Après une autobiographie de la batterie jazz, une histoire du be bop et un Naissance de la bossa nova plutôt objectives, Alain Gerber revient à la manière qu'il a forgé au fil d'une bibliographie déjà ancienne et qu'il a hissé au rang d'un genre en lui-même : la biographie de grandes figures à la première personne. Mais avec ces « Mémoires imaginaires de Sonny Criss, le génie oublié de la West Coast », l'auteur opère plus qu'un simple retour. On ne saura jamais si le saxophoniste se serait totalement reconnu dans les mots choisis par Alain Gerber mais ce dernier semble avoir trouvé la meilleure des positions pour dépeindre cette Black California, finalement toujours méconnue, et surtout faire vivre à son lecteur l'expérience vécue du jazz de ces années-là qu’un certain Charlie Parker éclabousse de tout son génie et de ses failles également, en entrainant dans son sillage toute une génération de musiciens. Souvent pour le meilleur, parfois pour le pire. Ce point de vue d'écriture tient bien sûr compte, avec une émouvante sincérité et un amour tendre, de la singularité de Sonny Criss, qui a su dépasser le legs birdien et s'affirmer comme une autre voie possible. Et ce n'est pas le moindre agrément de ce récit irrésistible (qui s'accompagne d'un double CD indispensable).
Bruno Guermonprez – Jazz News
