« L’émerveillement des premières fois » par Jazz Magazine

Pascal Anquetil, journaliste à Jazzman puis à Jazz Magazine, ancien directeur du Centre d’Information du Jazz, a pris le jazz pour amant. Comme on garde des lettres d’amour, il a conservé ses écrits, rassemblés dans cet ouvrage, « peignés » dit-il dans une sorte de journal intime.

Ce sont des confidences et des coups de foudre autour de Shirley Horn, Stan Getz, Thelonious Monk et bien d’autres, mais également sur les musiciens d’aujourd’hui. Effaçant le temps et les barres de mesure, sans retenue et avec sincérité, dans une démarche finalement très jazz, les concerts défilent comme un film sur l’écran. Les voix des musiciens croisent celles des écrivains. Ça parle de génie, d’âme du jazz, de ce point fragile où l’on « cherche en même temps l’éternel et l’éphémère » (Georges Perec). Souvenir mélancolique, histoire personnelle, mais aussi une façon de transmettre un engagement politique : il raconte également les silences, ce qui se dit et ce que l’on n’ose pas dire. Pascal Anquetil, reconnaissant envers ceux qui lui ont tendu la main, est passé par la case chance et par la case philosophie. Il a notamment rédigé un mémoire dirigé par l’immense Vladimir Jankélévitch, dont les deux passions étaient la nostalgie et la musique.

De ce cocktail est né son amour du jazz et surtout de ceux qui en jouent, à qui il rend un très bel hommage, lui qui a compris leurs dilemmes et leurs prises de risque. Jankélévitch invitait à vivre chaque « minuscule printemps » comme le premier ou le dernier. Dans cette lignée, Pascal Anquetil transmet par ses mots l’émerveillement des premières fois.

Hanna Kay - Jazz Magazine