« Passionné de musique, et notamment de jazz et de rock, mais aussi et surtout galeriste et spécialiste de la peinture et de l’art contemporain et traditionnel (comme l’art africain, dont il présente d’intéressants témoignages dans sa galerie de Vincennes), Patrick Frémeaux — qui a signé récemment un essai consacré à l’écologie et publie aujourd’hui un ouvrage dédié à Pablo Picasso, avec une contribution de sa part et une autre de Paul Desalmand, Picasso par Picasso, Frémeaux/Pollen — a raison de se vanter d’être le plus important producteur discographique français de jazz, juste derrière le groupe multinational Universal.
Sa spécialité réside dans les rééditions anthologiques sur CD de documents déjà parus en LP. Dans ce domaine, il a su constituer un catalogue véritablement remarquable, comptant des centaines de titres magnifiques.
L’un des derniers titres qu’il a publiés est consacré au multi-instrumentiste afro-américain Eric Dolphy, l’un des principaux représentants du jazz californien. Dolphy fut saxophoniste et flûtiste, mais également un soliste original à la clarinette basse, et l’un des protagonistes d’une période, à cheval entre les années 1950 et 1960, fortement marquée par les expérimentations et les interactions avec la musique contemporaine européenne ; ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il fut, bien que brièvement, l’élève de Severino Gazzelloni lors des célèbres cours d’été de Darmstadt.
Un double CD très dense retrace chronologiquement toute la carrière, brève mais fulgurante, de cet extraordinaire et raffiné soliste et compositeur, capable de passer avec aisance d’atmosphères chambristes à des moments d’élan improvisé débridé, évoquant le modèle de Charlie Parker au saxophone alto, et de pièces fortement structurées à des épisodes inspirés par la plus grande liberté lexicale.
L’album de Frémeaux contient une sélection de ses meilleurs morceaux publiés entre 1949 et 1961 sur les labels Savoy, Warner, New Jazz, Prestige et Riverside. On y retrouve de véritables joyaux tels que G.W., 245, Far Cry et Fire Waltz, dans lesquels Dolphy apparaît avec différentes formations, comprenant notamment le pianiste Mal Waldron, le contrebassiste George Duvivier et le batteur Roy Haynes.
Les sessions originales furent enregistrées à Los Angeles, à New York, mais aussi à Copenhague, témoignant de l’excellent accueil que Dolphy reçut du public européen dans les années 1960. »
Par Luca CERCHIARI – L’OSSERVATORE
