« Sans Henri Chenut, disparu en 2018, une partie de l’œuvre de Charles Trenet serait tombée dans l’oubli. Comme à l’accoutumée, le solide livret de la collection livre des pistes précises sur le parcours de ce technicien à l’Institut de météorologie nationale, aussi fan de jazz que de l’univers de Trenet qui a fait, de son vivant, un travail de moine pour réunir des raretés de Trenet dans son appartement de Villeneuve-la-Garenne. Trenet le reconnaîtra même comme son archiviste et l’accueillera même comme figurant dans l’émission télévisée, Trenetvision en 1973. Sollicité très souvent par ce passionné, Trenet finira, agacé par ses par lâcher : « Je vous interdits de me collectionner. »
Le présent coffret porte donc trace de cette flamme ; on y découvre notamment des prises faites sur les disques Pyral gravés avec son comparse Max Schneider sur lesquels les deux amis ont enregistré des émissions radiophoniques. Alors, même si la qualité n’est pas toujours au rendez-vous, certains documents sont des trésors.
Ainsi, on peut découvrir la première chanson de Trenet enregistré en 1932 par Hélène Régelly et les chansons créées pour le film Bariole, une opérette filmée signée Benno Vigny qui témoigne des premières expérimentations du cinéma français sur des dialogues sonores et autres numéros chantés. Autres « pépites » : les pubs que Charles Trenet et Johnny Hess ont signé pour Lévitan ou Thé des familles.
Enfin, il y a les premières versions, parfois a cappella de classiques tels que La Mer, J’ai ta main dans ma main ou Douce France avec un final dans lequel l’artiste donne fortement de la voix, comme il était alors de tradition.
À signaler encore des chansons dans lesquelles la fantaisie et l’humour de l’ami de Max Jacob fait merveille comme ce Courrier du fou chantant. Le tout étant complété par des prises de concert dont ce récital à la salle Pleyel du 3 mars 1947 où il est accompagné par une jeune pianiste de grand talent, Janine Rotante avec, pour quelques morceaux, l’appui de l’orchestre d’Hubert Rostaing qui fut, ensuite, un grand arrangeur auprès de nombreux artistes.
Grâce à l’énergie du « fou enregistreur » que fut Henri Chenut, bien des trésors de Trenet sont ainsi parvenus jusqu’à nous… »
Par François CARDINALI – CHANT… SONGS
