« Il faut ici signaler deux livres qui, une nouvelle fois, viennent de paraître chez cet éditeur, – je veux dire ici « Frémeaux et Associés – sans lequel on se demande où en serait aujourd’hui le moindre ouvrage consacré au jazz ! (à quelques exceptions près, heureusement).
(Il faudrait d’ailleurs se poser la question pour quelques autres disciplines, que ce soit l’Histoire, la philosophie et puis encore, on ne sait trop le dire. Un jour il faudra décerner un prix qui n’existe pas encore à cette Maison Frémeaux et Associés. Comme le serait par exemple, un « Nobel du Jazz ». Patrick Frémeaux n’écoute en effet, ni le vent, ni les marées qui, de nos jours, sont mauvais mais qui sont ceux qui voudraient nous pousser toujours un peu plus vers un avenir détestable – à moins qu’il faille dire un présent, ce qui serait plus précis et plus juste. Même, il est vrai, s’il faudrait citer quelques autres éditeurs qui font un travail remarquable alors que certaines grandes entreprises du livre, celles que l’on dit encore parfois « de référence », pour des raisons économiques ou idéologiques, semblent bien avoir perdu la boussole la plus évidente, se laissant emporter par les courants les plus erratiques).
Il n’y a pas grands discours à faire sur l’un et l’autre de ces ouvrages : il suffit d’en dire l’intérêt, premier en quelque sorte, parce qu’ils répondent, l’un et l’autre et sans aucun doute, à un nombre suffisamment important d’amateurs du jazz (et aussi de « professionnels » – mais quel musicien n’est pas d’abord un amateur, ce qui, ici, ne signifie rien d ‘autre qu’un amoureux ou une amoureuse bien sûr !)
Le premier apparaît sous la signature d’Alain Gerber, coutumier de ces quelques « Notes », avec un très beau titre : « Louis Armstrong Et Dieu créa le jazz. »
Le double sens de cette formule ouvre cependant une ambigüité ou plutôt une double signification : Dieu créa Armstrong qui créa le jazz ou alors, et c’est ainsi que, spontanément, on est tenté de le lire (c’est en tout cas ce qu’il me parait), que Louis Armstrong fut (et donc est toujours et pour toujours) ce Dieu qui créa le jazz. Le lecteur trouvera la réponse à la page 30 de ce livre. Sous la plume de Gerber, il comprendra alors que « tout est dit ».
J’ajouterais cependant une chose : j’espère que l’auteur et peut-être même l’éditeur me pardonneront ! Ce qui n’est pas certain… – car il faut tirer toutes les conséquences de l’une ou l’autre de ces hypothèses : le jazz alors, ne serait rien moins que la musique de Dieu. Et, puisque nous nous sommes engagés dans une voie quelque peu audacieuse, il faut aller au bout et, nous-mêmes, mettre en doute notre thèse. Il faut alors poser cette question : toute musique n’est-elle pas divine, n’est-elle point la voie (la voix?) de ce que l’on pourrait appeler « Dieu » ?
Qui disposerait du pouvoir d’interroger Louis Armstrong aurait certainement, de sa voix a lui cette fois, ou plutôt de sa trompette, la vraie réponse.
La lecture de ce livre, attentive ou même plus ou moins voyageuse ou rêveuse, trouvera la solution. Là est la clarté mystérieuse des vrais livres.
Pour revenir à moins de divagations – que le lecteur me pardonne ! – il faut dire que cet ouvrage, reprend des textes publiés plus avant dans le catalogue Frémeaux dont Alain Gerber fut l’un des plus grand artisans concernant d’autres musiciens : Jelly Roll Morton, Sidney Bechet, Bessie Smith, Fats Waller, Fletcher Henderson, Bix Beiderbecke, Earl Hines. C’est aussi, avec eux, par eux, que l’on peut s’approcher d’Armstrong. Qui, s’il ne fut pas tous les jours le génie créateur qu’il est d’abord et pourtant assurément, le demeure toujours dans nos cœurs. J’allais dire : « pour les siècles des siècles. » »
Par Michel ARCENS – LES NOTES DE L’INSTANT
