"Un style fluide et volubile" par Jazz Magazine

L’histoire du jazz compte de nombreux oubliés. Sonny Criss en fait partie. Remercions Alain Gerber de réparer cette injuste amnésie avec cette parfaite anthologie de ce fils de Memphis, installé à Los Angeles dès ses 15 ans et devenu, dans les années 1950, un altiste majeur de la Black California.

J’ai découvert Sonny Criss au début des années 1960 grâce à un super 45-tours enregistré en France par Bernard de Bosson, intitulé Blues pour flirter. Coup de foudre immédiat ! Depuis, il fait partie de la petite tribu de mes « musiciens intimes ». Pourquoi ? J’aime son style fluide et volubile, « remarquable anthologie, selon Xavier Prévost, de diverses phases de l’histoire de l’instrument ». Marqué bien sûr par Charlie Parker (vivacité de l’attaque), il se refusera à parodier le Bird dont la découverte à Los Angeles l’avait pourtant foudroyé. Proche de Benny Carter (élégance mélodique), Johnny Hodges (onctuosité et velouté de la sonorité) et Willie Smith (sens enflammé du swing), son jeu, tout imprégné du blues le plus essentiel et teinté d’une tendresse jamais mièvre, surprend toujours par sa façon éruptive de surgir à chaque entrée en solo avec une véhémence lyrique irrésistible. Comment résister à ce phrasé roulé-boulé, voluptueusement élastique et sinueux, pareil à « une onde où l’onde s’enroule à la houle d’une onde » (Pierre Louÿs) ? Dans ce florilège amoureux, on (re)découvre avec bonheur des titres où il côtoie Wardell Gray, Howard McGhee, Buddy Rich, Chet Baker et Charlie Parker ; pour Clef, le label de Norman Granz, de bien belles prises avec son ami Hampton Hawes, publiées sous le nom de Flip Phillips ; enfin de superbes faces avec Sonny Clark, piochées dans trois microsillons Imperial datant de 1956 (Jazz USA, Go Man! et Plays Cole Porter).

Pascal Anquetil - Jazz Magazine