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The Savoy Ballroom
House Bands 1931-1955








THE SAVOY BALLROOM - HOUSE BANDS - 1931-1955
Presque tous les grands orchestres noirs ayant joué un jour ou l’autre au Savoy Ballroom de Harlem, notre propos est de sélectionner, bien sûr les meilleurs d’entre eux, et en particulier ceux qui ont fait dans cet établissement les plus longs séjours et dont le nom est attaché à celui de ce prestigieux dancing, c’est-à-dire les Savoy House Bands. Le Savoy Ballroom ouvrit ses portes dans la nuit du 12 mars 1926, sous la direction de deux hommes, Moe Gale, un agent artistique, et Charlie Buchanan, le manager. Cet établissement élégant, fort bien décoré et agencé, sobre mais de bon goût, avait la particularité de posséder outre une immense piste de danse dont le parquet était en érable, deux estrades permettant à deux orchestres de jouer en alternance. Il y avait également une scène mobile ainsi que des tables et des sièges confortables pour le public. L’endroit fut lancé avec une promotion le décrivant comme étant “le plus beau dancing du monde”! Pourtant l’entrée n’était fixée en semaine qu’à 50 cents et à 75 cents pour les week-ends et les vacances ! À noter que le lundi l’entrée était gratuite pour les dames. Le Savoy se situait à Harlem sur Lenox Avenue entre la 140e et la 141e rue. Bientôt il surclassa ses deux principaux rivaux, le Roseland Ballroom et l’Arcadia Ballroom. Tout ce que Harlem comptait comme grands danseurs et autres fous de musique se sont vite retrouvés sur le parquet du Savoy dont le nom était devenu tout simplement the track, la piste! Le Savoy devint très vite le rendez-vous obligé de tous les meilleurs lindy hoppers (danseurs noirs acrobatiques de New York). Cela impliquait qu’ils dansent sur la meilleure musique possible, avec d’une part le house band, l’orchestre maison engagé pour environ six mois, et en face les orchestres de passage embauchés pour seulement quelques soirs. Les résidents avaient le privilège de jouer sur le “principal”, c’est-à-dire le grand podium, alors que les “invités” devaient se contenter en face d’une plus petite estrade !

L’ouverture du Savoy
Pour l’histoire, l’ouverture du Savoy se fit avec l’orchestre d’un musicien, Fess Williams, aimé du public plus pour ses pitreries et ses gags que pour ses qualités d’instrumentiste. Celui-ci jouait très médiocrement de la clarinette et du saxo alto, mais ses mimiques, ses contorsions, sa présence sur scène lui valaient une bonne renommée auprès des plus jeunes. Le solide pianiste de stride Henry “Hank” Duncan était au clavier et l’orchestre comptait quelques bons musiciens, mais l’omniprésence du chef rend l’audition de ses disques pénible et aucun ne pouvait raisonnablement figurer ici. Pour les trois premiers soirs de l’ouverture, les patrons du Savoy avaient engagé aussi l’orchestre de Fletcher Henderson, mais celui-ci jouait jusqu’à une heure du matin chez le concurrent, le Roseland Ballroom situé à Broadway. Aussi c’est en taxi que Fletcher et ses musiciens rallièrent le Savoy pour jouer vers les deux heures du matin ! Tous les grands orchestres connus et moins connus jouèrent un jour ou l’autre au Savoy et les citer tous serait fastidieux. On a relaté des nuits torrides, par exemple une compétition en 1929 devant plus de 5.000 danseurs, entre six orchestres, trois du Nord et trois du Sud des USA. Et, à la surprise générale, ce fût un orchestre du Sud, “The Missourians”, qui remporta la palme grâce à son danseur-animateur-chanteur Cab Calloway qui allait faire la carrière que l’on sait... Et pourtant en face de lui, il n’y avait rien moins que la formation de Duke Ellington et le réputé orchestre du pianiste Charlie Johnson qui comptait dans ses rangs des as comme Sidney De Paris à la trompette ou Edgar Sampson au saxo alto.

Le début des années 30
Avec le début des années 30 arriva la grande époque (bénie !) des grandes formations et le Savoy fut vite connu sous la dénomination fort juste de Home of the Happy Feet (la maison des pieds heureux) ou, en plus pompeux, la “Swing Capital of the World”. Parmi les artistes et orchestres les plus importants qui se produisirent au Savoy à partir de cette époque, citons pour commencer Sidney Bechet ; il vint y jouer en 1932 avec ses New Orleans Feet­warmers qui comptaient dans ses rangs le grand Tommy Ladnier à la trompette. Vers 1930, on entendit aussi l’orchestre du pianiste Claude Hopkins qui émigra chez le rival, le Roseland, et ensuite au fameux Cotton Club.

L’ère Chick Webb
Mais c’est le batteur Chick Webb qui associa durablement son nom à celui du Savoy de 1933 jusqu’à sa mort en 1939. Son orchestre était le House Band préféré et des danseurs et de presque tous les musiciens qui eurent la joie, le bonheur de l’entendre jouer. Bien sûr, son prodigieux jeu de batterie remportait tous les suffrages, mais aussi le “son“ de l’orchestre et ses remarquables solistes : Bobby Stark et Taft Jordan à la trompette, Sandy Williams au trombone, Louis Jordan ainsi que le remarquable compositeur et arrangeur Edgar Sampson au saxo alto, Ted McRae au saxo ténor et un puissant bassiste, Beverly Peer, moteur avec Chick Webb de cette phalange. Et comme attraction la jeune chanteuse Ella Fitzgerald, une découverte de l’avisé Chick. On comprendra pourquoi notre sélection comporte un nombre conséquent de chefs-d’œuvre de cet orchestre. Malgré la qualité de ces divers enregistrements, nous devons dire que bien des musiciens affirmaient que l’orchestre sonnait encore bien mieux en direct. Des dizaines d’années après la mort du génial Chick, tous reconnaissent encore qu’il avait été insurpassable. Pourtant chétif, le petit Chick a peut-être été le batteur le plus puissant que le jazz ait connu ! Quel contraste entre son apparence fragile et la force exceptionnelle de sa frappe ! Bien sûr, l’orchestre était le favori des danseurs et la terreur des “invités” qui devaient l’affronter. Duke Ellington a dit : « Chick et ses boys aimaient défier tous les autres orchestres noirs ou blancs, et aussi loin que je me souvienne, ils ne subirent jamais la défaite, Chick était toujours le vainqueur même si son rival du moment était le meilleur orchestre du monde !! » Bel hommage d’un connaisseur. Count Basie de son côté disait que rencontrer en joute musicale Chick Webb était une épreuve « qui rendait toujours les meilleurs très nerveux ! » Charlie Buchanan, le manager du Savoy, était très clair lorsqu’il engageait un orchestre, en soulignant cette règle d’or inflexible : « Jouez ce que vous aimez jouer, mais avant tout nourrissez les pieds des danseurs », et il surveillait constamment la piste. Si les danseurs la désertaient cela voulait dire que l’orchestre ne jouait pas une musique suffisamment stimulante pour les obliger à danser, aussi après une remarque, si la piste restait toujours vide, la sanction tombait aussitôt : « Vous êtes virés ! ».C’était en effet l’opinion des danseurs sur la qualité et le swing de la musique jouée qui faisait la loi au Savoy. Comme le faisait remarquer Count Basie: « Au Savoy ceux qui y dansaient étaient venus là pour swinguer et uniquement pour cela ! » Le dancing fut le témoin de multiples joutes musicales mémorables tout au long de son existence. Le week-end il y avait souvent quatre orchestres en compétition et l’on parle même de certains soirs où il y en eu jusqu’à six qui luttèrent jusqu’au petit matin pour obtenir les faveurs et les ovations du public des danseurs de cette confrontation sans merci. À propos de Chick Webb, on raconte même qu’un soir face à un orchestre de musiciens blancs, trouvant que la lutte était trop facile, le batteur renvoya tout son monde et resta seul avec sa section rythmique ; suprême humiliation, il terrassa quand même ses adversaires avec seulement quatre musiciens ! On pourrait citer ici de nombreux musiciens ayant fait l’éloge de Chick Webb et de son big band, on se contentera de ce que le trompettiste Doc Cheatham a confié à Hank O’ Neal : « J’aimais tout particulièrement l’orchestre de Chick, il a énormément innové... son orchestre avait un son fantastique. Tout ce que font les batteurs aujourd’hui, c’est à lui qu’ils le doivent. Sa batterie entraînait tout l’orchestre, c’est lui qui a créé le style que les bons batteurs ont conservé depuis et qui donnait à son orchestre un son que l’on entendait nulle part ailleurs ! ». Et Andy Kirk, célèbre chef d’orchestre, d’ajouter : « Aucun orchestre n’avait ce son-là, c’est Chick que j’aimais le plus ! »

Nous ne pouvions commencer notre choix musical que par Stomping At The Savoy, une composition et un arrangement de son saxophoniste Edgar Sampson, un morceau évidemment dédié au grand dancing et qui est devenu un classique du répertoire de la plupart des musiciens comme le beau Don’t Be That Way, tous deux retransmis lors d’une émission de radio en 1936. On sait que Chick “découvrit” Ella Fitzgerald dans un radio crochet. L’apport de la jeune et talentueuse chanteuse fut très bénéfique pour l’orchestre ! Grâce à ses vocaux d’une grande fraîcheur, la formation de Chick Webb connut vite une belle renommée auprès d’un large public (Dipsy Doodle). Les Américains aiment beaucoup les chanteurs. Sans chanteurs et chanteuses, les grandes formations ne pouvaient réellement percer quel que soit le magnétisme des leaders et la classe des solistes ! La présence d’un redoutable crooner bien sirupeux, plaisant au beau sexe, était également de rigueur ! Bien entendu, les responsables des maisons de disques allaient dans ce sens en donnant la priorité aux vocaux lors des enregistrements, au détriment des morceaux instrumentaux orientés vers le swing ! C’est pourquoi, à partir de 1937, on enregistra principalement les vocaux d’Ella comme le remarquait le trompettiste Taft Jordan, l’un des solistes vedettes de la formation : « Ces enregistrements des vocaux d’Ella se sont réalisés au détriment d’une grande partie des instrumentaux les plus swinguants de notre répertoire ». Cependant grâce à des retransmissions radio, certaines soirées ont pu être captées et sauvées, et ainsi nous avons des moments uniques qui donnent une idée exacte de l’efficacité de cette formation, avec une partie de batterie de Chick Webb absolument incroyable (Liza, My Wild Irish Roses) ! Mais, pour nous, le morceau qui donne la meilleure idée du rendement et de l’impact de l’orchestre est Breaking On Down ; à l’audition, on comprend pourquoi les danseurs du Savoy avaient des ailes aux pieds avec la pulsation implacable du tandem Beverly Peer-Chick Webb !

La sécurité au Savoy
Charlie Buchanan veillait beaucoup à la sécurité avec, à ses ordres de solides bouncers, des videurs costauds et efficaces tant dans l’enceinte du dancing qu’aux alentours ! C’est pourquoi les jeunes femmes seules pouvaient venir au Savoy en toute sécurité. Par exemple, le jeudi était la soirée des filles, celle des domestiques, des gens de maison qui avaient leur soirée libre et qui venaient au Savoy par centaines pour danser. Elles étaient accueillies par les videurs qui à la sortie les raccompagnaient en toute tranquillité vers un taxi ! Buddy Tate confirme : « Le Savoy avait les meilleurs videurs du monde. Ils en ont brisé des mâchoires ! » Buchanan fut même convoqué par la police qui lui dit : « On sait, Charlie, que tu as la situation bien en main, mais il y a trop de mâchoires brisées chez toi, ces temps-ci, il va falloir se calmer ! ». Si l’immense majorité des danseurs étaient des Noirs, les amateurs blancs étaient acceptés. On rapporte que le mardi était le jour où la clientèle blanche venait très nombreuse pour ad­mirer les évolutions des danseurs et écouter la musique. Harlem était un quartier de New York très sûr dans les années 30 !

Le Tempo Savoy
Très vite s’est installé ce que l’on a appelé le “tempo Savoy”, un tempo souple, élastique, générateur de swing favorisant les danseurs dans leurs plus brillantes figures. Tous les orchestres qui ont réussi au Savoy savaient leur offrir ce qu’ils souhaitaient. Ce fut le cas, à partir de 1937, d’une formation différente, elle aussi attachée au Savoy, la bande redoutée du clarinettiste-arrangeur Al Cooper. Bien que ne comptant que neuf musiciens, ces Al Cooper’s Savoy Sultans, grâce à leur cohésion et aux arrangements du chef et du guitariste Paul “Jock” Chapman, arrivaient à sonner comme une grande formation : riffs harcelants, solistes fougueux, section rythmique de fer, c’était ce qu’attendaient les danseurs du Savoy. Dickie Wells, le grand trombone, disait : « Les Sultans étaient tellement bons qu’ils donnaient des maux de tête et de l’angoisse à tous les autres!» Autre témoignage, celui d’Illinois Jacquet : « Si vous n’étiez pas au point, les Sultans vous renvoyaient vite chez vous ! » La formation se composait de deux trompettes, de trois saxos et d’une section rythmique complète de quatre membres, piano, guitare, basse et batterie (il n’y avait pas de trombones). Les deux trompettes étaient d’excellents solistes : puissance et sonorité charnue pour Sam Massenberg, jeu sensible et nuancé pour Pat Jenkins qui devint par la suite et pendant de nombreuses années le trompette de l’orchestre de Buddy Tate. Le soliste le plus étincelant, grâce à sa fougue et ses dons créateurs, était le saxo alto Rudy Williams dont chaque intervention, d’une originalité folle, ne peut laisser indifférent. Un grand altiste ! Mais c’est cette manière unique d’enchaîner les riffs les plus harcelants, les plus dansants qui ravissaient les piliers de la piste et terrorisaient les autres orchestres qui devaient les affronter au Savoy, « les sales Sultans » comme disait Count Basie qui les redoutait.

Les successeurs de Chick Webb
Après la mort de Chick Webb en 1939, la place de house band fût occupée par l’orchestre du trompettiste Erskine Hawkins qui, à son tour, sut parfaitement offrir aux danseurs ce qu’ils désiraient par dessus tout, une pulsation souple et efficace qui leur donnait des ailes. Orchestre de copains d’une grande cohésion, à la sonorité chaleureuse et aux solistes inspirés, avec notamment le trompette soliste, spécialiste à l’occasion de la sourdine wa-wa Dud Bascomb, les saxos Bill Johnson (alto), Julian Dash et Paul Bascomb (ténors) et le pianiste Avery Parrish, Erskine Hawkins se réservant les passages dans l’aigu. Orchestre remarquable par la stabilité de son personnel au cours des années, c’était à l’origine une bande d’amis d’un collège de l’Alabama qui s’étaient réunis et avaient gravi les échelons grâce à leurs qualités, pour s’installer durablement aux premières places parmi les big bands les plus réputés. Nul besoin de faire appel à des arrangeurs extérieurs, tout était “fait maison”, car l’équipe comprenait de remarquables compositeurs-arrangeurs en la personne de Sammy Love, de Bill Johnson, d’Avery Parrish et plus tard de Bobby Smith. Tout était préparé, conçu et joué par l’orchestre pour donner une musique aisée, décontractée, favorisant un swing souple et stimulant. Il faut aussi souligner le choix minutieux et judicieux des tempos ni trop vifs, ni trop lents pour la joie et le confort des danseurs : Tuxedo Junction, Gin Mill Special… On comprend les raisons de leur succès dans les grands dancings et notamment au Savoy où ils restèrent de nombreuses années. C’était, comme nous l’avons dit plus haut, la règle de survie pour les formations désirant faire une longue carrière : faire en sorte, par leur swing, de pousser le public à envahir la piste. Le patron Charlie Buchanan en surveillant constamment et attentivement la fréquentation ! Lucky Millinder est un cas inhabituel. Il n’était ni musicien ni chanteur, mais un homme de spectacle, un animateur doué d’un flair peu commun pour dénicher de jeunes et prometteurs talents. Son orchestre fut lui aussi un des piliers du Savoy. Au début des années 40, il possédait un atout majeur en la personne de la magnifique chanteuse-guitariste Sister Rosetta Tharpe (Down By The Riverside) ainsi qu’une pléiade de jeunes artistes “qui en voulaient vraiment”! Il régnait un bel esprit d’équipe et tous jouaient avec un enthousiasme communicatif les arrangements du saxo alto Tab Smith, drivés par une section rythmique puissante animée par le formidable Panama Francis à la batterie, peut-être le meilleur disciple et admirateur du regretté Chick Webb. Je me souviens de ce que me racontait Panama à propos du Savoy: « Dès le milieu de l’après-midi je ne tenais plus en place à l’idée d’avoir le bonheur de jouer le soir même au Savoy, tu te rends compte, prendre un tel plaisir et être payé en plus, c’était incroyable ! » À propos des cachets, tous les musiciens étaient unanimes pour dire que ce n’était pas dans cet établissement qu’on risquait de faire fortune ; la paye était mince mais, outre le plaisir qu’on y prenait, le fait d’avoir joué longuement au Savoy constituait une sérieuse référence ! Un titre de l’orchestre de Millinder est à la gloire du dancing, il s’intitule tout simplement Savoy, comme il le dit lui-même. Après un long séjour en Europe, le roi du saxo ténor, Coleman Hawkins de retour aux États-Unis en 1939, frappa un grand coup avec son illustre interprétation de Body And Soul. Profitant de cette nouvelle popularité, il monte un grand orchestre. Il se produira assez brièvement au Savoy, mais faute d’un bon agent, il n’obtiendra pas les engagements suffisants pour pouvoir entretenir une grande formation, et il devra renoncer et licencier. De son passage au Savoy en août 1940 est extraite une vigoureuse interprétation de Sheik From Araby, où il se taille la part du lion avec sa puissance habituelle et ses déboulés impétueux!

La danse toujours :  l’orchestre de Buddy Johnson
Plus tard un autre orchestre de jeunes et fougueux musiciens réunis sous la baguette du pianiste Buddy Johnson resta plusieurs années au Savoy. Cet orchestre fut en son temps l’un des favoris sinon le favori de la population noire pour qui la danse revêt une grande importance. C’était la volonté de Johnson de composer et jouer presque uniquement pour le public noir, ce qui ne peut qu’enchanter les amateurs de swing sans concession, mais possède son revers de la médaille : un impact commercial très faible auprès du public blanc américain. Mais le succès considérable auprès de la majorité des Noirs – il écumait tous les grands dancings du Sud – lui a permis de continuer à travailler longtemps après que beaucoup de chefs de prestigieux orchestres aient dû renoncer et dissoudre leurs grandes formations. Buddy Johnson était un habile compositeur et arrangeur et certains de ses succès devinrent des classiques qui furent repris par beaucoup d’autres. Sa sœur Ella Johnson était une chanteuse très aimée du public noir. Ses vocaux chaleureux, sensibles, coquins à l’occasion, constituaient à coup sûr un atout pour tout l’orchestre. À mon avis elle me semble bien supérieure à beaucoup de chanteuses plus renommées dont les maniérismes sont souvent difficiles à supporter. Écoutez attentivement le swing contagieux d’Ella et de tout l’orchestre dans I Don’t Want Nobody pour deviner les cris de joie qu’une telle interprétation pouvait déclencher dans les dancings du sud des Etats-Unis ainsi qu’au Savoy parmi les auditeurs et les danseurs. Quel impact lorsque tous les musiciens soufflaient à plein poumon des riffs dévastateurs ! Avec cette équipe, pas de phrases tarabiscotées, mais un swing généreux, implacable, bref, une musique à déguster bien évidemment, mais aussi, on l’aura compris, à danser. Car, une fois de plus le jazz est une musique de danse, alors concluez vous mêmes: le soi-disant jazz sur lequel on ne peut danser risque fort de ne pas en être du tout et d’utiliser abusivement l’appellation de jazz ! Aie! Et pourtant je ne fais que transcrire ici les propos de tous les grands musiciens, qui sont unanimes sur ce point ! Notons que la majorité de la critique de jazz, avec ses préjugés, a boudé cet orchestre qui comptait pourtant parmi les cinq ou six meilleurs big bands noirs de son époque. Le swing à cette dose doit-il en effrayer certains ? Pour ajouter à la réputation de Buddy Johnson, écoutons le témoignage du saxo ténor Kenny Hollon répondant à Johnny Simmen : « Buddy était un des meilleurs chefs pour travailler, il était modeste et gentil, ne donnant jamais l’impression qu’il était le chef, il veillait au confort de chacun, il payait aussi bien qu’il le pouvait, c’était un chouette pianiste et un très bon arrangeur. Buddy connaissait bien sa musique et son job ! » Une retransmission radio du Savoy existe, mais sa très faible qualité sonore ne permet pas hélas de l’inclure ici. Contentons-nous de ses excellents disques. Un morceau phare de cette formation, Walk’ Em, résume bien les goûts musicaux de Buddy et son attachement pour les tempos moyens bien balancés. Grâce à cette interpré­tation, son orchestre fut surnommé le “Walk’ Em Rhythm Band”. À noter que sa musique, par exemple Lil Dog ainsi que Shufflin’ And Rollin’ avec un violent after beat, n’est pas sans rappeler celle de Lionel Hampton qui, est-ce un hasard ? a également maintenu son big band plus longtemps que presque tous les autres !

Le Savoy : le temple de la danse
Au Savoy, il y avait bien sûr la musique, et quelle musique, mais elle était jouée et destinée avant tout: aux danseurs. Il y eut la folie du Charleston au milieu des années 20, suivi immédiatement par le lindy hop, danse créée pour saluer l’exploit de l’aviateur Charles Lindbergh, qui venait, pour la première fois, de traverser l’Atlantique. Lindy hop veut simplement dire le saut de Lindbergh. De ce lindy hop découlent de multiples variantes, mais c’est la danse swing par excellence, celle qui colle à la musique jouée au Savoy. Les grands danseurs du lieu ne cessaient d’inventer des pas nouveaux, de créer des figures où les deux partenaires unissaient leurs efforts, leurs acrobaties pour faire plus et mieux que les voisins, surtout lors des lindy hop contests qui se tenaient en général le mardi soir ! Des noms sont parvenus jusqu’à nous, d’abord le petit Shorty George auquel Count Basie a dédié un titre que l’on trouvera ici. Ce Shorty George Snowden, que l’on surnommait aussi le père du lindy hop, était un petit homme courtaud, qui louchait, mais qui était un dieu de la danse, inventant sans cesse des variations avec ses partenaires, des figures d’une incroyable virtuosité et d’un humour visuel qui rallaient tous les suffrages. L’homme était le pivot du couple, faisant virevolter sa partenaire tant autour de lui qu’au-dessus de lui ! Et quelquefois, les rôles étaient inversés et c’était alors madame qui faisaient voler son homme, ce qui était salué, on s’en doute, par des ovations et des vivats ! Il fallait que les orchestres fournissent alors un tempo stable, une pulsation tonique et swinguante, ce qui était le cas avec les house bands maison. Il y avait aussi un autre danseur célèbre, Twisty Mouth, un grand noir très sec, dont la vitesse d’exécution était étonnante, même pour les pas les plus subtils ! La danseuse Mura Dehn, dans un article, cite aussi un certain Tiger Pants, grand spécialiste du sheik. Ce furent surtout dans les années 30 une succession de danses nouvelles, mais qui toutes avaient un tronc commun, le lindy hop. Il y eut le shimmy, le Suzy Q, le shim-sham, le fish tail, le snake hips, le truckin’, l’Apple Jack, le Big Apple... Et les orchestres les plus en vue consacraient même des morceaux à la gloire de ces nouvelles danses. Dès 1929, Duke Ellington enregistra Snake Hip Dance et en 1930 That Lindy Hop. Le Truckin’ eut beaucoup de succès en 1935 avec des versions de Duke encore lui, mais aussi d’Henry Allen et de Fats Waller. Lil Armstrong grava Doin’ the Suzy Q, Jimmie Lunceford eut The Pigeon Walk à son répertoire, Chick Webb et Ella Fitzgerald ont swingué sur Everybody Step et Buddy Johnson créa le Walk’ Em. Count Basie, après Shorty George, composa en 1944 Taps Miller en hommage au danseur de claquettes. Les exemples pourraient être multipliés. En fait, il fallait pour devenir très populaires, que ces diverses danses aient été testées, peaufinées et lancées depuis le Savoy ! Sortant de ce creuset de créativité, les danses nouvelles pouvaient alors se répandre dans tout le pays. Là aussi, le Savoy avait un rôle de promotion important de la danse vivante. Grâce soit rendue à tous ces lindy hoppers connus et inconnus, à tous ces jitterbugs qui avaient fait du Savoy leur maison et la rampe de lancement des nouvelles danses !

Des invités de marque
En dehors des orchestres qui firent de longs séjours au Savoy, il aurait été injuste de ne pas sélectionner quelques titres de certains orchestres prestigieux qui n’hésitèrent pas à venir défier et jouter avec les “résidents”. Bien sûr, Duke Ellington représenté ici par un robuste In A Jam qui lui donne l’occasion de faire défiler les principales vedettes de sa formation. Cab Calloway, qui eut entre 1937 et 1944 un orchestre capable de rivaliser avec les meilleurs, a donné la parole en 1941 à ses deux vedettes : l’exceptionnel swingman du ténor-sax Chu Berry qui prend dans Special Delivery trois chorus de blues sur tempo vif, qui font chaud au cœur (et aux pieds !) de ses nombreux admirateurs. Il est suivi par l’impétueux Jonah Jones, très en verve à la trompette. Évidemment, tout ce beau monde est poussé, survolté par la section rythmique de Cab, une des meilleures de son temps avec Cozy Cole à la batterie et Milton Hinton à la basse ! Benny Carter, le multi-instrumentiste, compositeur, arrangeur, eut souvent l’occasion de diriger des formations qui se produisirent au Savoy vers 1940-41. Il salue à sa façon le mythique dancing avec un beau Savoy Stampede. Count Basie, quant à lui, se frotta souvent avec les house bands maison. Il voulut lui aussi rendre un hommage mérité à ce lieu grâce à la personne de l’illustre danseur Shorty George qui régnait sur la piste et en était une grande attraction très prisée de tous les spectateurs. Les orchestres de Kansas City comme Jay McShann et Andy Kirk vinrent sur la côte Est pour se mesurer aux résidents du Savoy ; c’est naturellement que l’on trouvera ici des titres les montrant à leur avantage. Dans les années 30, le saxophoniste Teddy Hill dirigea une grande formation comprenant d’excellents jazzmen qui sont en évidence tout au long d’un dynamique King Porter Stomp. Une autre version du même thème est jouée par l’orchestre du pianiste Claude Hopkins qui séjourna souvent au Savoy vers 1930.

De la fin des années 40 aux années 50
Dès la fin des années 40, devant les difficultés à entretenir économiquement quinze ou seize musiciens, les leaders des grandes formations durent renoncer et se contenter d’orchestres de sept à neuf membres seulement. La vogue des big bands arrivait à sa fin, hélas ! Les dirigeants du Savoy durent se résigner, eux aussi, à prendre à demeure des formations réduites et ce fut le règne des Tab Smith, Buddy Tate ou Cootie Williams. La seule grande formation programmée au Savoy à partir de 1950 jusqu’en 1956 restant celle de Buddy Johnson. Bien que privés de la plupart des grands orchestres qui ont fait la réputation du lieu, les responsables du Savoy continuent à programmer chaque jour deux ou même plusieurs groupes. Mais le public est moins nombreux, la clientèle blanche déserte Harlem devenu peu sûr. Tab Smith n’est pas un inconnu, il a été remarqué comme saxo alto et arrangeur dans des orchestres en vue comme le Mills Blue Rhythm Band, Count Basie, puis Lucky Millinder (dont deux titres sélectionnés ici portent sa signature). Tab fonda son propre groupement avec notamment Red Richards au piano et Walter Johnson à la batterie. Il fut un pensionnaire régulier du Savoy de 1945 à 1952. Sa formation, par sa composition et son style, avait bien su prendre la succession des fameux Savoy Sultans, en moins brillant et moins énergique cependant. Le titre Jumpin’ At The Track, très explicite, est dédié à la piste du dancing (the track). Buddy Tate, l’excellent saxo-ténor vedette de l’orchestre de Count Basie pendant prés de dix ans, fonda ensuite une formation très stable de sept musiciens qui s’installa pour des années au Celebrity Club de Harlem. Sur la pressante demande de Charlie Buchanan, l’orchestre dut partager son temps entre le Celebrity et le Savoy. Cette robuste et swinguante formation jouait, à l’image de son chef, un jazz direct, dru, vivant avec au programme de nombreux blues, que ce soit sur tempo lent ou medium. D’anciens succès du répertoire de Count Basie n’étaient pas oubliés, perpétuant toujours la tradition de Kansas City, avec pour arrangeurs, le trombone Eli Robinson et le pianiste-organiste Skip Hall. La collaboration de Buddy Tate avec le Savoy Ballroom dura sept ans, mais je dois affirmer que son cœur battait pour le Celebrity Club où il a été “chez lui” pendant vingt et un ans ! L’orchestre était tellement bon qu’il avait des fans qui remplissaient la salle chaque soir pour danser ! Pendant ces années, c’est celui qu’il fallait impérativement aller écouter à Harlem ! Le célèbre trompettiste Cootie Williams, vedette pendant plus de onze ans de l’orchestre de Duke Ellington où la perfection et l’impact de ses interventions tant open qu’avec la sourdine wa-wa faisaient sensation, fût débauché par Benny Goodman fin 1940. Dans ce nouvel orchestre, il s’ennuya ferme au point de le quitter après moins d’un an pour former, avec l’aide de Duke, une grande formation avec en vedette le saxo alto et blues singer Eddie “Cleanhead“ Vinson. Il est bien sûr passé au Savoy dans les années 1941-1945 avec ce grand orchestre. Mais comme bien d’autres il dut le dissoudre pour ne garder qu’un septet. C’est avec cette formation réduite qu’il devint l’un des “réguliers” du Savoy jusqu’en 1956.

La fin d’une époque
La grande époque du Savoy Ballroom a été celle que les grandes formations animèrent au cours des années 30 et 40. Là se produisirent les meilleurs orchestres du monde, noirs et blancs. Lors de certaines joutes épiques, plus de 5.000 personnes pouvaient se presser dans la salle et il en restait autant dehors qui ne pouvaient entrer ! Car il fallait s’y prendre de bonne heure pour avoir accès au saint des saints et obtenir une bonne table ! Après 1955, le charme était rompu, le Savoy résista encore quelque temps mais il dut fermer et fut livré aux bulldozers des démolisseurs ! En 1975, avec Sammy Price, je suis passé devant l’emplacement du Savoy et j’y ai vu un parking ! Le merveilleux temple de la danse avait fermé définitivement ses portes en octobre 1958 après 32 ans de vie peuplés de nuits inoubliables, des nuits que des milliers d’amateurs de jazz, de par le monde, auraient voulu vivre !
Jacques MORGANTINI
© 2007 Groupe Frémeaux Colombini SAS

Remerciements à Jean Buzelin et à Pierre Allard pour les tirages photographiques. Photos, collections : Arsene Studio, Jean Buzelin, Jacques Morgantini, Charles Peterson, X (D.R.)

English notes
THE SAVOY BALLROOM HOUSE BANDS (1931-1955)
As almost every black big band played some time or other at the Savoy Ballroom in Harlem, we have confined our choice to the best of them, particularly those which played the longest stints there and whose name is closely associated with this prestigious dance hall i.e. the Savoy House Bands. The Savoy ballroom opened on the evening of 12 March 1926, under the aegis of Moe Gale, an artistic agent, and Charlie Buchanan the manager. This elegant, tastefully decorated venue, in addition to its vast maple wood dance floor, also boasted two stages enabling two orchestras to play alternately. The revolving stage was surrounded by comfortable chairs and tables. The opening publicity described it as “the most beautiful ballroom in the world”. And yet it only cost 50 cents to get in on weekdays and 75 cents at the weekend and bank holidays, and ladies didn’t have to pay on Mondays! The Savoy was situated in Harlem on Lenox Avenue between 140th and 141st streets. It rapidly outclassed its two principal rivals, the Roseland Ballroom and the Arcadia Ballroom. All Harlem’s best dancers and other music fans flocked to the Savoy’s dance floor which soon became known simply as “the track”. The Savoy became the “in” rendezvous for the best lindy hoppers (New York’s black acrobatic dancers) because they knew that here they would hear the best possible music from the house band on one hand, hired for around six months, and the visiting band hired for just a few nights. The residents had the privilege of playing on the big stage while the guests had to be content with the smaller stage opposite!

The opening of the Savoy
The Savoy opened with Fess Williams’ orchestra. His popularity with audiences relied more on his comic routines and gags than on his musical gifts. His clarinet and alto sax playing was very mediocre but his impersonations and his stage presence made him popular with the youngsters. The orchestra included several competent musicians e.g. the solid stride pianist Henry “Hank” Duncan but the overriding presence of the leader make his records excruciating to listen to and so do not feature here. The Savoy bosses had hired Fletcher Henderson and his band for the first three opening nights. At the time they were playing at the rival Roseland on Broadway until one in the morning so they had to go by taxi to the Savoy to begin their stint around 2 am! Well known and lesser known big bands, too numerous to list here, all played at Savoy at some point. Stories of hot nights abound e.g. a competition in 1929, in the presence of over 5,000 dancers, between six orchestras, three from the north of the US and three from the south. To general astonishment the winner was a southern band, The Missourians, thanks to their dancer/vocalist Cab Calloway. Yet the competition included no less than Duke Ellington’s orchestra and the renowned formation of pianist Charlie Johnson who had Sidney De Paris on trumpet and Edgar Sampson on clarinet.

The early 30s
The early 30s saw the beginning of the great big band era and the Savoy soon became known as the “Home of Happy Feet” or even “The Swing Capital of the World”. Among the most important musicians and bands that appeared at the Savoy at this time let us begin with Sidney Bechet. He played there in 1932 with his New Orleans Feetwarmers whose ranks included the great Tommy Ladnier on trumpet. Around 1930 pianist Claude Hopkins also played here with his formation before moving to the rival Roseland and then to the famous Cotton Club.

The Chick Webb era
However, it was the name of drummer Chick Webb that became permanently associated with that of the Savoy from 1933 until his death in 1939. His orchestra was the dancers’ favourite house band and of almost all the musicians who heard him play. This was not only due to his fabulous drumming but also to the orchestra’s overall sound and its remarkable soloists: Bobby Stark and Taft Jordan on trumpet, Sandy Williams on trombone, Louis Jordan and the excellent composer and arranger Edgar Sampson on alto sax, Ted McRae on tenor sax and a powerful bass player in Beverly Peer the mainspring of the group along with Chick Webb himself with the added attraction of the young Ella Fitzgerald, discovered by Chick. This is why our selection includes a large number of the orchestra’s masterpieces. Although the quality of these recordings leaves something to be desired, musicians affirm that the orchestra sounded even better live. Years after Chick Webb’s death, he is still considered unsurpassable and, in spite of being a diminutive hunchback, was probably one of the most powerful jazz drummers ever! What an incredible contrast between his size and the incredible strength of his drumming! Naturally the orchestra was the dancers’ favourite and struck terror in the hearts of the guest bands which had to play opposite. Duke Ellington said: “Chick Webb’s was the greatest battling band … every new band hitting town battled with Chick Webb. Chick was a very competitive musician and he liked to battle. He would always prepare for a battle with a lot of new arrangements and rehearsals.” (The World of Duke Ellington by Stanley Dance, Da Capo 1970). As for Count Basie, he declared that jousting against Chick Webb was a real test that made even the best performers nervous!” Whenever Savoy manager Charlie Buchanan hired an orchestra he always emphasised his golden rule: “Play what you want but always give the dancers something to dance to” and he kept a close eye on the dance floor. If the dancers were deserting it this meant that the music the band was playing wasn’t stimulating enough to get them on their feet so, after a first warning, if the floor remained empty it was “you’re fired!” In fact, the dancers’ opinion of the quality of the music and the swing engendered was law at the Savoy. As Count Basie said “Dancers at the Savoy came to swing and only for that!”

The ballroom was the scene of countless musical jousts throughout its existence. At the weekend there were often four bands competing and rumour has it that on certain evenings there were even six who battled it out until dawn to obtain the dancers’ approval. There is also a story that one night Chick Webb, faced with a white band, found that the confrontation was too easy and sent all his musicians off stage, except the rhythm section, and then inflicted the final humiliation by beating them hollow! Numerous other musicians sang the praises of Chick Webb and his big band e.g. Doc Cheatham told Hank O’Neill: “I particularly liked Chick’s orchestra, he was a great innovator and his band had a fantastic sound. Everything that drummers do today, they owe to him. His drumming carried the whole orchestra, he created the style that good drummers still use today and that gave his band a sound that you can hear nowhere else!” Bandleader Andy Kirk added that no other orchestra had the same sound, “it was Chick that I loved the most!”

The obvious choice to open our compilation is Stomping At The Savoy, composed and arranged by saxophonist Edgar Sampson and dedicated to the great ballroom, which became a standard in the repertoire of most musicians as did the beautiful Don’t Be That Way, both featured in a radio broadcast in 1936. It is common knowledge that Chick “discovered” Ella Fitzgerald on a radio talent show. The contribution of the talented young singer and her fresh vocals was a plus for the orchestra which rapidly became popular with a wide audience (Dipsy Doodle). Americans love singers. Without a male or female vocalist, a big band could not really break through however good their leader and soloists. The presence of a good-looking crooner was also essential. Naturally heads of recording companies took note of this, giving priority to vocals during recordings, reducing instrumental solos. This is why, from 1937 on, it was mainly Ella’s vocals that were recorded and trumpeter Taft Jordan, one of the formation’s star instrumentalists, pointed out that “these recordings of Ella’s vocals were to the detriment of a large part of the most swinging instrumentals in our book.” However radio broadcasts did capture and save certain evenings, offering us some unique moments that give a clear idea of the orchestra’s impressiveness, including an incredible drum play by Webb on Liza and My Wild Irish Rose. However, in our opinion, Breaking On Down is the piece that gives the best idea of the band’s impact. It is easy to understand why the implacable beat of the Beverly Peer/Chick Webb tandem added wings to the feet of dancers at the Savoy!

Security at the Savoy
Charlie Buchanan kept a beady eye on security, hiring tough bouncers to patrol both inside and outside the dance hall. Young women felt quite safe in going alone to the Savoy. For example, Thursday was ladies’ night, when house maids and other servants had a night off and flocked in their hundreds to dance at the Savoy. They were welcomed by the bouncers who would escort them to a taxi at the end of the evening! Buddy Tate confirmed “The Savoy had the best bouncers in the world. They broke quite a few jaws!” The police even told Buchanan that, although they knew he had the situation well in hand, they were too many broken jaws at his establishment! While the vast majority of dancers were black, white fans were also accepted. Apparently Tuesday was the night when many white customers came to admire the gyrations of the dancers and to listen to the music. Harlem was a safe district in the 30s.

The Savoy Tempo
What became known as the Savoy tempo soon established itself, an easy bouncing tempo generating the type of swing that encouraged dancers to perform their most extravagant acrobatics. An early exponent of this, from 1937 on, was a new Savoy house band, Al Cooper’s Savoy Sultans, led by the renowned clarinettist and arranger himself. Although comprising only nine musicians, thanks to their cohesion and arrangements by the leader and guitarist Paul “Jock” Chapman, it managed to sound like a big band: surging riffs, spirited soloists and a cast-iron rhythm section were exactly what the Savoy dancers wanted. Trombonist Dickie Wells said that the Sultans were so good that they were a headache for everyone else while Illinois Jacquet admitted “If you weren’t up to scratch the Sultans soon sent you packing!” The formation included four trumpets, three saxes, a four-man rhythm section (piano, guitar, double bass and drums) and no trombones. Both trumpeters were excellent soloists, the powerful thick tone of Sam Massenberg contrasting with the more delicate and nuanced playing of Pat Jenkins who later took over for many years as lead trumpeter in Buddy Tate’s orchestra. The creative imagination of Rudy Williams on alto sax made him one of the most outstanding soloists. However, it was their overall style of piling riff upon riff that really delighted the dance floor regulars and terrified other bands that had to confront them at the Savoy. Those “lousy Sultans” according to Count Basie who dreaded facing them.

Chick Webb’s Successors
Following the death of Chick Webb in 1939, the house band spot was occupied by trumpeter Erskine Hawkins’ orchestra, another band leader who knew exactly what the dancers wanted, a driving beat to give their feet wings! The formation was a close-knit group with a warm sound and inspired soloists, including trumpet soloist and wa-wa specialist Dud Bascomb, saxes Bill Johnson (alto), Julian Dash and Paul Bascomb (tenors) and pianist Avery Parrish, with Erskine Hawkins taking the high notes. The personnel remained remarkably stable over the years for they were originally a group of friends from an Alabama high school who got together and forged ahead, soon becoming one of the most renowned big bands of all. The team included some remarkable composers in Sammy Love, Bill Johnson, Avery Parrish and later Bobby Smith. The orchestra’s careful preparation resulted in a laid back, relaxed type of music with a stimulating, easy swing. A judicious choice of tempo, neither too fast nor too slow, suited the dancers: Tuxedo Junction, Gin Mill Special … It is easy to see why they were so popular in big dance halls, especially the Savoy where they remained many years. If a big band wanted to survive they had to create the sort of swing that encouraged the public on to the dance floor. Boss Charlie Buchanan kept a close eye on customer numbers!

Lucky Millinder was an unusual case. Neither a musician nor a singer but a showman with a flair for discovering young and promising talent, his orchestra was another pillar of the Savoy. In the early 40s they had a major ace in the magnificent singer/guitarist Sister Rosetta Tharpe (Down By The Riverside) as well as galaxy of young artists keen to make their mark. There was a great team spirit and everybody launched themselves enthusiastically into alto sax Tab Smith’s arrangements, driven by a powerful rhythm section led by the great Panama Francis on drums, perhaps the best disciple of the late Chick Webb. I remember what Panama told me about the Savoy: “From mid afternoon I could hardly wait for the thrill of playing at the Savoy, you know enjoying something so much and getting paid for it at the same time, that was incredible!” Speaking of wages, all the musicians agreed that they didn’t expect to make a fortune playing at the Savoy but, although the pay was poor, in addition to enjoying it so much having played a long stint at the Savoy was a great reference. One of Millinder’s titles, entitled simply Savoy, was dedicated to the glory of the dance hall. Back in the States, after a long spell in Europe, Coleman Hawkins made a huge impression with his haunting interpretation of Body And Soul. On the back of this new found popularity he formed his own big and. He made a brief appearance at the Savoy but, lacking a good agent, he didn’t get enough gigs to keep up a big band and was forced to dismantle it. His appearance at the Savoy in August 1940 featured a vigorous version of Sheik From Araby on which he took over the lion’s share with his powerful playing.

Still dancing: Buddy Johnson’s orchestra
Later on a group of young, mettlesome musicians led by pianist Buddy Johnson stayed at the Savoy for several years. In its time this formation was one of the four or five favourites, if not the favourite, with the black audiences for whom dancing was so important. Johnson preferred to play almost exclusively for black people which, while delighting swing aficionados, had a negative effect on his commercial impact on the white market. His huge success with the majority of black listeners – he played all the big dance halls in the South – enabled him to continue working long after many famous band leaders had to break up their bands. Buddy Johnson was a skilful composer and arranger, some of his hits becoming classics reprised by many other musicians. His sister Ella Johnson was also popular with black audiences. Her warm, tender and at times cheeky vocals were a plus for the whole band. In my opinion, she is better than many better known singers whose mannerisms are often irritating. Just listen to the contagious swing produced by Ella and the band on I Don’t Want Nobody and the joyful shouts of listeners and dancers to appreciate the reaction such a performance could arouse in dance halls around the Deep South as well as at the Savoy. What an impact when all the musicians were blowing their lungs out! This formation indulges in no elaborate phrases, just solid implacable swing, music to listen to with pleasure but also music to dance to. For jazz is, above all, dance music: so-called jazz to which it is impossible to dance cannot be called jazz! All great jazz musicians are unanimous on this point. Yet a majority of hidebound jazz critics refuse to recognise the quality of this orchestra which ranks among the five or six best big bands of the time. Does this emphasis on swing put some people off? In a conversation with Johnny Simmen tenor sax Kenny Hollon gave unstinting praise to Buddy Johnson: “Buddy was one of the best bandleaders to work for, a modest really nice guy, never giving the impression he was the boss. He looked out for everybody, he paid as well as he could, he was a good pianist and an excellent arranger. Buddy certainly knew his music and his job!” A radio transmission from the Savoy does exist but unfortunately the poor sound quality prevents its inclusion here. However, we have got some excellent recordings. One of the band’s highlights Walk ‘Em sums up Buddy’s musical tastes and his liking for well-balanced medium tempos. This piece led to the band being nicknamed the “Walk’ Em Rhythm Band”. His music, e.g. Lil Dog and Shufflin’ And Rollin’ with a violent after beat, is reminiscent of Lionel Hampton who also managed to keep his big band going longer than nearly all the others. Surely not a coincidence!

The Savoy: the temple of dance
At the Savoy there was the music, of course, but there were also the dancers. The Charleston craze in the mid-20s was immediately followed by the lindy hop, invented to celebrate Charles Lindbergh’s flight across the Atlantic. There were numerous variations but the lindy hop was far and away the best suited to the type of music played at the Savoy. The best dancers were forever inventing new steps, new acrobatic figures as a couple, always trying to outdo each other especially in the lindy hop contests that were generally held on Tuesday nights! A few of the names of these dancers have come down to us, first Shorty George to whom Count Basie dedicated a number which we have included here. Shorty George Snowden, nicknamed the “father of lindy hop” was a squat little man with a squint but he became a dance idol, inventing endless variations with his partners, incredible movements often visually amusing that won over every vote. The man was the pivotal point of a couple, twirling his partner around him and even over his head! Sometimes the roles were reversed and it was the woman that threw her partner into the air, no doubt to loud acclaim! So the job of the house bands was to produce a regular tempo and driving swing. Another popular dancer was Twisty Mouth, a tall thin black man who moved with astonishing speed even when executing the most intricate steps. Dancer Mura Dehn mentions in an article a certain Tiger Pants, a specialist of the sheik.

The 30s in particular saw the appearance of a succession of new dances, all owing something to the lindy hop e.g. the shimmy, the Suzy Q, the shim-sham, the fish tail, the snake hips, the truckin’, the Apple Jack and the Big Apple, to which the most renowned big bands all dedicated titles. As early as 1929, Duke Ellington recorded Snake Hip Dance, followed in 1930 by That Lindy Hop. Truckin’ was a big hit in 1935 with versions by Ellington, Henry Allen and Fats Waller. Lil Armstrong recorded Doin’ The Suzy Q, The Pigeon Walk was part of Jimmy Lunceford’s repertoire, Chick Webb and Ella Fitzgerald swung on Everybody Step and Buddy Johnson created Walk ‘Em. After Shorty George, Count Basie composed Taps Miller in 1940 in homage to the tap dancer. There are other examples too numerous to mention here.  In fact, in order to become popular, these new dances had to have been tried and tested and launched from the Savoy itself. Invented in this creative melting pot, a new dance would quickly spread throughout the rest of the United States. Here again the Savoy played an important part in keeping dance very much alive. We should be grateful to all these known and unknown lindy hoppers and jitterbugs who made the Savoy their home and the launching pad for so many new dances.

VIP Guests
In addition to the bands that did long stints at the Savoy, we have also chosen several titles by certain well known formations that were not afraid to compete with the “residents”. Duke Ellington, of course, represented here by a robust In A Jam featuring his star performers. Cab Calloway who, between 1937 and 1944, had an orchestra capable of competing with the best, in 1941 on Special Delivery featured his two leading musicians: the exceptional swinging tenor sax player Chu Berry who takes three up tempo blues choruses to warm the hearts (and the feet!) of his many admirers. He is followed by the impetuous Jonah Jones on trumpet, both of them driven on by one of the best rhythm sections of the day with Cozy Cole on drums and Milton Hinton on bass. Benny Carter, multi-instrumentalist, composer and arranger, frequently fronted formations that appeared at the Savoy around 1940-41 as this excellent Savoy Stampede testifies. Count Basie also often crossed swords with the house bands, paying homage to the venue with his number dedicated to Shorty George. Kansas City orchestras like Jay McShann and Andy Kirk also went to the East Coast to pit themselves against the Savoy house bands while, in the 30s, Teddy Hill fronted a big band composed of excellent jazzmen very much in evidence throughout a dynamic King Porter Stomp, another versions of which was played by pianist Claude Hopkins who was often billed at the Savoy around 1930.

From the late 40s to the 50s
From the end of the 40s, the financial burden of supporting fifteen or sixteen musicians became too much for big band leaders who had to reduce their personnel to between seven and nine members. Alas, the big band vogue was coming to and end. The Savoy management also had to resign itself to hiring smaller house bands and so began the reign of Tab Smith, Buddy Tate and Cootie Williams. The only big band billed at the Savoy from 1950 to 1956 was that of Buddy Johnson. Although deprived of most of the big bands that had made its reputation the Savoy continued to program two or even several groups every day. But the number of clients dwindled, white audiences deserting Harlem which was no longer safe. Tab Smith was not unknown, having made his mark as arranger and on alto sax in popular orchestras such as the Mills Blue Rhythm Band, Count Basie, then Lucky Millinder (e.g. on the two titles included here). Tab formed his own group with notably Red Richards on piano and Walter Johnson on drums and was a regular at the Savoy between 1945 and 1952. Although less brilliant and energetic than the Savoy Sultans, the band’s composition and style made it comparatively easy for them to take over from the latter. Jumpin’ At The Track is dedicated to the dance floor (popularly known as “the track”).

Next, Buddy Tate the excellent tenor sax star of Count Basie’s orchestra for almost ten years, founded a stable group of seven musicians which played for several years at the Celebrity Club in Harlem. On the insistence of Charlie Buchanan the band had to divide its time between the Celebrity and the Savoy. This robust, swinging formation played direct, fast and lively jazz, including numerous blues taken at either a slow or medium tempo. Old Count Basie hits made a reappearance, carrying on the Kansas City tradition, with arrangements by trombonist Eli Robinson and pianist/organist Skip Hall. Buddy Tate’s collaboration with the Savoy Ballroom lasted seven years but his heart always remained with the Celebrity Club where he was at home for twenty-one years! The band was so good that the place was filled every night with fans come to dance. For many years, it was the one you had to go and hear in Harlem! Famous trumpeter Cootie Williams, a star for over eleven years in Duke Ellington’s line-up where his playing, both open and with a wa-wa mute, created a sensation, was hired by Benny Goodman at the end of 1940. However, he was so bored in this new band that he quit after less than a year to form, with Duke’s help, a big band featuring the alto saxophonist and blues singer Eddie “Cleanhead” Vinson. Naturally, this big band appeared at the Savoy between 1941 and 1945 but, like so many others, he had to disband it keeping just a septet. With this reduced formation he became one of the Savoy regulars up to 1956.

The end of an era
The Savoy Ballroom’s great era was when the best big bands in the world, both black and white, appeared there in the 30s and 40s. During certain epic jousts over 5,000 people managed to pack in, with as many others waiting outside, for you had to get there early to make sure of getting a good table! After 1955 the spell was broken. The Savoy hung on a little while longer but finally had to close and was handed over to demolition bulldozers. In 1975, accompanied by Sammy Price, I passed in front of where the Savoy used to be and I saw a car park! The wonderful temple of dancing closed its doors for the last time in October 1958 after 32 years of unforgettable nights, nights that millions of jazz fans throughout the world would have given anything to experience!

Adapted from the French text by Joyce Waterhouse
With grateful thanks to Jean Buzelin and Pierre Allard for the loan of their photographs. Photos & collections: Arsene Studio, Jean Buzelin, Jacques Morgantini, Charles Peterson, X (D.R.)

CD The Savoy Ballroom - House Bands 1931-1955 © Frémeaux & Associés

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