Fremeaux.com
Frémeaux & Associés Télévisions & L’Ecole de La Neuville présentent
L’Ecole avec Françoise Dolto (II)
Un film de FABIENNE D’ORTOLI ET MICHEL AMRAM









Sommaire 
DVD 1
• Wiensjahr, l’année de Vienne - 86 mn
DVD 2
• A propos de l’année de Vienne - 33 mn
• Culture et scolarité - 37 mn
• Viennoiseries à la sauce freudienne - 31 mn

Le film et les compléments de programme ont été réalisés par Fabienne d’Ortoli & Michel Amram, fondateurs et actuels responsables de l’école.
Images complémentaires et montage : Emmanuelle Dupouy  et Louis Blanchet-Kapnist.
Mixage et étalonnage vidéo : Vincent Blanchet. 
Sous-titrage anglais : Perle Mohl.

Nous remercions l’équipe pédagogique de la Neuville pour sa collaboration, ses conseils, le soutien apporté à ces réalisations pédagogiques : Emmanuel Audusse, Sophie Cornelis, Maïder Leroux, Rania Makhoul, Saturnin Mesnil, Zoé Mesnil, Clémence Morisseau, Nicolas Mullier, Thibaut de Noblet, Sébastien Pesce, Flavia Silva, Adrien Simiot, Bouchaïb Zouggari. Nos plus vifs remerciements à Françoise Samson et Michel Plon pour leur participation au programme “Vienne” et au film : “Wiensjahr” 

“La question décisive pour le destin de l’espèce humaine me semble être de savoir si et dans quelle mesure son développement culturel réussira à se rendre maître de la perturbation apportée à la vie en commun par l’humaine pulsion d’agression et d’auto-anéantissement. A cet égard, l’époque présente mérite peut-être justement un intérêt particulier. Les hommes sont maintenant parvenus si loin dans la domination des forces de la nature qu’avec l’aide de ces dernières il leur est facile de s’exterminer les uns les autres jusqu’au dernier. [...] Et maintenant il faut s’attendre à ce que l’autre des deux “puissances célestes”, l’Eros éternel, fasse un effort pour s’affirmer dans le combat contre son adversaire tout aussi immortel. Mais qui peut présumer du succès et de l’issue?”   
Freud, Le malaise dans la culture, 1938 

Dans ce double DVD
A l’école de la culture
La première chose que les enfants demandent à la rentrée, à peine arrivés, c’est : “Où est ce qu’on part en voyage cette année ?”. C’est dire si ce voyage est important pour eux. Mais avant de partir, on va les familiariser avec l’histoire de ce pays, sa langue, ses coutumes, sa cuisine, ses personnages célèbres, en un mot, avec tout ce que l’on peut imaginer pour les intéresser au projet. On va donc leur proposer, en dehors des heures de classe, mais parfois aussi pendant, un accompagnement culturel en vue de ce voyage auquel vont participer, bien sûr, tous les enfants et tous les adultes. Comme ce séjour se déroule au Printemps, cela nous laisse pas mal de temps pour approfondir les choses. Et à notre retour, on va se servir de tout ce que l’on aura découvert pour construire un spectacle qui sera joué à la fin de l’année, par tous les enfants, dans le théâtre de l’école.  Mais peut-être certains se demanderont pour quelles raisons dépenser tant d’énergie pour un domaine, la culture, dont l’utilité pourrait sembler secondaire dans une école ? Nous répondrons que notre expérience pédagogique nous a enseigné le contraire. Nous avons compris, en effet, au fil des années, que la culture est le chemin qui mène le plus sûrement aux apprentissages scolaires parce qu’elle donne du sens à tout ce qui est entrepris. Ce prétendu détour n’est qu’apparent. Le recours à la culture permet bel et bien de placer la scolarité au centre de l’école et dans un environnement qui permet aux enfants, à tous les enfants, même ceux qui ont du mal avec leur scolarité de s’y intéresser, comme l’a souvent souvent souligné notre marraine, Françoise Dolto :  “Évidemment, nous avons tous recours à des notions que nous n’avons pas expérimentées. Nous devons alors nous en remettre à l’expérience des autres… Mais alors, justement, il faut le dire. Surtout dans les situations d’apprentissage telles que l’école en crée quotidiennement. Si l’on entreprend de dessiner la carte du monde, il convient d’abord de parler des hommes qui ont découvert ces pays, de parler des voyages qu’ont entrepris ces explorateurs. Les enfants sauront ainsi ce qui a été à l’origine de ce qu’on leur enseigne, ils comprendront ce que ça veut dire de faire une carte. Cela ne sert à rien de dessiner et de colorier les reliefs, d’apprendre les noms et les superficies si le maître ou les parents n’ont pas décrit en quoi cela consiste de remonter à la source d’un fleuve, d’escalader une montagne, s’ils n’ont pas dit la nécessité de ces entreprises humaines, traduit les noms de ces villes, situé ces régions parfois éloignées, inconnues, parlé des hommes qui y vivent et de l’histoire de ces peuples. Nous ne savons rien, dans quelque domaine que ce soit, que par le témoignage de ceux qui ont exploré et donné sens à ce qu’ils ont vécu. Toute connaissance n’a de sens qu’à travers les humains qui ont laissé témoignage…” Dans un premier temps de l’histoire de l’école, il y avait déjà eu les classes de mer en Corse. Dans Murtoli et sa maison du XIIIème siècle surplombant la crique, toute la vie  institutionnelle était à reconstruire. Et, notamment, au gré des opérations de la vie  quotidienne qui faisaient de nous autant de Robinson Crusoe.?Nous allions, par exemple, chercher l’eau nécessaire à notre survie auprès d’une source cachée dans les rochers. “Votre classe de découverte, avait commenté Françoise Dolto, les enfants de La Neuville s’y ressourcent secrètement”. 
Fabienne d’Ortoli & Michel Amram 

La collection
L’école avec Françoise Dolto
“L’école avec Françoise Dolto”, c’est d’abord un livre paru en octobre 1990 aux Editions Hatier dans la collection dirigée alors par Catherine Dolto. Ecrit un an après la mort de la psychanalyste, le livre, sous-titré “Le rôle du désir dans l’éducation” raconte à la fois l’aventure pédagogique des Neuvillois et les quinze années que dura la collaboration avec celle qui fut la marraine de l’école. Il fallut vingt ans pour en voir la version cinématographique : Françoise Dolto & La Neuville (réédité chez Frémeaux Associés) dans le cadre d’une collection de films à paraître à partir de septembre 2008. Cette collection a pris la forme, de plusieurs “double dvd” avec, dans chaque coffret, un film et de nombreux compléments de programme qui accompagnent et prolongent les propos du film apportant les informations utiles à une meilleure compréhension du film mais aussi des outils de l’école.  Cette collection offre sur l’ensemble du travail accompli à L’Ecole de La Neuville des vues à la fois fragmentaires et multiples, nécessaires pour comprendre l’ensemble des processus pédagogiques et institutionnels en jeu. Le second film : “Wiensjahr, l’année de Vienne” complète le premier volume de la collection en présentant le programme culturel de cette année 2004 au centre duquel figure Sigmund Freud, “le maître de nos maîtres”. Il permet aussi de voir l’Ecole telle qu’elle fonctionne aujourd’hui. Le prochain film de la collection abordera le sujet de la Pédagogie Institutionnelle en donnant à Fernand Oury la place qui lui revient pour son influence sur le projet neuvillois.  

“Ce qui a fait l’originalité du rapport qui s’instaura entre Françoise Dolto et vous, c’est que jamais vous n’avez eu l’idée d’appliquer en quoi que ce soit un quelconque savoir. Ce fut même l’inverse : vous étiez venus la trouver avec vos idées, vos projets, dans lesquels, et sans aucun doute ce fut là l’un de ses traits de génie, elle entendit, sous une forme autre, ce en quoi elle croyait, ce pour quoi, ailleurs et autrement, elle luttait. Elle reconnut dans l’entreprise neuvilloise un véritable laboratoire qui, en toute ingénuité, mettait ses idées à l’épreuve, les travaillait, les soulignait et, ce qui ne pouvait que la ravir, les enrichissait. En toute ignorance et en toute simplicité, elle vous donna une impulsion décisive grâce à laquelle vous alliez fonder ce que j’aime appeler un lieu où il y a de l’école.”  
Michel Plon, Dix ans après, Editions ESF 

Le film
Les voyages forment la jeunesse…
par Fabienne d’Ortoli et Michel Amram
Le voyage à Vienne s’annonce comme devant avoir un programme particulièrement dense. La figure de Freud s’impose, au centre, comme étant l’un des éléments essentiels surtout avec la possibilité, sur place, d’aller voir sa maison transformée en Musée. Nous l’avions déjà visitée et nous nous souvenions de notre émotion en montant l’escalier et devant la porte avec la plaque à son nom : “Prof. Dr Freud”.  Parler de Freud, de sa vie, de son œuvre ne nous suffit pas, cependant. On a aussi envie de parler aux enfants de la psychanalyse et de leur expliquer les différentes formes de thérapies, et de définir ce que sont le psychiatre, le psychanalyste et le psychologue. Expliquer les mots, présenter les pratiques, nommer les besoins. D’emblée, il nous paraît nécessaire de nous attacher la collaboration d’un psychanalyste pour mener à bien ce projet ambitieux. Les interventions de Françoise Samson prendront la forme de “conférences express”, c’est-à-dire de séances de questions/réponses après que nous ayons avancé un peu. Le mythe d’Œdipe et les rêves, figurent au premier rang des questions abordées et qui tout de suite suscitent un vif intérêt de la part des enfants. Le film de John Huston “Freud, passions secrètes” permet de présenter la démarche du jeune Freud et de  l’accompagner sur le chemin tortueux de ses premières découvertes. En contrepoint de ces aspects plutôt ardus du programme, on va intéresser facilement les enfants à un personnage populaire : Elisabeth d’Autriche, la fameuse Sissi. A travers les films qui ont rendu célèbre Romy Schneider mais aussi en se rapprochant davantage de la réalité et en mettant en perspective la fin du règne des Habsbourg.  Parmi les témoignages, sur lesquels on va s’appuyer, figure l’autobiographie de Stefan Zweig : “Le Monde d’hier”. Rapidement, d’ailleurs, nos propos vont se centrer sur la très riche période du tournant du siècle à Vienne, période durant laquelle la capitale autrichienne va être le creuset d’une impressionnante série de découvertes en matière  d’urbanisme, d’art, de littérature mais aussi, hélas, de montée de l’extrémisme et de l’antisémitisme (qui annoncent le nazisme). Cet ensemble d’informations demandera plusieurs mois à faire partager mais permettra de placer le travail concernant Freud dans son contexte historique. Le livre de Carl Schorske “Vienne, fin de siècle” nous sera particulièrement précieux. Un autre aspect de notre travail concernait la musique. Là encore, nous avons procédé en plusieurs étapes. La première fut de présenter les grands musiciens classiques : Mozart, Haydn, Beethoven, Schubert. On en fit un jeu : apprendre à les reconnaître. Pari osé et cependant fondé sur le fait que nous pensions que cela pouvait leur plaire, au fil des semaines, d’entendre cette musique d’un autre âge qu’ils ignoraient, pour la plupart, et qu’ils n’auraient pas forcément envie de découvrir sans ce contexte, très particulier, spécifique, du voyage.  

Le Beau Danube bleu (Johann Strauss) Adaptation pour “Viennioiseries à la sauce freudienne”  Danube bleu Aux sons mélodieux Au rythme harmonieux Mesdames et messieurs  Nous sommes joyeux Et faisons le vœu Dans cette ville aimée  des dieux  D’un séjour bienheureux Dans le clair matin Les p’tits parisiens Se balancent rient et dansent Au bord de cette eau Parmi les roseaux Crient et chantent les chansons des oiseaux   Et tout le long des rives Bientôt par deux arrivent Garçons et demoiselles Venant s’embarquer  dans les nacelles On rêve sur ce chemin mouvant Tous d’entendre  au gré du vent Les compositeurs du passé Jouer sans se lasser Les musiques que l’on aime Toujours gaiement et même Quand elle ne sont pas gaies Leur cortège innocent nous distrait Allons vous,  drôles de gens neuvillois Allez goûter la douceur  des Viennois Et sur le Danube enchanté Aimer boire et chanter Nous on laisse  les beaux séjours Nous influencer toujours Écoutez, jeunes étudiants Et profitez de votre temps La flèche au centre  de la place Saint-Etienne Pointe fièrement vers le ciel Comme le font ses petites voix chrétiennes Qui resteront nos modèles Un peu plus loin,  la patisserrie Sacher Nous amène à nous taire On se régale de plaisirs  terre à terre Chantilly et mystère Des opéras gorgés d’arias louangés Dont c’est l’Apogée Nous attendent patiemment Au Volksoper depuis cent ans Le soir vient,  il apporte à son tour La fin du rêve,  l’instant du retour Le jour peu à peu s’évanouit Le ciel s’obscurcit,  c’est la nuit. Sur la Bergasse,  nous entrons et tout fiers, Au numéro dix-neuf  dans la maison Du Professeur Freud.  La lumière  Eclaire un instant notre raison  De Sissi,  la silhouette célébrée Au Prater apparaît,  dans une robe chamarée Elle se lève  Elle valse, Johann Strauss  est en nage ! C’est la fièvre ? Mais non, c’est un mirage ! Danube bleu Aux sons mélodieux Au rythme harmonieux Mesdames et messieurs  Cet air nous émeut Comme un doux aveu A cette ville aimée des dieux Il nous faut dire…  Cela ne tient pas d’un quelconque miracle, si ce n’est que cela touche à ce voyage que l’on va faire. Les enfants l’attendent avec impatience, s’en réjouissent par avance et ils savent, eux aussi par expérience –la plus grande partie du groupe en ayant déjà fait trois ou quatre, certains plus encore– que tout ce qui enrichit la préparation au voyage, enrichit le voyage. Ils ont confiance et se sentent prêts à nous suivre parce que les expéditions en Andalousie, à Dublin, en Grèce, à Berlin les ont convaincus. Ça vaut le coup ! Et tout ce qui touche au voyage suscite leur intérêt, c’est comme de la magie ! Ainsi les musiciens viennois ne sont plus les musiciens classiques que l’on connaît mais les musiciens du voyage à Vienne ! Autrement dit nos musiciens pour cette année. Aborder le sujet prit du temps. Pour commencer de la musique instrumentale et presque uniquement des œuvres pour clavier (peut-être les plus simples à recevoir) les écoutes musicales ayant lieu pendant quelques minutes mais chaque jour. Un peu plus tard, on aborda l’opéra mais toujours sous la forme de  documents vidéo : pour éviter le caractère “ridicule”, “décalé” de ces voix inhabituelles.

Sous cette forme visuelle, ces chanteurs étaient des hommes et des femmes vivant des aventures extraordinaires, comme dans les contes de fée mais pouvant leur transmettre leurs émotions.  La longue préparation du début avait bien préparé le terrain, les opéras, eux, connurent un succès immédiat, notamment ceux de Mozart, en particulier “La flûte enchantée” que nous avions largement utilisée, deux ans auparavant, dans une de nos comédies musicales. Ainsi fonctionne le programme, par touches, année après année, comme un réseau où, comme pour les polders, on gagne du terrain petit à petit. Nos propositions leurs paraissent d’abord étranges, au sens d’étrangères, puis seulement étonnantes voire un peu ennuyeuses, enfin elles deviennent, pour la plupart, intéressantes parce que rendues familières, ils sont devenus sensibles à cette culture des choses belles, riches et  complexes. Et parfois, soudain, cela peut même devenir pour certains passionnants et d’autres s’empresseront de les rejoindre, à leur propre surprise, parce qu’on aura éveillé leur curiosité. En marge de ces écoutes musicales : les valses, forcément viennoises, jouées tous les jeudis soirs durant les “anniversaires” connaissent un succès sans précédent. Formes musicales “faciles” et pas absentes de leur univers sonore. Le Beau Danube Bleu sera même chanté, en fin d’année, par une large chorale des enfants de l’école. Une fois communiqué les programmes de l’Opéra de Vienne où nous comptons bien les emmener (et en l’absence, d’un grand classique viennois, à notre grand regret), nous portons notre choix sur “La Traviata” dont les enfants entendront des extraits pendant les tous derniers jours à Tachy. Ils en verront quatre versions, en vidéo. Ils seront si familiers de l’œuvre de Verdi, que plusieurs d’entre eux, pourront ensuite, juger décevante l’interprétation que nous en verrons au Volksoper, à juste titre, car pauvrement mise en scène et pas si bien chantée que ça (il est vrai qu’ils l’avaient entendu, à l’école, par  Placido Domingo ou Luciano Pavaorotti). Faut-il préciser que le séjour à Vienne s’est très bien passé.  

Les compléments de programme
I. A propos de l’année de Vienne
L’année de Vienne, et son programme expliqué, commenté par ceux qui chaque année le mettent au point.  Tous les grands moments y sont abordés : l’annonce de la destination aux enfants,  l’incontournable rituel du restaurant (ici le Paris-Vienne), les différents temps et aspects du programme culturel (l’invention de la psychanalyse par Sigmund Freud, la musique classique, Vienne au tournant du XXème siècle), la magie du séjour sur place, le retour et la fin de l’année qui prolonge, le voyage sur un mode actif. Fabienne d’Ortoli et Michel Amram évoquent à travers le film “Wiensjahr” une importante partie de la pédagogie de l’école de La Neuville : l’accès à la culture. 

PROLOGUE (Adapté de “La Ronde” de Max Ophuls, d’après Arthur Schnitzler) 
Viennoiseries à la sauce freudienne, scène I  

LE NARRATEUR - Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire un cours d’histoire. Vous sentez bien que je vais vous proposer quelque chose de plus léger, de plus intime, de plus élégant, en un mot de plus viennois.  Mais où sommes-nous ici ? A l’Opéra ? Dans le Palais de la Hofburg ? Dans le cabinet du Docteur Freud ? On ne sait pas… En tout cas, nous sommes dans le passé, j’adore le passé. C’est tellement plus reposant que le présent et tellement plus sûr que l’avenir. Pour commencer que nous manque-t-il ? Une valse ? Voici la valse. ( il chante )  

“Tournent, tournent mes personnages
La terre tourne jour et nuit
L’eau de pluie se change en nuages
Et les nuages retombent en pluie
Belles Viennoises ou impératrice
François-Joseph et même soldats
Quand la valse se fait entendre
Tous ils dansent d’un même pas
Maintenant la ronde commence
C’est l’heure calme où meurt la nuit
Regardez la fille s’avance
Voici la ronde des viennoiseries
Tilalalala, la ronde innonde
Tilalalala et les Viennoises rient.” 

II. Culture et scolarité
L’équipe de la Neuville explique comment l’approche culturelle change radicalement les données des apprentissages scolaires Toute l’organisation de l’école a pour but d’offrir à chacun un éventail aussi large que possible de lieux de parole, d’activités, donc des occasions de réussite, à partir desquels pour chaque enfant, rien ne sera plus pareil et notamment la possibilité de vivre les situations d’apprentissage et la classe autrement.  Donner à la classe, à l’apprentissage scolaire la place qui lui revient et qui est essentielle, fondamentale, ne doit pas consister à la surévaluer ou encore à sous-estimer les autres domaines qui sont également indispensables à la vie de l’école et à l’équilibre des individus.  - Remplacer la discipline de caserne par celle de chantier, dit Fernand Oury. Pour des classes où l’on produit autre chose que des textes qui restent enfermés dans des cahiers.  Imprimer des journaux, les échanger, correspondre avec d’autres classes, faire des enquêtes, s’organiser, discuter, voter, faire l’apprentissage de devenir autonomes, responsables.  Les classes neuvilloises ne fonctionnent pas de façon isolée dans l’école. Cela permet qu’un certain nombre d’activités, d’institutions de l’école soient reprises dans la classe, de même que les activités de la classe ont souvent une influence sur le fonctionnement de l’école.  Il est possible ainsi de gagner du temps (la classe est plus facile à mettre en place, les acquisitions se complètent plus facilement d’une année sur l’autre parce que les séjours des enfants dans la classe, et dans l’école, se poursuivent sur plusieurs années).  Ce mode de scolarisation autorise aussi un fonctionnement de la classe plus centré sur les apprentissages scolaires dans la mesure où l’emploi du temps du reste de la journée offre toutes sortes d’activités manuelles, sportives ou culturelles. Les problèmes qu’un enfant pourra rencontrer dans la classe se trouveront relativisés. Du fait même qu’il saura par des réussites dans d’autres domaines que sa valeur n’est pas en cause, ses difficultés fonderont comme neige au soleil (Françoise Dolto).  Avec la participation de : Zoé Mesnil, Fabienne d’Ortoli, Michel Amram, Saturnin Mesnil, Nicolas Mullier.  

JOUER - C’est avec cet effectif, les enfants et les adultes qui sont là depuis septembre, que nous allons donner notre spectacle annuel. Cette comédie musicale qui est une des formes privilégiée de la pédagogie neuvilloise, avec tout ce qu’elle véhicule d’historique ou d’anecdotique ; de politique, de poétique ; de sérieux et de joyeux.  “Cet amuse-école musical” comme l’a défini François, un Ancien, dès la première année, nous l’avons bâti, cette année, comme les précédentes, patiemment, semaine après semaine, atelier après atelier, en choisissant les musiques, les pas de danse, en créant les personnages, en écrivant les chansons, les dialogues, en apprenant les lignes, les airs, les rythmes, en confectionnant les costumes et les décors. Cette mise en scène que les enfants vont jouer, c’est, un peu, à chaque fois, le raccourci de notre année, comme un millésime est représentatif de l’année de sa récolte : toute notre énergie tendue, en cette fin d’année, vers ce but au point que le théâtre va devenir le lieu de notre complicité, le symbole de notre art d’enseigner et de vivre.  Ainsi, le jour du spectacle, les invités auront l’occasion d’entrevoir sur la scène, par delà  l’argument, la pédagogie développée dans l’école à base d’initiative, de responsabilité laissée à chacun pour des objectifs communs. Ce qui nous intéresse, en l’occurrence, c’est la capacité du groupe, à se dépasser, à offrir à l’école, donc à ses visiteurs, le meilleur de lui-même en y trouvant du plaisir. A cet instant, la fin de l’ultime période de l’année, le caractère éphémère qui est attachée à toute représentation théâtrale coïncide avec la spécificité, non moins éphémère, de l’acte pédagogique. Une fois le rideau tombé sur la dernière, certains de nos élèves nous quitteront, définitivement, que le travail soit complètement fini ou pas, que la représentation ait été réussie ou pas tout à fait.
Fabienne d’Ortoli & Michel Amram
Extrait de “Tous enseignent” 

III. Viennoiseries à la sauce freudienne
Sorte de “Making of” de la comédie musicale “Viennoiseries à la sauce freudienne” dans lequel enfants et adultes racontent l’entreprise de monter un spectacle à l’Ecole de La Neuville. 

Edito
“Vienne à la fin du siècle dernier, enfante dans l’affranchissement de la morale et de la tradition, dans la dissolution des valeurs bourgeoises, quelque chose de radicalement nouveau : rien moins que le monde contemporain (…) Freud libère l’inconscient, Otto Wagner esquisse la ville de demain, Klimt révèle les visages d’Eros, Kokoshka révolutionne le langage et Schoenberg invente la musique.” C’est cette période, étudiée cette année, autour de notre séjour dans l’ancienne capitale de l’empire d’Autriche-Hongrie qui a inspiré notre spectacle annuel. Mais rassurez-vous, nous n’allons pas vous faire un cours d’histoire… comme vous le dira notre narrateur tout à l’heure, sur la scène. Si vous êtes familiers des spectacles neuvillois, vous devinez que l’univers qui vous sera proposé dans notre Petit Théâtre sera plus léger, plus élégant, plus intime… Parmi les grands maîtres du 7ème Art, figure bon nombre de cinéastes nés dans cette région, durant cette période et non des moindres : Lang, Murnau, Pabst, Preminger, Sirk, Zinnemann. Et encore, excusez du peu Ernst Lubitsch (né à Berlin), Max Ophuls (à Sarrebruck) et Josef von Sternberg (à Vienne) dont nous nous somme plus directement inspirés pour trouver la matière même de ces Viennoiseries… Le spectacle à proprement parler se présente sous la forme d’une série de sketches précédée d’un prologue et suivi d’un finale. Ils donnent à entendre, sans suite logique, Le monde d’hier, comme l’a justement nommé l’écrivain Stefan Zweig. Cet écrin visuel prend, tour à tour, l’allure du Palais de la Hofburg, d’un appartement sur la Ringstrasse, de la salle de l’Opéra, d’un grand hôtel de Venise ou du célèbre restaurant Maxim’s à Paris. Les protagonistes en sont l’Empereur et l’Impératrice, des demoiselles de compagnie, des soldats, un capitaine, des bourgeoises et leurs maris, un bijoutier, des escrocs et j’en passe… D’un sketch à l’autre, pour le plaisir, et comme dans un puzzle, on trouvera des personnages, des situations, des airs, des mots, représentatifs d’une époque pas si lointaine où le gramophone passait pour une invention révolutionnaire mais qui a donné naissance à bon nombre d’outils, bien loin d’être dépassés dont la psychanalyse qui constitue, en quelque sorte la toile de fond de nos saynètes d’où la sauce freudienne. 

REPETITION - Nous sommes dans le théâtre. Je suis assis au premier rang. Quelques enfants regardent avec moi ce qu’il se passe sur la scène. J’essaie toujours de ne pas être seul à faire des commentaires aux comédiens d’autant que les remarques de leurs pairs pèsent souvent bien plus que les miennes. Je me montre exigeant. J’attends d’eux qu’ils fassent ce qu’ils ont montré qu’ils peuvent faire et qui leur a valu d’être choisi pour le rôle. Je le leur rappelle souvent. Cela fait douze ans que je mets en scène la comédie musicale annuelle mais je n’oublie jamais que nous ne sommes pas une école de théâtre. Le but recherché est très différent. Pourtant, au fil des années, et quel que soit l’effectif, s’est confirmé un savoir-faire qui est devenu celui d’une troupe. Peut-être depuis que nous avons joué ailleurs que chez nous, à Béziers, dans un vrai théâtre, devant des spectateurs que nous ne connaissions pas avec l’objectif de leur faire partager un jeudi après midi à la Neuville : “Oh, jeudi, c’est bien !”.  La même année, nous avions fait un film sur l’école. On avait décidé pour économiser le temps et la pellicule qu’on ne ferait tourner la caméra que lorsqu’il n’y aurait plus la moindre erreur, à la répétition de la scène, pas avant.  Dans les deux cas, la solution visait à établir une règle impersonnelle, compréhensible par tous. Je ne suis pas toujours suivi par les enfants sur ces principes. La plupart d’entre eux viennent au théâtre pour s’amuser et détestent continuer à travailler quand ils ne s’amusent plus. Mais ceci n’est pas spécifique au théâtre.  Je leur dis souvent que c’est la seule activité de l’école dans laquelle je ne suis pas d’abord pédagogue parce qu’il ne s’agit pas seulement, comme en classe ou en atelier que chacun progresse à son rythme et suivant son désir, il y a le résultat d’ensemble à considérer. Un engagement a été pris et, le jour dit, les invités seront là. Or, sur le programme figurent ces mots : L’Ecole de la Neuville présente… Au moins une personne en est comptable, et c’est justement le metteur en scène…  Monter le spectacle cette année est particulièrement difficile pourtant je dispose d’un groupe d’enfants motivés et talentueux. Mais la structure du spectacle fait que beaucoup repose sur un petit nombre, les réfugiés, et certains des comédiens manquent de l’expérience nécessaire pour parvenir à assumer le caractère fastidieux de toutes les répétitions. Travailler pour un objectif tellement différé est trop abstrait pour le néophyte. Il faut attendre la Couturière pour avoir la première répétition complète. Elle dure quatre heures et à peine achevée, on en fait la critique pendant une heure et demie parce qu’on est vendredi et que ça ne peut pas attendre jusqu’à lundi.   “Je vous trouve admirables”, dit Fabienne aux enfants, en Réunion, cet après-midi là. Je trouvai aussi leur comportement admirable mais j’étais surtout préoccupé par tout ce qui restait à améliorer moins d’une semaine avant la première et du peu de temps disponible pour le faire. On reprend le lundi. Je trouve dans le théâtre une grande majorité des comédiens prêts à continuer le travail et à payer le prix nécessaire en efforts. Ceux-là savent, pour l’avoir vécu, que le jour du spectacle, on ne regrette pas le travail fourni. Ce serait plutôt le contraire, on regrette seulement de ne pas s’être assez bien préparés. J’explique que ma responsabilité est de faire en sorte que les comédiens soient prêts pour qu’ils n’aient pas ces regrets, pour qu’ils puissent susciter une admiration vraie des spectateurs et non l’attention amusée ou complaisante que l’on accorde volontiers à un spectacle d’enfants. Ils sont d’accord et comprennent bien à quel point il est important que tout soit fait suivant les règles de l’art. Enfin, c’est la première. Je ne peux plus rien faire que regarder. Le jour de la représentation n’appartient qu’à eux et la réussite aussi, c’est pourquoi je ne vais jamais sur scène saluer avec eux à la fin du spectacle. Dans “Ça ne va pas se passer comme ça”, ils ont été, comme l’a dit Fabienne, tout simplement admirables.  Et je les ai attendus à la sortie des coulisses pour les féliciter, un à un.
Michel Amram
Extrait de “Tous enseignent” 

L’année de Vienne n’est pas un cas particulier
L’année de la Scandinavie
Les années se suivent et ne se ressemblent pas excepté pour ce qui est des rituels et notamment ceux, solidement établis aujourd’hui de faire chaque année un voyage en Europe et de donner à la fin de l’année un spectacle à l’école. 2008 n’a pas fait exception à la règle qui nous a vus prendre la direction du Danemark (et de la Suède) sur les pas de Perle Mohl, amie autochtone qui, avec le concours de Sébastien Pesce, nous a organisé un séjour tout à fait réussi en Scandinavie. Au mois de juin, nous avons joué “La Maison de Carl Larsson” qui rendait hommage au “design” des maisons nordiques, à leur élégance, à leur confort à partir de ce que laissait transparaître les aquarelles du peintre suédois. Nous avons utilisé pour support, un des classiques de la comédie musicale “Meet me  in Saint Louis” de Vincente Minnelli, dont l’intrigue, purement imaginaire, se situe à la même époque et dans une ambiance qui nous a paru proche de l’univers scandinave. 

AVEC?LES?NEUVILLOIS Lisbonne ?! Dans l’avion, avant le décollage, les hôtesses étaient affolées de voir autant de jeunes dans ce groupe. Mais, à l’arrivée, elles étaient stupéfaites, elles l’ont dit, de cette gestion du groupe par lui-même, où tout était repéré, mais de façon discrète et “coactive”, pour citer Tosquelles. Elles avaient vu à l’œuvre ce que Jean Oury et les “institutionnalistes” appellent un collectif : un groupe qui partage des valeurs, des règles et qui en est conscient.  Toute cette organisation s’est poursuivie à l’hôtel où les Réunions avaient lieu jusque dans le hall, faute de place, et cette maîtrise se retrouvait dans les prises de parole de chacun. Un des plus grands l’a dit : “Je crois qu’on a donné une bonne image de l’école, à Lisbonne”.  Et c’est vrai que la séance au Parlement, c’était quelque chose ! Les questions posées aux députés et ministres. Ils en sont  restés soufflés : “Et si vous aviez pu faire autrement que la Révolution des Œillets ? Qu’est-ce que vous auriez fait ?” A peu près tout ce qui se passait l’était dans une dynamique étonnante, que ce soit les visites ou l’ambiance. C’est que ce n’était pas un simple voyage, cette classe de découverte, que vous répétez, tous les ans : de Lisbonne à Londres, en passant par Vienne ! C’est l’aboutis­sement d’un travail qui dure toute l’année, et qui est, à la fois, scolaire, intellectuel et culturel. Et, de retour à l’école, pour finir l’année, c’est la comédie musicale bien sûr ! Vous fourmillez toujours d’idées ! C’est là qu’il se trouve votre dispositif à “fomenter du désir”, comme disait Fernand.
Jacques Pain
Sciences de l’Education. Université de Paris-X 

Le Film : 86 mn Les Compléments : 100 mn

VOIR L'école avec Françoise Dolto II - L'année de Vienne (DVD) © Frémeaux & Associés / Frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, parole enregistrée, etc...). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires  et les disquaires, ainsi qu’en VPC. Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écoutés par téléchargement auprès de sites de téléchargement légal.

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