crescendo, Eugene Nabatoff, plus connu sous son nom de guerre de Gene Norman, lui a donné sa chance, et en plus d’une circonstance.

Norman Granz, dès 1949, lui donnera sa chance à son tour. D’abord en l’invitant à rejoindre le Jazz At The Philharmonic, où il aura le privilège non seulement de côtoyer Charlie Parker, mais de se frotter à lui ; ensuite en lui faisant diriger, le 22 septembre 1949 à Los Angeles, la toute première séance d’enregistrement publiée sous son nom[2].

Buddy Rich se proclamait le meilleur batteur de l’univers (« It’s a fact ! », ajoutait-il par souci d’objectivité). Peu de gens se risquaient à le contredire, d’autant que la foule faisait chorus. Quand, en 1955, Buddy lui offre l’occasion de se mettre en valeur au sein d’un quintette de rêve où “Sweets” Edison comme Jimmy Rowles exercent leurs talents, l’altiste ne se fait pas prier. Et, comme il l’a toujours fait et le fera toujours, veille en pure perte à se montrer digne du cadeau.

La chance, en ces années-là, ne manqua pas de lui sourire. Mais c’était une allumeuse qui ne tenait pas ses promesses. Jamais elle ne fit l’amour avec lui. Sauf peut-être lors d’une longue escapade européenne entre 1962 et 1965, au cours de laquelle, à Paris notamment, Sonny Criss put imaginer que Sonny Criss, le type qu’il rencontrait dans les miroirs, n’était pas une hallucination. Et même, un court instant, il sentit la réussite le frôler, ou du moins son ombre. Dans notre pays, pour la première fois, les agents de sécurité le laissaient pénétrer dans son propre royaume. À sa grande surprise, il était enfin devenu celui qu’il était. Pas pour très longtemps. Lui qui, à Hollywood où l’industrie du film assure les fins de mois du jazzman, avait plus que quiconque tiré le diable par la queue mais, en l’espace de quinze ans, « jamais vu l’intérieur d’un studio de cinéma » ne mit que six mois pour se retrouver « sur la Riviera, acteur et musicien d’un film à gros budget », avec en poche un contrat de deux cents dollars par jour. On connaît la chanson : c’est parce que, dans son pays natal, il était noir et dans une ville où la discrimination, plus hypocrite que dans le Sud, ne faisait — doucereusement — guère moins de victimes. Pareil handicap ne saurait être sous-estimé. Noir, cependant, il ne l’était pas davantage que d’autres, auxquels les productions ne se privaient pas de faire appel quelquefois, à commencer par Benny Carter, établi à L.A. depuis 1943. La vérité : on ne souhaitait pas s’encombrer d’un artiste trop respectueux de son art pour le galvauder en des entreprises où la médiocrité apparaissait aux actionnaires comme la clé du succès. La « pure camelote » (je le cite) n’était pas son genre. Contrairement à l’excellent Shelly Manne, par exemple, il était incapable de s’impliquer dans des tâches qui n’auraient été qu’alimentaires. « Je ne peux ni ne veux jouer une telle merde », avait-il déclaré un jour. Beaucoup trop haut. Beaucoup trop fort. Son vœu avait été exaucé au-delà de toute espérance. De quoi aurait-il pu se plaindre ?[3]

Il n’avait même pas l’excuse d’être allé se faire admirer plus loin, du côté des frimas, à New York ou à Chicago. Ni celle d’avoir fait fructifier le capital de sympathie acquis dans le vieux monde. S’il n’était pas persona grata en Californie, le mal du pays ne l’en accompagnait pas moins, partout où il se rendît. Et puis, justement, il avait une revanche à prendre sur tous ceux qui avaient vu en lui un inutile, voire un importun, un parasite de la scène musicale. « Il m’incombait (I’ve got to), confiait-il, de m’accorder une occasion de réussir dans ma ville natale. » Criss avait vu le jour à Memphis en 1927 ; sa famille ne s’était établie à Los Angeles qu’en 1942. Il est clair que lorsqu’une personne qualifie de « natal » un endroit où elle n’est pas née, c’est qu’elle entretient avec lui un lien tout à la fois charnel et fantasmatique. Indéfectible par voie de conséquence. Enraciné dans le sol sur lequel lui survivrait Lucy, qui l’avait mis au monde, Sonny ne pouvait mourir ailleurs qu’à L.A. Pour lui, ailleurs était l’autre nom de nulle part. Le nom des pays sans mère où, pour de bon, you can’t go home again.

« Le meilleur de la région quand il est question de jazz pur » : son confrère et concitoyen (blanc) Bud Shank ne fut pas le seul à chanter ses louanges. Aux yeux de l’historien Bob Porter, « en tant qu’altiste, il se place immédiatement derrière Bird ». Personne, en fait, n’a jamais mis en question ses extraordinaires aptitudes. Sonny était irréfutable. Dans le public, pourtant, peu d’amateurs se seront arrêtés à cette évidence. Tout s’est passé comme si l’on n’éprouvait ni l’envie d’en tenir compte, ni le besoin d’en tirer pour soi-même les heureuses conséquences. Sonny était de trop. Indésirable en un sens précis : exclu du désir de l’autre. Sans la moindre raison, au surplus. En dépit de toute raison. Ce qui rendait le verdict transcendentalement irrévocable. Aux tables des gens de bonne conscience on ménageait autrefois « la place du pauvre » : gageons que Sonny Criss n’y aurait pas été admis. Peu de jazzmen (Frank Butler, peut-être ?) se seront montrés à ce point inaptes à conforter l’idée que les auditeurs tiennent à se faire de leurs propres mérites. Il n’aura même pas eu la consolation d’être un beau jour « redécouvert », ce mot dont aiment se gargariser les infortunés qui n’avoueront jamais que, jusque-là, ils étaient passés sans un regard à côté d’un trésor.

« Tu penses trop », lui avait dit un soir Charlie Parker. De sa bouche, c’était à la fois une remarque assassine et un grand compliment. Car on imagine assez bien ce que l’Oiseau entendait par là : « Ton talent a plus de talent que toi ; laisse-le parler à ta place, laisse-le faire, n’essaie pas de dresser ce cheval sauvage. » Charlie croyait en Sonny bien davantage que Sonny lui-même. Lequel dut avaler le bec de son alto lorsqu’il reçut cet étrange avertissement. C’était un peu comme si quelqu’un avait dit à Ernest Hemingway, champion incontesté de l’autocorrection, tyrannisé en permanence, paralysé des années entières par son sur-moi littéraire : « Et si tu essayais plutôt l’écriture automatique, vieux ? »

Néanmoins, le disciple sut écouter le maître. En présence de ce dernier, dans divers enregistrements entre 1949 et 1952, on voit se cabrer le cheval[4]. On le voit ruer des quatre fers. Tenter même de désarçonner ce cavalier qu’il s’était lui-même vissé sur le dos : l’esprit du parkérisme. Un témoin anonyme (mais direct) rapporte qu’il s’était fait une réputation en triomphant de Parker dans le cadre de joutes organisées au cours de ces rares nuits où Charlie, souffrant du manque, n’était pas dans son assiette. Toutefois, apprend-on de la même source, dans ces cas-là Bird ne manquait pas « de revenir d’autant plus fort la nuit suivante et de donner une leçon à Sonny ». N’était-ce pas ce que cherchait le nouveau venu, sans en avoir pleinement conscience ? Rivaliser avec Charlie Parker. Le vaincre si possible, justement parce que cela ne semblait pas possible aux gens qui avaient la tête sur les épaules. En tout cas se faire écraser par le géant à la fin, de manière à revenir lui aussi « d’autant plus fort la nuit suivante » et que la fin annoncée soit remise aux calendes. Car il n’entendait pas tuer le père du bout des doigts.

« Tu penses trop » ? Il pensait surtout à envoyer au tapis l’être qu’il respectait plus que n’importe qui d’autre au monde, à l’exception de Lucy. Il l’aimait trop pour ne pas vouloir l’effacer. Sachant qu’il ne le pouvait pas, au lieu de renoncer comme tant d’autres l’avaient fait et le feraient encore (même après la mort du rédempteur en 1955), il redoublait d’effort. Il redoublait d’audace, d’arrogance, d’agressivité. Il devint éruptif et le volcan se nourrissait de sa propre lave. À s’en gaver. À en perdre le nord. Plutôt sur scène que dans la quiétude des studios, ce furent alors, sous le régime de la dèche endémique, des années merveilleuses. Merveilleusement brûlantes, irréelles et subversives. Quand Charlie n’était pas là pour le provoquer, Sonny tenait les deux rôles à lui tout seul : celui de la doublure, qu’il connaissait par cœur (pardon : qu’il connaissait par le cœur) et celui de l’exterminateur[5]. On devient fou pour moins que cela — mais qui a dit qu’à cette époque William Sonny Criss n’ambitionnait pas de le devenir ? La sagesse lui avait si peu réussi…

Comme le montrent les derniers titres de cette anthologie, à trente-cinq ans il se résoudrait quand même à chercher refuge auprès d’elle. De l’esprit parkérien, il ferait à moitié son deuil — assez pour laisser place à d’autres grandes ombres qu’il avait assez peu fréquentées jusque-là, mais qui, encore incarnées, ne s’étaient pas fondues dans le décor et allaient désormais le hanter : le fantôme de Benny Carter, celui de Johnny Hodges, celui de Willie Smith[6]. Le danger était grand qu’il n’en vînt alors à accueillir celui de Sonny Criss : depuis les premières désillusions, venues très tôt, ce spectre plus fâcheux que tous les autres avait mis le pied dans la porte.

Les histoires d’amour finissent mal, en général. Le 20 novembre 1977, moins d’un mois après son cinquantième anniversaire, le héros de l’histoire s’est éteint d’un coup de revolver, comme on souffle une bougie. Charlie Parker aurait dû l’en prévenir : il ne suffit pas de s’aimer soi-même pour être payé de retour.

Alain GERBER

[1] On pense d’abord à ceux du quintette naissant de Max Roach et Clifford Brown en avril et août 1955 (cf. «The Best Of Max Roach And Clifford Brown In Concert» - GNP 18).

[2] Avec Hampton Hawes au piano, l’ami de toute une existence. Certaines discographies font état d’une session antérieure, organisée à Portland dans l’Oregon, le 17 octobre 1947 : il semblerait que celle-ci ait été placée en fait sous la responsabilité du trompettiste Al Killian, spécialiste du suraigu connu pour sa participation aux grandes formations de Count Basie, Lionel Hampton et Duke Ellington (cf. CD I, plages 2 et 3). On notera que Granz, non content d’intégrer Criss, comme Fats Navarro, à l’équipe du J.A.T.P., lui fit donner en studio la réplique au saxophoniste ténor Flip Phillips, qui en était alors, par son hyperexpressionnisme, le « souffleur » le plus populaire (cf. le disque Verve MGV 8077, intitulé « Flip » et daté du 11 février 1949).

[3] François et Yves Billard, entre autres, se sont faits l’écho de cette mésaventure dans leur livre « Histoires du saxophone », paru aux éditions Climats en 1995 (à la page 181).

[4] Cheval féral, en l’occurrence, c’est-à-dire retourné à l’état de nature après avoir été domestiqué.

[5] On identifiera sans peine les deux manières dans les chorus, séparés par ceux de Chet Baker et d’Al Haig, qu’il s’octroie successivement dans la première partie de The Squirrel, aux Trade Winds d’Inglewood, avant que Bird ne prenne les commandes (CD I, plage 7).

[6] De ce dernier surtout, me souffle Gilles Anquetil, mon complice de plus d’un demi-siècle. Je ne m’étais pas encore avisé de cette préséance mais, ne serait-ce que sur la foi des chorus gravés entre 1929 et 1942 par William McLeish Smith (1910-1967) au sein du grand orchestre de Jimmie Lunceford, on ne peut que lui donner raison.

1947-1958

Sonny Criss

Le volcan
et la bougie

CD 1 (1947-1955)

  1. HOT HOUSE Pt. 1 & 2 (Tadd Dameron) Modern 20-694
  2. SONNY’S BOP (SEMI-QUIET) (Sonny Criss) AFSR Jubilee 242
  3. OUT OF NOWHERE (Johnny Green - Edward Heyman) AFSR Jubilee 242
  4. FLIP’S IDEA (Flip Phillips) Clef 8911
  5. PUT THAT BACK (Flip Phillips) Clef 8911
  6. THE FIRST ONE (Sonny Criss) Clef 8910
  7. CALIDAD (Sonny Criss) Clef 8910
  8. BLUES FOR BOPPERS (Sonny Criss) Clef 8915
  9. TORNADO (Sonny Criss) Clef 8915
  10. IRRESISTIBLE YOU (Gene DePaul - Don Raye) Showcase 5007
  11. THE SQUIRREL (Tadd Dameron) Showcase 5007
  12. BROADWAY (Wilbur H. Bird - Teddy McRae - Henry Wood) Norgran MGN 1078
  13. A SMOOTH ONE (Benny Goodman) Norgran MGN 1078

(1) Gene Norman Just Jazz : Howard McGhee (tp), Sonny Criss (as), Wardell Gray (ts), Dodo Marmarosa (p), Charlie Drayton (b), Jackie Mills (dm). Concert, Civic Auditorium, Pasadena (CA). 29/04/1947.

(2-3) Al Killian Sextet : Al Killian (tp), Sonny Criss (as), Wardell Gray (ts), Fletcher Smith (p), Ernie Shepard (b), Ken Kennedy (dm). Club, Portland (Oregon), 17/10/1947.

(4-5)  Flip Phillips & His Orchestra : John D’Agostino, Buddy Morrow, Tommy Turk, Kai Winding (tb), Sonny Criss (as), Flip Phillips (ts), Mickey Crane (p), Ray Brown (b), Shelly Manne (dm). Los Angeles, 20/09/1949.

(6-7-8-9) Sonny Criss Quartet : Sonny Criss (as), Hampton Hawes (p), Iggy Shevack (b), Chuck Thompson (dm). Los Angeles (CA), 22/09/1949..

(10-11) Harry Babasin All Stars : Chet Baker (tp), Charlie Parker, Sonny Criss (as), Al Haig or Donn Trenner (p), Harry Babasin (b), Lawrence Marable (dm). Trade Winds Club, Inglewood (CA), 16/06/1952.

(12-13) Buddy Rich Quintet : Harry Edison (tp), Sonny Criss (as), Jimmy Rowles (p), John Simmons (b), Buddy Rich (dm). Los Angeles, 26/08/1955.

Note : Tornado (N°9) est un démarquage de Wee (composition : Denzil Best).

CD 2 (1955-1958)

  1. THE TWO MOTHERS (Harry Edison - Buddy Rich) Norgran MGN 1052
  2. SONNY AND SWEETS (Sonny Criss - Harry Edison) Norgran MGN 1052
  3. ALABAMY BOUND (Ray Henderson - Buddy DeSylva - Bud Green) Imperial LP 9006
  4. WEST COAST BLUES (Sonny Criss) Imperial LP 9006
  5. SWEET GEORGIA BROWN (Maceo Pinkard - Ken Casey - Ben Bernie) Imperial LP 9006
  6. THE MAN I LOVE (George & Ira Gershwin) Imperial LP 9020
  7. AFTER YOU’VE GONE (Turner Layton - Harry Creamer) Imperial LP 9020
  8. HOW HIGH THE MOON (ORNITHOLOGY)
    (Morgan Lewis - Nancy Hamilton) Imperial LP 9020
  9. NIGHT AND DAY (Cole Porter) Imperial LP 9024
  10. WHAT IS THIS THING CALLED LOVE (Cole Porter) Imperial LP 9024
  11. IN THE STILL OF THE NIGHT (Cole Porter) Imperial LP 9024
  12. EASY LIVING (Ralph Rainer - Leo Robin) Caliope CAL 3024
  13. WILLOW WEEP FOR ME (Ann Ronell) Caliope CAL 3024
  14. WAILIN’ FOR JOE (Sonny Criss) Caliope CAL 3024
  15. I GOT IT BAD (Duke Ellington - Paul Francis Webster) Peacock LP 91
  16. SYLVIA (Sonny Criss) Peacock LP 91
  17. BUTTS DELIGHT (Sonny Criss) Peacock LP 91 

(1-2) Buddy Rich Quintet : Harry Edison (tp), Sonny Criss (as), Jimmy Rowles (p), John Simmons (b), Buddy Rich (dm). Los Angeles, 26/08/1955.

(3) Sonny Criss : Sonny Criss (as), Kenny Drew (p), Barney Kessel (g), Bill Woodson (b), Chuck Thompson (dm). Los Angeles, 26/01/1956.

(4) Same, but Kessel out. 24/02/1956.

(5) Same, but Kessel out. 23/03/1956.

(6) Sonny Criss : Sonny Criss (as), Sonny Clark (p), Leroy Vinnegar (b), Lawrence Marable (dm). Los Angeles, 10/07//1956.

(7-8) Same. 31/07/1956.

(9-10) Sonny Criss : Sonny Criss (as), Larry Bunker (vib), Sonny Clark (p), Buddy Clark (b), Lawrence Marable (dm). Los Angeles, 21/08//1956.

(11) Same. 03/10/1956.

(12-13-14) Sonny Criss Quartet : Sonny Criss (as), Hampton Hawes (p), Iggy Shevack (b), Buddy Woodson (dm). TV-cast Stars of Jazz, Los Angeles, 25/11/1957.

(15-16-17) Sonny Criss : Ole Hansen (tb on 16-17), Sonny Criss (as), Wynton Kelly (p), Bob Cranshaw (b), Walter Perkins (dm). Chicago (IL), 03/1958.

Disques originaux : collection Jean-Paul Ricard

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