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Princes Production
Frémeaux & Associés
présentent

B.O. 
DJAM

Tony GATLIF






« Chez moi, tout part toujours de la musique et de l’exil (…)
Ce qui me plaît dans le rébétiko, c’est cet assemblage entre Orient et Occident. »
Tony Gatlif

DJAM

Un film de Tony Gatlif
Avec
Daphné Patakia
Maryne Cayon
Simon Abkarian

Kimon Kouris,
Solon Lekkas,
Yannis Bostantzoglou,
Michalis Iatropoulos,
Eleftheria Komi.
Scénario original Tony Gatlif Image Patrick Ghiringhelli Montage Monique Dartonne Son Philippe Welsh Montage Son Adam Wolny Mixage Dominique Gaborieau 1er assistant réalisateur Valentin Dahmani Scripte Andra Barbuica Direction musicale Tony Gatlif Coordinateur Musical Turquie Ismaël Cem Köklükaya. Productrice Delphine Mantoulet. Une production Princes Production en coproduction avec Pyramide Productions, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, Blonde, Güverte Films et Princes Films. Avec la participation de Canal + avec le soutien d’Eurimages, de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, du Centre National du Cinéma et de l’Image Animée, du Centre du Cinéma Grec-Aide à la coproduction d’œuvres cinématographiques franco-grecques et de ERT
Distribution France et ventes internationales Les Films du Losange

1. ARAPINA (Tony Gatlif/traditionnel/arrgts:Tony Gatlif) 2’44
Melike Şahin / Chant
Cem Köklükaya / Guitare, Luth
Ozan Tura / Clarinette
Hakan Gürbüz / Guitare Basse, Derbouka
Burhan Hasdemir / Percussions
Onur Yusufoğlu / Percussions
Haris Theodorelis-Rigas / Bouzouki
Güneş Demir / Oud, Guitare
Mamed Dzhafarov / Accordéon
Ozan Çoban / Violon, Baglama
Footing Kokkala / Qanûn

2. AGAPO MIA PANTREMENI (Dimitris Atraidis/Spiros Peristeris) 4’33
avec l’aimable autorisation de Musou Music Productions Ltd
Despoina Pagioula / Chant
Kyriakos Gouventas / Violon
Vassilis Kassouras / Oud, Luth
Evangelos Paschalidis / Zither, Santouri
Konstantinos Velliadis / Bouzouki

3. ISTEMEM BABACIM (Tony Gatlif/
traditionnel/arrgts:Tony Gatlif) 3’41
Cem Köklükaya / Chant
Daphné Patakia / Chant
Melike Şahin / Chant
Ozan Tura / Clarinette
Hakan Gürbüz / Guitare Basse, Derbouka
Burhan Hasdemir / Percussions
Onur Yusufoğlu / Percussions
Haris Theodorelis-Rigas / Bouzouki
Güneş Demir / Oud, Guitare
Mamed Dzhafarov / Accordéon
Ozan Çoban / Violon, Baglama
Fotini Kokkala / Quanun

4. AMAN DOKTOR (Tony Gatlif/
traditionnel/arrgts:Tony Gatlif) 6’10
Panayotis Stathopoulos / Chant, Oud
Seray Yalçin / Oud, Chant
Daphné Patakia / Chant, Tzoura

5. CAFE AMAN (Tony Gatlif/traditionnel/arrgts:Tony Gatlif) 7’11
Ismail Cem Köklükaya / Guitare, Luth
Melike Şahin / Chant
Ozan Tura / Clarinette
Hakan Gürbüz / Guitare Basse, Derbouka
Burhan Hasdemir / Percussions
Onur Yusufoğlu / Percussions
Haris Theodorelis-Rigas / Bouzouki
Güneş Demir / Oud, Guitare
Mamed Dzhafarov / Accordéon
Ozan Çoban / Violon, Baglama
Fotini Kokkala / Qanûn

6. MIA SMYRNIA STO PARATHYRI (traditionnel) 3’43
Despina Pagioula / Chant
Daphné Patakia / Chant
Kyriakos Gouventas / Violon
Vassilis Kassouras / Oud, Luth
Evangelou Paschalidis / Zither, Santouri
Konstantinos Velliadis / Bouzouki

7. AMAN AMAN (traditionnel) 5’00
Rusen Filiztek / Chant, Oud

8. DANSE DE SOLON TSAKITZIS [instrumental] (traditionnel) 3’11
Panayotis Kaitatzis / Oud
Alexandros Kafounis / Santouri
Nikolaos Andrikos / Luth

9. TSAKITZIS (traditionnel) 5’33
Solon Lekkas / Chant
Maria Seitanidou / Chant
Panayotis Kaitatzis / Oud
Alexandros Kafounis / Santouri
Nikolaos Andrikos / Luth

10. THERMASTIS (Giorgos Batis) 3’24
avec l’aimable autorisation de Musou Music Productions Ltd
Daphné Patakia / Chant, Baglama

11. KAIXIS (Giorgos Fotidas /
Apostolos Hatzichristos) 4’32
avec l’aimable autorisation de Protasis Music Publishing
Maria Seitanidou / Chant
Panayotis Kaitatzis / Oud
Alexandros Kafounis / Santouri
Nikolaos Andrikos / Luth from Istanbul
Ilias Markou / Darbuka

12. TI SE MELEI ESENANE (traditionnel) 4’34’
Despina Pagioula / Chant
Daphné Patakia / Chant
Kyriakos Gouventas / Violin
Vassilis Kassouras / Oud, Luth
Evangelos Paschalidis / Zither, Santouri
Konstantinos Velliadis / Bouzouki
Éditions musicales : (1), (3-9) & (12) © Princes films ; (2), (10) © Musou Music Productions Ltd ;
(11) © Protasis Music Publishing
Direction et arrangements musicaux Tony Gatlif
Avec la participation de Valentin Dahmani
Coordinateur Musical Turquie Ismaël Cem Köklükaya
Musique enregistrée à Istanbul, (studio Drum and Bass) Thessalonique et Paris (Studio Alamo)
Mastering La Source Mastering
P 2017 Princes Production – Licencié à Frémeaux & Associés
Éditions Musicales : © Princes Films Éditions 2017
Fabrication et Distribution : Frémeaux & Associés
Direction de Collection : Augustin Bondoux
Conception de Collection : Patrick Frémeaux & Claude Colombini
Distribution numérique : Believe Digital (Laure Duhard)
Photos : Pierre Marsaut
Remerciements :
Daphné Patakia, Hervé Pauchon et sa famille, Ismaël Cem Köklükaya, Melike Sahin, Solon Lekkas, Simon Abkarian,
Fenia Cossovitsa, Suzan Güverte, Konstantinos Koukoulis, Tatiana Verbi, Anastasia Chavatza, Anna Nikolau.

DJAM, une jeune femme grecque, est envoyée à Istanbul par son oncle Kakourgos, un ancien marin passionné de Rébétiko, pour trouver la pièce rare qui réparera leur bateau. Elle y rencontre Avril, une française de dix-huit ans, seule et sans argent, venue en Turquie pour être bénévole auprès des réfugiés. Djam, généreuse, insolente, imprévisible et libre la prend alors sous son aile sur le chemin vers Mytilène. Un voyage fait de rencontres, de musique, de partage et d’espoir.


TONY GATLIF FILMOGRAPHIE
Tony Gatlif, né en 1948, d’un père kabyle et d’une mère gitane, arrive en France en 1960 après une enfance passée à Alger. Il réalise son premier long métrage en 1975 et à partir de 1981 aborde un thème qu’il approfondira de film en film : les Roms du monde entier, dont il devient le chantre, séduit par une « communauté en mouvement » et par un « univers sonore et musical » d’une grande richesse et diversité. Il tourne en Espagne Corre gitano, premier fi lm qui revendique la condition gitane et réalise ensuite une trilogie sur ce peuple au destin mouvementé. Le premier volet évoque un groupe de gitans sédentarisés en banlieue parisienne : Les Princes (1983). Latcho Drom (1993) est un hymne à la musique tsigane qui sera très remarqué à Cannes. Le dernier film de sa trilogie, Gadjo Dilo (1998) très beau film, très fort en images, est un retour sur la terre de son enfance, avec l’acteur Romain Duris que l’on retrouve dans Exils (2004). Ce film remporte le Prix de la mise en scène au festival de Cannes. Tony Gatlif revient sur la Croisette en 2006 avec Transylvania, présenté en clôture du festival. Quatre ans plus tard, il présente un nouveau film : Liberté, avec Marc Lavoine dans le rôle d’un « Juste » qui protège un groupe de tsiganes durant la Seconde Guerre mondiale. En 2012, le réalisateur abandonne le monde des gitans pour se consacrer à Indignados, inspiré de Stéphane Hessel, un documentaire sur l’Europe des Indignés. En 2014, il dirige Céline Sallette dans Geronimo, un film social sur fond de tension entre les communautés turques et espagnoles.

1975 - LA TÊTE EN RUINES • 1978 - LA TERRE AU VENTRE • 1981 - CANTA GITANO (Court métrage / Nominé aux Césars 1982) • 1982 - CORRE GITANO (prod. espagnole) • 1982 - LES PRINCES (Grand Prix du Festival du Film Européen à Munich / Grand prix du Festival de Taormina / Epi d’Argent du Festival de Valladolid) • 1985 - RUE DU DÉPART (Grand Prix du Festival du Film Français à Florence) • 1988 - PLEURE PAS MY LOVE • 1990 - GASPARD ET ROBINSON • 1992-93 - LATCHO DROM (Prix Un Certain Regard – Cannes 1993 / Prix de la Mémoire France Libertés Danielle Mitterand / Prix du Meilleur « Film expérimental » de la Critique américaine 1996) • 1994 - MONDO (d’après la nouvelle de J. M. G. Le Clézio) • 1997 - GADJO DILO (Locarno 1997 : Léopard d’Argent, Léopard de Bronze Meilleure Actrice (Rona Hartner) / Grand Prix Spécial des Amériques / Rotterdam 1998 : Prix du Public / Nomination au César de la Meilleure Musique de Film 1998) • 1998 - JE SUIS NÉ D’UNE CIGOGNE • 2000 - VENGO (Sélection Officielle Festival de Venise et Festival de Toronto 2000 / Nomination au César de la meilleure musique de film 2001) • 2002 - SWING (Sélection officielle Festival de Berlin 2002) • 2004 - EXILS (Festival de Cannes 2004 : Prix de la Mise en Scène / Nomination au César de la Meilleure Musique de Film 2005) • 2006 - TRANSYLVANIA (Sélection Officielle : Clôture du Festival de Cannes 2006) • 2010 - LIBERTÉ (Festival des Films du Monde de Montréal 2009 / Grand Prix des Amériques / Prix Henri Langlois 2011 / Nomination au César de la Meilleure Musique de Film 2011) • 2012 - INDIGNADOS (Sélection Festival de Berlin : Ouverture du Panorama 2012) • 2014 - GERONIMO (Sélection Officielle Séance spéciale - Festival de Cannes 2014 / Piazza Grande - 67e Festival Del Film Locarno)


ENTRETIEN AVEC TONY GATLIF
D’où est née l’idée du film ?
De la musique Rebetiko. Je l’ai découverte en 1983 au cours d’un voyage en Turquie où j’étais venu présenter mon film Les Princes. C’est une musique qui s’est développée dans les basfonds d’Athènes et de Thessalonique, puis dans les îles, lorsque les Grecs ont été chassés de la Turquie par Atatürk. Il n’y a jamais de colère dans cette musique, plutôt de la révolte et de la mélancolie comme dans toutes les musiques que j’aime. C’est une musique de mal aimés, mais de gens fiers d’être ce qu’ils sont. Une musique subversive. Dans le Rebetiko, les chants ont des paroles qui guérissent.

À quoi attribuez-vous un tel pouvoir ?
Au mélange des cultures. J’y crois beaucoup. Quitter son pays peut aussi apporter quelque chose de positif : de nouveaux horizons, une manière de vivre ensemble… Ce qui me plaît dans le Rebetiko, c’est cet assemblage entre Orient et Occident. Je viens de là : l’Orient et l’Occident sont en moi depuis l’enfance.

Pourquoi revenir à cette musique aujourd’hui ?
Parce que ses chansons parlent d’exil : le départ des Grecs d’Izmir, leur fuite à travers les mers en barques… Chez moi, tout part toujours de la musique et de l’exil. Enfant, j’ai vu les pieds-noirs quitter l’Algérie au début des années soixante. Je les revoie en larmes assis sur leurs valises derrière les grilles du port d’Alger en attendant de prendre des bateaux pour la métropole, j’étais parmi eux. Je revois les boat people vietnamiens, vingt ans plus tard, avec leurs bateaux renversés, si proches du sort des migrants actuels dont les embarcations se fracassent à Lesbos. J’ai vu tant de peuples condamnés à l’exil qu’avec ce film, je voulais parler de tous les migrants, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui. C’est le Rebetiko et l’envie de filmer une jeune femme libre qui m’ont donné l’énergie de me lancer dans ce projet.

Elles sont deux sur les routes...
La première, Djam, rentre chez elle et, en chemin, prend sous son aile la deuxième, Avril, une Française de dix-neuf ans venue en Turquie pour faire du bénévolat et complètement paumée. Elles font la route d’Istanbul à l’île de Mytilène, la même que celle qu’empruntent les migrants. Lorsque Djam s’empare des chants du Rebetiko, elle fait corps avec la musique et en exprime tout le sens dans un mélange d’insolence, de révolte et d’apaisement. Et Daphné Patakia, qui interprète le personnage de Djam, l’incarne sans violence : tout ce qu’elle dit ou qu’elle exprime avec son corps est cash : elle est brute comme les beaux matériaux – c’est de la belle roche- mais elle n’est absolument pas brutale.

Daphné est omniprésente dans le film. Elle chante et danse… Comment s’est-elle préparée ? Aviez-vous donné des indications particulières à Daphné Patakia ?
Je lui ai demandé d’apprendre à chanter, à jouer de la musique et à danser la danse orientale. C’est elle qui chante. Ce n’est jamais du play-back. Comme la plupart des Grecs, Daphné est très cultivée musicalement. Elle connaissait déjà par cœur les chansons rebetiko mais j’ai été frappé par sa facilité à apprendre et par le travail qu’elle a fourni. Dès notre première rencontre, je lui ai demandé si elle savait chanter et si elle acceptait d’apprendre à danser la danse du ventre. Et je lui ai confié un baglama, l’instrument de musique qu’on utilise pour le rebetiko en lui demandant d’apprendre à en jouer. Tout ce qu’elle fait dans le film, elle l’a travaillé.
« Djam » est son premier grand rôle et son premier film en France. Comment l’avez-vous découverte ?
J’ai cherché très longtemps l’actrice qui allait jouer Djam. Six mois avant le tournage, je ne l’avais toujours pas trouvée. Elle ne devait pas être forcément belle mais devait impérativement parler grec et français. C’est mon assistante en Grèce qui m’a parlé de Daphné. Grecque par ses deux parents, élevée en Belgique elle parle parfaitement le français. Dès je l’ai rencontrée, les scènes du film ont commencé à prendre corps à travers elle. Je sentais qu’elle irait au bout, à fond. Daphné est née en Belgique et n’a jamais perdu sa culture de vue. Elle sait ce qu’est l’exil.

Il y a toujours des femmes fortes dans vos films, des solitaires qui tracent la route et font des rencontres.
Ce sont ces femmes-là que j’aime : Céline Sallette dans Geronimo, Asia Argento dans Transylvania… Je n’ai pas envie de filmer des victimes.

Parlez-nous de la scène du cimetière où elle urine sur la tombe de son grand-père ?
Elle l’énonce simplement, clairement : « Il faut pisser sur la tombe de ceux qui interdisent la musique et la liberté. » Elle doit le faire, c’est tout. Mais elle le dit sans colère et sans haine. Djam n’est violente qu’une seule fois dans le film, lorsqu’elle affronte les huissiers avec un fusil. À l’inverse, c’est la colère qui pousse Avril à se déshabiller sur la route. Elle a une fierté un peu à la tsigane.

En observant Avril, le chanteur qu’elle rencontre avec Djam dans la gare note sa ressemblance avec les femmes du XVIe siècle…
Elle n’a pas un physique moderne. On lit le Siècle des Lumière et la Révolution française sur sa peau et sur son visage une immense culture à laquelle elle est pourtant étrangère : elle ne s’en sert pas, elle ne l’a jamais connue - et résume ses origines à la banlieue. « - D’où tu viens ? », lui demande Djam. « - De banlieue », lui répond-t-elle. Comme si la banlieue était un pays ou une région. Elle n’a pas le passeport de la musique et du chant, mais il suffit d’une parole pour l’accueillir dans la danse. Elle n’est pas comme les Grecs qui chantent encore ensemble des chansons vieilles de cent ans racontant leur généalogie. La reconnaissance dans la beauté de son visage de celle ancienne des femmes, du temps où la France était celle des Lumières, et la voilà remise dans une vieille culture dont elle s’ignorait héritière.

On la sent happée par cette culture grecque qu’elle découvre.
En rencontrant ces gens, elle a trouvé la foi : la foi d’être ensemble et d’aller vers les autres. Le Rebetiko la conduit au partage.

Vous n’aviez en revanche encore jamais travaillé avec Simon Abkarian.
Pour interpréter Kakourgos, l’oncle de Djam, je voulais un acteur qui porte le voyage sur son visage. Même si l’on sait que Simon est arménien, on ne sait pas exactement d’où il vient, il véhicule l’exil. C’est un copain de longue date et je savais que Simon était un véritable aficionado de la musique Rebetiko. Lorsque je lui ai demandé de faire la scène où il parle de la mère de Djam, exilée et morte à Paris, Simon m’a touché par sa sincérité et son émotion. Il a dû surement aller les chercher sur sa route d’Arménie, du Liban et d’ailleurs. C’est un acteur du cœur et du geste.

En contrepoint à la présence, extraordinairement charnelle, de Djam et Avril, vous opposez celle, invisible, des migrants : ce sont des inscriptions sur les murs dans une gare, un brasier éteint...
J’étais conscient de mettre les filles dans les pas des migrants qui marchent d’Istanbul jusqu’à Edirne puis doivent traverser la rivière Ardas - une rivière très profonde, large d’entre vingt et trente mètres qui trace la frontière - pour atteindre Kastanies en Grèce. Les migrants y sont poussés de nuit par les passeurs dans de petites barques pneumatiques pour atteindre l’autre rive. Une fois de l’autre côté, ils se dirigent vers la gare de Didimotichio. Tous les migrants transitent par cette gare et j’étais certain d’y trouver des signes de leur passage quand nous y arriverions. En m’y rendant avec mes acteurs, le jour du tournage, je trouve des bûches à moitié consumées et je comprends que les migrants ont fait du thé : des boites de conserves qu’ils ont utilisé comme casseroles et des sachets lyophilisés en témoignent. Ils ont pris les vieilles traverses des rails pour construire un foyer. Ils se sont ensuite servis du charbon de bois pour écrire sur les murs. Là, un homme a marqué : « Libre venu de Shâm, il coule du sang à Alep et à Idlib. » Qu’il évoque Shâm -le territoire sacré des musulmans- prouve qu’il a choisi d’émigrer. Ce sont ces traces que je voulais filmer pour évoquer l’exode des Syriens pour témoigner de leur passage. C’est cette image de l’exil que je veux retenir.

Comme ces montagnes de gilets de sauvetage abandonnés sur un terrain vague...
En découvrant ces tas de gilets dissimulés à l’abri des regards à cent mètres derrière la plage, c’était comme si j’avais vu des milliers d’histoires s’entasser les unes sur les autres. Des migrants ont acheté ces gilets, dont certains étaient trafiqués, très chers à des passeurs pour effectuer la traversée. Beaucoup trop n’ont pas eu la chance d’atteindre la rive grecque de Skala Sikaminias qui se trouve à dix kilomètres de la Turquie sur Lesbos. Certains de ces gilets ont été portés par des morts.

Djam se clôt sur une note presque optimiste.
Parce que c’est vraiment l’esprit du film : la vie est plus importante que tout. Le reste, les murs, les pays, ce n’est que de l’argent. Et si je dois choisir entre l’argent et la vie, je choisis la vie. Même s’il se profile des choses très graves partout dans le monde, ceux qui sont en train de nous faire revenir en arrière, qui érigent des frontières, des murs en ciment ou en barbelés, le font pour protéger l’argent. Alors, oui, je suis comme mes héros sur leur bateau qui chantent du Rebetiko, « On est libre, on existe »... Et moi, je vote pour la vie.

On est loin du désespoir de Pano, ce Grec qui menace de s’enterrer debout dans la tombe qu’il s’est lui-même creusée après qu’on l’a exproprié de sa maison ?
Ne vous méprenez pas. Il y a de la fierté dans ce geste. Cette scène m’a été inspirée par un poème tsigane – « Enterrez-moi debout » - et elle symbolise vraiment la Grèce d’aujourd’hui : un peuple que le pouvoir de l’argent pousse à s’enterrer vivant mais un peuple fier qui ne tombe pas à genoux, qui garde la tête haute. Et derrière cet homme déprimé, il y a toute une population qui chante.

Pano part travailler en Norvège, Kakourgos et sa famille vont sans doute errer de port en port. Il y a beaucoup de violence dans ces trajectoires. Ne résument-elles pas l’état de l’Europe aujourd’hui qui contraint ses ressortissants à se déplacer pour vivre et interdit ses frontières aux autres ?
Bien sûr ! Il n’est pas anodin que, dès le début du film, je montre un grillage contre lequel je fais chanter Djam ! De nombreux pays sont en train d’oublier ce qu’a été le fascisme. En sortant la hache de guerre du protectionnisme, ils nient tout ce qui s’est passé depuis la chute du mur de Berlin. Même en France, cette terre traditionnellement réputée pour son accueil, un certain nombre de gens se montrent prêts à l’oublier. Cela fait peur. Djam parle aussi de cette Europe dans laquelle je ne me reconnais pas. L’Europe, la vraie, la seule, est celle du partage des cultures et de l’échange.

Propos recueillis par Marie-Elisabeth Rouchy

© Princes Productions 2017

« J’ai découvert le rébétiko en 1983 au cours d’un voyage en Turquie où j’étais venu présenter mon film Les Princes. C’est une musique qui s’est développée dans les basfonds d’Athènes et de Thessalonique, puis dans les îles, lorsque les Grecs ont été chassés de la Turquie par Atatürk. Il n’y a jamais de colère dans cette musique, plutôt de la révolte et de la mélancolie comme dans toutes les musiques que j’aime. C’est une musique de mal aimés, mais de gens fiers d’être ce qu’ils sont. Une musique subversive. Dans le rébétiko, les chants ont des paroles qui guérissent. (…) Quitter son pays peut aussi apporter quelque chose de positif : de nouveaux horizons, une manière de vivre ensemble… Ce qui me plaît dans le rébétiko, c’est cet assemblage entre Orient et Occident. Je viens de là : l’Orient et l’Occident sont en moi depuis l’enfance. »   
Tony Gatlif


Après Geronimo, qui traduisait admirablement les tensions entre cultures traditionnelles et identités urbaines, Tony Gatlif revient en 2017 avec Djam, une bande originale magistrale dédiée au rébétiko. Toute l’humanité de cette musique populaire grecque, issue de l’exil, des migrations, du métissage, réside dans le fait qu’elle soit originaire de cette région reliant Europe et Asie, carrefour des civilisations et des crises (économiques et migratoires), et pour ainsi dire centre du monde. Tony Gatlif est le cinéaste du rythme et de la liberté, la musique est un élément central dans sa filmographie (deux Césars pour Gadjo Dilo, Vengo). Celle de Djam accompagne le parcours initiatique de l’héroïne, d’Istanbul à Mytilène, délivrant tour à tour volutes d’ivresse, émotion et frénésie jubilatoire.       
Augustin Bondoux / Patrick Frémeaux


After his “Geronimo”, an admirable portrait of the tense relations between traditional culture and urban identity, filmmaker Tony Gatlif has now given us Djam, a masterful original soundtrack devoted to the music known as rebetiko. The humanity behind this popular music of Greek origin, a music of exile, migration and the cultural mix, stems from its origins in the region that ties Europe to Asia, a giant crossroads for migrating civilisations and historically a region of economic crisis. It is the centre of the world. Tony Gatlif is a filmmaker who symbolizes rhythm and liberty, and music is a central element in his filmography, with one César Award already for “Gadjo Dilo” and another for “Vengo”. His music in Djam follows the initiatory voyage of the heroine from Istanbul to Mytilene on Lesbos, and in turn its melodies breathe whisps of drunkenness, emotion and jubilant frenzy.   
Augustin Bondoux / Patrick Frémeaux



1  ARAPINA  2’44
2  AGAPO MIA PANTREMENI  4’33
3  ISTEMEM BABACIM  3’41
4  AMAN DOKTOR  6’10
5  CAFE AMAN  7’11
6  MIA SMYRNIA STO PARATHYRI  3’43
7  AMAN AMAN  5’00
 8  DANSE DE SOLON TSAKITZIS (instrumental)  3’11
 9  TSAKITZIS  5’33
10  THERMASTIS  3’24
11  KAIXIS  4’32
12  TI SE MELEI ESENANE  4’34’


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Centre France: Berry, Bourbonnais, Nivernais, Bourgogne, Orléanais

Ce disque regroupe des...

CARNAVAL BRESILIEN - 1930-1956
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Tout au long des cinquante premières années du vingtième siècle, la musique dédiée au...

CARLOS GARDEL
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CAJUN
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BOLERO 1952-1959
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BALI - LES GAMELANS DISPARUS (RAMAYANA, LEGONG, JOGED)
BALI - LES GAMELANS DISPARUS (RAMAYANA, LEGONG, JOGED)
La musique est à Bali ce que la méditation est à la religion. Elle participe à...

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