Patrick Frémeaux a recueilli un choix de textes d'Alain Gerber venus éclairer, avec ceux-chevet de Daniel Nevers et Alain Tercinet, une série de coffrets, dont l'intégrale chronologique de Louis Armstrong, figure centrale de cet ouvrage qui questionne le jazz à partir de la Louisiane négrière. Berceau du jazz premier ?
Chercheur-trouveur, Alain Gerber chahute les idées reçues. Louis Armstrong ne serait pas l'inventeur du scat singing, mais assurément du solo. Il questionne, problématise, fait l'exégèse des lieux communs. Satchmo, Jelly Roll Morton, Sidney Bechet, Bessie Smith, Fats Waller, Fletcher Henderson, Bix Beiderbecke, Earl Hines (et beaucoup d'autres en vérité) font l'objet d'un exercice de stèle à coup d'étourdissantes punchlines et d'une grande puissance d'image. À propos de Bix Beiderbecke : « Il fut ce voyageur sans bagages pour qui la vraie vie, de toute façon, ressemblait à une valise sans poignée. » À propos de Fats Waller : « Il lançait son rire comme un seau d'eau sur les traces de ses illusions. » À propos d'Earl Hines : « Il arborait un toupet ridicule, un à-plat de laque noire tartiné de gomina, et par-dessous un sourire de vieux renard déguisé en marchand de bretelles. »
Voyez son style, goûtez ses mots. Ce sont ceux d'un éminent critique de jazz, doublé d'un romancier-poète. Quoi de mieux en ces temps sans lueurs ?
Guy Darol – Jazz Magazine
