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Pièce de théâtre en XIII tableaux de Daniel Mesguich, mise en scène sonore de Maxime Richelme
DANIEL MESGUICH
Ref.: FA8826
EAN : 9782844688262
Auteur : D'après Théophile Gautier
Label : FREMEAUX & ASSOCIES
Durée totale de l'œuvre : 2 heures 48 minutes
Nbre. CD : 3
Pièce de théâtre en XIII tableaux de Daniel Mesguich, mise en scène sonore de Maxime Richelme
« Fracasse » s’élève comme une véritable rêverie scénique, inspirée du roman emblématique de Théophile Gautier, mais transcendée par la vision singulière de Daniel Mesguich. Sous sa plume et face au micro, ce récit devient une épopée théâtrale d’une rare intensité, un texte versifié où jaillissent des instants d’une puissance saisissante. Dans cette « adaptation » libre et audacieuse, Mesguich déploie une invention fascinante : la troupe d’acteurs cède la place à une assemblée de spectres, des « spectracteurs » illustres, vibrants d’un désir brûlant de revivre. Ces présences énigmatiques appellent à elles le jeune baron de Sigognac, l’entraînant dans une résurrection poétique où l’art agit comme une force contagieuse, ravivant la vie avec une fulgurance presque miraculeuse. Cette approche force l’admiration en célébrant le théâtre dans son essence : un lieu où se rencontrent vertige d’éternité et conscience de la finitude. Ce dialogue entre l’éphémère et l’immuable confère à l’oeuvre une profondeur bouleversante.
La mise en scène sonore de Maxime Richelme, d’une qualité remarquable et digne des plus grands films de cinéma, immerge pleinement l’auditeur et transforme l’oeuvre en une expérience sensorielle intense. Enfin, en tant qu’interprète, Daniel Mesguich déploie une virtuosité remarquable, incarnant avec une intensité rare l’ensemble des figures de la pièce. Il signe ici une performance magistrale, à la fois habitée, généreuse et profondément inspirée.
Claude COLOMBINI FRÉMEAUX
CD1 - TABLEAUX I À III : PREMIER AVANT-PROPOS • DEUXIÈME AVANT-PROPOS • TABLEAU I : LE CHÂTEAU DE LA MISÈRE • TABLEAU II : 1ÈRE PARTIE : L’ANCIEN THÉÂTRE DU CHÂTEAU • TABLEAU II : 2ÈME PARTIE : TOMBÉE D’UN RÊVE • TABLEAU III : L’AUBERGE DES ENVIRONS.
CD2 - TABLEAUX III À IX : TABLEAU IV : AVANT LA REPRÉSENTATION • TABLEAU V : LA REPRÉSENTATION • TABLEAU VI : APRÈS LA REPRÉSENTATION • TABLEAU VII : UNE CHAMBRE AU GRAND-HÔTEL • TABLEAU VIII : LE CONTRAT • TABLEAU IX : UNE AUTRE CHAMBRE AU GRAND-HÔTEL. CD3 - TABLEAUX X À XIII : TABLEAU X : COMME TOMBE, LA NEIGE • TABLEAU XI : DUEL AU PONT-NEUF • TABLEAU XII : AU FOYER DES COMÉDIENS • TABLEAU XIII : LA MORT. LA MUSIQUE DES CHANGEMENTS ET CELLE DU “PETIT COUTEAU” SONT DE EZÉKIELLE MESGUICH.
DIRECTION COLLECTION : CLAUDE COLOMBINI & PATRICK FRÉMEAUX
LU PAR DANIEL MESGUICH
DOCUMENTS INÉDITS 1986-1987
MOLIÈRE
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PisteTitreArtiste principalAuteurDuréeEnregistré en
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1Premier avant-proposDaniel MesguichDaniel Mesguich00:03:502026
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2Deuxième avant-proposDaniel MesguichDaniel Mesguich00:07:512026
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3Tableau I : Le château de la misèreDaniel MesguichDaniel Mesguich00:10:442026
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4Tableau II : 1ère partie : L’ancien théâtre du châteauDaniel MesguichDaniel Mesguich00:15:522026
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5Tableau II : 2ème partie : Tombée d’un rêveDaniel MesguichDaniel Mesguich00:05:232026
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6Tableau III : L’auberge des environsDaniel MesguichDaniel Mesguich00:17:302026
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PisteTitreArtiste principalAuteurDuréeEnregistré en
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1Tableau IV : Avant la représentationDaniel MesguichDaniel Mesguich00:10:322026
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2Tableau V : La représentationDaniel MesguichDaniel Mesguich00:13:252026
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3Tableau VI : Après la représentationDaniel MesguichDaniel Mesguich00:11:312026
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4Tableau VII : Une chambre au Grand-hôtelDaniel MesguichDaniel Mesguich00:13:042026
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5Tableau VIII : Le contratDaniel MesguichDaniel Mesguich00:04:102026
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6Tableau IX : Une autre chambre au Grand-hôtelDaniel MesguichDaniel Mesguich00:09:362026
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PisteTitreArtiste principalAuteurDuréeEnregistré en
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1Tableau X : Comme tombe, la neigeDaniel MesguichDaniel Mesguich00:08:542026
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2Tableau XI : Duel au Pont-NeufDaniel MesguichDaniel Mesguich00:04:482026
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3Tableau XII : Au foyer des comédiensDaniel MesguichDaniel Mesguich00:07:492026
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4Tableau XIII : La mortDaniel MesguichDaniel Mesguich00:23:242026
La musique des changements et celle du “Petit Couteau” sont de Ezékielle Mesguich
SPECTRES
Théophile Gautier – Baudelaire nous avait prévenus – est l’un de nos plus grands écrivains. Et tous ceux qui aiment à voyager en littérature française le savent déjà, Le Capitaine Fracasse est son chef d’œuvre. Les veines de l’amour et de la haine, de la trahison, de la tendresse, de la violence, de l’humour, celles, bien sûr, du théâtre, et celles, même, de la philosophie, marbrent ce grand texte.
Mais voici que j’ai laissé le plaisir, et l’effort, chaque fois récompensé par de nouvelles surprises, de seulement lire et relire ce texte merveilleux pour celui, plus aventureux, plus solitaire, plus acide aussi sans doute, d’écrire moi-même en ses trames et ses marges !…
Et que j’ai voulu, infidèle, que le spectre qui lentement se profilait dans l’encre et la brume, et qui, visible enfin, se présentait presque tout entier cousu, comme au théâtre, d’étranges dialogues, gardât mémoire, et célébrât, comme par une manière de politesse, quelque chose de ce qu’il devait à ce qui donc l’avait permis : quelque chose, précisément, de l’histoire du théâtre, d’une certaine histoire du théâtre. Celle, par leur art, qu’ont « écrite sur le sable », comme disait le metteur en scène Antoine Vitez, les plus grands acteurs français depuis le XVIIème siècle. Et c’est ainsi que la troupe de comédiens du roman a tourné, ici, à l’Association de spectres…
Que j’ai voulu aussi – surtout – qu’on entendît, avec la fiction – sous elle, derrière elle, et peut-être en elle – quelque chose qu’on pourrait dire une philosophie du théâtre. Qui n’est, je le crains, que la mienne, et bien loin, sans doute, d’être aujourd’hui majoritaire…
Pire : deux fois infidèle, j’ai écrit en me laissant séduire, dès qu’elles se mettaient à chanter à mes oreilles, c’est-à-dire souvent, par d’aussi brèves qu’irrésistibles réminiscences d’autres chefs-d’œuvre : depuis les fictions de Shakespeare l’incontournable – qui m’a ici tenu la main pour deux scènes au moins – à celles d’Hélène Cixous – que je lis et relis depuis si longtemps déjà –, en passant par, que sais-je, les textes de Racine, Artaud, Montaigne, Baudelaire, Claudel, Proust, Aragon, Verlaine, Rimbaud ou Borges…
De tous ces textes, les traces, certes, ne sont plus ici, elles aussi, que spectrales, et presque toujours maquillées ou gauchies, mais un lecteur ludique, amoureux – et obstiné – parviendrait sans doute, à de certaines lumières, à en faire chatoyer les formes et les reflets…
Si du splendide roman de Gautier il ne reste marque, en vérité, que dans le titre, un nom laissé à tel ou tel personnage, quelques éclats d’intrigue – d’ailleurs toujours plus ou moins décalés, « tordus » – ou quelques bribes de phrases – toujours plus ou moins écornées, transformées –, je veux pourtant dire ici ma gratitude, et que sans Théophile, sans le guide audacieux, ludique et comme bienveillant qu’il me fut tout le long du travail – son roman lui aussi m’ayant été quelque chose comme un spectre –, jamais je n’aurais pu écrire ce texte « original ».
Daniel Mesguich
Claude Colombini, qui avait assisté à une lecture publique de Fracasse, pièce que j’avais écrite d’après (très lointainement, avouons-le) Le Capitaine Fracasse de Théophile Gautier pour quatorze de mes jeunes élèves à l’occasion de leur sortie cette année-là de mon école (et dont les quelques représentations au théâtre Déjazet s’était déroulées, bien que devant un public en grande partie invité, avec quelque succès), me propose d’en faire un disque.
– Volontiers, lui dis-je. Mais auras-tu un studio d’enregistrement disposant de quatorze micros ? Il y a dans la distribution quatorze acteurs, dont quelques-uns qui jouent chacun plusieurs « personnages », et parfois tous ensemble dans la même scène, et…
– Non, un seul.
– … Comment ça, un seul ?
– Un seul micro.
– Mais…
– Il n’y aurait qu’un seul acteur : toi !… Un micro, je pense, devrait te suffire ?…
– Mais…
– Ma proposition : l’auteur lit son texte.
– Claude… Je puis, tout seul, lire, devant un micro, un roman, un essai, des poèmes… J’ai beaucoup fait cela dans ma vie, tu le sais – et souvent, d’ailleurs, pour Frémeaux, avec toi-même (… La Recherche, de Proust… Les Confessions, de Saint-Augustin… Bouvard et Pécuchet, de Flaubert… etc.) ! –, mais il s’agit, là, de théâtre. Il y a, dans ce texte, au moins une trentaine de personnages, des hommes, des femmes, des vieillards, des spectres, qui ne se ressemblent pas le moins du monde, c’est-à-dire une trentaine de voix très différentes les unes des autres, et même si, pour L’Arlésienne, je…
– Ah, ça, moi je ne sais pas, débrouille-toi, c’est ton affaire… Alors, oui ?
– …
– Non ?
– … Euh… euh… oui.
Quelques semaines plus tard, me voilà assis devant un (unique) micro dans un petit studio pour deux séances d’enregistrement de trois heures chacune, et – profitant, bien sûr, de ma parfaite connaissance du texte (et traversé aussi, ici ou là, du souvenir encore frais de certaines intonations des jeunes créateurs de la pièce, dont je ne pouvais, alors, ne pas être, même lointainement, influencé), et oscillant entre (mais parfois, aussi, les mélangeant) une attitude – plutôt neutre – d’auteur se contentant de rendre compte de son texte, et celle – bouillonnante – d’un acteur jouant le plus pleinement possible chacun des rôles en faisant se gifler les répliques de l’un par les répliques de l’autre (et, pour cela, changeant chaque fois radicalement de voix) –, je « lis/joue », sous l’oreille attentive de Claude Colombini, tous les personnages de Fracasse.
Même si, à la fin, l’enregistrement me parut, disons, satisfaisant, et montrait même, peut-être, allez, quelque « virtuosité » d’acteur (mais peut-être aussi, précisément, parce qu’il risquait de ne montrer que cela), je proposai alors à Claude – pour que cet enregistrement soit « du théâtre », pour qu’il ne se contente pas d’indiquer les répliques des « personnages », leurs « actions » ou, comme on dit, les « situations », mais qu’il les manifeste, qu’il plonge dans leur épaisseur, dans l’encre même des mots, voire dans l’abyme des blancs qui séparent ces mots sur la page (le fameux silence du théâtre) –, je proposai alors à Claude, donc, de nous adjoindre après coup les services et le talent d’un grand amoureux du son de mes amis, Maxime Richelme. Elle accepta.
Et voici que Maxime et moi, durant deux trop longues années (eh oui : quand il était libre, je ne l’étais pas, quand je l’étais, lui non, et nous ne parvenions, hélas, à travailler ensemble – mais chaque fois, il vrai, frénétiquement ! – que de temps à autre), nous avons « habillé », « environné », « enveloppé », « ponctué », « traversé », « soulevé », bref fait résonner le plus qu’il nous était possible, « les » voix déjà enregistrées de la pièce.
Nous cherchions à faire entendre, non pas « du théâtre enregistré », mais « le théâtre » ; le théâtre qui court sous, ou dans, toute réplique enregistrée. Nous cherchions, non pas à faire passer, le déguisant plus ou moins habilement, un studio d’enregistrement pour une scène de théâtre, non, mais à faire entendre la scène (château… auberge… théâtre abandonné… plaine enneigée…) qu’emporte à ses semelles chaque voix, chaque « personnage » et chaque réplique du texte…
Et voici que l’orage qui frappait le château du baron de Sigognac n’était pas, n’était plus, une « ambiance d’orage » (« objective », réaliste, extérieure, indifférente aux enjeux et aux mots prononcés) qui aurait, comme c’est l’habitude, nappé toute la première scène, mais, chaque fois isolée, singulière, la « foudre subjective », la « foudre intérieure », qui s’abattait puis s’enroulait – depuis tel mot – autour de telle syllabe… celle-ci et pas une autre. Oui, nous nous faisions dentelières : même si les voix étaient déjà, dès l’enregistrement initial, très différentes les unes des autres (voix de grandes comédiennes et de grands comédiens du passé, chacun, chacune, selon, dégagée de sa biographie, sa personnalité présumée… voix de jeune marquis, ou d’actrices populaires… voix de « jeune premier », ou de vieille « ganache »… d’aubergiste rond et sanguin venu du sud, ou de longs et pâles spectres fraîchement sortis du tombeau, etc.), nous accentuions leurs différences en les plaçant chaque fois dans une réverbération de l’air qui leur fût « personnelle » … Nous nous demandions, lors de l’intervention de tel « personnage », si, avant de parler, il se retournait, et, dans ce cas, si son costume (en vérité, n’est-ce pas, sa peau) était une chemise ou un pourpoint (et, de soie, ou de velours ?) … Nous nous demandions si, durant tel déplacement (car nul jamais n’était à la même place dans l’espace), les pas de telle actrice (emportant, donc, à ses semelles tout un monde), foulaient des dalles de marbre en elle, ou quelque plage de sable fin mental (et d’ailleurs : en bottines, en ballerines… pieds nus ?) … Et, quand se profilait une scène de duel, nous ne nous contentions pas d’un simple et continu cliquetis d’épées, mais cherchions à ce qu’on entendît discrètement, comme en passant, que l’un des escrimeurs, parmi les chocs aigus des lames qui se croisaient, par une feinte habile se fendait, et que son adversaire, pour parer le coup, entravait son épée en la frappant de sa propre lame sur le côté, avec, par conséquent, un son plus mat … etc.
Bref, mille sons en même temps, à confectionner un par un…
Certes, nous étions conscients que parvenir à entendre tout cela nécessitait sans doute plus d’une écoute (ce à quoi se livrent rarement les auditeurs, hormis les plus acharnés), et qu’elle se fasse de préférence – afin de ne pas perdre tel son d’arrière fond, et d’arrière-arrière fond, et d’arrière-arrière-arrière fond – dans les meilleures conditions techniques (dont les auditeurs, hormis les plus acharnés, ne jouissent généralement pas). Mais nous pensions – et nous pensons – que de tous ces détails, si infimes soient-ils, il resterait toujours quelque chose, que nous devions persister dans notre visée « alchimiste » de précipiter l’entendre en voir, l’écoute en vision (et, donc, chacun la sienne !), et que l’essentiel était sans doute que le « document » existât.
Le voici.
Daniel Mesguich
