« Un livre épatant au charme tout à fait singulier » par Alain Gerber

« Pascal Anquetil appartient à ce très petit nombre de jazzoscripteurs qui savent trouver la mesure juste entre une écriture absolument confortable pour le lecteur, mais absolument facultative, et une écriture qui pourrait être enrichissante si elle ne décourageait la bonne volonté qu'il faut mettre pour l'aborder. Entre deux maux, il faut choisir une tierce solution. C’est le secret de Polichinelle ; c'est aussi l'une de ces portes ouvertes "qu'il se trouve toujours un imbécile pour refermer " (Boris Vian) : la limpidité et la trompeuse simplicité d'une langue cependant pleine de saveur et riche en petits (et grands) bonheurs d'expression est l'une des choses les plus difficiles à maîtriser.

Encore un réjouissant paradoxe : rien ne s'apprend plus péniblement que le naturel — le naturel fécond, il va de soi. Je m'y applique encore, en ce qui me concerne, depuis que je me suis converti au classicisme et commence seulement à maîtriser la chose, essayant de donner au baroque qui fut très longtemps ma religion une figure qui exige un redoublement d'effort.

C'est dire en tout cas, la jalousie que je peux éprouver à la lecture de textes à la fois aussi fluides et aussi denses que les siens — sans parler de leur charme, qui n'est pas mince. Et puis nombre de ses phrases sentent le mélodiste à plein nez : je suis particulièrement client de ce truc-là. 

Ce que j'aime dans ce livre épatant au charme tout à fait singulier, c'est qu'on peut à loisir taper dedans, en le laissant s'ouvrir à la page qu'il a choisi. Le vrai livre de chevet, et qui vous accompagne longtemps. Avec le permanent souci de la cambrure mélodique de la phrase, Pascal Anquetil a ce talent de donner une forme parfaitement limpide (et concise) à un propos riche et de ce fait plus complexe qu'il n'y paraît à première vue. C'est ça, le secret : les classiques avaient raison : ce qui mérite le plus d'être regardé, c'est ce qui ne se voit pas. »

Par Alain Gerber (Prix Interallié et Goncourt de la nouvelle)