BRETAGNE (1900 - 2006)
BRETAGNE (1900 - 2006)
Ref.: FA5261

UNE ANTHOLOGIE DES MUSIQUES TRADITIONNELLES

Ref.: FA5261

Artistic Direction : GUILLAUME VEILLET

Label : Frémeaux & Associés

Total duration of the pack : 1 hours 16 minutes

Nbre. CD : 1

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Presentation

UNE ANTHOLOGIE DES MUSIQUES TRADITIONNELLES



“This record was produced in the context of the museum work of Guillaume Veillet (a collector and former editor of Trad Magazine), so as to make available to the public a broad panorama of French traditional music. It is one of a collection of 10 CDs, divided geographically by region, that aim to document popular contributions to the history and contem porary nature of our cultural and artistic heritage.” Benjamin Goldenstein



Tracklist
  • Piste
    Title
    Main artist
    Autor
    Duration
    Registered in
  • 1
    Approchez pour entendre
    Perrouin
    00:02:24
    1988
  • 2
    Passet eo gouel ar rouaned
    Lotreff et Ropars
    00:01:46
    1975
  • 3
    Airs de bombarde
    Menez
    00:00:46
    1960
  • 4
    Jabadao
    Guigueno et Leblond
    00:02:59
    1940
  • 5
    Entretien avec Jeannette Maquignon
    Maquignon
    00:00:46
    1979
  • 6
    Apportez-nous à boire (Fanchon)
    Maquignon
    00:01:22
    1979
  • 7
    Rythmes de battage au fléau
    Paysages sonores
    00:00:43
    1957
  • 8
    Lavar din me ta paotr yaouank
    Kervella
    00:04:26
    2000
  • 9
    Suite de chants à danser de Haute-Bretagne
    Gascard et Caro
    00:04:14
    1999
  • 10
    Rond à Louis Ruellan
    Morin et Lefeuvre
    00:02:39
    1983
  • 11
    Skolvan
    Bertrand
    00:08:33
    1959
  • 12
    Alexis tout aimable (La complainte de Saint-Alexis)
    Bocéno
    00:03:17
    1997
  • 13
    Savet d’ur plac’hig yaouank a barrez Sant Karadeg
    Robic
    00:01:39
    1965
  • 14
    Ma merc’h Marie-Louise
    Drumel
    00:05:19
    2005
  • 15
    Merc’hed ag ar ger-man
    Daniel
    00:03:20
    1962
  • 16
    Dans fanch Guilherm Domaz
    Thomas et Guégan
    00:01:27
    1959
  • 17
    En passant par le moulin blanc
    Goré et Lejanvre
    00:01:01
    1990
  • 18
    Avant deux de travers
    Leray
    00:00:33
    1972
  • 19
    Avant deux du pays de Fougères
    Manceau
    00:02:51
    1979
  • 20
    Chanson pour curer les rins
    Buiron
    00:01:37
    1979
  • 21
    C'était par un lundi
    Niol
    00:03:25
    2006
  • 22
    On mène la mariée à l'église
    Guichard
    00:02:28
    1970
  • 23
    Yannig Kongar
    Le Bonniec
    00:05:40
    1980
  • 24
    Je me suis engagé
    Lucas
    00:02:50
    1983
  • 25
    Na mag an-me d'an arme (Ar verjelenn)
    Kerjean et Doniou
    00:05:45
    1975
  • 26
    Quatre thèmes de gavotte
    Guéguen
    00:02:27
    1900
  • 27
    D'omp d'an un'
    Les soeurs Goadec
    00:02:04
    1965
Booklet

Bretagne FA5261 Livret

BRETAGNE
Enregistrements réalisés entre 1900 et 2006


La Bretagne, qui occupe l’extrémité occidentale de l’Hexagone, est devenue française en 1532. Cette ancienne province a toujours eu une double identité, l’Ouest (ou Basse Bretagne) parlant le breton, une langue celtique, et l’Est (Haute Bretagne ou Pays Gallo) s’exprimant en gallo, une langue d’origine romane. La frontière linguistique s’est déplacée avec le temps, sans jamais être imperméable, et les liens culturels entre les deux zones sont forts. Au-delà des pratiques emblématiques (le couple biniou / bombarde, le kan ha diskan…), la Bretagne présente une étonnante diversité de traditions musicales. Celles-ci se sont parfois mieux transmises qu’ailleurs, grâce entre autres à un milieu culturel associatif revivaliste très actif. Ce disque, s’il ne peut être exhaustif, souhaite proposer un aperçu de cette richesse. Il mêle des enregistrements historiques incontournables et des collectes plus récentes, dans une région où tout est fait pour recueillir  le savoir des porteurs de mémoire. Il va de soi que c’est toute la Bretagne historique qui est couverte ici : l’actuel département de Loire-Atlantique (administrativement dans la région Pays de la Loire) en fait bien sûr partie.
 
- Pour chaque morceau sont indiqués, à la suite du titre : l’interprète, l’instrument pratiqué, la date et le lieu d’enregistrement, ainsi que le nom du collecteur.
Il a également été choisi de préciser le département, et donc de respecter le découpage administratif actuel. D’autres choix auraient été possibles, du fait de la superposition en France de divers référents territoriaux et aires culturelles : terroirs ou “pays”, anciennes provinces, régions… 
- Pour une identification plus précise de la provenance de chaque extrait (fonds d’archives, publications précédentes), ainsi qu’un minutage précis, on se reportera en fin de livret, à la rubrique “Provenance des enregistrements”.
- En ce qui concerne les titres dans une langue autre que le français, il a été choisi de respecter la graphie de la source d’origine (publication antérieure, référencement dans le centre d’archives).
- On trouvera sur le site Internet www.fremeaux.com le texte intégral des chansons, ainsi que l’identification de celles-ci dans le Répertoire des chansons françaises de tradition orale Coirault-Delarue, le Répertoire du patrimoine ethnomusicologique RADdO-Ethnodoc (http://www.raddo-ethnodoc.com/), et dans le catalogue Malrieu pour les chansons en langue bretonne.

1. Approchez pour entendre
Antoinette Perrouin (chant)
Enregistrée le 3 décembre 1988 à Couffé (Loire-Atlan­tique) par Pierre Guillard et Robert Bouthillier.
Cette complainte relatant un inceste à l’issue sanglante est interprétée par une grande chanteuse du pays d’Ancenis, Antoinette Perrouin. Son répertoire était riche de mélodies comme d’airs à danser (avant-deux principalement). Le collecteur, Pierre Guillard, avait retrouvé ce thème dans un cahier de chansons appartenant à Clémentine Dupas du village de La Tournerie à Mouzeil. Antoinette n’en connaissait, elle, qu’un seul couplet. C’est à partir de la version du cahier qu’elle put en donner cette interprétation magistrale. Quand l’oralité et l’écrit se complètent pour le meilleur !

Approchez pour entendre la chanson d’une fille (bis)
La chanson d’une fille belle comme le jour
C’est son coquin de frère qui veut lui faire l’amour.


Son père aussi sa mère vont à la promenade (bis)
Appelait sa servante d’aller voir au chemin
D’aller voir si son père ou si sa mère revient.


L’a prit l’a emmenée, l’a montée dans sa chambre (bis)
En lui disant : “Petite, quoique tu es ma soeur,
Il faut que je te dise, où j’aurai ton honneur !”


“Pensez à Dieu, pensez, pensez à Dieu mon frère (bis)
Pensez à Dieu mon frère, au grand Dieu tout-puissant
Aurais-tu le courage d’y mélir notre sang ?”


Le bruit fut entendu par tout le voisinage (bis)
Il fut jugé à pendre, à pendre ou à tuer
Dans la ville de Nantes, le jour d’un grand marché.


Coirault : 9711 Le frère amoureux de sa sœur I
RADdO : 05296.

 
2. Ni a gano hag a zañňso (tamm kreiz)
Pierre-Jean Motreff de Brasparts (Finistère) et Loeiz Ropars de Poullaouen (Finistère) (chant)
Enregistrés en 1975 à Plogonnec (Finistère) pour l’asso­ciation Al Leur Nevez.
Le kan ha diskan est une forme de chant responsorial basée sur la technique du tuilage : avant d’attaquer une phrase nouvelle, ou de répéter celle qu’il vient d’entendre, chaque chanteur entonne avec son partenaire les derniers mots de la phrase précédente. Si l’on associe aujourd’hui le kan ha diskan à la danse, il était autrefois la façon normale de chanter dans toutes les circonstances en Haute Cornouaille.
Loeiz Ropars (1921-2007) avait assisté au déclin de cette pratique avant-guerre, et décida de la relancer. En 1954, il organisa la première journée de kan ha diskan dans sa commune de Poullaouen, sous la forme d’un concours. Ceux qui n’avaient pas oublié cette technique se remirent à chanter. Puis vinrent les premiers festoù-noz revivalistes, consacrés avant tout au chant à danser. Dans ces bals, les chanteurs, au lieu d’être présents dans la ronde comme dans la tradition, mènent la danse derrière un micro, depuis une estrade. 
Pierre-Jean Motreff (1899-1988) est l’un de ces interprètes formés dans la tradition à avoir chanté dans le nouveau contexte du fest-noz. Aux côtés de Loeiz Ropars, il interprète ici un tamm kreiz ou bal, deuxième partie d’une dañs tro ou gavotte. 
Passet eo gouel ar rouaned ha tostaad ‘ra da Veularjez, 
Ha ‘vo gwelet an dud yaouank ‘tond da zañsal war ar hê.
Ar re goz hag ar veleien, troet int gand ar zermonio,
O klask lakaad an dud yaouank da zilezel an dañso.
O ni a gano hag a zañso hag a raio goab anê,
Barz ar bed-mañ ni a zañso, er bed all ni ray ive.
Evid diskenn barz ar zal vraz e oa kalz a varchennou,
A oa leun a dachou melen, traoñ ha kreh, ha penn-da-benn.
Hag eno ‘oa diou renkad diaoulou, unan anê ‘beb tu d’ar zal,
Oa gate beb a ‘forh houarn, ‘vid o brochou da zañsal.
RADdO : 06376.  La fête des Rois est passée, Mardi-Gras approche
Et on verra les jeunes gens venir danser sur le quai.
Les vieux et les prêtres sont portés à sermonner,
Cherchant à amener les jeunes à délaisser les danses.
Oh, nous chanterons, nous danserons, nous nous moquerons d’eux,
Ici-bas nous danserons, dans l’au-delà, nous le ferons aussi.
Pour descendre dans la grande salle, il y avait beaucoup de marches,
Pleines de clous jaunes, en bas, en haut, et tout du long.
Là il y avait deux rangées de diables, une de chaque côté de la salle,
Pour les embrocher et les faire danser.

3. Airs de bombarde sonnés par Leon Bihan
Frañsou Menez (chant)
Enregistré dans les années 1960 à Poullaouen (Finis­tère) pour l’association Al Leur Nevez.
François ou Frañsou Menez (1909-1969) fut l’un des premiers à accompagner Loeiz Ropars dans son œuvre de relance du kan ha diskan. Ce bon chanteur était aussi sonneur de bombarde. On l’entend ici imiter à la voix le style d’un fameux sonneur de tradition, Leon Bihan, qu’il avait eu l’occasion de remplacer lors d’une noce.
4. Jabadao
Benjamin Guigueno (biniou) et Louis Le Blond (bom­barde)
Enregistrés vers 1940 à Paris pour la marque Le Soleil.
Le couple biniou / bombarde est souvent présenté comme un seul instrument servi par deux instrumentistes très complémentaires. En situation de danse, la bombarde joue une ligne mélodique, souvent à l’unisson, avec le biniou (forme de cornemuse avec un chalumeau, ou levriad, très court), puis s’arrête pour laisser le biniou jouer cette même ligne mélodique. Au XIXe siècle, les couples de sonneurs étaient très demandés lors des grandes fêtes dans les campagnes (pour les mariages, principalement). Ils sont ensuite un peu tombés en désuétude, mais l’action de la BAS (Bodadeg Ar Sonerion) dans les années 1950, puis le revival des années 1970, leur ont redonné un rôle emblématique dans la culture bretonne. C’est à Paris, où ils avaient émigré, que Benjamin Guigueno et Louis Le Blond (1909-2004), originaires de Langoëlan dans le Pays Pourlet, jouaient lors de bals et de spectacles folkloriques.  
5. Entretien avec Jeannette Maquignon
Enregistrée le 27 octobre 1979 à Saint-Martin-sur-Oust (Morbihan) par Claude Flagel et Anouk Maison
Jeannette Maquignon, épouse Robert (1906-1998), originaire de Ruffiac (Morbihan), chantait depuis son plus jeune âge dans les fêtes locales et les mariages. Devenue veuve, sans enfants, elle se rendit disponible pour transmettre son important répertoire de mélodies et de chants à danser. Elle fut notamment une compagne de route, ainsi qu’une figure emblématique, pour le Groupement Culturel Breton des Pays de Vilaine, association culturelle et patrimoniale créée en 1975. Cet extrait d’entretien nous permet de mieux comprendre sa passion pour les chansons traditionnelles, ainsi que le mode de transmission de celles-ci.  
6. Apportez-nous à boire (Fanchon)
Jeannette Maquignon (chant)
Enregistrée le 25 octobre 1979 à Redon (Ille-et-Vilaine) par Claude Flagel lors d’une soirée “veillée” dans le cadre du concours de la Bogue d’Or.
Jeannette Maquignon fut présente dès la première édition (en 1975) de la Bogue d’Or, un concours de chant tra­ditionnel organisé annuellement à Redon par le Grou­pement Culturel Breton des Pays de Vilaine. Elle remporta le premier prix en 1985. 

Apportez-nous à boire,
Faites venir Fanchon. (bis)
Apportez du vin de Champagne,
Nous en boirons tant qu’il est bon.


Le vin n’est pas un crime,
Dieu ne le défend pas. (bis)
Il aurait fait des arrosoirs
S’il fallait qu’on n’en buvait pas.


Les moutons vivent d’herbage,
Les papillons de fleurs. (bis)
Et toi z’et moi, chère mignonette,
Viverons-nous de coeur en coeur ?


L’amour n’est pas un crime,
Dieu ne la défend pas. (bis)
Il aurait fait des coeurs de marbre,
S’il fallait qu’on ne s’entraimait pas.


Coirault : 1516 Aimer n’est pas un crime
RADdO : 00529
.  


7. Paysage sonore : rythmes de battage au fléau
Enregistré vers 1957-58 à Glomel (Côtes-d’Armor) par André Lemercier.
Un groupe d’habitants de Glomel bat le blé au fléau. A l’époque de cet enregistrement, cette pratique s’était déjà perdue et il s’agit d’une reconstitution. 
8. Lavar din-me ta paotr yaouank (dañs round)
Goulc’han Kervella (chant) et un groupe de chanteurs /danseurs de l’ancienne génération.
Enregistrés en février 2000 à Plouguerneau (Finistère) par Dastum Bro Leon avec le concours de l’Ecomusée des Goémoniers et de l’Algue.
La dañs round est, comme son nom l’indique, une danse en rond, connue des populations littorales du Léon (pêcheurs et goémoniers). Goulc’han Kervella, né en 1951, qui dirige la troupe de théâtre bretonne Ar Vro Bagan, a beaucoup fait pour en conserver la pratique. C’est lui qui mène la danse, en chantant dans la ronde, sur des paroles transmises par Denez Abernot de Tremenac’h-Plouguerneau, enrichies de nouvelles strophes.
  

Lavar din me ‘ta paotr yaouank
Rigodo fardifardo
Peur e skrivi da embannoù ? Falarinette.
Rigodo falifardo falarino


Na pa vezo e Plougerne
Merc’hed mouzhet diouzh ar c’hafe.


Na pa vezo mui na bagoù
Na moukled e pont Treglonou.


Na pa vezo ‘barzh e Plougin
Polotrez diouzh ar gwez sapin.


Na pa vezo ‘barzh e Bourc’h-Wenn
Un tammig berroc’h o lostenn.
Na pa vezo e Gwiproñvel
Dresoc’h he c’hoef gant Gabrielle.
Na pa vezo e Plabenneg
Ul litrad gwin ‘vit daou wenneg.
Na pa vezo e Plouvian
Kafe ha te da verenn-vihan.
Na pa vezo e Lesneven
Kavet brennig e-touez ar foenn.
Pa vezo e Lanhouarne
Drebet ar bleiz, gant Sant Herve
Na pa vezo e Kerlouan
Añdiv en iliz o tiwan.
Na pa vezo e Lilia
Tout ar c’hezeg o vrennika.
Na pa vezo ar baotred vat
Diskroget diouzh ar chopinad.
RADdO : 06377

Dis-moi donc jeune homme
Rigodo fardifardo
Quand publieras-tu tes bans ? Falarinette.
Rigodo falifardo falarino
Quand il y aura à Plouguerneau
Des femmes boudant leur café.
Quand il n’y aura plus ni bateaux
Ni moules au pont de Tréglonou.
Quand il y aura à Plouguin
Des prunes aux sapins.
Lorsqu’à Bourg-Blanc elles auront
La jupe un peu plus courte.
Quand sera, à Guipronvel,
Plus d’aplomb, la coiffe de Gabrielle.
Quand à Plabennec il y aura
Un litre de vin pour deux sous.
Lorsqu’il y aura à Plouvien,
Du café et du thé au goûter.
Lorsqu’à Lesneven
On trouvera des patelles parmi le foin.
Quand sera à Lanhouarneau
Mangé le loup par Saint-Hervé.
Lorsqu’à Kerlouan
Des endives pousseront dans l’église.
Quand il y aura à Lilia
Tous les chevaux à ramasser les patelles.
Quand les bons garçons
Auront lâché leurs chopines.

9. Suite de chants à danser de Haute Bretagne
a) A dix heures dans ces verts prés (Quat’ patates un brin d’porée) (ridée)
Alfred Gascard (accordéon chromatique)
Enregistré en 1999 à Peillac (Morbihan) par Wenceslas Hervieux.

A dix heures dans ces verts prés,
Quat’ patates, un brin d’porée, (bis)
Crénom de Diousse !
Quat’ patates, un brin d’porée, ça fait d’la bonne soupe. (bis)


A neuf heures dans ces verts prés…


RADdO : 06378. 


b) Y A Six épilles dans ma couronne (pilé-menu)
Mené par Victor Caro de Campénéac (Morbihan) (chant)
Enregistré en 2001 à Bovel (Ille-et-Vilaine), par Charles Quimbert lors de la Fête du Chant.

Y a six épilles dans ma couronne,
La fleur du genet s’envole.
Rossignolet du bois joli,
Les amants qui s’entraiment
Se marieront-ils ? Oh oui !


Y a cinq épilles…


RADdO : 06379


c) Il a passé par ici trois fileurs de laine (rond dit de St-Vincent)
Groupe d’anciens de Saint-Vincent-sur-Oust (chant)
Enregistrés en 1995 à Saint-Vincent-sur-Oust (Mor­bi­han) par Gilbert et Wenceslas Hervieux.
Les chants à danser dans la ronde du Pays Gallo sont parfois “à la dizaine” ou à décompter. En Morbihan, on commence à dix (“A dix heures dans ces verts prés…”) puis l’on dé­compte jusqu’à un (“A une heure dans verts prés…”). 

Il a passé par ici trois fileurs de laine (bis)
Le premier qui passera file file filera
Le premier qui passera filera la laine


Il a passé par ici deux fileurs de laine…
RADdO : 06380.


10. Rond à Louis Ruellan
Louis Morin (vielle à roue) et François Lefeuvre (accor­déon chromatique)
Enregistrés en 1983 à Ploeuc (Côtes-d’Armor) par Jakez Bernard pour le “Collectif Vielle en Bretagne”.
Le travail du “Collectif Vielle en Bretagne” a permis de mettre en valeur une tradition méconnue : il y avait vers 1930 autant de joueurs de vielle à roue dans les Côtes-d’Armor gallo que dans le Berry à la même époque ! C’est en 1929 que Louis Morin (1913-2008) avait acheté sa première vielle. Après avoir animé des noces dans sa jeunesse, il dut partir travailler à Paris, et ne reprit l’instrument qu’à sa retraite. Il se remit à jouer dans les fêtes et les festoù-noz revivalistes avec différents compères, dont l’accordéoniste François Lefeuvre. Ils interprètent ici un rond dit “de Ploeuc”. 
11. Skolvan
Marie-Josèphe Bertrand (chant)
Enregistrée le 18 janvier 1959 à Canihuel (Côtes-d’Armor) par Claudine Mazéas avec Georges Cadoudal, Etienne Rivoalan et Jean Le Jeane.
S’il est une interprète de légende en Bretagne, c’est bien Marie-Josèphe Bertrand née Martail (1886-1970), connue grâce aux enregistrements de Claudine Mazéas. Née dans une famille de chanteurs du Pays Fañch, en Centre Bretagne, mariée à 16 ans, elle connut la dure existence de femme de sabotier, avant de se sédentariser au bourg de Canihuel. Cette gwerz (complainte) raconte l’histoire de Skolvan, évêque du Léon. Ce thème est ancien. Donatien Laurent a retrouvé une histoire proche dans un manuscrit gallois du XIIe siècle. Mme Bertrand, pour évoquer cette chanson, ne parlait pas de gwerz, mais de “cantique”.
Skolvan, Skolvan, eskob Leon
a zo deuet da greiz ul lann da chom,


a zo deuet da chom da greiz ul lann
En-kichen forest Kaniskan.


Pan a mamm Skolvan da welet he farkoù
e kavas an tan war ar harzoù.


"Ma bennoezh ha hani Doue
Piv en deus ho lakaet aze
nemet ha ma mab Skolvan a ve ?"


Pan a mamm Skolvan da welet an dour
e kavas ur feunteun e toull he dor.


"Ma bennoezh ha hani Doue
D'an nep en deus ho lakaet aze
nemet ha ma mab Skolvan a ve."
Pan a mamm Skolvan da gousket
Terribl holl e veze okupet.
"Piv a zo aze, piv a da aze
Ken diwezhat-se war ar vale
nemet ha ma mab Skolvan a ve ?"
"Tevet ma mamm, ne ouelet ket
Ho mab Skolvan a zo daet d'ho kwelet."
"Mag eo ma mab Skolvan a zo aze
Ma malloezh dezhañ da vont alese."
ne oa ket he ger perachuvas
E dad paeron a rañkontras.
"Ma filhor paour, din e lâret
Deus a ven a teuet ha men ec'h et ?"
"Deus ar purkatoer donet a ran
Sar an ifern monet a ran."
"Ma filhor paour, deuet war ho kiz
Ha me a c'houlennay evidoc'h iskuiz."
"Ya, seizh vle zo ec'h on war an henchoù
E treso ma gwall basajoù.
O ya toud holl am eus [sedet]
Met hani ma mamm baour n'em eus ket."
"Ma filhor paour, deuet war ho kiz
Ha me a c'houlennay evidoc'h iskuiz."
"Ma c'homer baour, kriat oc'h-c'hwi,
Pa ne bardonet ket ho krouadur."
"Penaos Doue, en pardoniñ
D'ar maleurioù en deus graet din ?
Lazho teir dimeus e c'hoarezed
Ha lâret e oent inosanted,
ne oe ket c'hoazh e oe e vrasañ pec'hed.
Seizh iliz parroz en deus entanet
Ya, [nav bern traoù] en doe poazhet,
ne oe ket c'hoazh e oe e vrasañ pec'hed.
Mont en iliz ha torro holl ar gwer
Lazho ar beleg deus an aoter
ne oe ket c'hoazh e oe e vrasañ pec'hed.
Ma lever bihan en doe kollet
Ya skrivet gant gwad hon Salver
Hennezh a oe e vrasañ pec'hed."
"Tevet ma mamm, ne ouelet ket
Ho lever bihan n'eo ket kollet,
emañ er mor don, tregont gourhed
En beg ur pesk bihan e viret.
Tevet ma mamm, ne ouelet ket
emañ war an daol rond ha eñ rentet
ne faota e-barzh nemet teir feuilhenn c'hlebiet,
Unan gant dour, un all gant gwad,
Unan gant daeroù ho tivlagad."
"Ma bennoezh a ran d'am mab Skolvan
Pan eo kavet ma lever bihan."
Pa gan ar c'hog d'an hanternoz
e kana an aeled er baradoz.
Pa gan ar c'hog da c'houloù deiz
e kana an aeled dirak Doue,
Ha Sant Skolvan a ra ivez.
Malrieu : 0258 Yannig Skolan
Skolvan, Skolvan, évêque de Léon
Est venu habiter au milieu d'une lande,


Est venu habiter au milieu d'une lande,
Près de la forêt de Quénécan.


Alors que la mère de Skolvan allait voir ses champs,
Elle trouva les talus en feu.


"Ma bénédiction et celle de Dieu
A celui qui vous a mis là,
A moins que ça ne soit mon fils Skolvan."


Alors que la mère de Skolvan allait chercher de l'eau,
Elle trouva une fontaine à sa porte.


"Ma bénédiction et celle de Dieu
A celui qui vous a mis ici,
A moins que ça ne soit mon fils Skolvan." 
Alors que la mère de Skolvan allait se coucher,
Elle était terriblement soucieuse :
Qui est là, qui vient là
Si tard se promener,
Si ce n'est mon fils Skolvan ?"
"Taisez-vous, ma mère, ne pleurez pas,
Votre fils Skolvan est venu vous voir." 
"Si c'est mon fils Skolvan qui est là,
Qu'il reparte avec ma malédiction."
Elle avait à peine fini de parler
Qu'il rencontra son parrain :
"Mon pauvre filleul, dites-moi,
D'où venez-vous et où allez-vous ?"
"Je viens du purgatoire,
Je vais en enfer."
"Mon pauvre filleul, revenez sur vos pas,
Et je demanderai le pardon pour vous."
"Oui, je suis depuis sept ans sur les routes
A réparer mes mauvais passages.
Oui, j'ai obtenu tous les pardons,
Sauf celui de ma pauvre mère."
"Mon pauvre filleul, revenez sur vos pas,
Et je demanderai le pardon pour vous."
"Ma pauvre commère, que vous êtes cruelle
De ne pas pardonner à votre enfant."
"Comment, mon Dieu, lui pardonner
Les malheurs qu'il m'a fait ?
Tuer trois de ses sœurs
Et prétendre qu'elles étaient innocentes,
Ce n'était pas encore son plus grand péché.
Mettre le feu à sept églises
Et brûler [neuf tas de choses],
Ce n'était pas encore son plus grand péché.
Aller à l'église et briser tous les vitraux
Tuer le prêtre devant l'autel
Ce n'était pas encore son plus grand péché.
Il a perdu mon petit livre
Ecrit avec le sang du Sauveur
Ce fut là son plus grand péché."
"Taisez-vous, ma mère, ne pleurez pas,
Votre petit livre n'est pas perdu,
Il est à trente brasses dans les profondeurs de la mer
Dans la bouche d'un petit poisson qui le garde.
Taisez-vous, ma mère, ne pleurez pas,
Il est sur la table ronde, je l'ai rendu,
Il n'y manque que trois feuilles mouillées :
L'une par l'eau, l'autre par le sang,
Et une par les larmes de vos yeux."
"Je donne ma bénédiction à mon fils Skolvan
Puisque mon petit livre est retrouvé."
Quand le coq chante à minuit
Les anges chantent au paradis,
Quand le coq chante au point du jour
Les anges chantent devant Dieu
Et saint Skolvan chante de même

 
12. Alexis tout aimable (La complainte de Saint Alexis)
André Bocéno (chant)
Enregistré en 1997 à Arzal (Morbihan) par Charles Quimbert, lors d’un éliminatoire de la Bogue d’Or.
Cette chanson a beaucoup circulé sous forme de feuille volante depuis le début du XIXe siècle, à l’image d’autres complaintes à thème religieux comme Sainte Geneviève de Brabant et Le juif errant. Elle est aussi entrée dans l’oralité : André Bocéno, né en 1930, l’a apprise tout jeune auprès d’anciens de son village d’Arzal. Désireux de la chanter près de 60 ans plus tard, lors du concours la Bogue d’Or, il a complété les couplets oubliés grâce à l’aide de Monique Juel, de Limerzel… empochant au passage le premier prix, la Bogue d’Or tant convoitée  ! 
Alexis tout aimable
Dès ses plus jeunes ans
Prince très charitable
Son père l’fit s’marier
Avec une noble princesse
Belle comme le jour
L’ornement de la Cour.
Le soir des épousailles
Alexis fut touché
Rentre à son cabinet
Dit adieu-t-à sa femme :
“Il faut que je m’en aille
Aux pays étrangers
Il faut que je m’en aille
Dieu me l’a commandé
Et tiens voilà bague
Ma ceinture à deux tours
Marque de nos amours.”
Olympie toute en larmes
Dit à son bien-aimé :
“Auriez-vous le courage
De me laisser z-ici
Dans ce triste veuvage ?
Alexis mon époux
Pourquoi m’épousiez-vous
Mes pleurs et mes soupirs
Ils m’y feront mourir.”
Alors il s’embarque
De Thrace en Cilicie
Le grand vent z-et l’orage
Le jeta près d’Ostie
Sur les bords du rivage
Arrive heureusement
A son débarquement.
Aux pauvres il a donné
Ses habits ses richesses
Jusqu’à son bel habit
Galonné de haut prix.
Alors il s’approche
Des valets des carriers
Des valets qui le cherchent
En chemin l’ont trouvé
Mais sans pouvoir le reconnaître
Tant il était changé
Lui ont fait la charité.
Au palais de son père
Il vint se présenter
Sans se faire reconnaître
Il demande à coucher
Dessous un escalier.
“Prince très charitable
Après avoir dîné
Les miettes de votre table
Faites-les moi donner
D’un amour agréable
Je prierai le Seigneur
De bénir vos grandeurs.”
Dix-sept ans d’pénitence
Sous ce triste escalier
De jeûne et d’abstinence
Son corps fut mortifié
Les valets et servantes
Crachaient jetaient sur lui
Les ordures du logis.
Le dévot d’Alexis
Revient rendre l’esprit
Revient rendre l’esprit
Dedans notre logis.
Le pape débonnaire
Au palais est allé
Dans ses mains prend l’écrit
A haute voix la lit
Sa mère de souffrance
Elle pense à mourir
Quand elle eut vu son fils.
Tout le monde regrette
Le dévôt d’Alexis
Dévotions parfaites
Viennent de tout pays
Viennent de tout pays
Invoquer Saint-Alexis.
Coirault : 8902 Saint Alexis II (8902).
RADdO : 04087.
 

13. Savet d’ur plac’hig yaouank a barrez Sant Karadeg (gavotte pourlet)
Marie Robic (chant) et Paul Guéganic (accordéon chro­matique)
Enregistrés le 5 mai 1965 à Bragnolec en Melrand (Morbihan) par R. Duplessy lors d’une veillée organisée par l’Abbé Ange Loric.
Marie Robic (1893-1976) chante une gavotte du pays Pourlet sur le thème classique d’une jeune fille qui souhaite se marier contre l’avis de ses parents… s’exposant ainsi à être envoyée au couvent de Vannes, pour lui éviter de “perdre son honneur” avec un garçon.
Savet d’ur plac’hig yaouank a barrez Sant Karadeg
’Zo ken glas a zaoulagad ha ruz èl ur boked
N’en doa ken ’met pemdek vlez pa lâre d’he mamm, d’he zad
Ma n’garit ket man dimeziñ, me zo ’vont d’ho kuitaat
Gwallik kourz enta, ma merc’h, evit karet ar baotred
N’oc’h ket c’hoazh ’met c’hwezek vlez, na pemdek arruet
Ne oac’h ket-c’hwi c’hoazh ma mamm, ’lâront, e ma oad-me
’Benn m’ho poa lakaet ’n ho soñj da gariñ ma zad-me
Na pa’m behe-me an tu, an tu hag ar moaian,
Na me ’roahe ur ‘‘voiture’’, ha rodoù en argant
Na me ’roahe ur ‘‘voiture’’, ha rodoù en argant
Na me ’gasahe ma merc’h da Wened d’ar c’houvant
Na me ’gasahe ma merc’h da Wened d’ar c’houvant
’He laoskahen ket dre-mañ get ar baotred yaouank
Na kar ar baotred yaouank a lâront a zo treitour
Hag a lakahe ma merc’h da golliñ hec’h enor
Na lârit-c’hwi din ma mamm petra ’rin er c’houvant
Nemet friziñ an dantel, soñjal en ur galant
Nemet friziñ an dantel, soñjal en ur galant
Ha skriviñ meur a lizher na d’ar baotred yaouank
A-barzh er c’houvant, ma merc’h, ‘d eus ket a c’halanted
Nemet beleion yaouank, mestroù ha seurezed
Nag eno e vehet lakaet ’n ur gambrig alc’hwezet kloz
O na ne sortiahet ket na d’an deiz na d’an noz
Landredig a lanla, lâromp ar wirionez,
’Re ’gar ar merc’hed yaouank a zo fall er-walc’h ivez
’Re ’gar ar merc’hed yaouank a rekahe bout puniset
Na ne raont netra bemdez ’met kaozeal ag ar merc’hed
Teodoù ar baotred yaouank zo ken ruz èl an tan
’Zleahe dezhe bout konduiet da greiz (ar) forest da Rouan
Malrieu : 1027 E-barzh jardin ar minor – Ar c'hoant dimeziñ.

C’est au sujet d’une jeune fille de la paroisse de St Caradec
Qui a les yeux bleus et qui est rouge comme une fleur.
Elle n’avait que 15 ans quand elle disait à sa mère, à son père
Si vous ne voulez pas me marier, je vous quitterai
C’est un peu tôt, ma fille, pour aimer les garçons
Vous n’avez pas encore 16 ans, ni 15 ans échus
Ma mère, vous n’aviez pas encore mon âge
Que vous vous étiez mis dans la tête d’aimer mon père
Si j’avais les moyens
Je donnerais une voiture aux roues d’argent
Je donnerais une voiture aux roues d’argent
J’emmènerais ma fille à Vannes au couvent
J’emmènerais ma fille à Vannes au couvent
Je ne la laisserais pas ici avec les jeunes garçons
Car les jeunes garçons sont traîtres
Et prendraient l‘honneur de ma fille
Dites-moi ma mère ce que je ferai au couvent
Seulement friser le tablier, penser à un galant
Seulement friser le tablier, penser à un galant
Et écrire de nombreuses lettres aux jeunes garçons
Au couvent, ma fille, il n‘y a pas de galants
Seulement des jeunes prêtres, des maîtres et religieuses
Là-bas vous serez mise dans une chambrette fermée à clé
Et vous ne sortirez ni le jour, ni la nuit
Landredig a lanla disons la vérité
Ceux qui aiment les jeunes filles sont mauvais aussi
Ceux qui aiment les jeunes filles devraient être punis
Ils ne font rien de leurs journées si ce n‘est parler des filles
Les langues des jeunes garçons sont aussi rouges que le feu
Qu‘on devrait les conduire au cœur de la forêt de Rennes.
 
14. Ma merc’h Marie-Louise
André Drumel de Quelven en Guer (Morbihan) (chant)
Enregistré le 10 juin 2005 à Bovel (Ille-et-Vilaine) par Charles Quimbert lors d’une veillée au café “Chez Léone”.
André Drumel est né en 1935. Ayant grandi en Vannetais dans un milieu totalement bretonnant, il a appris le français à l’école. Toutefois, son père était natif de Nantes et possédait un important répertoire en langue française. M. Drumel chante dans les deux langues. Aujourd’hui retraité, il consacre une bonne partie de son temps à transmettre son répertoire, souvent accompagné de son épouse Irène, également bonne chanteuse. On le croise aussi bien au Kan ar Bobl (concours de musique bretonne à Pontivy), qu’à la Bogue d’Or de Redon et à la Fête du chant de Bovel (organisée par l’Epille), ainsi que dans de nombreuses veillées au niveau local. Cette belle chanson bilingue, une version du thème des Trois jolis mineurs, témoigne de la perméabilité de la frontière linguistique. 
Me merh Marie-Louise, un dé ‘m es hé hollet
Je l’ai cherchée, je l’ai trouvée, le long de la rivière
Get deu pé tri chiminod yaouank, éh obér en amour
« Me merh Marie-Louise, deit-hui d’er gér me merh.
- Oh non papa, oh non maman, fillette abandonnée
Avec ces trois jeunes garçons, je suis la bien-aimée

A pe ouiehèh me mamm, peh ken eurus on-mé aman
Un coupe mon pain, l’autre verse mon vin,
Et l’autre, le verre à la main : “mignonne en veux-tu boire ?”

A pe dostan d’er sul, éh omp hoah eurusoh
Un fait mon lit, l’autre balaye ma chambre
Et l’autre met mes blonds cheveux à la mode de Paname

Mé hou suppli me mamm, a p’arriùéèt ér gér

Souhaitez le bonjour à tous les amis, aux garçons du village
Car ils n’ont jamais eu honneur d’avoir mon cœur en gage

Coirault : 1215. RADdO : 00237.
Ma fille Marie-Louise, un jour je l'ai perdue
Avec deux ou trois jeunes cheminots en train de lui ”faire la cour” (l'amour)
Ma fille Marie-Louise, venez à la maison ma fille
Si vous saviez ma mère, combien je suis heureuse ici
Quand approche le dimanche, nous sommes encore plus heureux
Je vous en supplie ma mère, quand vous arriverez à la maison

15. Merc’hed ag ar gêr-mañ (hanter dro)
Léon Daniel, Alain Le Buhé, Jude Le Paboul et d’autres membres des Cercles Celtiques de Baud et Carnac (chant)
Enregistrés en 1962 à Baud (Morbihan).
Cet enregistrement est représentatif d’une époque : celle des premiers festoù-noz à la mode nouvelle dans lesquels se retrouvait une jeunesse qui redécouvrait les chants et danses de Bretagne, notamment à travers les cercles celtiques (associations culturelles dédiées aux arts et traditions populaires). Cet hanter dro est donc dansé et chanté dans un cadre complètement revivaliste, mais par des jeunes ruraux ayant été exposés de famille à la langue bretonne et, parfois, au répertoire traditionnel. C’est Léon Daniel, 18 ans à l’époque, qui mène et les autres chanteurs / danseurs répètent, à la mode vannetaise. 
Merc’hed ag ar gêr-mañ nend eo ket istimet,
‘deus ket en o fichetoù prizioù butum malet, klamm !
‘deus ket en o fichetoù prizioù butum malet.
Butum en frioù, èl ar bleuñv er valan,
Ar verc’h ‘lâre d’ar vamm, brem’ e krevo Yehann.
Ur priz butum d’ur gwaz, a zo ken agreapl,
Ur priz butum d’ur vaouez, a zo forzh divourrapl.
Ec’h a Yehann d’ar c’hoad, dre ‘r fank ha dre ‘r vouilhenn,
Ar verc’h ‘lâre d’ar vamm, brem’ e krevo Yehann.
Ec’h a Yehann d’ar gêr, dre ‘r fank ha dre ‘r vouilhenn,
Koll ‘he deus he dañter, he c’hoef ‘ziàr he fenn.
El-se ec’h arru, g’ar merc’hed digempenn,
Mes genomp-ni heneoazh, ‘arruo ket c’hoazh èlkent.
Malrieu : 1223 Ar merc’hed hag ar butun mallet.
Les filles de ce village ne sont pas estimées
Elles n'ont pas dans leurs fichus des prises de tabac moulu
Elles n'ont pas dans leurs fichus des prises de tabac moulu.
Le tabac dans le nez, comme la fleur au genet,
La fille disait à la mère : maintenant Jeanne crèvera.
Pour un homme, une prise de tabac est si agréable,
Une prise de tabac pour une femme n'est pas recommandé.
Jeanne va au bois parmi la boue et la gadoue
La fille disait à la mère : maintenant Jeanne crèvera.
Jeanne va à la maison parmi la boue et la gadoue
Elle a perdu son tablier, sa coiffe du haut de sa tête.
Elle arrive ainsi avec les femmes désordonnées
Mais à nous ce soir il n'arrivera pas encore tout de même.

 

16. Dañs fañch Guilherm Domaz
Iwan Thomas et Félix Guégan (clarinette ou treujenn-gaol)
Enregistrés en 1959 à Spézet (Finistère) par la R.T.F., lors du concours de kan ha diskan organisé par Loeiz Ropars.
La clarinette, appelée localement treujenn-gaol (“tronc de chou”) s’implanta en haute Cornouaille à la fin du XIXe siècle, dans une région marquée par le kan ha diskan chanté. Ainsi, les clarinettistes faisaient danser, en couple, sur le même modèle, adoptant la technique du tuilage (voir piste 2). 
17. En passant par le moulin blanc / Cueillir le lin (avant-deux notés)
Jeanne Goré et Marie Lejanvre (chant)
Enregistrées dans les années 1990 à Sougeal (Ille-et-Vilaine) par Robert Bouthillier et Pierrick Cordonnier.
L’avant-deux est l’adaptation populaire d’une figure de quadrille, devenue danse à part entière. Celle-ci pouvait être menée à la voix, sur de courts refrains (“notes”) aux thèmes souvent facétieux.
En passant par le moulin blanc,
J’ai vu la meunière, j’ai vu la meunière,
En passant par le moulin blanc,
J’ai vu la meunière du moulin à vent.
Elle voulait que je la caresse
Et moi qui n’avais pas le temps. (bis)
A tantôt, la belle, à tantôt,
J’t’y caresse et j’t’y caresse
A tantôt, la belle, à tantôt,
J’t’y caresserai comme il faut.
RADdO : 00861.
***
Cueillir le lin, belle, cueillir le lin,
Tant qu’il y aura du chanvre, du chanvre,
Cueillir le lin, belle, cueillir le lin,
Tant qu’il y aura du grain dans le lin.
Tant qu’il y aura du chanvre, du chanvre,
Tant qu’il y aura du grain dans le lin.
RADdO : 06391.

18. Avant-deux de travers gavotté
M. Leray (chant)
Enregistré le 29 janvier 1972 au village de la Bussonière à Pannecé (Loire-Atlantique) par Jean Renaud.
Voici une autre technique pour faire danser l’avant-deux. Ici, pas de paroles mais une série d’ono­matopées, adaptées au rythme de la danse. 
19. Avant-deux du pays de Fougères
Jean-Marie Manceau de La Chapelle-Saint-Aubert (Ille- et-Vilaine) (accordéon diatonique)
Enregistré le 3 novembre 1979 à Vendel (Ille-et-Vilaine) par l’association La Bouèze
Cet avant-deux instrumental est joué par un accor­déoniste du pays de Fougères, Jean-Marie Manceau (1905­-1988). Avant-guerre, il avait animé de nombreuses noces et “batteries”, puis quelques bals dans les années 1940. Il s’était remis à la musique dans les années 1970 sous l’impulsion des danseurs de Mézières-sur-Couesnon et de l’association La Bouèze, qui lui consacra une cassette. 
20. Chansons pour curer les rins
Jean Buiron, Albert Coleu, Ange Douais, Joseph Jean, Maurice Lebret, Edmond Nogues, Aimé Pigeon et Jules Solon (chant) 
Enregistrés le 2 janvier 1976 à Plouër-sur-Rance (Côtes­-d’Armor) par Jean Mahé et Michel Valière
Les Terre-Neuvas étaient ces marins qui partaient pour de longues campagnes de pêche près des côtes de Terre-Neuve, en Amérique du Nord. Ici réunis lors d’une veillée, des anciens se remémorent les refrains qui accompagnaient et rythmaient leur travail, quand ils creusaient une tranchée (un run ou rin) dans le sel de la cale, afin d’y ranger les morues pêchées puis salées. 
Une pelle blanche, une pelle avec son joli manche,
Pelle en haut tu n’en as guère, Pelle en bas, tu n’en as pas.
Deux pelles blanches, deux pelles avec leur joli manche,
Pelle en haut tu n’en as guère, Pelle en bas, tu n’en as pas.
RADdO : 06235.
***
Marie-Margot s’endormit dans un pré,
Les jambes en l’air et les cuisses écartées,
Tous les corbeaux lui piquent au cul,
Marie-Margot pourquoi t’endormais-tu ?
RADdO : 06382.
***
La mer qui nous balance le cul sur les cailloux
Pourvu que j’sauve mes plantes,
Oh j’men fous, j’m’en fous, j’m’en fous !
RADdO : 06339.
***
Halte-à-Patte, si tu continues,
Des marins tu n’en trouveras guère,
Halte-à-Patte, si tu continues,
Des marins tu n’en trouveras plus.
RADdO : 06237.
***
As-tu connu l’amie Gribouille
C’était la femme d’un cordonnier,
Elle a manié plus d’paires de couilles,
Que son mari ne faisait d’souliers !
RADdO : 06383.
***
Petite couturière, ton métier ne va plus,
Les aiguilles sont trop chères,
Il faut jouer du cul !
RADdO : 06021.

21. C’était par un lundi
Louis Niol de Guer (Morbihan) (chant)
Enregistré le 29 octobre 2006 à Redon (Ille-et-Vilaine) par le Groupement Culturel Breton des Pays de Vilaine, suite à des collectes de Vincent Morel
Né en 1933, Louis Niol, comme beaucoup de jeunes Bretons, est parti travailler à Paris après son service militaire. Après 6 années à l’hôtel du Palais d’Orsay, il passa 33 ans au service de la Présidence de la République. Revenu au pays à sa retraite, il trouva l’occasion d’interpréter à nouveau les mélodies et chants à danser appris dans son enfance. Cette chanson du répertoire de son grand-père lui valut de remporter la Bogue d’Or lors du concours de Redon, en 2006. 
C’était par un lundi, je m’en fus voir ma mie
Et là je la trouvis, céleste et endormie.
Je lui ai fait le salut, la belle m’a répondu
D’un air si hardiment :
“J’y vois bien qu’à ta mine et qu’à ton air dolent
L’y a du changement.”
Je lui ai demandé : “Qu’avez-vous donc la belle ?”
Je lui ai demandé : “Qu’avez-vous donc Françoëse (Françoise) ?” 
“Je veux m’y marier, malgré ma volonté
En seriez-vous d’accord ?
Je veux m’y marier, sans m’y faire consentir
J’aime mieux la mort, souffrir.”
“Oh de m’y marier, cela n’est poin’z un crime
Car j’voudrais bien aller faire un p’tit tour en ville.
Oh de m’y marier, cela n’est poin’z étrange
Car j’voudrais bien aller faire un p’tit tour à Nantes.
Auparavant d’partir, j’voudrais bien vous parler
Une heure à mes plaisirs.”
“Vous savez quand on part, on reste dans l’oubli,
Peut-être sans revenir.
Cher amant je te dis, tu as le cœur volage
Jamais je n’aurais cru qu’t’aurais eu le courage.”
“Allez dans nos jardins, le rossignol est là,
Qu’il vous consolera
Qui cherche vos amours, pourquoi les cherchez-vous ?
Elles sont toutes proches de vous.”
RADdO : 06384.

22. On mène la mariée à l’église (marche de noces)
Elie Guichard (violon)
Enregistré dans les années 1970 à Trémeur (Côtes-d’Armor) par Jean Mahé et Michel Valière pour l’asso­ciation La Gué­denne.
Elie Guichard (1905-1987) était de toutes les noces de la région de Jugon-Broons entre 1926 et 1934. Il y jouait notamment cette marche. La retraite venue, ce violoneux a pu transmettre son savoir aux jeunes générations, jouant dans de nombreux concours et festivals. 
23. Yannig Kongar
Louise Le Bonniec (chant)
Enregistrée en janvier 1980 à Pluzunet (Côtes-d’Armor) par Nanda et Ifig Troadeg
Cette gwerz relatant le mariage malheureux de Yannig Kongar est interprétée par Louise Le Bonniec, épouse Riou (1902-1993), chanteuse trégorroise qui tenait son important répertoire de famille. 
Yannig Kongar a Bloulio
Koantañ paotr yaouank a zo ‘barzh ar vro.
Yannig Kongar fleur ar werzed
Karantez an holl dimezelled.
Pa ‘h ae Yannig Kongar d’al Lev-Draezh,
‘Teue an dimezelled tout er-maez.
Hag a lâre an eil eta d’eben :
“Yannig Kongar zo o tremen !”
Yannig Kongar en devoa d’e vamm laret :
“Mari Dili am eus c’hoant da gavet.
Mari Dili a gavan ar c’hoantañ,
Honnezh a blij din ar muiañ.
Honnezh a blij din ar muiañ,
Honnezh a dimezin mar gallan.”
“O ma faotr bihan, ma selaouit,
Na n’en em bresit ket.
Ma am eus klevet lâret alies
E oa Mari Dili un dreitourez !
Bet am eus ivez klevet lâret
Blije dezhi ober goap ouzh ar baotred.
Ha gant se, diwallit diouti,
Betek gouzout vec’hiet tromplet ganti.”
“Honnezh eo an hini am eus choazet,
Ha honnezh a rankin kaout da bried.
Ur nombr bras a vadoù a reer ganti :
Ober reer ganti ur gourmanant.
Ober reer ganti kalz a arc’hant.
Ur c’harr houarn a reer ivez ganti,
Pevar a gezeg d’eñ konduiñ.”

“Na n’eo ket ar binvidigezh, nag ar c’hoantiri,
Na ra tout ar boneur ‘barzh an ti.
Eo pa vez yec’hed da labourat,
Ha d’en em selaou, santimant mat.
Pa ‘n em glevet an eil gant egile
Honnezh ez eo ar gwir vuhez.”
Añfin Yannig Kongar zo dimezet.
Met un nebeud goude, en em wel tourmantet.
Kaer en devoa ober diouzh e wellañ,
Den ebet na gaozee dioutañ.
Kaer en devoa gwellañ ma c’halle labourat,
Den na gaozee dioutañ, na ober dioutañ selloù mat
He mamm, un devezh, devoa dezhi lâret :
“Me karj Yannig Kongar na n’eo netra :
Na na dalv ket ur c’hlasker bara.
M’az pije pelloc’h, emezi, gortozet,
Welloc’h evitañ ‘pije kavet.”
“Un den ‘m boa karet, emezi, wello’ch evitañ
Met evitañ, diouzhin, emezi, ne c’houle ket.
Hag evit-se gant Yannig Kongar ez on aet.”
Un devezh o deus ‘n em diskutet,
Hag he mamm he devoa dezhi lâret :
“Diouzh ar c’homzoù deuio deus e benn,
‘Teus ‘met skeiñ gantañ e groaz-nouenn.”
Yannig Kongar a zo laouret !
Ken oa o vont davit dour n’en devoa ket gwelet.
Pa oa o vonet davit dour,
N’en devoa ket ‘n em welet klañvour.
Met e-barzh an dour p’en devoa sellet,
E galon neuze a zo rannet.
P’en devoa eta kement-se gwelet,
Da di e vamm eo partiet.
Hag en devoa dezhi neuze lâret :
“M’am bije, ma mamm, ac’hanoc’h selaouet
Gant Mari Dili vijen ket dimezet.

Met na ‘m eus netra ebet deoc’h da lâret,
Pa eo me ma-unam am boa he choazet.
Mersi a lavaran deoc’h bepred.
Kar n’en deo ket c’hwi ‘poa din lâret.
Met a-raok finisiñ ma buhez,
Savit din bremañ un ti nevez.
Savit din bremañ un ti bihan nevez,
E-barzh en kroaz-hent Plouilio,
Lec’h ma welin prosesion Sant-Kado,
Lec’h ma welin prosesion Sant-Kado,
Hag hini Sant-Yann a-wechoù,
Lec’h ma welin ar groaz kaer alaouret
Pehini meur a wech ‘m eus bet anezhi douget.
Malrieu : 1143 Ar c’hoant dimeziñ gant ur gakousez.
 
Yannig Kongar de Ploumilliau,
Le plus beau jeune homme du pays.
Yannig Kongar, le plus beau des hommes,
L’amour de toutes les demoiselles.
Quand Yannig Kongar se rendait à la Lieue de Grève,
Toutes les demoiselles sortaient de chez elles.
Et se disaient les unes aux autres :
“Voilà Yannig Kongar qui passe !”
Yannig Kongar dit à sa mère :
“Je veux avoir Marie Tilly.
C’est Marie Tilly que je trouve la plus jolie,
C’est elle qui me plaît le plus.
C’est elle qui me plaît le plus,
Elle que j’épouserai si je peux.”
“Oh mon petit, écoutez-moi,
 Ne vous pressez pas.
J’ai souvent entendu dire
Que Marie Tilly était traîtresse !
J’ai aussi entendu dire
Qu’elle aimait à se moquer des garçons.
Et pour cette raison, défiez-vous d’elle
Pour le cas où elle vous tromperait.”

“C’est elle que j’ai choisie,
Elle qu’il me faudra pour épouse.
Elle a beaucoup de biens, à ce que l’on raconte :
On dit qu’elle possède une ferme.
On dit qu’elle a beaucoup d’argent.
Elle possède aussi, dit-on, une charrette ferrée,
Et quatre chevaux à la mener.”


“Ce n’est ni la richesse, ni les beaux atours,
Qui feront le bonheur dans une maison.
Mais assez de santé pour travailler,
Et de sentiment pour s’entendre l’un l’autre.
Bien s’entendre ensemble
C’est cela, la vraie vie.”
Pour finir, Yannig Kongar est marié
Mais peu après, il est tourmenté.
Il avait beau faire de son mieux,
Personne ne lui adressait la parole.
Il avait beau travailler aussi bien qu’il pouvait,
Nul ne lui adressait la parole, ni même un regard bienveillant.
Un jour, la mère de Marie lui dit :
“Yannig Kongar n’est rien :
Il ne vaut pas mieux qu’un mendiant.
Si tu avais voulu patienter un peu encore, dit-elle,
Tu aurais trouvé mieux que lui.”
“J’en avais trouvé un, dit-elle, mieux que lui
Mais lui ne voulait pas de moi.
Et c’est pour cette raison que Yannig Kongar m’a eue.”
Un jour ils se sont disputés,
Et sa mère lui a dit :
“Selon ce qu’il dira,
Il n’y a plus qu’à lui donner l’extrême-onction.”
Yannig Kongar est lépreux !
Il n’en vait rien vu avant d’aller chercher de l’eau.
Quand il allait chercher de l’eau,
Il ne s’était pas vu malade.
Mais quand il a vu son reflet dans l’eau,
Son coeur s’est fendu.
Quand il a vu cela
Il est parti chez sa mère.
Et alors il lui a dit :
“Si je vous avais écoutée, ma mère,
Je n’aurais pas épousé Marie Tilly.
Mais je n’ai rien à vous redire,
Puisque c’est moi-même qui l’ai choisie.
Je vous remercie, en tout cas,
Car ce n’est pas vous qui me l’aviez conseillée.
Mais, avant de finir ma vie,
Construisez-moi maintenant une nouvelle maison.
Construisez-moi maintenant une petite maison neuve.
Sur le carrefour de Ploumilliau,
D’où je verrai la procession de Saint-Kado,
D’où je verrai la procession de Saint-Kado,
Et parfois celle de Saint-Jean,
D’où je verrai la belle croix dorée
Que j’ai portée plus d’une fois.


24. Je me suis engagé
Joseph Lucas (chant)
Enregistré le 28 mai 1983 au Guerno (Morbihan) par Philippe Blouët
Dans l’entre-deux-guerres, un groupe de jeunes chanteurs, la “Bande Noire”, était particulièrement actif dans l’animation des mariages autour du Guerno et de Marzan. Joseph Lucas (1908-1985) en faisait partie et, près de 50 ans après cette époque, il n’avait pas perdu le plaisir de chanter. Il interprète ici une chanson très répandue dans tout le domaine français, racontant l’histoire d’un déserteur exécuté pour le meurtre de son capitaine. 
Je me suis engagé pour l’amour d’une fille (bis)
Les gens qui m’ont logé m’ont bien mal renseigné
Ils m’ont dit d’m’en aller sans avoir mon congé.
Dans mon chemin faisant rencontre mon capitaine.
Mon capitaine m’a dit : “Où vas-tu mon ami ?”
“Là-bas dans ces vallons rejoindre mon bataillon.”
Là-bas dans ces vallons s’engage une bataille
J’ai mis mon sace à terre j’ai pris mon sabre en main
Je me suis battu là comme un vaillant soldat.
Du premier coup tirant tua mon capitaine
Mon capitaine est mort mais moi je vis encore
Peut-être avant trois jours ce sera bien mon tour.
Celui qui me tuera sera mon camarade
Tu m’y  banderas les yeux avec un mouchoir bleu
Tu m’y feras mourir sans m’y faire trop languir.
Soldats de mon pays ne dites pas à ma mère
O dites-lui j’me suis fiancé à la plus belle fille
Qu’il y a dans le quartier
Ah dites-lui plutôt que je me suis engagé
Sur un navire anglais
Qu’elle m’y verra jamais
Coirault : 6803 Le déserteur qui tue son capitaine.
Malrieu : 0723 An dezertour
RADdO : 00205. 


25. Na mag an-me d'an arme (Ar verjelenn)
Manu Kerjean et Lomig Donniou (chant)
Enregistrés en 1975 à Paris lors d’un fest-noz par Pierre Guilleux et Erik Marchand
Manu Kerjean (1913-1997), chanteur du pays Fisel, fut une figure marquante et une inspiration pour de nom­breux jeunes interprètes revivalistes (citons entre autres Erik Marchand et Yann-Fañch Kemener). On l’entend ici aux côtés de son compère habituel, Lomig Donniou de Rostrenen, interprétant la version Fisel d’une mélodie bien connue.  
Na mag an-me d'an arme evel ma kontan monet
e-menn e lakin-me ma dous berjelenn da viret ?"
"Reit-hi din eta ma breur kaer, reit-hi din ma karet
Me he lako e-barzh en kambr gant ma dimezelled,
Me he lako e-barzh en kambr gant ma dimezelled
Peotramant en ur sal vras gant ma itronezed."
ne oa ket aet pell an den yaouank, ne oa ket aet pell deus e di
e oa komañset he c'hoar gaer da ganañ pouilh dezhi.
"Diwisket ho prozhioù gwenn, ho koefoù dantelezet
Ha kerzhet d'ar menez du da viret al loened."
"Me a zo ur verc'h d'un itron gozh deus maner Poullaouen
N'on ket bet akustumet da viret al loened."
"O ma n'oc'h ket akustumet, akustumet e vehet
Amañ a zo ur wialig wenn hag a ray deoc'h-c'hwi kerzhet.
Amañ a zo ur wialig wenn deus an daou-tri seurt plant
A ray deoc'h-c'hwi berjelenn kerzhet ma pez ket c'hoant.
Hag e-pad ar seizh vloaz-se, ar verjelenn a ouele
Pe oa o komañs gant an eizhvet, ar verjelenn a gane.
Pa oa ur c'habiten yaouank distro deus an arme
e klevas ur vouezh, ur vouezhig dous o kanañ war ar menez
"Arestet, marc'hig bihan, arestet ho pazioù
Klevehet mouezh ur verjelenn e-barzh kreiz al lann o kano."
"Añzavet eta berjelenn, añzavet gant gwirionez
Moarvat emañ bet debret ho lein pa ganet-c'hwi ken gae ?”
"Bruzun bara diwar an daol a vez serret da greisteiz
Ma soubenn e skudell ar c'hi a vez trempet din bemdez
* * *
Rikikig ha rikikig, soubenn an anduilhenn
Kig ha kaol ha karotez a vez lakaet d'ober soubenn
* * *
Me am boa choazet ur vestrez, unan kapuchon bras
Pa oan aet da vouchet dezhi e oa chomet ma fenn e-barzh
Ola, me ne n'in ket ken da welet ma gwenedourez
An deiz-all e oa komzet din, ya deus ur fiselez
* * *
Echu eo ma c'hanaouenn, ec'h aomp da droc'hañ da verr (?)
Kar trawalc'h a momp lâret evit daou vab pilhotaer
* * *
Skalfet eo ma muzelloù, aet eo ma beg d'an treuz
N'on ket ken evit kanañ gant ar sec'hed am eus
M'am befe bet ur bannac'h sistr pe ur bannac'h lagoud
Kalz a vat a refe din da lâret ma zraoù toud
M'am befe bet ur bannac'h sistr pe ur bannac'hig rom
Kalz a vat a refe din da echuiñ ma chañson
Malrieu : 0063 An daou vreur.
 "Si je vais à l'armée comme j'en ai l'intention,
Qui s'occupera de ma bergère bien-aimée ?"
"Confiez-la moi, mon beau-frère, si vous le voulez,
Je la mettrai dans la chambre avec mes demoiselles,
Je la mettrai dans la chambre avec mes demoiselles,
Ou dans la grande salle avec mes dames."
Le jeune homme ne s'était pas encore éloigné,
Que sa belle-sœur se mettait à la harceler :
"Ôtez vos robes blanches, vos coiffes de dentelle
Et allez garder les bêtes sur la montagne noire."
"Je suis fille de vieille noblesse du manoir de Poullaouen
Je n'ai pas été habituée à garder les bêtes."
"Si vous n'êtes pas habituée, vous vous habituerez,
Il y a ici une badine blanche qui vous fera marcher.
Il y a ici une badine blanche faite de deux-trois plantes,
Bergère qui vous fera marcher que vous le vouliez ou non."
Pendant sept ans, la bergère pleura,
Quand commença la huitième, la bergère chanta.
Alors que le jeune capitaine revenait de l'armée,
Il entendit une voix douce chanter sur la montagne.
"Arrêtez, petit cheval, arrêtez vos pas,
Vous entendrez la voix d'une bergère qui chante au milieu de la lande.
"Faites-m'en l'aveu, bergère, dites-moi en vérité,
Vous avez déjeuné ce matin pour chanter si gaiement ?
"On me réserve les miettes de la table à midi,
Ma soupe est trempée tous les jours dans l'écuelle du chien."
* * *
Rikikig et rikikig, la soupe à l'andouille !
Pour faire la soupe, on met de la viande, du chou et des carottes.
* * *
J'avais choisi une maîtresse qui avait un grand capuchon
Quand j'étais allé l'embrasser, ma tête était restée dedans
Hola, je n'irai plus voir ma vannetaise,
On ma parlé l'autre jour d'une du pays fisel !
* * *
Ma chanson est finie, nous allons couper court
car nous en avons assez dit pour deux fils de chiffonnier!
* * *
Mes lèvres sont crevassées, ma bouche est de travers,
Je n'arrive plus à chanter tellement j'ai soif !
Si j'avais eu un coup de cidre ou d'eau-de-vie
Cela m'aurait fait grand bien pour chanter tout le reste.
Si j'avais eu un coup de cidre ou de rhum
Cela m'aurait fait grand bien pour clore ma chanson.

26. Quatre thèmes de gavotte
Alain-Pierre Guéguen de Pont-l’Abbé (Finistère) (bom­barde)
Enregistré le 13 juillet 1900 à Paris par le Docteur Azoulay, lors de l’Exposition Universelle
Voici le tout premier témoignage enregistré d’un sonneur breton. Alain-Pierre Gueguen (1845-1909) s’était rendu à Paris pour l’Exposition Universelle avec son compère habituel, le joueur de biniou François Bodivit. Ce dernier décéda lors du voyage, ce qui explique que seule la bombarde est enregistrée ici, pour une suite de thèmes de gavotte à la technique brillante. 
27. D’omp d’an un’ (pach pi)
Les sœurs Goadec de Treffrin (Côtes-d’Armor)
Enregistrées en 1965 à Quimper (Finistère) par R. Duplessy lors du Festival de Cornouaille
Maryvonne dite Tanon (1900-1983), Eugénie (1909-2003) et Anasthasie (1913-1998) ont accompagné dès les années 1960 le renouveau culturel breton, sous le nom de “sœurs Goadec” (deux autres sœurs, Louise et Augustine, étaient également de bonnes chanteuses). Alan Stivell, notamment, les invita souvent à se produire à ses côtés. Détentrices d’un répertoire familial de mélodies et gwerziou, les sœurs Goadec s’étaient essayées, lors des premiers festoù-noz revivalistes, au chant à danser. Elles interprètent ici, sur la scène du festival de Cornouaille, un pach pi ou passepied, rond bas-breton proche des passepieds gallos. 
Passage parlé avant la chanson :
“N’ev ket re uhel ?”
“Nann, a hent all ne vo ket moien da heuliañ.”
“Montreze ne vin ket klevet ac’kanon ?”
D’omp d’an un’ tradibidibidi
D’omp d’an un’ tradibida
Doull b’an tenn tradibidibidi
Doull b’an tenn tradibida
D’omp d’an daou…
Roudoù Mari-Louiz roud an amitié
Rouli gram chet ho potoù ker’hit d’ ar gambr
Kar ma c’ houlomp ganti ‘po ket e-giz se ‘ta !
C’hwi  zo minorezig c’ hwi vo respektet
Deoc’ h vo laket voulous e-lec’h mar c’hwi ye’
Diw vo laket d’an traoñ ha teir vo laket d’an nec’h
Ma ne vo ket trawac’h deoc’h vo laket c’hwec’h.
Fiche fiche logodenn war ar bodig war ar skodig
Fiche fiche logodenn war ar bodig drein
War c’horr’ war lein war ar bodig war ar skodig
War c’horr’ war lein war ar bodig drein
War c’horr’ war dindan war ar bodig war ar skodig
War c’horr’ war dindan war ar bodig moan.
 “C’est pas trop haut ?”
“Non, autrement, on ne pourra pas suivre.”
“Peut-être qu’on ne m’entendra pas ?”
Allons à un, tradibidibidi
Allons à un, tradibida
Allons à deux…
Vous serez orpheline, vous serez respectée
On vous mettra du velours où vous irez
On en mettra deux en bas et trois en haut
S'il n'y en a pas assez on vous en mettra six.
Fiche, fiche souris, sur le petit rameau, la petite souche
Fiche, fiche souris, sur le petit rameau d'épine
Au-dessus, en haut, sur le petit rameau, la petite souche
Au-dessus, en haut, sur le petit rameau d'épine
Au-dessus, dessous, sur le petit rameau, la petite souche
Au-dessus, en dessous, sur le petit rameau étroit.

Guillaume Veillet

© 2009 Frémeaux & Associés 
English notes
Brittany
The western extremity of France, Brittany, did not become French until 1532. This ancient province has always had a double identity, with the western part speaking Breton, a Celtic language, while the eastern part retains a Gallic/langue d’oïl culture. With time, the linguistic border has shifted without ever losing its permeability, and the cultural ties between each Brittany remain strong. Beyond its emblematic practices (the pairing between the bagpipe biniou & the bombard, the kan ha diskan…), Brittany shows astonishing diversity in its musical traditions, which are sometimes better preserved than elsewhere, thanks notably to associations which remain culturally very active. This disc, if not exhaustive, aims to provide some insight into this wealth of diversity, mixing vital historic recordings with more recently collected pieces from a region favourable to the gathering and handing down of the knowledge carried by the bearers of tradition. The whole of historic Brittany is covered here; the county or département of Loire-Atlantique (technically belonging to the Pays de Loire region) is naturally included.
Guillaume Veillet
English translation: Martin Davies
© 2009 Frémeaux & Associés 
Provenance des enregistrements - Durée totale : 76’38 
1. Antoinette Perrouin : Approchez pour entendre
Fonds Dastum. Inédit. 2’22  
2. Pierre-Jean Motreff & Loeiz Ropars : Passet eo gouel ar rouaned (tamm kreiz)
Issu du double-CD “50 ans de kan ha diskan avec Loeiz Ropars” (Al Leur Nevez / Coop Breizh CD994). 1’44  
3. Frañsou Menez : Airs de bombarde sonnés par Leon Bihan
Issu du double-CD “50 ans de kan ha diskan avec Loeiz Ropars” (Al Leur Nevez / Coop Breizh CD994). 0’44  
4. Benjamin Guigueno & Louis Leblond : Jabadao
78 tours Le Soleil 443. Collection Michel Esbelin. 2’57  
5. Entretien avec Jeannette Macquignon
Issu du CD “Grands interprètes de Bretagne vol. 1 : Jeannette Macquignon, chanteuse du Pays de Redon” (Groupement Culturel Breton des Pays de Vilaine / Dastum DAS148). 0’44  
6. Jeannette Macquignon : Apportez-nous à boire (Fanchon)
Issu du CD “Grands interprètes de Bretagne vol. 1 : Jeannette Macquignon, chanteuse du Pays de Redon” (Groupement Culturel Breton des Pays de Vilaine / Dastum DAS148). 1’20  
7. Paysage sonore : Rythmes de battage au fléau
Fonds MuCEM. Inédit. 0’43  
8. Mené par Goulc’han Kervella : Lavar din-me ta paotr yaouank (dañs round)
Issu du CD “Tradition vivante  de Bretagne 14 : Danses et mélodies du Léon” (Dastum Bro Leon / Vocation Records VOC024). 4’24  
9. Suite de chants à danser de Haute-Bretagne
a) Alfred Gascard : A dix heures dans ces verts prés (Quat’ patates un brin d’porée (ridée)

Issu du livre-CD “Oust et Vilaine : pays de traditions” (Groupement Culturel Breton des Pays de Vilaine).
b) Victor Caro : Y a six épilles dans ma couronne (pilé-menu)
Fonds l’Epille. Inédit.
c) Groupe d’anciens de Saint-Vincent-sur-Oust : Il a passé par ici trois fileurs de laine (rond de Saint-Vincent)
Issu du livre-CD “Oust et Vilaine : pays de traditions” (Groupement Culturel Breton des Pays de Vilaine). 4’12
10. Louis Morin et François Lefeuvre : Rond à Louis Ruellan
Issu du CD “Anthologie des chants et musiques de Bretagne / volume 2 : sonneurs de vielle traditionnels en Bretagne” (Chasse-Marée / ArMen SCM024). 2’37
11. Marie-Josèphe Bertrand : Skolvan
Issu du CD “Grands interprètes de Bretagne vol. 4 : Marie-Josèphe Bertrand, chanteuse du Centre-Bretagne” (Dastum DAS156). 8’31
12. André Bocéno : Alexis tout aimable (La complainte de Saint Alexis)
Issu du CD “Anthologie des chants et musiques de Bretagne / Volume double.9 : Tradition chantée de Haute Bretagne : Les Grandes complaintes” (ArMen / La Bouèze / G.C.B.P.V. / Dastum 44 SCM040/041). 3’16
13. Marie Robic & Paul Guéganic : Savet d’ur plac’hig yaouank a barrez Sant Karadeg (gavotte pourlet)
Issu du CD “A Veg de veg. Paysage sonore en Pays Vannetais” (A-Bouez-Penn ABP 001/002/003). 1’37
14. André Drumel : Ma merc’h Marie-Louise
Collection privée. Inédit. 5’17
15. Mené par Léon Daniel : Merc’hed ag ar gêr-mañ (hanter dro)
Fonds Dastum. Inédit. 3’18
16. Iwan Thomas & Félix Guégan : Dañs fañch Guilherm Domaz
Issu du CD “Anthologie des chants et musiques  de Bretagne / volume 3 : Sonneurs de clarinette en Bretagne” (Paotred an Dreujenn-Gaol / Dastum / Chasse-Marée / ArMen SCM025). 1’25
17. Jeanne Goré et Marie Lejanvre : Le moulin blanc / Cueillir le lin (avant-deux notés)
Issu des CDs “Aux sources  du patrimoine oral. Vol 8 : Chansons traditionnelles recueillies à Sougeal” (L’Epille / La Bouèze EPL008) et “Mille Métiers, mille chansons” (Dastum DAS 151). 1’01
18. Mr Leray : Avant-deux de travers gavotté
Issu du CD “En Loire-Atlantique n°2 : chants et musiques à danser” (Dastum 44 / Dastum D44 002 – DB10). 0’31
19. Jean-Marie Manceau : Avant-deux du pays de Fougères
Issu du CD “Anthologie des chants et musiques de Bretagne / volume double.7 : sonneurs d’accordéon en Bretagne” (La Bouèze / Le Chasse-Marée / ArMen SCM034). 2’49
20. Groupe d’anciens terre-neuvas : Chansons pour curer les rins
Issu du 33 tours “Terre-neuvas : chansons du banc” (La Guédenne GD003). 1’35
21. Louis Niol : C’était par un lundi
Fonds Groupement Culturel Breton des Pays de Vilaine. Inédit. 3’24
22. Elie Guichard : On mène la mariée à l’église (marche de noces)
Fonds Dastum. Inédit. 2’26
23. Louise Le Bonniec : Yannig Kongar
Issu du CD “Tradition vivante de Bretagne 13 : Gwerzioù ha sonioù Bro Dreger / Le Répertoire trégorrois, 100 ans après Luzel” (Dastum / Dastum Bro Dreger DAS 138). 5’38
24. Joseph Lucas : Je me suis engagé
Issu du CD “Anthologie des chants et musiques de Bretagne / Volume double.9 : Tradition chantée de Haute Bretagne : Les Grandes complaintes” (ArMen / La Bouèze / G.C.B.P.V. / Dastum 44 SCM040/041). 2’48
25. Manu Kerjean & Lomig Donniou : Na mag an-me d'an arme (Ar verjelenn) 
Issu du CD “Grands interprètes de Bretagne vol. 2 :  Manu Kerjean, chanteur du Centre-Bretagne” (Dastum DAS153). 5’43
26. Alain-Pierre Guéguen : Quatre thèmes de gavotte
Fonds Musée de l’Homme, collection de la Société d’anthropologie de Paris. Déjà publié sur le CD “Pays Bigouden / Ar Vro Vigoudenn : sonneurs et chanteurs traditionnels” (Dastum / Dastum Bro Gerne DAS150- DB13). 2’25
27. Les Sœurs Goadec : D’omp d’an un’ (pach pi)
Fonds Dastum. Inédit. 2’04 
Idée originale, choix des morceaux, rédaction du livret : Guillaume Veillet
Remerciements : les collecteurs et interprètes, ou leurs ayants droit ; tout le personnel et les bénévoles des centres et associations partenaires ; la FAMDT et son directeur, Pierre-Olivier Laulanné ; André Ricros ; Reg Hall et Tony Engle du label Topic Records, à qui l’on doit la monumentale anthologie The Voice of the People, consacrée aux musiques traditionnelles d’Angleterre, d’Irlande, d’Ecosse et du Pays de Galles ; Yann-Fañch Kemener et Marc Clérivet pour leurs conseils avisés concernant ce disque ; Charles Quimbert ; l’association Binvioù Kozh ; Jean Berthelot ; Patrick Malrieu et Serge Moëlo ; Jorj Belz ; Alain Le Buhé ; le Centre International de recherches Interdisciplinaires en Ethnomusicologie de la France (CIRIEF) ; Marie-Barbara Le Gonidec et Valérie Pasturel ; Marlène Belly ; Georges Delarue ; Michel Esbelin ; Yvon Guilcher ; André Maurelli ; Catherine Perrier et John Wright ; Claude Ribouillault… ainsi que toutes les personnes rencontrées au cours de ces années de recherches qui ont transmis un peu de leur savoir et de leur expérience.
En couverture : Guigner Le Guéhennec, accordéoniste de Pluvigner, vers 1980. Cliché Yves Rouillard.
Liste des collecteurs de l'Anthologie France :
Alexandre, Al Leur Nevez, Anakesa, Anthony, Apiou, Aristow-Journaud, Armand, Arsenault, Azoulay, Baly, Bardot, Baudoin, Beaudet, Béraud-Williams, Berluette, Bernard, Bertrand, Bhattacharya, Blandin, Blouët, Bois, Boissel, Boissière,  Bolzon, Bouchot, La Bouèze, Boulanger, Bouthillier, Brandily, Brandywine Friends of Old Time Music, Bromberger, Bruneau, Brunot, Cadoudal, Carpitella, Castell, Casteret, Caumont, Centre Culturel La Marchoise, Challet, Chappuis, Chaventon, Chevallier, Chiasson, Christen, Collectif Vielle en Bretagne, Colleu, Comeau, Cordonnier, Coulomb, Cousteix, Darne, Davy, Delaval, Despringre, Desroches, Des Rosiers, Destrem, Devigne, Deygas, Dubois, Dubreuil, Ducaroy, Duplessis, Durif, Dutertre, Ecole de Musique de Gans, Ehret, Ellébore, Esbelin, Escolo Trencavel, Etay, E Voce di U Cumune, Février, Flagel , famille Gavinet, Gesser, Giometto, Gladu, Groupe d’Animation et de Recherche du Maine, G.R.E.T.T. du Charollais et Brionnais, Guillard, Guilleux, Harismendy, Herrgott, Hervieux, Jacquier, Joisten, Junquèr-d’Oc, Kłopocki, Laade, Labelle, Labrie, Lacourcière, Lai Pouèlée, Lajoux, Laperche, Lauprêtre, Laurent, Lazinier, Le Creurer, Léger, Le Lamparo, Lemercier, Lemieux, Lempereur, Le Quellec, Leroux, Le Vraux, Loddo, Lomax, Lortat-Jacob, Los de Romanha, Mabru, Madelaine, Mahé, Marcel-Dubois, Marchand, Martin, Martinod, Mason, Matton, Mazéas, Mazellier, Ménétrier, Montbel, Morel, Morisson, Mosquès, Mouren-Prost, Moureu, Moyse-Faurie, Nioulou, Oller, Oster, Oxtikenekoak, Pacher, Parejo-Coudert, Pasturel, Paulet, Pauty, Pazzoni, Pearron, Perrier, Pichonnet-Andral, Pindard, Piraud, Pôle Régional des Musiques Actuelles de la Réunion, Précourt, Quilici, Quimbert, Raïsky, Redhon, Renaud, Ribardière, Ricros, Rocher, Römer, Ropars, Rouger, Roussel, Roux, Royer, R.T.F., Salesse, Sauvegarde des Traditions Mayennaises, Savard, Servain, Sette, Shields, Siblaires de Lanciour, Terral, Thiaulins de Lignières, Troadeg, Valière, Veillet, Vernay, Vidal, Vie et Traditions d’Artois, Voyer, Vrod, Weiri, Wright.
CD FRANCE - BRETAGNE © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)

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PRESSE :

« Cent ans de musiques en France » par Musique Bretonne
Plus de cent années d’enregistrements de collectage pour un riche panorama des musiques traditionnelles de la France, c’est ce que proposent les dix volumes d’Une Anthologie des musiques traditionnelles, à paraître chez Frémeaux & Associés le 2 octobre. Guillaume Veillet, directeur artistique de cette collection, évoque les choix qui ont présidé à son élaboration.

Musique Bretonne : Cette anthologie se présente comme la première du genre jamais réalisée en France. Comment expliquer cette absence de précédent ?
Guillaume Veillet : Une passionnante collection de 33 tours, intitulée «  Anthologie de la musique traditionnelle française », était sortie au Chant du Monde dans les années 1970 et 1980. Elle était toutefois uniquement constituée de quelques disques thématiques (violoneux du Dauphiné, chants de marins de Fécamp, etc.) et n’a pas couvert tout le territoire français. On peut donc dire que ce coffret est une première, mais qui se base sur tout le travail de collectage et de publication effectué depuis plus d’un siècle !
Pourquoi pas de précédent ?  L’explication réside sans doute dans la lourdeur d’un tel projet. J’y ai consacré près de quatre ans, entre le choix des morceaux, la rédaction des textes et la gestion de l’aspect juridique : il y a près de 300 morceaux dans l’anthologie, et sans doute plus de 500 ayants-droit identifiés (collecteurs, interprètes, centres d’archives, etc.), répartis sur les cinq continents. Bien sûr, la plupart se sont montrés ravis de participer, mais gérer tout cela prend du temps.
M.B : Sur quel projet a été bâtie cette anthologie ?
G.V. : En bon passionné de musiques traditionnelles, j’avais déjà entendu des anthologies de ce type réalisées dans d’autres pays : Etats-Unis (« Anthology of american folk music » par Harry Smith), Royaume-Uni et Irlande (l’extraordinaire «  The Voice of the People » par Reg Hall)… et même l’Estonie ! Je me disais qu’il serait passionnant de réaliser un projet équivalent pour la France et qu’il y avait de quoi faire avec toutes les sources disponibles (déjà publiées ou inédites). Ce projet est donc né de mon expérience d’auditeur frustré ! L’idée de départ est de donner une autre image de la « culture française », basée sur la diversité des langues, des modes d’expression…mais en insistant, dans le même temps, sur une certaine proximité entre tous les interprètes de tradition, quelle que soit leur origine. On a trop tendance à toujours enfermer les musiques traditionnelles dans un carcan régional(iste). Mais qu’est-ce que ça veut dire, « la musique bretonne », « la musique savoyarde », « la musique berrichonne » ? Il y a des « couleurs » spécifiques à chaque région (heureusement !), mais un indéniable fonds commun. Malgré tout, j’ai, paradoxalement, choisi de répartir les enregistrements en dix grandes zones géographiques.
M.B. : On imagine la difficulté de ce découpage et de définir quelles régions présentent une relative homogénéité. Comment s’est fait le choix ?
G.V. : D’autres découpages auraient pu être imaginés (en choisissant des grands thèmes, par exemple). Toutefois le découpage « régional » s’est vite imposé. Ainsi, une personne s’intéressant uniquement à la Bretagne pourra se procurer le seul disque consacré à cette région. Toutefois, ce serait dommage : cette anthologie est conçue comme un tout et les disques sont complémentaires. Dans ce sens, l’aspect parfois un peu artificiel de la répartition n’est pas vraiment gênant. C’est plus une question de forme que de fond. Il ne s’agit pas de démontrer que la France est découpée en dix grandes zones ethnomusicologiques cohérentes, ce qui n’est évidemment pas le cas !
M.B. : Vous avez étendu cette anthologie au monde francophone, aux régions limitrophes de Belgique, Suisse, mais aussi à certaines provinces d’Amérique du Nord. Quel en est l’apport pour la compréhension de la musique des terroirs de France métropolitaine ?
G.V. : Au risque de sortir un énorme cliché, en musique, il n’y a pas de frontières ! Les chansons traditionnelles retrouvées en Val d’Aoste, en Suisse romande, en Wallonie ou chez les « Français d’Amériques » (Québec, Louisiane, Acadie) font partie du même fonds francophone. Il me paraissait donc normal d’inclure des enregistrements venus de ces régions. L’anthologie effectue un va-et-vient pas si contradictoire que cela. On y découvre certes les cultures francophones présentes au-delà de nos frontières, mais il s’agit également de s’intéresser à toutes les cultures (pas forcément francophones) implantées de longue date dans la France actuelle. Plus d’une vingtaine de langues dites régionales, parlée en métropole ou dans les départements et territoires d’outre-mer, figurent dans l’anthologie.
M.B. : Cette anthologie a été l’occasion de faire le point sur l’état, la conservation des ressources sur la musique traditionnelle. Et on s’aperçoit de certaines disparités entre régions. Comment cela s’explique-t-il et cela a-t-il été un problème ?
G.V. : Il faut relativiser cette disparité. Certaines régions (dont la Bretagne !) sont évidemment très en avance et disposent d’un gros volume d’enregistrements, ainsi que de structures professionnelles pour mettre ce patrimoine en valeur. Je pense notamment à tous les centres d’archives sonores membres du réseau FAMDT (Dastum en Bretagne, Métive en Poitou-Charentes, le Conservatoire Occitan, etc.). L’héritage d’une histoire associative ancienne…Toutefois, j’ai essayé d’aller voir plus loin et je me suis rendu compte qu’il existait partout des gens ayant fait des collectes, même si ces chercheurs sont en dehors des réseaux « officiels ».
M.B. : Selon les régions, les pratiques, vous est-il arrivé d’avoir à redéfinir la notion même de musique « traditionnelle » ?
G.V. : Question passionnante, et il est difficile d’y répondre brièvement ! Pour résumer, la vision de la « musique traditionnelle » présentée dans cette publication n’est pas très éloignée de celle défendue par les acteurs du mouvement revivaliste de ces trente dernières années (qui ont tous contribué en fournissant leurs collectes). Ce qui n’empêche pas de continuer à discuter des cette notion et de la remettre en cause. Qu’est-ce qui est le plus « traditionnel » : un vielleux des Landes jouant La danse des canards lors d’une séance de collecte dans les années 1980 (pour reprendre un fameux exemple donné par Lothaire Mabru) ou Yves Montand chantant une chanson trad «  pur jus » sur la scène d’un music-hall parisien ?
M.B. : Dans cette anthologie, la Bretagne est, avec la Corse, la seule région qui bénéficie de son propre CD, avec notamment quelques enregistrements très anciens. Ces deux régions représentent-elles des exceptions notables ?
G.V. : Non. Il y avait une logique culturelle à dédier un disque à part à la Corse, du fait de son insularité, d’autant qu’il y a eu finalement assez peu d’archives sonores publiées dans cette région, malgré la richesse des fonds existants. Par ailleurs, du fait des milliers d’heures de collectes disponibles, notamment dans le fond de Dastum, il y avait évidemment de quoi consacrer un disque entier à la Bretagne. Retenir seulement vingt-cinq enregistrements n’a pas été facile ! Toutefois, au risque de me répéter, il n’y a pas de frontières en musique et certaines traditions instrumentales ou chantées de Haute-Bretagne, par exemple, sont très proches de celles d’autres provinces de l’Ouest (Maine, Anjou, Poitou, Normandie…). De même qu’on reconnaîtra dans le répertoire des violoneux ou accordéonistes corses des airs joués sur le continent, en France ou ailleurs ! En ce qui concerne l’ancienneté  des enregistrements, elle est à mon sens plus anecdotique que réellement signifiante. Bien souvent, le répertoire recueilli au début du XX e  siècle aurait tout aussi bien pu être enregistré soixante ou soixante-dix ans plus tard (reconnaissons que le sonneur de bombarde enregistré en 1900 et présent dans l’anthologie, Alain-Pierre Guéguen, est sacrément bon). On sait de toute façon que, quelle que soit la région, si l’on considère le nombre d’heures de collecte, c’est au cours des trente dernières années qu’on a recueilli le plus de choses.
M.B. : Vous avez choisi de respecter une stricte parité entre chansons de Basse et de Haute Bretagne. Un choix finalement peu courant dans les anthologies de « musique bretonne »…
G.V. : S’il avait fallu se baser sur le poids démographique de chaque zone, les morceaux venus de Haute Bretagne auraient prédominé, ce qui aurait peut-être été dommage, vu la grande richesse des expressions musicales en Basse-Bretagne. L’idée était de montrer cette double identité, et de faire entendre de très belles choses venues des deux côtés d’une « frontière linguistique » pas si imperméable que ça (j’ai, par exemple, tenu à inclure une chanson bilingue breton/français, interprétée par Andrée Drumel, de Quelven en Guern).
M.B. : Chaque CD est accompagné d’un livret de vingt-quatre pages. Ce qui est relativement peu pour rendre compte de réalités parfois très disparates. Était-ce pour en faire un produit grand public, avec un coût limité ?
G.V. : Il s’agit de contraintes physiques plus qu’économiques. Mon éditeur n’utilise que des boîtiers de type « cristal » en plastique, pas de digipack. Un livret ne peut donc pas faire plus de vingt-quatre pages, sinon ça ne rentre pas ! Cela dit, on peut tirer parti de ces contraintes : une personne peu familiarisée avec les musiques traditionnelles lira en effet plus facilement vingt-quatre pages synthétiques qui lui disent l’essentiel, qu’un pavé à l’attention des seuls spécialistes. De là à dire qu’il s’agit d’un produit « grand public » ! Pour faire circuler une information plus complète, nous avons misé sur Internet : sur le site de l’éditeur (www.fremeaux.com), on trouvera les transcriptions des paroles de toutes les chansons, accompagnées d’une traduction quand elles ne sont pas en français. Et pourquoi ne pas aller plus loin ? En Grande-Bretagne, à la sortie de « The Voice of the People », des passionnés ont créé une page web qui fourmille d’informations complémentaires sur les morceaux retenus.
M.B. : La couverture de l’anthologie est signée Robert Crumb, grand nom du comic underground d’inspiration psychédélique. Cela sonne comme un hommage au revival du trad’, au mouvement folk des années 1970, au risque d’une image un peu vieillotte. Risque assumé ?
G.V. : Je ne suis pas sûr qu’il soit « risqué » de demander un dessin de couverture à Robert Crumb ! Il était pour moi naturel d’associer Robert à ce projet, tout simplement parce qu’il est passionné par ces musiques (par contre, il déteste le rock psychédélique des années 1960, et a même un jour refusé de faire la pochette d’un 33 tours des Rolling Stones !). Grand collectionneur de 78 tours, il est l’un des plus fins connaisseurs du musette d’avant guerre que je connaisse. Son style de dessin est aujourd’hui très réaliste et quand il conçoit une pochette de CD, il se base toujours sur une veille photo. Celle qu’il a choisie pour l’anthologie représente un vielleux à la belle barbe blanche. Cette image n’a dans son esprit aucun lien avec le revival folk, qu’il ne connaît pas. Par contre, il est vrai que quelques revivalistes ont tiqué en découvrant ce choix graphique, car cela les renvoyait à certains clichés qui circulent sur leur pratique (le côté sabots, Larzac, gardien de chèvres…) et dont ils ont tout fait pour se débarrasser. Pour ma part, j’aime ce dessin qui a un côté BD et hors du temps, donc tout sauf « vieillot », un mot que je ne sais pas définir.
M.B. : Pouvez-vous enfin nous parler de l’éditeur, Frémeaux ? Comment cette anthologie s’inscrit-elle dans sa politique éditoriale ?
G.V. : Pour ce projet, j’ai tout de suite pensé à Patrick Frémeaux. Depuis une vingtaine d’années, cet éditeur se consacre à préserver et rendre disponible notre patrimoine sonore : réédition de disques aujourd’hui libres de droits (citons l’intégrale Django Reinhardt en quarante CD), de documents sonores anciens (discours, témoignages, émissions de radio), etc. Son travail lui a valu, par exemple, le Grand Prix in honorem de l’Académie Charles Cros. Saluons son enthousiasme et son investissement dans ce projet.
Propos recueillis par Caroline Le Marquer — MUSIQUE BRETONNE

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