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LES ENFANTS D’IZIEU
LES ENFANTS D’IZIEU
ROLANDE CAUSSE
LECTURE PAR BULLE OGIER 








Les enfants d’Izieu et leurs éducateurs
Sami Adelsheimer, 5 ans
Hans Ament, 10 ans
Nina Aronowicz, 12 ans
Max-Marcel Balsam, 12 ans
Jean-Paul Balsam, 10 ans
Esther Benassayag, 12 ans
Elie Benassayag, 10 ans
Jacob Benassayag, 8 ans
Jacques Benguigui, 12 ans
Richard Benguigui, 7 ans
Jean-Claude Benguigui, 5 ans
Barouk-Raoul Bentitou, 12 ans
Majer Bulka, 13 ans
Albert Bulka, 4 ans
Lucienne Friedler, 5 ans
Egon Gamiel, 9 ans
Maurice Gerenstein, 13 ans
Liliane Gerenstein, 11 ans
Henri-Chaïm Goldberg, 13 ans
Joseph Goldberg, 12 ans
Mina Halaunbrenner, 8 ans
Claudine Halaunbrenner, 5 ans
Georgy Halpern, 8 ans
Arnold Hirsch, 17 ans
Isidore Kargeman, 10 ans
Renate Krochmal, 8 ans
Liane Krochmal, 6 ans
Max Leiner, 8 ans
Claude Levan-Reifman, 10 ans
Fritz Loebmann, 15 ans
Alice-Jacqueline Luzgart, 10 ans
Paula Mermelstein, 10 ans
Marcel Mermelstein, 7 ans
Theodor Reis, 16 ans
Gilles Sadowski, 8 ans
Martha Spiegel, 10 ans
Senta Spiegel, 9 ans
Sigmund Springer, 8 ans
Sarah Szulklaper, 11 ans
Max Tetelbaum, 12 ans
Herman Tetelbaum, 10 ans
Charles Weltner, 9 ans
Otto Wertheimer, 12 ans
Emile Zuckerberg, 5 ans
Lucie Feiger, 49 ans
Mina Friedler, 32 ans 
Sarah Levan-Reifman, 36 ans
Eva Reifman, 61 ans 
Moïse Reifman, 63 ans
Miron Zlatin, 39 ans
et Lea Feldblum, 26 ans,  seule survivante 


“Chaque fois qu’Izieu commémore le supplice des «Enfants», nous lisons à voix haute les noms des disparus d’avril 1944, ainsi que leur âge lors de la rafle. Il arrive souvent que les chiffres 6, 4, 3 ans, nous restent dans la gorge. L’excuse allemande d’avoir à éliminer des tireurs ne tient pas devant ces brevets de pure innocence. Le sommet de la barbarie est atteint. On nous reproche de combattre l’oubli. C’est au contraire notre fierté, et notre devoir suprême. Les archives sonores nous y aideront d’autant plus qu’aucune image n’est demeurée, hors celle des enfants posant devant la «fontaine», riant de toute leur insouciance”.
Bertrand Poirot-Delpech - Académicien
Président de la Maison d’Izieu
Mémorial des enfants juifs exterminés 

Images dans le livret papier :
Page 5 : La colonie d’Izieu, mai 1943/avril 1944   
Page 6 : Visite de la maison d’Izieu   
Page 7 : Bibliographie   
Page 9 : Ecrire Les enfants d’Izieu par Rolande Causse   
Page 17 : Plaidoirie de Maître Serge Klarsfeld pour les enfants d’Izieu 17/06/1987 à Lyon   
Page 27 : Autres ouvrages sonores sur la Déportation   

La colonie d’Izieu, mai 1943 / avril 1944
En 1940 et 1941, les Français ne réagissent guère aux persécutions antisémites. Les Églises demeurent silencieuses, les mouvements de Résistance sont encore inorganisés. Seules des œuvres caritatives viennent en aide aux juifs, notamment dans les camps d’internement français. Une organisation juive, l’Oeuvre de Secours aux Enfants (OSE), très active dans le sud de la France, s’emploie à faire libérer les jeunes internés. Sabine Zlatin, alors infirmière de la Croix Rouge, fait accueillir, dès 1942, des enfants dans le home ouvert par l’OSE à Palavas-les-Flots avec le soutien du préfet de l’Hérault et de l’abbé Prévost.   Dans son zèle antisémite, le gouvernement de Vichy propose aux Allemands, lors des grandes rafles de l’été 1942, de déporter les enfants de moins de seize ans jusqu’alors épargnés en zone non occupée. Très vite, les maisons d’enfants ne sont plus un refuge sûr. Seule la zone occupée par les Italiens offre une relative sécurité, ceux-ci se refusant, au contraire des autorités françaises, à arrêter et livrer les juifs aux nazis.  En avril 1943, la situation se dégradant dans l’Hérault, Sabine et Miron Zlatin partent avec quelques enfants vers l’Ain, alors sous occupation italienne. Aidés par le sous-préfet de Belley, Pierre-Marcel Wiltzer, ils s’installent dans une grande maison à Izieu, petit village à la limite de la Savoie et de l’Isère. Entre mai 1943 et avril 1944, la colonie accueille plus d’une centaine d’enfants. Une institutrice, Gabrielle Perrier, y est nommée en octobre 1943. À la «Colonie d’Enfants Réfugiés» d’Izieu, réapprennent à vivre ces enfants dont beaucoup ont subi plusieurs mois d’internement, ou ont été brutalement séparés de leur famille ou sont orphelins d’un ou deux parents, ces derniers ayant été déportés. La maison sert de lieu de passage à ces enfants, avant qu’ils soient pris en charge par une famille d’accueil, une autre colonie ou une filière pour gagner la Suisse.  

En zone non occupée, l’OSE, dès la fin du mois d’août 1942, ferme les maisons d’enfants et organise leur sauvetage par des voies clandestines, avant de se replier à Chambéry. Le 8 septembre 1943, l’Italie capitule et l’armée allemande occupe aussitôt les départements de l’ancienne zone italienne. En février 1944, la Gestapo arrête le personnel de l’OSE à Chambéry. Sabine Zlatin entreprend alors des démarches pour disperser les enfants et les mettre à l’abri. Partie demander de l’aide à Montpellier, elle apprend la rafle.  Le 6 avril 1944, à l’heure du petit déjeuner, des hommes de la Wehrmacht accompagnés par la Gestapo de Lyon - sur ordre de Klaus Barbie - font irruption devant la maison et raflent les 44 enfants et les 7 adultes présents. Seul Léon Reifman, un ancien éducateur, parvient à s’enfuir en sautant d’une fenêtre. Les fermiers voisins, les Perticoz, l’aident à se cacher.  Enfants et adultes sont emprisonnés au fort Montluc à Lyon puis envoyés au camp de Drancy, où ils arrivent le 8 avril 1944. Le 13 avril, par le convoi n° 71, 34 des enfants et 4 adultes sont déportés à Auschwitz-Birkenau. À l’exception de Léa Feldblum, tous sont gazés. Il en est de même pour les 8 autres enfants et 3 éducateurs partis dans les convois n° 72 (29 avril), 74 (20 mai), 75 (30 mai) et 76 (30 juin). Miron Zlatin et les deux adolescents, Théo Reis et Arnold Hirsch, sont déportés le 15 mai 1944 vers l’Estonie par le convoi n° 73, uniquement composé d’hommes dans la force de l’âge. Ils sont exécutés au cours de l’été 1944.   Les époux Serge et Beate Klarsfeld se battent pour que Klaus Barbie soit enfin jugé pour ces crimes. Ils retrouvent sa trace au début des années 70. Au terme de douze années de recherche obstinée, ils obtiennent son expulsion de Bolivie. Grâce à leur efficacité militante, Barbie est jugé en France. Lors de l’instruction du procès, ils retrouvent le télex de Barbie ordonnant la déportation des 44 enfants. Le 9 juillet 1987, la cour d’assises du Rhône déclare Klaus Barbie coupable de crime contre l’humanité et le condamne à la réclusion à vie. Au lendemain de ce procès, une association s’est constituée autour de Sabine Zlatin. Le 24 avril 1994, François Mitterrand, alors président de la République, inaugurait le Mémorial d’Izieu.  

VISITE DE LA MAISON D’IZIEU
La Maison d’Izieu se veut un lieu d’accueil et d’éveil à la vigilance. À travers l’évocation des enfants juifs d’Izieu et la perpétuation de leur souvenir, elle consacre ses activités à l’information et à l’éducation de tous les publics sur le crime contre l’humanité et les circonstances qui l’engendrent. Elle entend contribuer à la défense de la dignité, des droits et de la justice, et à la lutte contre toutes les formes d’intolérance et de racisme.  Deux bâtiments sont ouverts à la visite : La Maison, lieu où vécurent les enfants et leurs éducateurs. Plutôt qu’une reconstitution, les concepteurs ont privilégié l’évocation de la vie des enfants dans la colonie, de leur présence disparue. Des lettres et des dessins des enfants sont exposés dans le réfectoire et le portrait de chaque enfant figure dans les dortoirs. La Grange, ancien bâtiment agricole, abrite l’exposition permanente.  L’itinéraire et l’histoire des enfants et de leurs familles sont retracés dans le cadre de la collaboration du régime de Vichy et de la persécution antijuive dans l’Europe occupée par les troupes hitlériennes. La dernière partie de l’exposition est consacrée à la notion de crime contre l’humanité. On y évoque les principaux collaborateurs français ainsi que les grands procès, de Nuremberg à celui de Klaus Barbie.  

MAISON D’IZIEU
Mémorial des enfants juifs exterminés
01300 IZIEU
Tél. : 04 79 87 21 05
Fax : 04 79 87 25 01
Site internet : http://www.izieu.alma.fr
e-mail :  

On y accède :
- Depuis Lyon ou Chambéry par l’A43      (sortie Chimilin)
- Depuis Grenoble par la RN75 puis la D592.
- Depuis Bourg-en-Bresse par la N75 jusqu’à Sault-Brénaz puis la D19 jusqu’à Izieu.

Bibliographie
Les enfants d'Izieu et la rafle :
• BISCARAT Pierre-Jérôme, Les enfants d'Izieu 6 avril 1944, un crime contre l’huma­nité, Éd. du Dauphiné Libéré / Le Progrès, collection Les Patrimoines, mars 2003.
• CAUSSE Rolande, Les enfants d'Izieu, Préface de Sabine Zlatin, Editions Syros, 2004.
• CHAINE Catherine, Le voyage sans retour des enfants d'Izieu, Gallimard, 1994.
KLARSFELD Serge, Les enfants d'Izieu, une tragédie juive, Association “Les Fils et Filles des Déportés Juifs de France”, Réed. 2000.
• KLARSFELD Serge, En souvenir de Georgy : lettres et dessins de la maison d'Izieu, Aperture Foundation, Réed. 2002.
• SCHITTLY Richard, Izieu, l’innocence assassinée, Éditions Comp’Act, 1994. (épuisé)
• WILTZER Pierre-Marcel, Sous les feux croisés. Parole de Préfet, Éditions Comp’Act, 1999. 
• ZLATIN Sabine, Mémoires de la “Dame d'Izieu”, nrf, Gallimard, 1992. 

Sur le génocide nazi :
• BENSOUSSAN Georges, Histoire de la Shoah, Presses Universitaires de France, collection Que Sais-je ?, 1996.
• HILBERG Raul, La Destruction des Juifs d’Europe, Gallimard, collection Folio-Histoire, 2 tomes, 1991.
• GRYNBERG Anne, La Shoah, l’impossible oubli, Gallimard, collection Découvertes, 1995.
• LANZMANN Claude, Shoah, Gallimard, collection Folio, 1997. (Film/France/1985/ Couleurs/9h30; disponible en vidéo René Château Vidéo et DVD Why not Production).
• La déportation et Crime contre l’humanité, coffrets 4 et 2 CDs d’archives orales sur l’antisémi­tisme et des témoignages de déportés. Frémeaux & Associés - INA- PIS - Radio France 2000.
• Entretiens Serge Klarsfeld, coffret 7 CD - Frémeaux & Associés 2002.

Sur la pédagogie :
• FORGES Jean-François, Éduquer contre Auschwitz. Histoire et Mémoire, ESF éditeur, collection Pédagogies, 1997. 

Publications de la Maison d'Izieu :
 • Le crime contre l’humanité, origine, état et avenir du droit - Actes du séminaire tenu à la Maison d'Izieu et à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon les 19 et 20 octobre 1996, éditions Comp’Act, 1998 (épuisé).
• L’avenir de la mémoire - Actes du colloque international Lyon, 25-27 novembre 1999, éditions du centre d’études et de documentation Fondation Auschwitz – Bruxelles, bulletin trimestriel de la Fondation Auschwitz, n° spécial 66, janvier-mars 2000.
• L’art et la mémoire des camps, représenter-exterminer, rencontres à la Maison d’Izieu, sous la direction de Jean-Luc Nancy, le Genre Humain n°36, Le Seuil, décembre 2001. 


ECRIRE LES ENFANTS D’IZIEU
par Rolande Causse

“Cet ange qui rassemble les morts volés,  c’est le poème lui-même.” Jean-Luc Nancy 

UNE ÉMISSION DE RADIO SUR LA MAISON D’IZIEU
En 1987 quelques semaines avant le procès de Klaus Barbie, chef de la gestapo de Lyon, un ami me conseille d’écouter une émission sur la déportation d’enfants. C’est alors que je découvre la “Maison d’Izieu” où Monsieur et Madame Zlatin cachaient des enfants juifs. Je connaissais la tragédie des camps d’extermination. Au collège ma meilleure amie, Berthe Graff avait perdu ses parents à Auschwitz. Mais je n’avais jamais entendu parler de ce lieu et de ce foyer.  J’apprends que le 6 avril 1944, tous les habitants de la Maison d’Izieu : quarante-quatre enfants et sept adultes sont raflés, sur ordre de Klaus Barbie, par des gestapistes et des soldats de la Wehrmacht. Dans cette émission, que j’écoute avec attention, Madame Zlatin, la fondatrice de cette colonie, est interviewée. Elle dit le village isolé, perchée sur les derniers contreforts du Jura, la route étroite qui y mène et cette grande maison avec sa magnanerie où de nombreux enfants ont vécu. Des familles, souhaitant mettre leurs fils et leurs filles à l’abri des rafles de la police française et de la gestapo, les y conduisaient. Ils ont été jusqu’à quatre-vingts jeunes durant l’hiver 43-44.  Elle précise que filles et garçons étaient entourés d’une doctoresse, d’éducateurs et d’éducatrices dévoués qui tentaient de leur faire oublier les séparations familiales. Les anniversaires étaient l’occasion de petites fêtes au cours desquelles les enfants jouaient des pièces de théâtre.  Elle raconte comment elle avait réussi à déclarer ce lieu “colonie d’enfants réfugiés de l’Hérault”. En effet, un certain nombre de petits venaient d’un centre d’enfants juifs de ce département. Ainsi Sabina Zlatin avait obtenu une institutrice et ceux de six à douze ans montaient chaque jour d’école au premier étage, dans une pièce transformée en salle de classe. Les plus grands poursuivaient leurs études au collège de Belley. Madame Zlatin parle encore de l’ambiance fami­liale de la maison : “La maison et ses enfants c’était notre raison de vivre, notre raison d’attendre des jours meilleurs, notre espoir jusqu’à la paix.” Elle dit aussi le ravitaillement difficile qu’assurait à bicyclette, aidé par quelques grands, son mari Miron Zlatin.  Mais en 1944, un médecin juif, réfugié près de Brégnier-Cordon à quelques kilomètres d’Izieu, est arrêté. Devant le danger qui se rapproche, la décision est prise de fermer la Maison d’Izieu. Ce sont bientôt les vacances de Pâques. Madame Zlatin rejoint Montpellier où elle est en relation avec des religieux. Elle tente d’y trouver des lieux où les enfants pourraient être recueillis. Cependant comment réussir à découvrir suffisamment de solutions de repli pour quarante-quatre gamins âgés de quatre à quinze ans ?  L’arrestation survient le 6 avril 1944 au matin. Ce jour-là, elle persévèrait encore dans ses démarches. C’est la raison pour laquelle elle n’a pas été, elle aussi, arrêtée et peut témoigner de tous ces faits. 

LÉA, SEULE RESCAPÉE D’AUSCHWITZ
Puis l’émission se poursuit et Léa Feldblum, unique survivante d’Auschwitz, parle. Ses parents sont morts en 1942 à Montpellier, son frère et sa soeur ont été déportés.   Elle raconte qu’après l’arrestation, tous ceux d’Izieu sont envoyés au camp de Drancy. Là, les faux papiers de Léa sont jugés corrects et les autorités lui annoncent qu’elle est libre. C’est alors qu’elle leur répond : “Je ne m’appelle pas Marie-Louise Decoste mais Léa Feldblum et je suis juive”. Ainsi elle peut rester auprès des enfants. Elle est alors âgée de vingt-six ans. À la radio, elle dit le voyage terrible, le wagon dans lequel plus de soixante personnes sont enfermées, la faim, la soif, le corps qui fait mal. A l’arrivée à Auschwitz-Birkenau, le petit Albert, qui n’a que quatre ans, lui est arraché des bras. Elle est envoyé du côté de ceux qui vont travailler dans le camp comme Sarah-Suzanne la doctoresse. Mais cette dernière veut accompagner son fils qu’elle rejoint avec les autres enfants d’Izieu. Tous sont dirigés vers la chambre à gaz.  Léa ne comprend pas, elle pense que les enfants ont été envoyés dans un autre camp. Elle interroge une déportée qui lui répond : “Regarde la cheminée, la fumée...” Léa précise qu’elle résista à tous les durs traitements parce qu’elle s’était juré de survivre afin de revenir pour témoigner et raconter à Sabina Zlatin la disparition du groupe d’Izieu.  L

A NAISSANCE DU TEXTE
Le troisième témoignage est celui de Léon Reifman. C’est le frère de Sarah-Suzanne la doctoresse, le fils de Moïse et d’Eva tous deux éducateurs auprès des enfants. En 1942, il allait commencer sa quatrième année d’études de médecine, mais étant juif, il n’en eut pas le droit.  En septembre 1943, il quitta son poste d’infirmier à Izieu et dut se cacher à Montpellier car il avait l’âge d’être incorporé dans le service de travail obligatoire (S.T.O.) et d’être envoyé travailler en Allemagne.  Très tôt le 6 avril, il passe chercher deux élèves au collège de Belley, Max et Maurice. Léon Reifman revient à Izieu, souhaitant voir sa famille et ses amis. Il a à peine le temps d’embrasser ses parents que la Maison est cernée par les gestapistes et les soldats allemands. Immédiatement sa soeur Sarah-Suzanne comprend tout. Elle est au milieu de l’escalier et lui est juste derrière elle. En quelques secondes, elle réalise  que son fils Claude, âgé de dix ans, prend son petit déjeuner au rez-de-chaussée. Elle veut descendre près de lui mais a le temps de se retourner vers son frère et de lui souffler : “Sauve-toi, sauve-toi vite..” Léon remonte vers les dortoirs, inspecte toutes les fenêtres. Partout des soldats allemands, sauf derrière la maison. Il saute par une fenêtre du premier étage et se réfugie au fond du jardin...  A l’antenne, il va préciser : “Après toutes ces morts, moi qui ai perdu à Izieu mon père, ma mère, ma soeur, mon neveu et tous mes amis, ce qui est le plus dur, le plus pénible encore aujourd’hui, c’est qu’il n’y a pas de lieu où se recueillir, pas de cimetière, pas de tombe, pas de mé­moire!”  Entendant ces mots, je pleure. Mais je me ressaisis et pense : “Pourquoi n’y aurait-il pas de mémoire ? Je suis écrivain pour jeunes, je vais tenter d’écrire un texte...” A la fin de l’émission je retourne dans mon bureau, choisis un cahier neuf et commence quelques courtes phrases sous forme de poème : Ce sont des enfants Quarante-quatre Ils habitent une maison au nom étrange C’était le jeudi 6 avril 1944 C’étaient des enfants Ils étaient quarante-quatre Dans la maison d’Izieu au pied de la montagne Cette lourde bâtisse était accueillante et rassurante.  Le manque d’informations m’oblige à stopper. Mais je décide de commencer immédiatement une recherche historique. D’où venaient ces enfants ? Quelle était leur histoire, celle des adultes et celle de la Maison d’Izieu ? Cependant le texte que vous allez entendre est né des paroles de Léon Reifman. L’émotion m’en a dicté la forme. Lorsque je le reprendrai, je jugerai cette écriture juste et l’emploierai tout au long du poème. 

DOCUMENTATION ET ÉLABORATION
J’abandonne toute autre activité et cours à la recherche de documents sur ce foyer. Nous sommes au mois d’avril et le 11 mai 1987 s’ouvrira le procès de Klaus Barbie. C’est lui qui a fait arrêter les quarante-quatre jeunes et les sept adultes à Izieu. C’est lui qui a signé le télégramme les dirigeant vers le camp de Drancy après un interrogatoire paniquant pour les enfants dans la prison de Montluc à Lyon.  Le gestapiste Klaus Barbie a fait déporter et tuer de nombreux juifs, martyriser et exterminer de nombreux résistants, dans la région. Mais l’arrestation des quarante-quatre enfants est le plus barbare de tous ses crimes. Sur ce sujet, la presse publie des dossiers, la radio diffuse des reportages tel celui qui m’a fait découvrir ce drame. En juillet 1987, le journal Le Monde sort un numéro spécial de quarante pages sur Les années terribles et le procès de Klaus Barbie dans lequel une large place est faite à la Maison d’Izieu. Je rencontre des journalistes qui ont mené l’enquête.  Je découvre également le grand album de Serge Klarfeld : Les enfants d’Izieu, une tragédie juive. Les lettres et les photographies des filles et des garçons qui ont vécu à Izieu enrichissent mon imaginaire.  Je lis ou relis des livres sur l’Holocauste.  J’assiste au procès Barbie durant deux jours. Je ne vois pas cet homme car chaque matin il refuse d’y participer. J’y aperçois Madame Zlatin et des mères des enfants dont Madame Benguigui. Déportée en 43, elle a servi de cobaye pour des expériences médicales et, au camp d’Auschwitz, a appris que ses trois garçons, arrêtés à Izieu, étaient morts. Seule joie, à son retour elle retrouve sa petite fille. En raison de son très jeune âge - trois ans - Madame Zlatin avait choisi qu’elle vive dans une ferme non loin d’Izieu. Durant ce temps, j’obtiens la cassette de l’émission d’Antoine Spire qui, elle aussi, fait partie de ces grands moments sur Izieu. Je me nourris de tous ces témoignages et, dans ma tête le texte naît. Il aura trois parties : - Izieu cache heureuse (qui comprendra l’arrestation) - Drancy, une insupportable attente - Auschwitz l’innommable Il me reste à l’écrire. 

AU SOUFFLE DE LA TRISTESSE, LES MOTS COULENT 
Je commence et les phrases s’enchaînent dans le style poétique trouvé lors de l’émission. J’écris chaque jour. Une semaine passe. Je termine le monologue d’Eva à Drancy. Mais mon fils part pour un pays lointain faire de la plongée sous-marine. Je ne peux plus écrire sur ce sujet. Je ferme le cahier et le dissimule à l’extré­mité de mon bureau. Durant son absence, je rédige un article littéraire. Deux semaines plus tard, mon fils revient. Je reprends mon travail terminant la seconde partie, le camp de Drancy où les enfants comprennent qu’ils ne reverront plus jamais Izieu. Attente, désarroi, peur... Je dois avouer que pour le troisième chapître : Auschwitz l’innommable, j’écris le soir lorsque ma famille est réunie.  À l’aube du 13 avril, c’est l’appel et le départ de trente-quatre enfants et six adultes vers les camps de la mort. Les dix autres resteront avec Mina, la seule éducatrice, et partiront : deux enfants seuls par le convoi 74, trois autres par le convoi 75, trois enfants et Mina par le convoi 76 qui quittera Drancy le 30 juin 1944. Pour continuer à écrire, je dois entendre les voix, les rires de ma fille, de mon fils. Cette présence m’est indispensable pour accompagner les Enfants jusqu’à la lourde porte.  Une deuxième semaine et le texte est achevé. Je le tape et le fais lire à une de mes amies dont une grande partie de la famille a été déportée. Elle l’apprécie.   Contrairement à d’autres livres de la même importance pour lesquels je travaille durant six à huit mois, celui-ci m’a demandé trois mois de documentation et seize jours d’écriture. 

LE TEMPS DE L’ÉDITION
D’autres amis feront office de premiers lecteurs car je ne connais nullement la valeur de ce texte. Tous l’aiment; je m’en sens réconfortée.  Je cherche un éditeur. Nicole Vimard, alors directrice de la collection Petit Point aux éditions du Seuil, l’accepte. Avant le texte définitif, je demande à une comé­dienne de me le lire et j’écoute ce défilé de courtes phrases afin de les approuver toutes ou d’en supprimer si je sens la moindre lourdeur, la moindre rugosité, la moindre aspérité.  À la suite de cette lecture, j’ôte un “et”, un “puis” et une métaphore inutile. Ce sont mes dernières corrections. Mais les directeurs des éditions du Seuil me demandent comment l’actualiser. Je leur propose des ateliers d’écriture sur ce thème avec des élèves du primaire et du secondaire. Durant une année, je parcours la France. J’explique le drame d’Izieu, lis des passages, puis incite les jeunes à écrire leurs émotions, leur colère, leur révolte, les souffrances des enfants déportés mais encore les leurs propres. Des textes émouvants naissent.  

LA RENCONTRE AVEC SABINA ZLATIN

Avant l’édition définitive, une question se pose : la préface.  A mes éditeurs, je propose de contacter madame Zlatin que je n’ai toujours pas rencontrée. Je n’ai pas voulu la voir plus tôt ayant trop peur qu’elle m’influence ou pire que je sois bloquée par ses dires. Je souhaitais écrire librement ce poème et prenais le risque de me tromper. Son nom fait l’unanimité.  Elle me reçoit avec sympathie chez elle, rue Madame. D’emblée, je lui explique que je ne suis pas juive mais que ma mère est morte pendant la guerre, disparue. Je n’ai jamais pu m’incliner sur sa tombe. Elle me promet de lire le texte et de me donner une réponse au sujet de la préface dans une huitaine de jours. Je pars quelque peu anxieuse. Le soir, le téléphone sonne. Je reconnais la voix à l’accent chantant de Sabina Zlatin qui me dit : “J’accepte d’écrire la préface, j’aimerais vous voir le plus rapidement possible”.  Nous prenons rendez-vous pour le jour suivant. Le lendemain, je me rends à son domicile. Elle m’interroge : “Toute la nuit, j’ai lu et relu ce texte, comment avez-vous fait pour l’écrire ?” Je lui réponds qu’il fait écho à mon drame personnel. “J’en suis peut-être à un moment de mon écriture où il pouvait naître. C’était comme si je l’avais porté en moi”.  Je lui précise que depuis longtemps j’anime des ateliers d’écriture et que j’ai lié les portraits des Enfants d’Izieu à des traits de caractère, à des émotions, à des réflexions d’enfants rencontrés. Eternelle est l’enfance... Son regard bleu et vif croise le mien. Je la remercie de son accueil chaleureux. Un éclair d’amitié passe entre nous deux, amitié qui ne se démentira jamais.  Elle appréciera mon livre, aimera la cassette dans laquelle Bulle Ogier offre sa voix au texte, voix que vous allez retrouver. 

SUR UN FIL TENDU, LE POÈME ACCOMPAGNE LES ENFANTS
Chaque histoire possède ses personnages, ses lieux, sa dramaturgie et l’écriture surgit de ses éléments. Chaque récit développe un style différent.    Pour le texte Les Enfants d’Izieu, autour des mots de Léon Reifman : “absence de tombe, absence de mémoire”, la poétique du récit en vers libres est née. Style sec, mots essentiels devant des actes si terribles. Style simple symbolisant les instants de vie des enfants.  Style répétitif afin d’appuyer ou de scander la dureté de certains passages. Cadence qui progresse avec le drame : scènes de disparition (solitude de la maison), d’absence (les deux soeurs qui découvrent le silence total à Izieu), de souffrance (le train), vision d’horreur (Léa voit les enfants se métamorphoser en nains ridés). Style dépouillé jusqu’à l’épure, presque en forme d’écho, avant et pendant la lourde porte. Ecriture nue qui prend sa force dans le sens; “écriture blanche” dirait l’écrivain Maurice Blanchot.  Dans le livre, le texte n’est pas ponctué afin qu’il se dise sur un fil tendu et que le lecteur le parcourt du début jusqu’à la fin sans s’arrêter. Afin que lui aussi puisse accompagner les Enfants.  Mais cela ne veut pas dire une lecture rapide, bien au contraire. De nombreux espaces blancs marquent rythme et respirations.   Une jeune lectrice de dix ans m’a dit un jour : “Les blancs entre les phrases, c’est le temps pour pleurer.” Elle exprimait exactement le pourquoi de ces intervalles. Cette rythmique nécessaire, Bulle Ogier l’interprête et la respecte dans ce C.D. Autre signe : le texte n’est pas ponctué à l’exception de certains points d’interrogation qui suivent les Pourquoi ? Pourquoi ? Ces mots redoublent la grave question : comment l’état hitlérien, à travers ses lois et ses fonctionnaires, a-t-il pu concevoir et organiser de tels massacres ? Comment pouvait-on assassiner avec méthode et cruauté tous ceux qui étaient juifs ou tziganes ?  Un détail : mon premier titre était : Au malheur de mes onze ans. Les éditeurs ont préféré avec raison le titre plus significatif : Les Enfants d’Izieu qui a accompagné un deuxième livre, l’opéra, un disque, la cassette et bien entendu ce C.D.  

LE TEXTE SE DÉCLINE  

Comme plusieurs enseignantes me demandaient de travailler sur le texte, un jour l’idée m’est venue l’idée de l’enregistrer. Cette cassette, tout à fait artisanale, a été très bien accueillie. C’est alors que l’éditeur a envisagé de réalisé une cassette professionnelle avec les éditions Didakhé. La comédienne Bulle Ogier, que je remercie encore, a accepté de dire mon texte. Ses mots prennent une force particulière et procurent une émotion intense. Aujourd’hui le voilà en C.D. (édité par Frémeaux & Associés, unique maison de disque à réhabiliter les archives orales de l’histoire contemporaine). Quant au livre, la première édition a vu le jour en 1989 (Collection Petit Point, Seuil) suivi d’un beau livre en 1994 (éditions Seuil). En 2004, les éditions Syros Jeunesse le republient pour un public enfants-jeunes. Un opéra et des pièces de théâtre ont donné à voir et à entendre Les Enfants d’Izieu.

SEPT MILLE JEUNES ME QUESTIONNENT ET ÉCRIVENT...
Le livre de poche a été édité en 1989. De cette date à aujourd’hui 120.000 exemplaires ont été achetés et lus. De nombreux enseignants, de nombreuses bibliothécaires m’ont demandé de participer à des animations sur la mémoire et à des ateliers d’écriture. Des brochures ont été publiées. Voici deux textes parmi tant d’autres. 

Mots murmurés
Mots soufflés
Mots camouflés
Paroles brisées 
Qu’ils soient juifs, arabes, gitans, japonais,  Tous ont les mêmes droits de vie, de parole, d’écriture  
  
Bernard 10 ans 


L’outrage nous fixe de son oeil noir
Chaque mot, chaque rire volé à nos enfants
Chaque larme sont outrages.
Viol de l’humanité.
Pardon à ces enfants que le pouvoir bafoue.
Pardon à leurs yeux tendres
Cherchant dans les décombres
Un bonheur, un soleil
Pardon à ces enfants d’Izieu.

Séverine 17 ans
Première A1, Lycée Marseilleveyre 

De Limoges à Strasbourg, de Caen à Divonne-Les-Bains, j’ai sillonné la France et répondu aux questions de 7.000 à 8.000 jeunes.  Hors de France, ce livre a donné lieu à des rencontres en Grèce et au Canada.  L’ensemble des élèves et leurs professeurs me questionnent sur les faits, sur  ces enfants réunis à Izieu, sur la guerre et sur l’inhumanité du nazisme. Je leur réponds et termine souvent par le récit fait par Léon Reifman lors d’une soirée chez Madame Zlatin :  “J’étais recroquevillé au fond du jardin, un soldat allemand est venu seul jusqu’à moi. Je tremblais. Il m’a regardé dans les yeux et est reparti. J’ai pensé qu’il allait chercher du renfort pour me tuer. Le temps a passé. J’ai entendu les moteurs des camions qui se mettaient en marche et les enfants qui chantaient : “Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine...” Tous ceux d’Izieu s’en allaient. Le soir, grâce aux fermiers voisins j’ai pu quitter Izieu et être caché jusqu’à la libération.”  Léon Reifman nous dit comment un soldat allemand a pu épargner alors qu’il risquait sa propre vie celle d’un jeune juif. A tous les élèves, je leur précise que parmi mes trente-quatre livres, ce texte est mon préféré. Et je poursuis ces rencontres afin de perpétuer le souvenir des Enfants et des adultes d’Izieu. 

REPRÉSENTER L’IRREPRÉSENTABLE
Le philosophe Adorno s’est interrogé : “Peut-on écrire après Auschwitz ?” Cette courte phrase pose le problème de la représentation des camps de la mort et de l’extermination massive des Juifs et des Tziganes.    Pour moi, la question d’Adorno, que je connaissais, ne m’a pas effleurée. C’est l’inverse. J’avais comme “devoir” d’écrire sur ces Enfants là.  Enfant de la guerre, je ne peux supporter les souffrances injustes que l’on inflige à toute personne. Concernant les enfants juifs, je me révolte contre les étapes cruelles que les nazis leur ont fait subir, les douleurs physiques et morales et le vol de la vie...   Ce texte parle des quarante-quatre Enfants d’Izieu mais en réalité il symbolise la déportation des onze mille enfants juifs qui ont été arrachés du sol français et sont morts assassinés dans les camps (en 1939, 70.000 enfants juifs vivaient en France). Durant la seconde guerre mondiale plus d’un million d’enfants juifs, arrêtés dans tous les coins d’Europe, ont péri dans les chambres à gaz. Ecoutons Samuel Pisar1 : Tous ces enfants qui n’auront jamais étudié, tous ces savants qui n’auront jamais inventé, tous ces virtuoses qui n’auront jamais joué, tous ces écrivains qui n’auront jamais écrit, tous ces esprits, tous ces talents, qui auraient tant enrichi notre monde. Les mots que vous allez entendre, ils sont pour tous les enfants assassinés. Mais je les ai dédiés particulièrement aux Enfants d’Izieu afin qu’ils demeurent vivants dans notre mémoire.
Rolande Causse,
auteur de : Les Enfants d’Izieu, 
Le Seuil 1994, Syros 2004,
Oradour la douleur, Sarah de Cordoue, 
Syros Jeunesse,
Rouge braise, Folio Junior, Gallimard. 
1Samuel Pisar, rescapé d’Auschwitz. Auteur de Le sang et l’Espoir.     


Plaidoirie de Me Serge Klarsfeld pour les Enfants d’Izieu, le 17 juin 1987 à Lyon
Monsieur le Président, Messieurs les Conseillers, Mesdames, Messieurs les jurés. Le procès de Klaus Barbie est un procès historique: il est le premier en France intenté pour crime contre l'humanité contre un accusé jugé en application de la loi du 26 décembre 1964, loi votée à l'unanimité par le parlement et qui visait les crimes commis par les nazis et par leurs complices. Il s'agit du premier procès ; il s'agira peut-être du seul, si nous n'obtenons pas le jugement des deux hauts responsables de la police et de l'administration de Vichy contre lesquels nous avons également fait intenter des procédures pour crime contre l'humanité, je veux parler de Jean Leguay et de Maurice Papon. Aussi n'est-il pas nécessaire de souligner auprès de vous, qui avez assisté jusqu'ici aux 24 audiences parfois pathétiques de ce procès, l'importance qui lui est accordée en France et dans le monde. Le procès de Klaus Barbie est l'ultime épisode de cette immense affaire criminelle qui résulte des opérations entreprises il y aura bientôt 45 ans par la Gestapo de Lyon dirigée par Klaus Barbie. Se sont succédées notamment les phases suivantes : la chasse impitoyable aux familles juives pour les expédier vers les camps d'extermination ainsi que la cruelle répression menée contre les résistants par la torture, les déportations et les exécutions collectives ; l'utilisation de Barbie par les services spéciaux américains dans leur zone d'occupation en Allemagne ; la protection qu'ils lui ont accordée face aux multiples demandes du gouvernement français pour que Barbie soit livré à la justice française ; la fuite que ces services spéciaux lui ont ménagée vers l'Amérique du Sud ; le procès contradictoire de quelques responsables de la Gestapo de Lyon et les condamnations à mort par contumace de Barbie en 1952 et en 1954 ; le non-lieu décidé en 1971 par le Parquet de Munich en faveur du criminel fantôme qu'était devenu Barbie et son annulation quelques mois plus tard en raison de la production de nouveaux témoignages ; la découverte de Barbie à la fin de cette même année 1971 ; le choc de son visage et de ses mensonges « Je ne suis pas Barbie » sur nos écrans de télévision ; le refus de son extradition par les dictateurs boliviens ; l'impunité triomphante de Barbie pendant dix années ; le coup de tonnerre de son retour forcé en France sur les lieux de ses crimes, en dépit du temps passé et de l'espace qu'il avait mis entre lui et la France ; enfin sa défense provocatrice qui s'était proposée de transformer l'ancien chef de la Gestapo de Lyon d'accusé en accusateur.

Juridiquement, ce procès aurait pu ne pas voir lieu : la prescription de la peine a joué en faveur de Barbie 20 ans après ses deux condamnations par contumaces ainsi que l'autorité de la chose jugée. Barbie n'est donc jugé que sur une partie de ses crimes : ni ceux perpétrés dans la région de Saint-Claude, ni par exemple les exécutions sommaires, massives et atroces qu'il a dirigées à Bron et à Saint-Genis-Laval ne sont à charge contre lui. Si les juges militaires de Barbie avaient été parfaits en 1954, aucune affaire ne serait restée inconnue, aucune affaire n'aurait été oubliée. Tout aurait été jugé, tout aurait été prescrit. Par ailleurs, si la Gestapo avait été une organisation criminelle absolument sans faille, même dans la débâcle, il n'y aurait eu aucun rescapé des prisons et des camps : aucun de ses témoins qui ont déposé ici avec tant de dignité n'aurait été laissé en vie ; aucun document n'aurait été épargné du feu, tel le télex d'lzieu que j'ai pu retrouver et, dans ce cas également, faute de témoins directs et faute de preuves documentaires, Barbie n'aurait pu être jugé. Le fait d'avoir mis fin dans les règles à l'interminable cavale de Barbie ; le fait de pouvoir le juger légalement, même sur une partie seulement de ses crimes, sont deux chances permettant de mener jusqu'à son terme une action de justice à laquelle, bien entendu, est liée une action de mémoire. C'est aussi se souvenir, mais en actes, que d'empêcher le bourreau des enfants d'lzieu de connaître une paisible vieillesse, égayée par le récit complaisant de ses exploits hitlériens quand, jeune lieutenant S.S., il régnait sur Lyon par la violence policière avec plus de pouvoir de vie et de mort entre ses mains qu'un général de la Wehrmacht. Pendant les 21 mois qu'il a passés à Lyon, Barbie, chef de la section IV de la SIPO-SD, c'est-à-dire chef de la Gestapo, est devenu et restera « le boucher de Lyon ». Comme nous l'avons entendu ici à de multiples reprises, ce cadre moyen de la terreur nazie ne s'est pas limité à défendre la sécurité des troupes d'occupation, mais il s'est déchaîné contre ses victimes par le sadisme des tortures physiques ou morales qu'il leur infligeait ainsi que par son fanatisme qui l'amenait à prendre l'initiative et la responsabilité personneIle et totale d'opérations homicides d'envergure, telles les rafles d'Izieu et de la rue Sainte-Catherine, telle cette ultime déportation du 11 août 1944 et quelques jours plus tard le massacre de ceux qu'il ne pouvait plus déporter vers Auschwitz ou vers Dachau et qu'il a préféré assassiner plutôt que d'accepter la perspective de leur libération imminente par les Alliés.

Tout au long de ses agissements criminels, Barbie a-t-il gardé son libre arbitre et une claire conscience du bien et du mal ? Je crois sincèrement que oui. Il a reçu une solide instruction au sein d'une famille honorable ; dans son dossier racial il se déclare en 1940 « croyant en Dieu » ; mais il a choisi de devenir S.S. et de faire carrière au S.D. Lui, qui parait-il, est redevenu dans le texte un lecteur d'Homère, sait qu'il a eu le choix comme Heraklès entre le chemin de la vertu et celui du vice. Il a fait son choix et, plus tard, à la tête de la Gestapo de Lyon il est allé volontairement dans la cruauté et dans l'horreur au-delà de ce que son guide, le Führer, ou ses supérieurs, Knochen, Oberg, Lischka, Hagen ou Knab, réclamaient directement de lui. Quand Barbie liquide le foyer d'enfants juifs d'Izieu, ni les S.S de Berlin ni ceux de Paris ne le lui ont demandé. En cette année 1944, seul Alois Brunner suivra l'exemple de Barbie et liquidera le 20 juillet, les foyers d'enfants de la région parisienne. C'est pourquoi, à Damas comme à La Paz, nous sommes allés faire campagne pour nous opposer à l'impunité de Brunner et de Barbie. Nous avons agi ainsi pour la mémoire de ces enfants d'lzieu, dont Barbie, en connaissance de cause, à tranché la vie un jour de printemps 1944 par cette rafle qui devait les conduire sur la rampe de Birkenau-Auschwitz, où j'aurais dû moi-même arriver à l'âge de 8 ans en 1943 avec mon père, si le fragile double fond d'un placard ne m'avait sauvé des recherches de Brunner et des ses gestapistes.

Non, Jacques Vergès, ce n'était pas une perquisition, c'était une rafle et j'entendais de l'autre côté du mur, les S.S battre les fillettes de nos voisins, comme Barbie a frappé Simone Kadosche, pour leur faire avouer l'adresse de leur frère aîné. Cela se passait à Nice en septembre 1943 et il s'agissait des Allemands, des Allemands seuls, à Nice comme à Izieu. Depuis septembre 1942, la police de Vichy coopérait, en effet, de moins en moins à la chasse aux juifs qu'elle avait menée de façon massive pendant l'été 1942 sur initiative et sous pression du chef supérieur des S.S. et de la police allemande en France, Oberg et avec le feu vert du chef du gouvernement Laval et du chef de l'État Pétain. Non seulement elle l'avait menée en zone occupée - tout le monde se souvient de la rafle du vélodrome d'hiver, mais elle l'avait menée aussi jusque dans la zone libre, d'où elle avait livré 10 000 juifs apatrides ou étrangers, transférés en zone occupée au camp de transit de Drancy pour être déportés à l'Est. Parmi eux, les parents de la plupart des enfants d'Izieu. Mais cette coopération massive s'était brusquement interrompue, à la suite de la grande rafle de la zone libre, le 26 août 1942, qui avait soulevé l'indignation de la population française, en accord avec ses guides spirituels, le haut clergé catholique et protestant, dont les interventions publiques et solennelles ont consterné Vichy. Préoccupé par cette résistance inattendue de l'opinion publique, Laval en a fait part à Oberg et à Knochen et a obtenu qu'on ne lui impose plus désormais de contingents de juifs à livrer. C'est ainsi que la Gestapo, qui venait de diriger vers Auschwitz trois trains de mille juifs chaque semaine pendant 11 semaines à dû renoncer à son programme de déportation d'un train quotidien de mille juifs prévu du 15 septembre au 31 octobre 1942: 45 jours, 45 trains ; le sursaut de conscience du peuple français venait de sauver la vie à 45 000 juifs. Cette compassion de l'ensemble des Français, mis à part une petite minorité de dénonciateurs ou de miliciens ou de séides de la Gestapo, explique avant tout autre facteur le bilan exceptionnel de la solution finale en France par rapport à la quasi-totalité des pays d'Europe occupés, excepté le Danemark. 80 000 juifs avaient péri, 240 000 survivaient.

Les juifs de France garderont toujours en mémoire que si le régime de Vichy a abouti à une faillite morale et s'est déshonoré en contribuant à la perte d'un quart de la population juive de ce pays, les trois quarts restants doivent essentiellement leur survie à la sympathie des Français ainsi qu'à leur solidarité agissante à partir du moment où ils comprirent que les familles juives tombées entre les mains de la Gestapo étaient vouées à la mort. En avril 1944, à quatre ou cinq mois de la Libération, la Gestapo de province était la seule à rabattre encore de nombreuses victimes vers Drancy pour alimenter les trains de la mort. Le rendement de ces rabatteurs variait selon les K.D.S. Celui de Lyon où Barbie avait autorité sur la section juive s'est révélé alors le plus efficace de tous et il n'a pas hésité à s'attaquer, le premier, à un foyer d'enfants juifs. Avant que mon ami Charles Libman, ne traite le dossier de la responsabilité de Barbie dans l'affaire d'lzieu, je voudrais évoquer la mémoire de chacun de ses enfants, dont je me suis attaché, après les avoir inscrits dans « Le Mémorial de la Déportation des Juifs de France » à reconstituer l'état civil et le douloureux itinéraire personnel, afin que le bourreau ou les falsificateurs de l'histoire ne puissent prétendre, comme cela a été ridiculement le cas pour le télex d'Izieu, qu'il ne s'agit pas d'enfants authentiques ou de victimes authentiques. Sami Adelsheimer n'avait que 5 ans. Il était né à Mannheim. Sa mère, Laura, avait été déportée le 20 novembre 1943, neuf convois avant le sien. Sami n'est pas revenu. Max Leiner était né, lui aussi, à Mannheim il avait 7 ans. Max n'est pas revenu. Les parents d'Otto Wertheimer ont été déportés le 17 août 1942, transférés par Vichy de la zone libre à Drancy en zone occupée. Il est resté seul, il avait 12 ans ; il a été déporté sous la fausse identité d'Octave Wermet. Otto n'est pas revenu.

Egon Gamiel avait 8 ans. Ses parents, Ernst et Gertrud, internés au camps des Milles, livrés aux aussi aux S.S. par Vichy, ont été déportés le 17 août 1942. Egon n'est pas revenu.Arnold Hirsch était le cousin d'Egon Gamiel. Il venait d'avoir 17 ans et il était le plus âgé des 44 enfants. Ses parents, Max et Ida, ont connu le même camp, le même convoi et le même destin que ceux de son cousin. Arnold, lui, n'a pas été gazé à Auschwitz : déporté par le convoi du 15 mai 1944 avec M. Zlatin, il a été fusillé en Estonie dans la forteresse de Reval. Arnold n'est pas revenu. Théo Reis avait 16 ans. Interné au camp de Gurs avec sa mère et sa grandmère, il les a perdues quand elles furent livrées à la Gestapo par Vichy et déportées le 14 août 1942. Le souvenir de cet adolescent rieur a été évoqué ici-même par son ami Paul Niedermann. Théo n'est pas revenu : lui aussi a été exécuté sommairement dans la forteresse de Reval. François Loban était en réalité Fritz Loebmann. H était né à Mannheim ; il avait 15 ans ; sa mère, Mathilde, avait été livrée aux S.S par Vichy et déportée le 17 août 1942. François, Fritz n'est pas revenu. Avec Arnold, avec Théo, il faisait partie des trois adolescents que Barbie, dans les comptes abjects de son télex, a pris pour des adultes ; 41 enfants de 3 à 13 ans et 10 Köpfe : 10 têtes, comme s'il s'agissait de bétail ; en réalité 44 enfants et 7 adultes. Hans Ament était né à Vienne. Il avait 10 ans. A Izieu, on l'appelait Jeannot. Son père a été déporté le 4 mars 1943. Sa mère se mourait de tuber­culose, non loin d'lzieu : il lui écrivait : « Quant il y avait beaucoup de neige ici, on allait faire de la luge sur des pentes. On s'amusait très bien. Ecris à Freddy de ne pas m'écrire en allemand. A la colonie, il y a un beau chien qu'on appelle Tomi. L'école est dans la maison. Il y a une maîtresse exprès pour faire l'école. Elle nous apprend bien. » Jeannot n'est pas revenu. Les parents de Georgy Halpern n'ont survécu que pour pleurer chaque jour la perte de leur unique enfant. Ils n'ont pas eu la force de venir ici évoquer la mémoire de ce garçon de 8 ans, né à Vienne, qui leur a écrit d'Izieu tant de lettres touchantes :

« Chère maman, J'ai bien reçu ta carte qui m'a fait un grand plaisir, je me porte bien, je m'amuse bien ; à Noël on a fait des fêtes, on a joué des pièces et on a bien mangé : on a mangé du pain d'épice, du chocolat, de la pâte de coing, un sac de bonbons, on a bu du ovomal­tine, et on a donné des jouets : moi j'ai reçu une boîte de peinture et un cahier de dessin. Es-tu en bonne santé, la petite carte de bonne année était très belle, j'ai déjà répondu à papa. Il tombe pas encore de neige, je mange bien, je dors bien, je suis bien, on fait des promenades le jeudi et le dimanche : on se lève à 7 heures ; le matin on boit du café, une tartine avec de la confiture ; à midi des fois du potage, un légume, du dessert ; à goûter du pain avec du chocolat, du lait ; le soir une soupe,  un légume, du fromage blanc ; je t'envoie 1000000000000 baisers. Ton fils qui t'aime  beaucoup. Il y a de grandes montagnes et le village est très joli ; il y a beaucoup de fermes, on va des fois se promener à Brenier-Cardon. La maison est très belle. On va chercher des mûres noires et blanches et rouges. Je t'embrasse de tout mon cœur. Georgy n'est pas revenu. Renate et Liane Krochmal étaient nées également à Vienne ; elles avaient 8 et 6 ans. Livrés aux Nazis par Vichy, leurs parents, Jacob et Amalie, ont été déportés le 16 septembre 1942. Quant à leur frère, Siegfried, c'est au camp de Rivesaltes qu'il est mort à 11 ans. Renate et Liane ne sont pas revenues. Martha et Senta Spiegel avaient 10 et 9 ans. Elles étaient nées à Vienne. Leur mère, Rachel et leur père, Aron, ont été eux aussi livrés aux S.S. par Vichy et déportés le 25 septembre 1942. Ni Martha ni Senta ne sont revenues.

Sigmund Springer était né lui aussi à Vienne. Il avait 8 ans. Ses parents, Mendel et Sarah, ont fait eux aussi le sinistre voyage organisé par Vichy de la zone libre vers Drancy et ils ont été déportés le Il septembre 1942. Sigmund n'est pas revenu. A peine arrivée à Izieu, Nina Aronowicz écrivait à sa tante : « Je suis très contente d'être ici ; il y a de belles montagnes, et du haut des montagnes on voit le Rhône qui passe et c'est très beau. Hier nous sommes allés nous baigner au Rhône avec Mlle Marcelle (c'est une éducatrice). Dimanche nous avons fait une petite fête en l'honneur de l'anniversaire de Paulette et de deux autres petits et on a joué beaucoup de pièces et c'était bien beau. Et le 25 juillet on fera une autre fête à l'honneur de la colonie ». Nina avait 11 ans ; elle était née à Bruxelles. Sa mère, Mieckla, a été déportée en 1942, le 11 septembre, en été ; son père, Leib, en 1943, le 7 décembre, en automne; et elle en 1944, le 13 avril, au printemps. Nina n'est pas revenue. Albert Bulka, le cadet, était né à Anvers ; Majer-Marcel Bulka, l'aîné, était né en Pologne. Le matin de la rafle, il revenait du collège de Belley. Le directeur de ce collège a écrit en 1946 ; « Je vous revois, Marcel Bulka, garçon laborieux et fier, à la fois volontaire, délicat et discret ; orphelin prématurément mûri par le malheur, si admirablement conscient de ses devoirs d'aîné devenu chef de famille à 13 ans. Je revois votre petit frère, Coco, blond bambin de 4 ans, échappé du camp d'Agde sous le manteau de Mme Zlatin et dont les yeux s'illuminaient de confiance filiale quand vous le teniez par la main. » leur mère, Roizel, avait été déportée le Il septembre 1942 et leur père, Mosiek, le 4 mars 1943. Ni Marcel, ni Coco ne sont revenus. Ici même, vous avez vu le père de Lucienne Friedler évoquer la perte à Izieu de son épouse Mina et de sa fillette de 5 ans. Isidore Friedler est revenu d'Auschwitz ; ni Mina ni Lucienne ne sont revenues. Il ne lui reste même pas une photo de sa fille. Quant à Max Mermelstein, son état de santé critique n'a pu lui permettre de venir d'Australie pour vous parler de ses enfants, Paula, 10 ans, et Marcel 7 ans, tous deux nés à Anvers, et de sa femme Frieda qui fut arrêtée à la suite de la rafle d'lzieu et en même temps que ses enfants le 20 mai. Ni Paula ni Marcel ni leur mère ne sont revenus.

Max et Hermann Tetelbaum étaient nés également à Anvers. Ils avaient 12 et 10 ans. Leur arrestation à Izieu a entraîné celle de leur mère, Sefa, de leur sœur Gabrielle et de leur frère Maurice, capturés quelques jours plus tard à Chambéry. Dans cette famille de 6 personnes, seul le père a survécu pour son malheur. Léa Feldblum, seule survivante de la rafle et qui a tant souffert qu'elle ne peut exprimer avec cohérence tout ce qu'elle a vu et subi ; Léa Feldblum, cette femme admirable, qui a choisi d'être immédiatement déportée pour ne pas quitter les enfants dont elle avait la charge, tenait d'une main Coco Bulka et de l'autre Emile Zuckerberg à la descente du train à Birkenau. Émile n'avait que 5 ans ; il était né à Anvers ; ses parents, Ziegmund et Serla avaient été livrés à la Gestapo par Vichy et déportés le 14 septembre 1942. C'était à ce petit, traumatisé par cette brutale séparation, qu'il fallait raconter des histoires pendant des heures pour qu'il finisse par s'endormir et qui disait : « Quant je serai grand, je tuerai tous les Boches ». Émile n'est pas devenu grand ; il n'est pas revenu d'Auschwitz. Esther, Elie et Jacob Benassayag étaient nés à Oran; ils avaient 12, 10 et 8 ans. Leur père avait été arrêté dans la grande rafle de Marseille et déporté le 23 mars 1943. Esther, Elie et Jacob ne sont pas revenus ; mais leur mère croit toujours les revoir dans les visages de ceux qui avaient l'âge de ses enfants et qui ont eu la chance de devenir adultes. Fortunée Benguigui, leur mère, est venue vous parler de ses trois enfants, Jacques, Richard et Jean-Claude, nés tous les 3 aussi à Oran. Ils avaient 12, 7 et 5 ans. Jacques, c'est celui qui pour la fête des mères a partagé ses colis avec ses camarades qui n'avaient plus de parents. Fortunée l'infortunée est revenu d'Auschwitz mais Jacques et Jean-Claude ne sont pas revenus. Barouk-Raoul Bentitou riait et chantait tout le temps ; il avait 12 ans et lui aussi était né dans l'Oranais, à Palikao. Son père et deux de ses frères avaient déjà été déportés le 23 mars 1943. Barouk les a suivis et lui non plus n'est pas revenu.

Max et Jean-Paul Balsam étaient nés à Paris ; ils avaient 12 et 10 ans. Leur père avait été déporté par le premier convoi de juifs de France, le 27 mars 1942. Arrêtés avec leur grand-mère à Paris, en février 1943, ils avaient été libérés de Drancy grâce à l'U.G.I.F. qui les avait fait passer en zone sud, alors que leur grand-mère était déportée. A Izieu, Max et Jean-Paul ont connu un bref répit. Ils ne sont pas revenus d'Auschwitz. Chaïm-Henri et Joseph Goldberg avaient 13 et 12 ans. Ils étaient nés à Paris. Joseph envoyait des dessins à sa mère et lui écrivait.
« Tu me dis que je suis un grand artiste pour les dessins mais je ne suis pas encore peintre ; plus tard ça dépend. Dès qu'on a reçu ta lettre, on l'a lue, on l'a apportée à la patronne. La patronne l'a lue et après elle nous a fait une petite leçon de morale que j'aimais bien écouter. Elle nous a dit qu'il fallait bien apprendre sinon, si tu nous revoyais après la guerre, on serait des ânes. Alors je vais bien apprendre pour te faire plaisir, pour faire plaisir à la patronne et à la directrice et à la maîtresse et à moi aussi, comme ça pour qu'après la guerre tu nous vois tous les deux intelligents et que tu ne nous vois pas comme des ânes ».

Quand à Henri, le directeur du collège de Belley a dit de lui ; « Je vous revois, Henri Goldberg, petit parisien épris de la vie, des champs, devenu cultivateur passionné, mais demeuré spontané, frondeur et gavroche à souhait et si gentiment serviable». Ni Henri ni Joseph ne sont revenus. Vous avez vu et entendu Alexandre Halaunbrenner et sa mère Itta-Rosa. Les deux fillettes, Mina et Claudine, 8 ans et 5 ans, ont été capturées par la Gestapo de Barbie, quelques mois après que cette dernière se fut emparée du père, Jakob, et du fils aîné, Léon, 14 ans, l'un fusillé, l'autre déporté à Auschwitz, d'où il n'est pas revenu, pas plus que Mina et Claudine. Isidore Kargeman était né à Paris il avait 10 ans. Son père le 5 juin 1942 l'avait précédé dans un convoi pour Auschwitz, d'où Isidore n'est pas revenu. Claude Levan-Reifman était le neveu du Dr Reifman qui a échappé à la rafle et qui a déposé à cette barre. Il avait 10 ans ; il était né à Paris ; il a été déporté avec sa mère et ses grands-parents. Aucun d'entre eux n'est revenu. Alice-Jacqueline Lutzgart avait 10 ans elle était née à Paris. Cinq jours avant la rafle elle écrivait à sa  sœur :
« Ma très chère sœur, J'ai bien reçu ta lettre datée du 28 mars qui m'a fait grand plaisir. As-tu reçu ma lettre dans laquelle je te demande plusieurs bâtons de sucre-d'orge et quelques boites de cachous ? J'espère que tu l'as reçue et fais tout ton possible pour m'avoir ce que je te demande aussi : les papiers à lettres, les enveloppes et les dix timbres. Tu sais qu'aujourd'hui c'est le jour de premier avril et c'est aussi le jour du poisson d'avril où l'on accroche des poissons dans le dos, ce matin on m'en a accroché deux à la fois mais je m'en suis aperçu. J'ai choisi comptable mais tu sais ma compagne de classe a choisi un plus joli métier que moi, elle veut en étant plus grande devenir interne à la maternité comme élève sage-femme, elle aime beaucoup, elle m'a dit, opérer les mamans pour faire venir les petits enfants au monde parce qu'elle aime les petits bébés. Tu ne trouves pas que ce métier est joli; peut-être que moi je changerai d'avis et je ferai comme elle ».

Alice n'est pas revenue. Gilles Sadowski avait 8 ans ; il était né à Paris. Sa mère, Ruchla, avait été déportée le 27 juillet 1942 ; son père, Symcha, n'a pas échappé non plus à la déportation. Gilles n'est pas revenu. Charles Weltner avait 9 ans ; il était né à Paris. Sa mère, Marguerite, était hongroise. A son retour de déportation, elle n'a pas retrouvé son fils et n'a jamais renoncé à l'espoir qu'il était encore vivant. Sarah Szulklaper était née à Paris. A Izieu, on l'appelait Suzanne. Ses parents, Tauba et Huna, avaient été déportés le 18 juillet 1943. Elle a fêté ses 11 ans le 5 février 1944 et ce jour-là ses petites amies d'Izieu lui avaient écrit, toutes avec le même souhait, qui les concernait autant que Suzanne : Mina Aronowicz : « je te souhaite un bon et heureux anniversaire ; que l'année prochaine, tu le souhaites avec tes parents. Nos cadeaux sont bien petits, mais nos vœux sont bien grands ». Senta Spiegel : « je te souhaite un bon anniversaire et que tu retrouves tes parents ». Esther Benassayag : « je t'écris ce petit mot pour te faire plaisir en l'honneur de ton anniversaire ; que tu retrouves tes parents et que la guerre finisse ». Alice Lutzgart : « c'est aujourd'hui que nous te souhaitons ton 11e anniversaire ; j'espère que l'an prochain ainsi que les autres se passeront chez tes parents et aussi que bientôt tu retournes chez eux. Je termine en t'embrassant de toutes mes forces. Ton amie qui ne t'oubliera jamais ». Liliane Gerenstein : « c'est aujourd'hui ce jour, qui n'est malheureusement pas comme les autres anniversaires. Je termine ce petit mot en te souhaitant qu'à ton prochain tu retrouves tes parents ».

De même que ses petites camarades, Sarah n'a rejoint ses parents que dans la fumée des crématoires d'Auschwitz. Maurice Gerenstein était né à Paris ; il avait 13 ans. Il allait au collège de Belley et son directeur a dé­claré : « Je vous revois, Maurice Gerenstein, vir­tuose de 13 ans, sensible et secret, dont le talent de pianiste et de compositeur émerveillait vos professeurs et vos camarades et dont les improvisations, tristes et nuancées, contenaient des promesses certaines de génie ». Maurice n'est pas revenu ; pas plus que sa sœur Liliane, née à Nice et qui avait 10 ans. Leurs parents, Chendla et Chapse, avaient été déporté le 20 novembre 1943. C'est Liliane, 10 ans, qui a écrit à Dieu cette lettre déchirante retrouvée à Izieu : « Dieu ? Que vous êtes bon, que vous êtes gentil et s'il fallait compter le nombre de bontés et de gentillesses que vous nous avez faites il ne finirait jamais... Dieu ? C'est vous qui commandez. C'est vous qui êtes la justice, c'est vous qui récompensez les bons et punissez les méchants. Dieu ? Après cela je pourrai dire que je ne vous oublierai jamais. Je penserai toujours à vous, même aux derniers moments de ma vie. Vous pouvez être sûr et certain. Vous êtes pour moi quelques chose que je ne peux pas dire, tellement que vous êtes bon. Vous pouvez me croire. Dieu ? C'est grâce à vous que j'ai eu une belle vie avant, que j'ai été gâtée, que j'ai eu de belles choses, que les autres n'ont pas. Dieu ? Après cela, je vous demande qu'une seule chose: Faites revenir mes parents, mes Pauvres parents, protégez-les (encore plus que moi-même) que je les revois le plus tôt possible, faites-les revivre encore une fois. Ah ! Je pouvais dire que j'avais une si bonne maman et un si bon papa ! J'ai tellement confiance en vous que je vous dis un merci à l'avance.

Liliane Gerenstein, son frère Maurice, les 42 autres enfants d'Izieu ont été déportés et assassinés. Les bons n'ont pas toujours été récompensés et les méchants n'ont pas toujours été punis. Dès 1946, il a appartenu à M. Lavoille, qui n'était pas juriste mais le directeur du collège de Belley que nous avons cité, de tirer avec une rare lucidité la signification de cette rafle et de définir les caractères spécifiques du crime contre l'humanité : « Ce drame fut un des plus poignants de l'oppression ; un des forfaits les plus odieux du régime qui, pendant 5 ans, asservit et tortura l'Europe ; non pas une de ces atrocités commises dans le déchaînement de la folie guerrière ou le délire du combat ; mais un acte de haine et de violence froide, réfléchie, méthodique, érigée en doctrine d'ordre et de gouvernement ». C'est le moment, je crois, de rendre hommage à celles qui ont le plus milité, d'une part pour que justice soit faite et que le responsable de l'anéantissement de leurs enfants ne reste pas impuni ; d'autre part pour que se perpétue le souvenir de leurs enfants. Je veux parler de Mme Halaunbrenner et de Mme Benguigui. Vous les avez vues et vous les avez entendues ; elles ont toutes deux 83 ans ; elles sont fatiguées, très fatiguées ; elles ont 10 ans de plus que le bourreau de leurs enfants : « 3 enfants pour chaque mère. Elles et d'autres parents d'enfants d’Izieu se tourmentent sans cesse depuis ce matin d'avril 1944, où leurs enfants ont disparu. Jamais Barbie n'a souffert et ne souffrira ce que ces mères d'Izieu continueront à endurer jusqu'à leur dernier souffle. Pourtant, ces mères d'lzieu ont élevé leur héroïsme au niveau de la tragédie de leurs enfants. Quand, il y a 16 ans une Allemande s'est présentée à elles et leur a proposé d'agir dangereusement en sa compagnie pour faire obstacle à l'impunité de Barbie, elles ont répondu présent et, à l'époque elles ont été les seules à le faire, en dépit de leur âge et de leur santé.

Animées par leur volonté de justice, ces mères se sont exprimées non par de simples paroles, mais par des actes, ô combien difficiles : faire la grève de la faim sur les marches du palais de justice de Munich ; militer et s'enchaîner à La Paz, à 4000 mètres d'altitude, devant le bureau de Barbie. Elles ont osé ce que tant d'autres n'ont même pas eu la velléité d'entreprendre. Ainsi, ont-elles fait écho à la déclaration des Trois Grands du 30 octobre 1943 affirmant que « les puissances alliées poursuivront les criminels de guerre dans les régions les plus éloignées de la terre et les remettront aux accusateurs pour que justice soit faite ». Par leurs vaillantes actions, elles ont tendu leurs mains, à travers le temps à leurs enfants et elles ont aidé à les ramener à la lumière de la mémoire, à ce qu'ils deviennent avec tous les autres enfants d'lzieu un symbole de l'enfance juive martyrisée en France, en un temps maudit où, pour la Gestapo, le fait d'être un enfant juif vous condamnait plus sûrement à la mort que toute action de résistance M. le Président, Messieurs de la Cour, Mesdames et Messieurs les jurés, depuis le 6 avril 1944, ces mères attendent que Barbie qui s'est emparé de leurs enfants cachés au bout du monde dans un petit village de France ; que Barbie ramené du bout du monde, de la Cordillère des Andes, où il avait tenté d'échapper pour toujours aux conséquences de ses actes, que Barbie qui n'a rien renié de ses convictions nazies et qui n'a exprimé aucun remords, aucun regret, que Barbie, conformément aux réquisitions que vous entendrez de M. le Procureur général, soit condamné à la peine qu'entraîne la gra­vité de ses crimes.
Serge Klarsfeld 17/06/87, Lyon. 

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