"Ouïr, écouter, entendre, comprendre le monde." par Bernard Fort

"Chez l’éditeur Patrick Frémeaux le moteur de toute démarche reste l’écoute : percevoir le monde… exercer un sens audio de l’observation, pratiquer une écoute humble, respectueuse, une constante attention, qui, naturellement, conduit à l’entendement puis à la compréhension. La démarche de Frémeaux résume les quatre écoutes telles que les définissait Pierre Schaeffer, grand théoricien des musiques concrètes. 
Ouïr, écouter, entendre et comprendre. Ces verbes ne renvoient pas à quatre degrés linéaires mais définissent pourtant un parcours comportemental que j’observe dans la démarche de Patrick Frémeaux, dans la conduite de sa carrière et de son travail éditorial.
Ouïr, c’est d’abord « percevoir par l’oreille » : le son vient à lui, indépendamment de sa volonté.  A cela nul n’échappe, c’est quelque chose de continu et souvent peu conscient. Nous baignons tous dans une ambiance sonore (au même titre que dans un champ visuel ou tactile). Dans la vie quotidienne, ouïr correspond à ce « j’entends quelque chose » non focalisé : une rumeur, un ronronnement, une pluie au loin, un chant d’oiseau. Cela manifeste un “ personnage tout naturellement auditeur ”, mais qui sait que bientôt il lui faudra aller plus loin, du fait de son désir de partager.

Écouter est une attitude intentionnelle : le son devient un intermédiaire pour viser autre chose, et le décrypter.  Écouter est un geste attentif, c’est tendre l’oreille pour reconnaître un pas, identifier une voix dans une pièce et son acoustique particulière, repérer d’où vient une sirène… L’attention est orientée vers le monde, vers une cause ou un contexte ; le sonore est devenu fonctionnel. Il est désormais possible de le capter, le fixer sur un support pour le proposer à l’écoute de l’autre.

Avec entendre, on change de registre : il s’agit de faire jouer une intention perçue qui extrait quelque chose du fond de ce que l’on ouï.  Entendre, c’est prendre en considération certains traits, opérer un tri, une sélection, une « qualification ». Le son “entendu” commence à se détacher comme objet d’attention.
Ce qui est entendu dépend d’une décision, d’un intérêt, d’une disponibilité. Et tout naturellement du simple disque, musical ou audio-naturaliste, nous passons à la notion d’archives sonores et de la parole, de cours et conférences.

Comprendre, c’est prendre en soi, saisir une signification, une valeur, en traitant le son comme un signe renvoyant à un contenu déterminé par un langage ou un code. L’entendu est pris dans un système de correspondances partagé. Comprendre, c’est prendre, assimiler, mémoriser engranger. C’est rendre possibles l’étude, la comparaison, les mises en présence. Comprendre ouvre largement la porte à la transmission. Pour fournir des outils à l’analyse profonde, à la compréhension, à l’épistémologie… Aux éditions écrites.

Et tout cela avec le souci constant de comprendre l’écocide, le pourquoi et le comment."

Bernard Fort, audio-naturaliste chez Frémeaux, et auteur de "Ecouter les oiseaux et les sons de la nature" chez Frémeaux /LPO.