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Kant - L’œuvre philosophique expliquée
Un cours particulier de Luc Ferry

Coffret 4 Cds








CD 1
INTRODUCTION GENERALE A LA PHILOSOPHIE DE KANT
01. Introduction 4'17
02. Rupture avec l'ordre cosmique ancien 8'40
03. Rupture avec le monde chrétien 4'53
04. Naissance de la philosophie en Grèce 5'37
05. Les buts de la philosophie grecque 5'47
06. L'effondrement de l'idée cosmologique 5'53
07. Les rapports de l'homme à Dieu 5'48
08. L'idée de Dieu 4'47
09. La nature devient chaos 4'37
10. La question de l'art 7'50

CD 2 
LA CRITIQUE DE LA RAISON PRATIQUE - 1788
01. Signification des ruptures sur le plan moral 6'22
02. La parabole des talents 5'41
03. L'idée d'égalité & l'humanité est une 3'32
04. L'émergence de l'idée de travail 3'01
05. Fin du théologico-éthique 4'41
06. La morale kantienne 4'42
07. L'anthropologie de Rousseau 7'22
08. Deuxième argument de Rousseau 7'18
09. 1ère conséquence : le désintéressement 6'17
10. 2ème conséquence : l'universalité des fins 4'31
11. 3ème conséquence : une morale du devoir 3'11
12. La doctrine des impératifs 8'32
13. Un renversement religieux sans précédent 3'19
14. L'hypothèse de la liberté 9'01

CD 3 
LA CRITIQUE DE LA FACULTE DE JUGER - 1790
01. La révolution du goût 6'01
02. La révolution du génie 6'52
03. La naissance du musée 7'37
04. Les critères du beau : la réponse des classiques français 7'37
05. Les critères du beau : la réponse de l'empirisme 8'33
06. Les critères du beau : la réponse de Kant 8'15
07. Le jugement esthétique est un jugement réfléchissant 4'35
08. Conséquence sur la définition de la culture 8'00
09. La discutabilité du beau 3'05
10. La question de la sagesse ou du salut 7'40
11. L'élargissement de la pensée 6'10

CD 4 
LA CRITIQUE DE LA RAISON PURE - 1781
01. Introduction 3'21
02. Le principe de causalité 3'43
03. Comment des jugements synthétiques sont-ils possibles à priori ? 5'06
04. David Hume et le scepticisme 3'11
05. Les catégories de l'entendement 5'43
06. Rien n'est donné, tout est construit 1'13
07. La théorie de l'objectivité 3'50
08. Transformation du vocabulaire 3'59
09. Les cartésiens et les sceptiques 5'19
10. La théorie du schématisme 4'41
11. L'exemple de Claude Bernard 2'55
12. Les conséquences sur la métaphysique 6'00
13. Berkeley : la théorie de la chose en soi 5'47
14. L'interprétation cartésienne de la chose en soi 3'07
15. La théorie kantienne 2'31
16. La critique de la métaphysique 7'37
17. Le sens du mot critique 6'21

Repères biographiques d'Emmanuel Kant
1724?Le 22 Avril, Emmanuel Kant naît à Königsberg en Prusse orientale (actuellement Kaliningrad en Russie) dans un milieu modeste et particulièrement pieux. Il est le quatrième d’une famille de onze enfants, dont le père, d’origine modeste, est artisan sellier.
1732?Kant entre au Collège Frédéric dans la section classique (latin et théologie).
1737?Mort de la mère de Kant, Anna Regina
1740?Inscription à l’université 
1747?Mort de son père. / Kant quitte Königsberg et devient précepteur dans le village de Judtsen
1754 Retour de Kant à Königsberg
1755 Il commence à enseigner à l’université. Ses cours, tout comme ses publications à cette période, sont très diversifiés : mathématiques, logique, géographie, théologie, pédagogie, droit, anthropologie, métaphysique... 
« Histoire de la nature et théorie du ciel » (1755).  
« Monadologie physique » (1756).  
« Nouvelle définition du mouvement et du repos » (1758). 
« Essai de quelques considérations sur l’optimisme » (1759).  
« De la fausse subtilité des quatre figures du syllogisme » (1762).  
« L’unique fondement possible d’une démonstration de l’existence de Dieu » (1763). 
« Essai pour introduire en philosophie le concept de grandeur négative » (1763). 
« Essai sur les maladies de la tête » (1764). 
« Observations sur le sentiment du beau et du sublime » (1764).
1766 « Rêves d’un visionnaire expliqués par des rêves métaphysiques » (1766). / Kant devient sous-bibliothécaire à la bibliothèque du Palais Royal. Il déménage de la magistergasse pour la maison de Kanter.
1770 « De la forme et des principes du monde sensible et du monde intelligible » (Dissertation).
1781  Première édition de la « Critique de la raison pure ».
1783  « Prolégomènes à toute métaphysique future qui voudra se présenter comme science.
1784 « Idée d’une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique ».  / « Réponse à la question : « Qu’est-ce que les Lumières ? » ».
1785 « Fondements de la métaphysique des mœurs ». / Compte rendu de l’ouvrage de Herder : « Idées sur la philosophie de l’histoire de l’humanité ». / Définition du concept de « race humaine ».
1786 « Conjectures sur les débuts de l’histoire humaine ». / Sur le : « Principe du droit naturel » de Hufeland. / « Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ? »
1787 Seconde édition de la « Critique de la raison pure ».
1788 « Critique de la raison pratique ». / « Sur l’usage des principes théologiques en philosophie ».
1789 Première introduction à la « Critique de la faculté de juger ».
1790 « Critique de la faculté de juger ».
1792 « Sur le mal radical dans la nature humaine ». 
1793 « La religion dans les limites de la simple raison ».
1794 Kant est admis à l’Académie Des Sciences de Saint-Pétersbourg au mois de juillet.
1795 « Vers la paix perpétuelle ».
1796 Kant arrête de donner des cours et rédige « La Doctrine du droit », première partie de la « Métaphysique des mœurs ».
1797 « Doctrine de la vertu », seconde partie de la « Métaphysique des mœurs ». / « Sur un prétendu droit de mentir par humanité », dans « Le droit de mentir ».
1798 « Conflit des facultés ». / « Opuscules de nuit ». / « Anthropologie d’un point de vue pragmatique ».
1800  « Logique ».
1802  « Géographie physique » (publiée par Rink).
1803  « Pédagogie ».
1804  Kant meurt à Königsberg. / « Opus postumum » (manuscrit de 1794 à 1803; publié posthume en extraits à partir de 1862; édition dite “complète” en 1936/38).

LUC FERRY
Agrégé de philosophie (1975).
Docteur d’Etat en science politique (1981).
Agrégé de science politique (1982).

ETUDES ET ACTIVITÉS PROFESSIONNELLES
Etudes secondaires au Lycée St Exupéry de Mantes la Jolie, puis au Centre National de Télé-Enseignement. Etudes supérieures  à la Sorbonne  (Paris IV)  et à l’Université de Heidelberg (RFA).
Professeur à l’Ecole normale d’Arras (1977-1979).
Fondateur du « Collège de philosophie » (1974).
Chargé de cours à l’université de Reims,  puis à l’ENS-Ulm, à Paris X et à Paris I (1977-1982).
Attaché de recherches au CNRS (198O-1982).
Responsable des pages philosophie à l’Evénement du Jeudi, puis conseiller auprès de la rédaction de l’Express (1987-1994)
Professeur  de science politique à l’IEP de l’université de Lyon II (1982-1988).
Professeur de philosophie à l’université de Caen (1989-1996).
Editorialiste au Point  et directeur de la collection « Collège de philosophie » aux éditions Grasset (1994/2002)
Professeur de philosophie à Paris VII (à partir de 1996).
Président du Conseil national des programmes (1994-2002).
Ministre de la Jeunesse, de l’Education nationale et de la Recherche (mai 2002/avril2004).
Membre du Conseil économique et social (à partir de septembre 2004)
Président du Conseil d’analyse de la société (idem)
Membre du Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions de la Vème République (à partir de juin 2007)
- Directeur de collection aux éditions PLON (à partir de 2007)

DISTINCTIONS
Chevalier de la légion d’honneur, Chevalier des arts et des lettres.
Prix Médicis essai et Prix Jean-Jacques Rousseau (pour le Nouvel ordre écologique).
Prix des droits de l’homme (pour Philosophie politique III).
Prix Ernest Thorel de l’Académie Française (pour La sagesse des Modernes).
Docteur honoris causa de l’université de Sherbrooke (Canada).
- Officier de la Légion d’Honneur.

PRINCIPAUX OUVRAGES PUBLIES
Philosophie politique I ; Le Droit : La nouvelle querelle des Anciens et des Modernes, Paris, P.U.F., 1984.
Philosophie politique II : le système des philosophies de l’histoire, Paris, P.U.F., 1984.
Philosophie politique III : des droits de l’homme à l’idée républicaine, Paris, P.U.F., 1985, Prix des droits de l’homme 1985.
La Pensée-68 : essai sur l’anti-humanisme contemporain, Paris, Gallimard, 1985 (avec Alain Renaut)
Système et critiques, éditions Ousia, 1985 (en coll.)
68-86 : itinéraires de l’individu, Paris, Gallimard, 1987 (en coll.)
Heidegger et les modernes, Paris, Grasset, avril 1988 (en coll.)
Homo Aestheticus ; l’invention du goût à l’âge démocratique, Paris, Grasset, 1990.
Pourquoi nous ne sommes pas nietzschéens, Grasset 1991 (en coll.).
Le Nouvel Ordre Ecologique, Grasset, 1992, Prix Médicis de l’essai, Prix Jean-Jacques Rousseau.
Des animaux et des hommes. Une anthologie, Paris, livre de poche, Hachette, avril 1994 (en coll).
L’Homme-Dieu ou le sens de la vie, Grasset, 1996.
La sagesse des Modernes, Laffont 1998, Prix Ernest Thorel de l’académie française,  (avec André Comte-Sponville).
Le sens du beau, Cercle d’art, 1998.
Philosopher à Dix-huit ans, Grasset 1999 (en coll.).
Qu’est-ce que l’homme ? Odile Jacob, 2000 (en coll.).
Qu’est ce qu’une vie réussie ?, Grasset 2002.
Lettre ouverte à tous ceux qui aiment l’école, Odile Jacob (en coll.)
La naissance de l’esthétique moderne, Cercle d’art, mai 2004.
Le religieux après la religion, Grasset 2004 (avec Marcel Gauchet).
Comment peut on être ministre ? Réflexions sur la gouvernabilité des démocraties, Plon, 2005.
Apprendre à vivre – Traité de philosophie à l’usage des jeunes générations, Plon, 2006 – Prix Aujourd’hui
Apprendre à vivre – traité de philosophie en 4 CDs audios – Frémeaux & Associés - 2006
Kant – Grasset – 2006
Vaincre les peurs –Odile Jacob – 2006
- Familles je vous aime – Politique et vie privée à l’âge de la mondialisation – Xoéditions - 2007

Ecouter Kant - L’œuvre philosophique expliquée ... un cours particulier de LUC FERRY (livre audio) © Frémeaux & Associés / Frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, parole enregistrée, etc...). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires  et les disquaires, ainsi qu’en VPC. Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écoutés par téléchargement auprès de sites de téléchargement légal.

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« Deux Trois raisons de croire en l’homme »
Loin d’incarner le moralisme austère  que l’on caricature, Kant explore les possibilités pour l’homme de mener une vie juste et bonne en se fondant sur sa raison. Un nouvel humanisme qui ouvre des perspectives dans les sciences, les arts et jusqu’en politique.
Par Pierre-Henri TAVOILLOT – PHILOSOPHIE MAGAZINE

À quoi sert la philosophie ?
Pour  Kant, les tâches de la philosophie se résument à ces trois questions ; que puis-je savoir ? (Philosophie théorique) ; que dois-je faire (philosophie pratique) ; que m’est-il permis d’espérer ? (Philosophie religieuse).
Rien de très nouveau, dira-t-on, notamment par rapport à la tradition stoïcienne où la contemplation de l’harmonie cosmique (théorie) permettait de trouver des règles de vie (éthique) et de donner un sens à l’existence (salut). Sauf que, à l’époque de Kant, l’idée antique d’un cosmos clos, harmonieusement ordonné, a pris du plomb dans l’aile. La faute en incombe à la physique de Newton qui achève de « désenchanter » le monde en voyant plus qu’un chaos de forces antagonistes sans signification ni finalité. Comment, dans cet univers infini et mécanique, espérer trouver un savoir solide, une morale acceptable et un sens à la vie ? Toute la force – et la nouveauté – du projet kantien est d’apporter des réponses an faisant confiance aux seules ressources de l’esprit humain, tout imparfait qu’il soit. Malgré l’ignorance, la méchanceté et l’inquiétude qui  le caractérisent, l’homme doit s’efforcer de se frayer une voie – celle du criticisme – entre les certitudes d’un dogmatisme impossible et le désespoir d’un scepticisme invivable. Raison pour laquelle les trois questions initiales se résument au fond, pour Kant, à une seule : «  Qu’est-ce que l’homme ? ».

Prouver dieu ?
Parmi les égarements de la raison, il en est un qui a la vie dure : c’est celui qui consiste à vouloir prouver l’existence de Dieu.
Sous sa forme la plus élaborée, appelée « argument ontologique » La démonstration par la définition de Dieu comme d’un être suprême : un être tel que rien de plus grand ne puisse être pensé (dixit Saint Anselme), un être absolument parfait (pour Descartes), un être absolument infini (selon Spinoza et Leibniz). Or si Dieu est parfait, il est nécessaire qu’il existe, car un être parfait qui n’existerait pas serait contradictoire. Il faut donc admettre que Dieu existe par définition. À ce raisonnement, Kant oppose trois arguments. On commet d’abord une faute logique en prétendant déduire l’existence d’une chose à partir de la seule définition. C’est comme si on pensait s’enrichir simplement en analysant le concept  de 100 thalers (monnaie de l’époque) : on risque fort d’être déçu. Il faut donc se convaincre, poursuit Kant, que l’existence  de Dieu relève de ces propositions qu’il est impossible de valider ou d’infirmer, puisqu’elles dépassent toute l’expérience possible. Enfin, du point de vue religieux lui-même, une telle démonstration serait tragique car elle netterrait à bas toute la doctrine de la révélation et, avec elle, la grandeur de la foi. Vouloir prouver l’existence de Dieu s’avère par conséquent illogique, antiscientifique et …impie !

La critique de la raison
« Critiquer la raison » signifie pas la démolir, mais au contraire la renforcer en déterminant avec précision son champ d’application légitime.
À quelles conditions une connaissance est-elle objective ? Telle est la question directrice de la Critique de la raison pure. Elle marque une rupture avec le passé puisque l’objectivité n’est plus définie comme ce qui réside dans l’objet, mais comme ce qui est commun à tous les sujets : un savoir qui doit pouvoir être partagé universellement. L’analyse des trois grandes facultés de l’esprit humain – sensibilité, l’entendement, la raison – sera l’occasion d’une triple révolution. Kant réhabilite d’abord la sensibilité qui, depuis Platon, avait toujours le mauvais rôle, accusée d’être source de toutes les erreurs. D’une part, elle fournit la matière première du savoir, les « intuitions », perceptions particulières issue de l’expérience ; et d’autre part, elle en constitue le forme, toute connaissance étant située dans l’espace et le temps. Sans ces formes a priori de la sensibilité, il est impossible de rien percevoir ni donc de rien connaître. Le sensible – humain très humain – recouvre donc toute sa place et sa dignité. Ensuite, le penseur bouleverse la vision de la connaissance intellectuelle. Jadis conçue comme contemplation (theoria), elle devient activé, construction permanente. Ici intervient l’entendement qui utilise des «  concepts », des représentations générales (comme chaise, triangle, attraction physique…) pour traiter les données brutes de la sensibilité et les élever à l’universalité. La connaissance n’est pas la révélation mais un travail ; l’esprit n’est  pas une boîte à images, mais une usine. Enfin, l’homme est sans cesse tenté de dépasser les limites de ce qu’il peut connaître pour se projeter dans l’absolu. Or la raison l’attire avec des « idées » - concepts si vastes qu’ils excèdent le champ de l’expérience possible (Dieu). C’est là toute la grandeur de l’homme  qui cherche à se surpasser en interrogeant le pourquoi du comment ; c’est aussi toute sa faiblesse qui l’amène à s’installer dans cet au-delà illusoire. Dévoiler le mécanisme des aspirations métaphysiques et dénoncer les égarements de la raison, voilà le troisième apport de cette Critique, un hommage à la finitude humaine.

La morale et l’impératif catégorique
Rigoriste, formelle, inapplicable… la morale kantienne a fait l’objet de nombreuses critiques, souvent injustes.
Car Kant ne se pose pas en père fouettard, mais en analyste de notre sens moral. Son interrogation est la suivante : quand jugeons-nous qu’une action est bonne ou mauvaise ? Et au nom de quoi est-on fondé à le faire ? Deux critères s’imposent à ses yeux : le caractère désintéressé de l’action et sa dimension universalisable. Prenons par exemple : un voisin vient en aide à une personne âgée, lui faisant ses courses et la conversation. Formidable ! dira-t-on. Jusqu’au moment où l’on s’aperçoit que le voisin en question s’est habilement fait coucher sur le testament de la vieille… Dans l’évaluation morale, ce sont les intentions qui comptent et elles doivent manifester un certain degré de détachement par rapport à l’intérêt propre. D’où cette célèbre distinction kantienne : à côté des actions simplement légales (conformes à la loi, mais animées par. L’intérêt – ne serait- ce que la peur du gendarme !), les actions morales sont celles qui semblent effectuées «  par devoir », de manière désintéressée. Sans doute peut-on toujours suspecter un intérêt caché derrière les bonnes intentions, mais cela n’ôte rien à la validité subjective du critère. Le désintéressement pourtant ne suffit pas, car il peut aussi y avoir des salauds désintéressés. La question des fins de l’action est donc capitale. Il faut, selon l’impératif catégorique, qu’elles soient susceptibles de valoir universellement et de viser l’humanité tout entière. Autrement dit, je dois mettre en sourdine mon égoïsme naturel et considérer autrui «  toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme moyen ». Et cette exigence-là, personne d’autre ne me l’impose sinon moi-même. Kant fonde ainsi la morale de l’autonomie.

Beau, goût et sens commun
Kant participe à une véritable révolution dans la conception du beau. Tout au long du XVIIIe siècle s’impose l’idée que celui-ci ne réside pas dans les choses, mais dans l’esprit humain et le goût.
Mais, si le beau et le laid sont subjectifs, comment expliquer que les discussions esthétiques nous passionnent autant, alors même quelles ne peuvent atteindre les certitudes du raisonnement ? Et comment comprendre que le consensus soit parfois plus fort en art qu’en science, comme l’attestent les files d’attente devant les musées ? Est-ce affaire de mode ou de culture ? Dans la Critique de la faculté de juger, Kant emprunte une autre voie. Il distingue le beau du vari (objectif) et de l’agréable (sensible). Impossible de démontrer le beau, mais impensable de le réduire à l’agréable : Homère, Vinci, Mozart, valent mieux qu’un gâteau à la crème ou un joli canapé ! Le plaisir esthétique révèle qu’un simple objet matériel vient combler mes attentes les plus intimes – fugace moment de bonheur que j’ai immédiatement envie de partager avec mon prochain. Quoique très particulier, le jugement de goût contient donc un désir de l’universel qui pousse à s’ouvrir à autrui, «  à penser en se mettant à la place de tout autre », ne serait-ce que pour le convaincre. Kant ouvre ainsi l’horizon d’un «  sens commun », qui montre que l’harmonie il y a , elle n’est ni dans le monde (chaotique), ni en Dieu ( inaccessible), mais seulement dans un fragile cosmos humain.

La république
Fidèle à sa démarche humaniste, Kant explore les fondements politiques en recherchant un principe de la souveraineté qui soit purement humain.
Seule la constitution républicaine correspond à cette exigence. Ce régime apparaît à la fois souhaitable, pensable et réalisable. La république est souhaitable, parce qu’elle favorise «  la paix perpétuelle ». Puisque, en son sein, ce sont les mêmes qui décident et font la guerre, il est probable que la prudence et la mesure interdiront les conflits. La république est aussi pensable dans la mesure où elle réconcilie, dans la vie civique, les deux impératifs contradictoires de l’ordre et de la liberté. La citoyenneté républicaine se définit, en effet, comme autonomie, c'est-à-dire soumission à l’autorité que l’on se donne à soit-même. Enfin la république n’est pas un doux rêve tablant sur la vertu des hommes, mais une perspective  historique plausible, même « pour un peuple de démons ». Les institutions doivent veiller à ce que les penchants individuels se neutralisent dans l’intérêt de chacun : alors « l’homme se voit contraint d’être, sinon moralement bon, du moins bon citoyen ». Il y a une «  indissociable sociabilité » de l’homme qui pousse à cohabiter avec ses semblables, à la fois malgré et par son égoïsme.

Les Lumières
« Qu’est- ce que les Lumières ? » : cette question, posée en 1783 dans une revue berlinoise, va enflammer le milieu intellectuel allemand.
Kant apporte sa contribution en proposant cette célèbre définition : «  Les Lumières (Aufklärung) se définissent comme la sortie de l’homme hors de l’état de minorité, où il se maintient par sa propre faute. […] Sapere aude ! Aie courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des Lumières. »  Le salut de l’humanité dépend donc  de la faculté de l’homme à devenir adulte. Par essence l’homme est libre, pour autant que, contrairement aux animaux, il est capable de s’arracher à ses instincts. Mais la plupart du temps, il fait un mauvais usage de cette liberté. Car il Lui préfère un état de servitude confortable, dans lequel le maintiennent sa paresse, sa lâcheté et son désir d’obéir à des tuteurs politiques ou religieux. Naturellement majeur, l’homme reste artificiellement mineur. Pour atteindre la « majorité éclairée », il devra libérer sa liberté par un surcroît d’effort. Le processus est sans doute infini, ce qui fait  dire à Kant : «  Non, notre époque n’est pas éclairée, mais seulement en voie d’éclaircissement. » Comme nôtre peut être…

Dans « Kant », Luc Ferry propose une présentation pédagogique du criticisme agrémentée d’exposés techniques sur la chose en soi et l’histoire.


PH. TAVAILLOT © 2008 PHILOSOPHIE MAGAZINE

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