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ANTHOLOGIE SONORE DU SOCIALISME
ENREGISTREMENTS HISTORIQUES

DOCUMENTS?INÉDITS

SOUND ANTHOLOGY ON SOCIALISM





Avant-propos pour Une Anthologie sonore du Socialisme…
Avis…!
C’est habituellement avec assez de facilité qu’on rattache au Front populaire le formidable développement des chansons «populaires» des années 1930 à 1936. On imagine, ou l’on se souvient encore, des congés payés, des javas, des accordéons… et valsez Populo! On imagine et c’est presque le danger de ce rêve, car c’est souvent prêter des sentiments, des affinités à des musiques qui n’avaient pas de but politique. Seule l’association de ces mélodies et des événements a créé un élan qui peu à peu s’est mué en mythe. Si les moyens de diffusion de cette musique - qui existaient depuis au moins le commencement du XXè siècle - avaient été aussi importants au moment de la guerre de 1914-1918, le souvenir qui serait attaché à ces mélodies ne susciterait pas exactement les mêmes appréciations! En fait - au risque de briser une illusion - cet engouement est aussi lié à un nouvel essor technique et financier. Bien enregistré le disque se diffuse mieux… Il coûte aussi moins cher - l’enregistrement a fait des progrès notables - et touche un plus grand nombre. Désormais l’ouverture d’un catalogue avec la présentation d’airs spécifiquement populaires - ceux que les amateurs de phonogrammes des commencements, aux goûts plus bourgeois, négligeaient un peu - est possible. Un vaste public jusqu’alors presque incapable de s’offrir des disques, peut enfin acheter la musique qu’il aime. Dans le même temps, le prix des phonographes baisse. Des appareils portables - les fameux phonos-valises - inondent le marché. La musique peut même voyager sur un porte bagage!!! L’engouement est tel que certaines firmes cherchent à fabriquer des disques incassables et plus légers. Celluloïd, cartons vernis, etc., tentent de gagner du terrain; mais si les disques ne cassent plus, les gravures trop fragiles résistent mal à des auditions en plein air, lorsque l’appareil n’est pas stable, ou lorsqu’il est posé de biais. Quoi qu’il en soit, on est bien loin de l’audition des fragiles cylindres ou du maniement des lourds disques et des appareils encombrants réservés à une élite.
«[…] Je puis vous dire que l’été aussi est la saison du phonographe et qu’il est bien agréable d’écouter un disque aussi bien dans un jardin ou devant la tente de camping que dans un logement citadin.»
Robert Desnos

Commune, juillet 1939.

Anthologie
Le but de cette anthologie n’est donc pas de retrouver une fois encore les musiques gravées au moment - ou presque - du Front Populaire, mais plutôt de proposer des enregistrements rares dont le but évident est de rendre compte de la diffusion d’une pensée politique, soit directement - dans le cas le plus flagrant des discours -, soit indirectement lorsqu’un air témoigne de la préoccupation de l’heure. Les chansons de revendications se font l’écho d’une lutte ou d’une dénonciation qui entre alors dans les salons par le biais des cornets acoustiques. Et puis, plus rares encore, il y a quelques curiosités. Telle chanson enfantine cache un message un peu oublié, telle valse des fêtes retrouvées rapporte de la joie de Jules Vallès. Et puis, il y a les figures majeures. On connaît bien les œuvres de Bruant, mais connaît-on vraiment le personnage ? Et pour un chansonnier connu combien de plus pertinents oubliés ? Anthologie donc qui se construit de choix. Ceux-ci sont particulièrement sensibles au sein des discours et des chansons de variété surabondantes et bien connues. Anthologie aussi qui ne manque pas de «raretés phonographiques», voire de documents uniques. Mais anthologie qui se construit encore autour de manques évidents : où sont passés les formes anarchiste de la pensée socialiste ? Ignorées par le disque, on n’en trouve que quelques reflets «salonnards»… On ne peut réinventer les enregistrements qui n’ont pas été faits.

Les enregistrements
L’histoire de l’enregistrement ne débute par des essais en laboratoire qu’en 1877, et ne connaît une véritable diffusion qu’autour de 1895. Cette histoire est jeune, mais la machine parlante est boulimique. Elle veut fixer bien sûr les témoignages du présent d’alors : des pays, des civilisations. Mais elle veut aussi conserver celui des époques révolues, promouvoir les œuvres qui «intéressent» toujours. C’est évidemment laisser dans l’ombre des pans entiers de la culture, mais ces choix sont, au même titre que la musique enregistrée, le reflet des préoccupations et des goûts d’une époque : phénomènes qu’avec peut-être trop de légèreté on baptise du nom frivole de «mode».?Et puis il ne faut pas oublier le puissant moteur de cette industrie : la rentabilité qui exclut bien des formes artistiques jugées (sans doute à juste titre) peu fructueuses. Par essence conservateur, le phonographe l’est souvent aussi par esprit. Il reflète le confort d’une société sûre d’elle, qui se rassure dans les marches militaires, les fantaisies et les scènes d’humour, et se plait à l’audition des musiques «du grand genre», l’Opéra et les pièces de salon qui occupent la place la plus importante dans les catalogues du début du siècle. C’est qu’alors le phonographe est un miroir - slogan que reprendra d’ailleurs la firme Pathé vers 1920 - complaisamment tendu. Pourtant quelques portes restent ouvertes dans cet édifice d’auto-contemplation. Ce sont ces mêmes portes étroites que nous franchirons. A cause du succès personnel d’un artiste, d’événements politiques, de mutations qu’on ne peut négliger, grâce à de petites marques diffusées dans des cercles élus, on peut connaître d’autres accents. Et puis sait-on bien, malgré la lisse apparence - lisse, mais ô combien passionnante - des disques «ERSA, La Voix des Nôtres», label fondé vers la Noël 1929 par Jean Lorris afin de diffuser la pensée socialiste - tendance S.F.I.O. -, que tout n’est pas uniforme? En effet outre cette marque, quelle variété depuis les grandes compagnies jusqu’aux éphémères labels! C’est alors que surgissent les enregistrements qui portent le témoignage de la pensée socialiste vivante et originale. C’est alors qu’apparaissent aussi sa diversité et son histoire.
«Et pourtant, ce n’est pas en empilant les disques les uns sur les autres ou en mettant dans le commerce quelques uns des discours odieux de M. Poincaré ou les révoltantes stupidités de Déroulède que l’on nous fera regretter les voix de jadis. […] Mais qu’importe s’il est parmi tant de paroles indignes une voix, une seule, qui vaille la peine de nous être conservée.»
Robert Desnos

Le Soir, 14 mai 1928.

Les enregistrements très anciens sont les plus rares, encore qu’assez bien représentés dans cette antho­logie. A l’époque, la pensée d’essence socialiste inquiète un peu. On ne connaît guère ses accent qu’au travers des enregistrements des artistes qui illustrent «la veine» de Montmartre et particulièrement celle du célèbre Chat Noir où le tout Paris mondain va s’encanailler, frôler le peuple, se faire «engueuler», rassurer ses certitudes. Pour le reste, hors une  Internationale convaincue enregistrée chez Pathé en 1899 (Cylindre Pathé n°907, sans doute l’un des très rares survivants du millier de cylindres diffusés alors), il faut décrypter. Car souvent, le message est détourné, dénoncé; c’est comme si l’on avait le plus souvent un négatif (à ce titre la Grève des Forgerons est assez révélatrice - Cylindre Pathé n° 2797, enregistré en 1898). Parfois encore il est tourné au ridicule et devient un sketch hilarant… (Une Réunion électorale, scène réaliste, Cylindre Edison n° 17626, enregistré en 1906). Parfois une simple phrase, relevée ou glissée expressément, rapporte des souvenirs pour ceux qui savent entendre.
«[…] J’ai trouvé un de ces phonos avec un pavillon de cuivre, long d’un mètre, et une centaine de rouleaux. Youki Foujita, Foujita et moi, nous avons passé des heures entières à le faire jouer et il fallait que l’aube mouillée et pluvieuse de novembre parût pour que nous consentions à aller dormir.»
Robert Desnos

Le Soir, 30 novembre 1928.

Car il faut savoir ce qui se cache derrière un orchestre! C’est là toute la magie du pouvoir d’évocation de la musique, mais aussi la magie de son pouvoir subversif de dissimulation. Qui songe que derrière une fantaisie de la Garde Républicaine (Le Joyeux Chaudronnier , Zonophone X 80280 / W 7361 o, enregistré en 1907) on tente de dissimuler le souvenir de la répression sanglante de Fourmies, du 1er mai 1891, ravivé par les interventions de l’armée contre les grévistes et les manifestants en Mai 1906…

Puis, il ne faut pas ignorer le Café-Concert qui, dans un flot de chansons et scènes comiques de qualités très inégales (tant d’un point de vue de l’interprétation artistique que de l’inspiration des textes et des musiques : en un mot de l’ordure au sublime), charrie et brasse tous les idéaux du moment, de cette «Belle Époque», pas si «belle» que cela pour beaucoup… Entre Montéhus, chansonnier humanitaire, et Paulus, séduit par le Boulangisme, quel monde ! Montéhus d’ailleurs se souviendra longtemps de cette époque et affirme qu’alors sur scène chacun se succédait dans le plus grand respect du travail de celui qui l’avait précédé ou allait le suivre. Voilà qui donne aussi un singulier relief aux souvenirs de Charlus «J’ai chanté» -  lui qui d’ailleurs a chanté de tout un peu!… -
«A cette époque [après son premier engagement en 1886] plus que jamais, le Caf’ Conc’ eût à jouer un rôle d’importance et demanda à être bien servi. C’est de quoi l’on conviendra si l’on considère que c’est là que “le samedi soir après l’turbin”, l’ouvrier venait avec “poupoule” faire son éducation artistique… politique et sociale. Mais oui.»  
 [J’ai chanté, Le progrès de l’Oise, 1941]

Et puis à mesure que les années passent, la tendance revancharde nationaliste fait peser la menace de la guerre. Immédiatement ressenti, ce futur d’acier est porté au disque, ou au cylindre finissant. Dans les centaines de faces stimulant les ardeurs et la fureur des futurs Poilus, ne pointe que rarement le son discordant de quelques opposants. C’est la montée de cette première guerre mondiale qui génère une véritable prise de conscience. On pense au pacifisme défendu haut et fort par Jaurès bien sûr. De nombreux artistes s’en font l’écho. C’est sans doute de cette période que naît la plus massive diffusion de la pensée par le disque. Si la censure recommande un discours officiel de guerre «la fleur au fusil» - «demain tous à Berlin», les événements seront différents…

1919, les lendemains, enfin libérés, parlent et chantent. La voix socialiste se fait entendre. Car tout à changé dans l’ordre du monde, et la gauche est une force qui compte désormais. D’ailleurs la S.F.I.O. - comme plus tard les communistes - utilisent le disque comme moyen de propa­gande. Dans le même moment plus à l’Est, les nazis songent aussi à employer les moyens modernes de diffusion dans un dessein radicalement op­posé… La formidable ex­pansion des disques «socialistes» fixe l’image d’une actualité qui se dirige vers la victoire de 1936, et tente de renouer le fil d’une histoire en mouvement qui place son origine en 1789.

Il n’est donc pas étonnant de retrouver ici deux mouvements. L’un de «légitimation» raconte les faits marquants d’une histoire retrouvée: elle est haute en couleur et riche en symboles. L’autre appartient désormais à l’Histoire contemporaine. Il nous rend sensible les luttes et l’actualité depuis la Commune (avec des récits de témoignages presque «à chaud») jusqu’aux hésitations face à la montée du nazisme et la seconde guerre mondiale.
Jean-Yves PATTE


AVERTISSEMENT
Nombre d’enregistrements qui figurent dans cette sélection sont «acoustiques» : ils datent d’un temps où la technique de l’enregistrement ignorait l’emploi du microphone. Ce dernier ne sera utilisé pour la première fois à des fins phonographiques que vers 1925, donnant naissance à l’enregistrement «électrique» d’une plus haute fidélité. En attendant cette révolution, les premiers disques, comme les cylindres, sont gravés de manière «acoustique» : seule la puissance des sons émis par les instruments et les voix fait vibrer une membrane sensible, placée à l’extrémité la plus petite d’un cornet. Un burin graveur inscrit dans de la cire vierge le tracé de la vibration. Cet sillon fragile porte le souvenir de la séance d’enre­gistrement. Il n’est pas question de montage, pas question de reprises ou de corrections, tout doit être parfait, si possible, du premier coup! Mais la qualité de témoignage insigne de ces premiers enregistrements justifie largement leur place ici.


Chronologie générale
INTRODUCTION
L’ensemble des documents sonores présentés dans cette sélection couvre une période qui s’étend de 1897 pour les plus anciens, à 1947. Mais cette sélection est loin de recouvrir la période envisagée qui court depuis le XVIIIè siècle - et plus particulièrement la période révolutionnaire - jusqu’en 1939 au moment de la déclaration de la deuxième guerre mondiale. Ces enregistrements sont replacés dans un schéma chronologique historique (à ce propos voyez la Chronologie Générale) et non selon une chronologie fondée sur les dates des phonogrammes.?Ceci explique la disparité des qualités techniques rencontrées au fil des quatre diques compacts présentés ici. Par leur intérêt historique insigne (extrême rareté des documents les plus anciens) ou par leur aspect de documents uniques (Allocution d’Anatole de Monzie, Chœur ouvrier) ils trouvent tous leur place dans cet ensemble qui tend à rendre compte de la multi­plicité des aspects de la pensée socialiste ainsi que de ses développements.

Anthologie sonore
Le mot “socialisme” naît incontestablement au XIXe siècle, en Grande-Bretagne, sous la plume d’Owen. Il se définit d’emblée comme un système voulant en finir avec l’individualisme forcené – gouverné par l’argent – et l’égoïsme qu’il engendre. Il prend, en France, une couleur plus “collective” dans la pensée des saint-simoniens et se teinte d’une morale chrétienne où pauvreté et rejet d’autrui n’ont plus de place. Loin d’être uniques, les sources du socialisme forment un long cortège d’espoirs, de luttes heureuses et malheureuses qui, nées de révoltes et de révolutions (1789, 1830, 1848...) trouvent une voie d’expression véritable au cours du XIXe siècle. Les utopies forgent le caractère propre d’un vaste courant qui, issu de diverses tendances (associationnisme, libertaire, anarchiste, pacifiste...) est nourri surtout de réflexions d’auteurs qui tous cherchent à rendre le sort de l’homme plus heureux. Le socialisme d’alors est loin de former une seule “doctrine”. Il repose sur l’idée qu’il existe un ordre moral généreux, qui depuis Platon et le christianisme sert de fondement à une réflexion philosophique “sociale”, que des avancées scientifiques, d’essences marxistes, développent et “rendent possible”. Quoi qu’il en soit, la marche vers la conquête du pouvoir est soutendue par une espérance inusable, cart portée par des idéaux dont certains ont un indéniable caractère de “valeurs universelles”. A chaque fois qu’il a été possible de mentionner les dates précises d’enregistrement, elles figurent. Mais parfois seule l’année a pu être indiquée, faute de sources plus précises.  – Tous les enregistrements ont été réalisés à Paris, sauf mention contraire –

PHONOGRAPHIE COMMENTÉE
C.D. n° 1
1/ L’Internationale (Pottier - Degeyter))
Chantée par Marc Ogeret, orchestre et chœur sous la direction de M. Villard. Disque Vogue CLVLX 270 1968 (avec l’aimable autorisation de BMG)
Véritable hymne des rassemblements des membres de “la gauche” (ainsi désignée parce qu’elle siège à gauche dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale) l’Internationale n’a rencontré son “succès” que depuis 1899, quoiqu’elle ait été composée bien des années auparavant. Cf. CD 2, n° 5 - L’Internationale de 1899.

2/ De quoi est né le Socialisme ?
Léon Blum - La Voix des Nôtres* - matrice 4979 AB - Environ mai 1929
Il est impossible de d’affirmer que «tout» est dans une seule face de disque, mais il est possible de dire qu’elle reflète beaucoup. Ce n’est pas le Léon Blum (1872-1950) politique que l’on retouve ici, c’est l’intellectuel, celui de sa prime jeunesse lorsqu’il venait d’être séduit par les idées de Lucien Herr (1864-1926). Surtout, c’est l’héritier spirituel de Jaurès, et l’essayiste qui livre le condensé de sa pensée (De quoi est né le Socialisme, publié en 1919). Lui aussi rejette la pensée marxiste, et comme Jaurès se veut conciliateur pour bâtir un avenir à long terme sur des fondements consentis par tous. Il espère aussi en la force persuasive de la pensée et compte sur le généreux pouvoir des idéaux «universels» pour réussir une transition légale, sans heurt, entre les anciennes valeurs du capitalisme et celles d’une société dominée par le socialisme. Il place les origines de ce changement dans une longue perspective historique où, à chaque pas, se retrouvent les traces d’une volonté «d’amélioration [de] la condition matérielle, morale et intellectuelle des travailleurs». Il rejoint en celà la perspective historique développée par Jaurès?dans son essai «le Socialisme et la Révolution française» dont la parution débute en 1900.

COMPLÉMENT Les disques «La Voix des Nôtres»
Lorris Jean (de son vrai nom Leroy - 1897-1932) journaliste publiciste, fut toute sa vie attaché à la diffusion de la pensée socialiste. Mais son œuvre véritable est celle de propagandiste et de publiciste où il se dépense sans compter.?En 1922 il fonde une radio au service des ouvriers et de la culture populaire «La Science nouvelle et ses Applications pratiques». En 1929, il fonde une firme de disque : «la Voix des Nôtres» (marque déposée en décembre) qui diffuse les opinions du parti socialiste. Il crée encore «Les Chants du Travail», proche de la C.G.T., et «Les Chœurs populaires», «Nos Anniversaires», «La Voix du Travail» ouverts à un répertoire plus vaste.?Dès la première année, «La Voix des Nôtres» peut diffuser nombre de discours enregistrés au préalable (grâce au matériel de la radio - sur certains enregistrements une oreille attentive peut percevoir des voix provenant d’autres studios !) qui seront maintes fois repressés, particulièrement en 1936. Après la guerre cette marque continue d’enregistrer quelques discours (comme l’allocution «Léon Blum parle de 1848») et de la musique de variété. Il semble que ces activités se prolongent au moins jusqu’en 1958, année où, une fois encore, certains discours majeurs d’avant guerre sont réédités - sous forme d’extraits - dans le contexte plus moderne d’un débat reconstitué. Dès l’origine il apparaît que tous les abonnés du journal «Le Populaire» ont pu bénéficier de facilités pour se procurer ces disques, en dehors du «Magasin d’Exposition et de Diffusion, 14 boulevard des Filles du Calvaire». Le disque «Paul Faure et Compère Morel» paraît même avoir été offert à titre publicitaire.
3/ Monsieur de La Palisse (musique populaire, paroles Bernard de Lamonnoye)
Interprète anonyme.  Javo-Disque (Disque pour enfant) V 104 / matrice 201 166 - Avril 1928
Jacques Chabannes de La Palisse (vers 1470-1525) n’est pas un homme dont on peut rire. Sa vaillance militaire lui vaut la confiance des rois de France Charles VIII et de François Ier, et c’est d’ailleurs pour ce dernier qu’il périt à Pavie dans une bataille que, contre l’avis de son capitaine, le roi avait engagée. En hommage, le lendemain de sa mort, ses soldats composent une chanson où, vantant son mépris du danger, ils expliquent qu’«un quart d’heure avant sa mort / Il était encore en vie», soulignant ainsi son intrépidité. Mais peu à peu le sens premier de ces vers se perd et l’on trouve dans ce couplet une évidence inu­tile qui prend vite le nom de «vérité de La Palisse» ou «lapalissade». Il faut dire que dans le même temps la vaillance des grands aristocrates guerriers a singulièrement perdu de son estime auprès du peuple…! Finalement, au XVIIIè s., Bernard de Lamonnoye (1641-1728) compose des couplets satyriques qui ridiculisent ce capitaine et à travers lui la forfanterie inutile de nombre d’officiers incapables. Couplets qui trouvent un écho favorable auprès du peuple lassé des Grands qui, selon le mot de Beaumarchais, ne se sont donnés «que la peine de naître.»

4/ La Rosière républicaine - avec La Carmagnole [la Carmagnole est indexée 5]
(André Modeste Grétry, arrangements S. Meyrowitz)  Par Le Grand Orchestre Philharmonique, dir. S. Meyrowitz. Pathé PD 7 & PD?8 / matrices CPT 1706 ; CPT 1707 ; CPT 1708 ; CPT 1709 - 15 juin 1935
Avant d’être Républicaine, la Rosière de 1777 - plus royaliste - était Rosière de Salenci. Mais la grande Révolution aidant - Révolution aux idéaux de laquelle André-Modeste Grétry (1741-1813) adhère rapidement - elle chante les vertus d’une république ardemment souhaitée, et rêvée idéale. C’était un temps où la pureté de la jeune fille exigeait une réputation de mœurs aujourd’hui désuète.?«Le public a toujours vu avec satisfaction les représentations de la Rosière; il a repoussé les actrices dont les mœurs étaient peu régulières […]. Celles au contraire dont la sagesse embellissait le talent, ont reçu des applaudissements flatteurs […] ; ce qui prouve que les hommes assemblés aiment la vertu, quoiqu’ils ne voulussent pas toujours se charger de rendre l’actrice vertueuse»*.?Animé de cet esprit civique, Grétry participe en musicien aux fêtes de la Révolution. La Rosière devient donc un modèle proposé à tous et, afin que l’exemple soit bien compris, il est ponctué d’une Carmagnole allègre qui soulève l’enthousiasme. Les libations du vin aidant chacun se sent «raffermi dans ses principes»*. Redoutant les méfaits d’une ivresse grossière et excessive, Grétry ajoute «il n’est point de fête sans musique ; j’ajoute ici qu’il n’est point de fête sans la double ivresse du jus de la treille et des chants qu’il inspire»*. «Malheur au peuple qui ne boit pas, la fausseté le domine.»* (* André Modeste Grétry, Essai sur la musique, 1792.)

5/?La Carmagnole [références : voir n° 4]
L’air de la Carmagnole semble bien d’origine populaire. Mais le 10 août 1792, il reçoit son baptême révolutionnaire. Les paroles de cette aimable chanson «qui se danse en ronde» deviennent vengeresses : «Vive le son du canon» ! L’effet de sa popularité est tel que certains gandins fanatiques se font même faire, pour l’automne 1792, des vestes à la coupe nouvelle qui prirent le nom de carmagnoles… Depuis cette vogue vestimentaire, vite oubliée, la musique a repris ses droits : on ne compte plus les couplets de circons­tance. Il semble que toutes les époques, toutes les revendications aient connu leurs «Carmagnoles». Sous le Second Empire, férocement interdites, elles circulent sous le manteau. Elles sont virulentes et celui qui est trouvé avec des couplets vengeurs peut encourir de lourdes peines, aller à la prison de Sainte Pélagie.?Après 1870, elles refleurissent, plus libres : ainsi la Carmagnole des syndicats (1871), ou celle des Mineurs, écrite en 1880 par François Lefebvre, qui connaît aussitôt un énorme succès. Le pouvoir d’évocation des ces diverses carmagnoles est alors tel que le mot devient pour un temps un mot d’usage : une carmagnole, c’est un discours, un écrit porteur d’idées révolutionnaires.

Carmagnole de 1869
Paroles anonymes écrite sans doute suite à l’élection de 90 députés d’opposition.

Que demande un républicain (bis) 
La liberté du genre humain (bis) 
Le pic dans les cachots 
La torch’ dans les châteaux 
Et la paix aux chaumières
Vive le son, vive le son, 
Et la paix aux chaumières, 
Vive le son du canon. 

Que désire un républicain (bis)
Vivre et mourir sans calotin (bis)
Le Christ à la voirie
La Vierge à l’écurie
Et le St. Père au diable,
Vive le son, vive le son,
Et le St. Père au diable,
Vive le son du canon.

REFRAIN :
Dansons la Carmagnole
Vive le son, vive le son,
Dansons la Carmagnole
Vive le son, du canon !
  
Que réclame un républicain (bis) 
L’égalité du genre humain (bis) 
Plus de pauvres à genoux 
Plus de riches debout 
Aux possédants, la guerre 
Vive le son, vive le son, 
Aux possédants, la guerre 
Vive le son du canon. 

Que faut-il au républicain (bis)
Du fer, du plomb, aussi du pain (bis)
Du fer pour travailler,
Du plomb pour se venger,
Et du pain pour nos frères,
Vive le son, vive le son,
Et du pain pour nos frères,
Vive le son du canon.

6/ La Marseillaise (Rouget de Lisle)
Orchestre et Chœur des Grandes Scènes Lyriques. Pathé-Saphir 1818 (cylindres 590 1&2) - 1897.
Ce «Chant de guerre pour l’Armée du Rhin» aurait été composé en une nuit, du 25 au 26 avril 1792, par Rouget de Lisle afin de galvaniser l’esprit patriotique au service de la défense de la cause révolutionnaire menacée sur tous les fronts par les puissances étrangères alliées. Elle est reprise la même année par les Fédérés marseillais lors de leur entrée dans Paris et lors de l’attaque des Tuileries. C’est alors seulement qu’elle prend le nom de «chant des Marseillais», puis simplement de «Marseillaise».?Le 26 messidor An III (14 juillet 1795) un décret lui octroie le statut de Chant National... mais il faut attendre 1879 pour que celui-ci soit enfin appliqué! Entre temps la Marseillaise a continué sa carrière. Au travers de nombreux pays, elle symbolise l’esprit révolutionnaire et est souvent reprise lors de manifestations de revendications. Elle connaît même diverses adaptations dont la plus fameuse - car elle a fait elle aussi son tour du monde - est bolchevique... D’une révolution à l’autre, la Marseillaise symbolise toujours sa foi en la résistance à toutes les formes d’oppression.?Ainsi cette «Marseillaise de Fourmies» dont les paroles n’ont été délivrées que dans les cercles des Amicales Socialistes après les massacres de 1891 :
 Allons forçats des filatures 
Le Premier Mai vient de sonner  
Las enfin de tant de tortures 
Levons nous pour manifester (bis) 
Des exploiteurs la race inférieure 
Vient de conclure un pacte odieux 
Affamant nos enfants, nos femmes 
Nous réduisant au sort des gueux 

Ils ont dans leurs sombres colères
Caïns, sur nous, pauvres Abels

Fait essayer aux militaires
Le terrible fusil Lebel (bis)
Par la mitraille meurtrière

Nos femmes, nos enfants fauchés

Sous les cyprès du cimetière
Ne seront jamais oubliés

Debout, vrais travailleurs, démasquons tous les traitres
Marchons, marchons,
Le jour est proche où nous serons les maîtres


7/ Le Chant du Départ (Méhul, Chénier)
Chanté par André Baugé / Pathé X 93095 / matrice 203671 - 19 octobre 1932
Compositeur d’opéra réputé - dont les débuts ont été encouragées par Gluck - Joseph Méhul (1763 -1817) doit sa renommée à la Révolution. Il compose pour les fêtes civiques un grand nombre d’œuvres, souvent de circonstance et d’une valeur inégale, qui lui assurent la gloire. Ce Chant du Départ, sur de belliqueuses paroles de Marie-Joseph Chénier, a sans doute été créé au Jardin National (Jardin des Tuileries) les 11 et 16 messidor an II (29 juin et 4 juillet 1794) pour célébrer les victoires de Fleurus et d’Ostende. Par la suite, le Directoire ordonne l’exécution quotidienne de cette œuvre dans tous les Théâtres avant le lever du rideau. Jusqu’en 1798, elle sera jouée tous les jours à l’Opéra. Rapidement cet air dépasse le souvenir des fêtes révolutionnaires et devient, avec la Marseillaise, un des hymnes fondamentaux de la République. Son fier «La République nous appelle» construit sur un thème ascendant - qui s’oppose à la noire imprécation de «Tyrans descendez au cercueil» - galvanise les élans et fédère souvent les foules.?

8/ La Ronde des Compagnons  (H. Radiguer - Félicien David)
Répertoire des Saint-Simoniens - Soliste : Henrion, chœur : Ecole de chant choral, Orchestre : Amicale du spectacle, direction Henri Radiguer - La Voix des Nôtres V.N. 207 - 1930
Le comte Henri de Rouvroy de Saint Simon (1760-1825) est un des précurseurs des idéaux nouveaux qui fécondent la pensée socialiste. Aristocrate, il renonce à son titre durant la Révolution et tente de s’enrichir en spéculant sur les Biens Nationaux, afin - pense-t-il - de fonder une industrie nouvelle permettant de donner du travail aux nombreux misérables, laissés pour compte de la Révolution. Si son rêve échoue, sa pensée, elle, conquiert peu à peu. Dès 1814, il publie des essais où il dénonce les oisifs - le plus souvent les classes dominantes de la société, les parasites - et est poursuivi après 1819 pour la publication de sa Parabole : que la France perde ses plus grands ingénieurs et mathématiciens, poètes et penseurs, et ses meilleurs ouvriers «elle deviendrait un corps sans âme», alors que si elle perdait une partie de sa Cour (celle de la Restauration et de Louis XVIII) «il n’en résulterait aucun mal politique»… Précurseur de la pensée socialiste (de laquelle cependant il ne partage pas toutes les vues), il est en outre  un visionnaire. Il croit en l’avenir de l’Industrie et entrevoit ce que pourrait être le rassemblement de tous les peuples de l’Europe animé d’un même but humaniste. Certes la pensée de Saint-Simon a été maintes fois dénaturée - en particulier par la tendance communautaire et libertine de Prosper Enfantin (1796-1864) - mais avec Michel Chevalier (1806-1876) elle rejoint un idéal socialiste plus large, en dénonçant l’exploitation humaine et annonce la venue d’un état «dispensateur de travail». Tous idéaux et revendications qui connaîtront une période de sommeil durant le Second-Empire.

9/ Les cinq Étages  (Jean-Pierre de Béranger)
dit par Maurice Féraudy / Pathé-Saphir 2446 / cylindre  2901 - 1909
C’est alors qu’il est placé en apprentissage chez un typographe de Peronne, que Jean-Pierre de Béranger (1780-1857) entrevoit le pouvoir de l’écriture et prend goût à la versification. Dans le même temps il suit les cours d’un Institut Patriotique, fidèle à l’esprit de Jean-Jacques Rousseau et, fils d’un ardent royaliste volontiers affairiste, il découvre d’autres aspirations. Timide dans ses débuts, il reste fidèle à l’esprit des odes aimables et des romances, mais peu à peu il sait se montrer plus virulent. C’est particulièrement dans ses Chansons que son talent se dévoile le plus. Sous la Restauration, alors qu’il avait été un des chantres de l’Empire, il se montre acide envers les nantis de ces jours nouveaux et n’hésite pas à fustiger leurs ridicules et, plus grave, les traiter d’antinationalistes. Il fut plusieurs fois condamné à la prison et à de lourdes amendes, mais ces peines le rendirent de plus en plus populaire. Après la Révolution de 1830, il s’intéresse à des sujets philosophiques et humanitaires. Il observe et tire une morale parfois amère. Ses détracteurs, qui assuraient qu’il voulait remplacer la Fontaine, déprécient sa veine «sociale», son souci d’autrui. Souvent il épouse la cause des humbles et se trouve ainsi bientôt élu à l’Assemblée Nationale de 1848. Mais soucieux de son indépendance, il renonce à siéger. Il renonce même à l’Académie, afin de rester plus proche des pauvres qu’il soutient de son mieux. C’est d’ailleurs parmi eux qu’il mourra dans le plus grand dénuement.

10/ Le pauvre Laboureur (Chanson bressanne harmonisée par Julien Tiersot) 
Chanté par Reynaldo Hahn s’accompagnant au piano. Columbia BF1 / matrice WL 2401-1 - 11 juillet 1930
La chanson du pauvre laboureur est un thème récurent qui plonge ses racines dans les plus anciens temps. Mais c’est un thème qui prend une dimension nouvelle au fil du XIX ème siècle. Car la société traditionnelle, qui ne connaissait que les fatalités naturelles et ne rencontrait jamais que les mêmes marchés d’une économie de proximité, doit s’ouvrir à d’autres réalités économiques qui la dépassent. Le monde rural rencontre une concurrence plus vaste - que le développement des réseaux ferroviaires rend possible - qui implique une fluctuation des prix, et le plus souvent une baisse, mettant en péril sa survie. D’ailleurs, conséquence immédiate, un exode rural des campagnes vers les villes commence. Cet exode est vécu le plus souvent comme un déchirement, une aliénation, une injustice. Nombre d’anciens ruraux deviennent des ouvriers qui ont du mal à accorder leur individualisme aux nouvelles conditons de tavail. Certes une «révolution industrielle» - entre 1860 et 1880 - est alors possible, mais elle s’accompli le plus souvent sur le dos d’une classe sociale exploitée qui ne tardera pas à s’organiser afin d’exprimer nombre de revendications. Mouvement symptomatique qui favorise, le 20 octobre 1879, la naissance du P.O.F. (Parti Ouvrier Français) sous l’influence de Jules Guesde. 

COMPLÉMENT Jules Guesde (1845-1922)
Jules Guesde, de son véritable patronyme Basile, quoique né dans un milieu très conservateur, s’enflamme pour la cause de la Commune… depuis Montpellier. Ses dénonciations?de «l’impérialisme», dans le journal Les Droits de l’Homme, lui valent?d’être condamné à des peines de prisons auxquelles il échappe en fuyant en Suisse. C’est là qu’il rencontre Bakounine et se laisse séduire par les idéaux volontiers anarchisants de la Ière Internationale.?Mais il se rapproche bientôt du marxisme* dont en France il devient le plus actif propagateur.?Afin de réaliser un jour prochain une révolution - même par les voies légales du suffrage (théorie qui prendra le nom de marxo-guesdisme) - il fonde le P.O.F. (Parti Ouvrier Français) et mène des luttes sans merci - qui le conduisent en prison pour «incitation à la guerre civile»…- et se trouve en grande partie à l’origine de la manifestation ouvrière du 1er mai 1890. Élu au Parlement en 1893, il condamne toute participation des socialistes dans un gouvernement, car il affirme que le rôle de leurs élus est de propager les idées nouvelles et les inciter à la lutte des classes.?Par ailleurs il réclame l’unité de cette action et réprouve les dissension au sein d’un parti qui doit être un parti uni de classe.?En 1901 il fonde le P.S.D.F. (Parti Socialiste De France) qui se veut le seul parti révolutionnaire de France dont le but est «la transformation de la société capitaliste en une société collective ou communiste». Quand en 1905 se tient le congrès de réunification des socialistes, duquel va sortir la S.F.I.O.** ce n’est pourtant pas la tendance guesdiste qui l’emporte contre Jaurès.?En 1914, Guesde accepte de participer au gouvernement «d’union sacrée» et «malgré tout» envoie les classes prolétaires de France combattre leurs homologues allemandes, attitude qui est perçue immédiatement comme une «trahison» et dénoncée par Trotski. Puis, en 1920, il refuse l’adhésion à la III ème Internationale sous la houlette de Moscou et se range au côté de Léon Blum avant de se retirer peu à peu de la vie politique.
* Cf. «Les Borgeois»
** Cf Jean Longuet ; P. Renaudel «la Mort de Jaurès» ; L. Blum «De quoi est né le Socialisme»


11/ Juin 44 présente : Léon Blum parle de 1848
La Voix des Nôtres DR577 / matrices Part. 5595 et Part. 5596 – DR578 / matrice Part. 5597. Novembre (?) 1947
C’est d’un formidable mouvement que Blum parle, d’une espérance. Certes on retrouve sous-jacents les idéaux de Blum, issus de la pensée jauressienne, mais l’homme n’est plus le même. Brisé par son expérience politique - on a reproché à son pacifisme affiché d’avoir favorisé l’agression nazie - et la guerre, il vient de se retirer de la vie politique active, après une ultime présidence du Conseil entre le 16 décembre 1946 et le 16 janvier 1947. Dans ce contexte, cet enregistrement apparaît plutôt comme une méditation politique, voire le témoignage-testament d’un homme profondément humaniste que l’idée d’un bouleversement violent répugne. Il cherche une fois de plus à affirmer qu’il doit exister une solution «révolutionnaire» d’essence «harmonieuse» de nature évolutionniste, lente peut-être, mais inexorable.
(Ce dicours a aussi été prononcé le 24 février 1948 à la Sorbonne)

12/ Le Lac (Niedermeyer - Lamartine)
Chanté par Daniel Vigneau de l’Opéra Comique / Gramophone G.C. -3 - 32804 / matrice 5711 h - Mars 1908
La figure d’Alphonse de Lamartine (1790-1869) est attachée à la proclamation de la République depuis le balcon de l’Hôtel de Ville de Paris en 1848. Pourtant, à compter de cette date, son influence politique décline vite. Opposant au régime de Louis-Philippe, il prône une autre forme de gouvernement plus juste et plus généreuse s’appuyant sur les fondements de la pensée chrétienne originelle. Il avait espéré la trouver dans la République. Mais plus idéologue que politique il se retire de l’action et se consacre à son œuvre poétique. Celle-ci rend compte des idéaux de Lamartine, et son fameux «Ô temps suspend ton vol» soutend toute sa pensée qui voudrait retenir les choses afin de mieux les comprendre plutôt que de chercher d’éphémères solutions, dans le domaine politique toujours mouvant.

13/ C’est un Rêve que j’ai rêvé (Pierre Dupont, Arrgt pour piano de H. Radiguer)
Chanté par Marcel Clément, accompagné au piano par Jean Petit.  La Voix des Nôtres  V.N. 219 - 1930
Pierre Dupont (1821-1870) est réputé pour ses textes et ses musiques souvent teintés d’une veine bucolique. Qu’il chante l’immensité d’une nature généreuse (Les Sapins) ou célèbre le rude labeur du monde paysan (Les Bœufs), il n’échappe pas aux poncifs... Toutefois certains de ces textes vont au-delà des idées reçues et prônent la générosité - il se souvient sans doute d’avoir été recueilli, alors qu’il était orphelin, par un prêtre. Il croit au progrès. Avec La Locomotive où il chante la force de la vapeur?:
«Avec la vapeur, patience […]
Partout circulera l’aisance /
Allons, ô ma locomotive /
Tes rails nous mèneront au progrès»
Il affirme encore ses idées dans ce Rêve.

14/ Depuis 6000 Ans, la Guerre (Victor Hugo)
Dit par M. Damorès de la Porte Saint Martin / Édition de la Ligue Française de l’Enseignement - «Fédération Seine et Oise» - Collection Scolaphone / VEG BJ 40 - vers 1928.
Victor Hugo (1802-1885) n’a jamais été un «véritable socialiste». Attaché à la monarchie parlementaire, il reste longtemps fidèle à cet idéal puisqu’il refuse même de participer au gouvernement aux côtés de Lamartine lorsque la République est proclamée en 1848. Mais vite l’histoire le rattrape. La violence des répressions aveugles de juin 1848 bouleverse l’homme et le poète. Bientôt il n’a plus que mépris pour les «partis de l’ordre» qui foulent au pied les aspirations populaires et fondent leur réussite sur l’exploitation de la misère, trahison selon lui du véritable christianisme. Après l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte, le prince-président, puis le coup d’état du 2 décembre, il est convaincu du sentiment républicain et contribue aux soulèvements parisiens. Exilé, il refusera toujours de rentrer, même lorsque «Napoléon le petit» lui aura accordé l’amnistie. A son retour en France en 1870, après Sedan, Victor Hugo prend le parti des Communards, sans pour autant approuver leur action. C’est bien l’image d’un homme perpétuellement préoccupé des questions sociales de son temps, profondément ennemi de la violence, qu’il juge plus destructrice que véritablement utile. Publié en 1863, dans Les chansons des Rues et des Bois, ce poème extrait du livre Sagesse redit les convictions d’un Victor Hugo, poète plus anti-belliciste que pacifiste…
COMPLÉMENT
«Il n’y pas cent socialismes comme on le dit volontiers.?Il y en a deux. Le mauvais et le bon.  Il y a le socialisme qui veut substituer l’État aux activités spontanées, et qui, sous prétexte de distribuer à tous le bien-être, ôte à chacun sa liberté. La France couvent, mais couvent où l’on ne croit pas; une espèce de théocratie à froid, sans prêtre et sans Dieu. Ce socialisme-là détruit la société. Il y a le socialisme qui abolit la misère, l’ignorance, la prostitution, les fiscalités, les vengeances par les lois, les inégalités démenties par le droit ou par la nature, toutes les ligatures, depuis le mariage indissoluble jusqu’à la peine irrévocable. Ce socialisme là ne détruit pas la société, il la transfigure. En d’autres termes, sous le mot socialisme, comme sous tous les mots humains, il y a la vérité et il y a l’erreur.  Je suis contre l’erreur, et pour la vérité.» Victor Hugo,  Choses Vues, 1848
.


15/ Les «Borgeois» - Cri d’Indignation comique (Del - Pourny)
Dit par Lerda des Concerts de Paris / Odéon?n° A 71132 / matrice PO 473 - 1909
Philosophe, Karl Marx (1818-1883) se définit d’emblée comme «philosophe matérialiste». Il cherche à comprendre, au travers d’une lecture de l’histoire aux prises avec les forces de la matière, et non - comme traditionnellement - aspirant à un dépassement d’ordre «divin», la pensée et l’histoire de l’humanité au travers de ses institutions - la Famille et l’État - et assigne au philosophe un devoir actif. Ses réflexions le conduisent à concevoir un État qui devrait être au service d’une classe sociale. C’est pourquoi il appelle de ses vœux une révolution afin que le prolétariat puisse sortir de l’aliénation que fait peser sur lui la classe dirigeante. C’est dans cet état d’esprit qu’il rédige en 1847 le «Manifeste du Parti Communiste» en collaboration avec Fredrich Engels, rencontré à Cologne puis à Paris.?Là il dénonce clairement la «société bourgeoise» et met en place le concept de «lutte des classes» : le prolétariat doit rechercher les moyens d’obtenir la suprématie afin de pouvoir concentrer tous les instruments de production dans les mains de l’État.?Ces théories lui vaudront d’être chassé de France en 1849. Désormais ses travaux seront de plus en plus voués à l’étude des systèmes économiques. Toutefois le militantisme conserve une part importante dans sa vie. Ainsi, en 1864, il participe à la fondation de la première Internationale Ouvrière à Londres.?Il voit dans cette organisation un des moteurs de la mise en place des nouveaux rapports sociaux qui ne
peuvent tolérer aucun compromis avec la «classe des bourgeois».

16/ Le Temps des Cerises (Renard - Clément)
Chanté par Albert Vaguet, de l’Opéra de Paris / Pathé-Saphir hors catalogue n° V578 (cylindre n° 284.R) - 1909
Il est vrai que cette chanson, composée en 1866 et chantée lors de la Commune, ne présente aucun caractère politique propre. Mais elle rapporte un tel souvenir que la fredonner simplement revêt véritablement un caractère politique. Même si certains y voient des allusions, («une plaie ouverte» que «je garde au cœur», «dame fortune ne pourra jamais fermer ma blessure»), elle est surtout bercée de la nostalgie d’une fête brisée, de regrets amoureux. Mais encore, elle rapporte le souvenir de Jean-Baptiste Clément (1836-1903), fervent ennemi du régime de Napoléon III. Journaliste d’opposition, il est à ce titre emprisonné maintes fois à Sainte-Pélagie. Sous la Commune, il participe aux combats contre le pouvoir, puis se voue au syndicalisme après 1885. Il est alors l’un des plus ardents divulgateurs de la pensée socialiste, mais dans le même temps continue d’écrire d’aimables romances pour les scènes du Café Concert.

17/ 18 mars 1871,  La Commune  
Dit par Arthur Groussier / Disque ERSA La Voix des Nôtres  V.N. 119 - 1930
Depuis les répressions de 1848 et de 1851, les classes populaires - privées de leurs représentants exilés -  n’ont pas connu de vaste soulèvement. Mais la création de la 1ère Internationale à Londres le 28 septembre 1864, et surtout l’utilisation du droit de grève accordé cette même année, laissent entrevoir de nouveaux moyens d’action. Des mouvements sont alors engagés dans les provinces. Mais ils sont vite réprimés par l’armée : la confiance accordée au régime de Napoléon III est rompue. Après les défaites de l’Empire, en 1870, Blanqui - véritable précurseur des mouvements de conquête révolutionnaire -?tente un «coup de main», mais échoue. Puis c’est l’escalade, sur un fond de guerre contre la Prusse. Paris ne veut pas admettre l’armistice du 28 janvier 1871. La tension monte et finalement, lorsque le 18 mars 1871 Thiers demande le retrait des canons de la capitale, la Garde Nationale et le peuple se soulèvent, persuadés d’une trahison. Des troupes sont envoyées de Versailles pour mater ce soulèvement, mais certains soldats fraternisent avec les révoltés... Le 19, le Comité central de la garde décide l’organisation d’élections afin de désigner la «Commune de Paris». Elle deviendra le centre d’une vaste fédération des villes françaises, afin de discréditer le pouvoir en place. La population parisienne est rapidement enthousiaste...

COMPLÉMENT
Arthur Groussier (1863-1957)
«Entré en politique» assez jeune, il est élu dès 1893 dans le Xème arrondissement de Paris comme candidat du P.S.O.R. Toute sa vie il restera marqué par ses premières convictions. Puis, en 1905, il adhère à la S.F.I.O. et continue une carrière politique à laquelle il ne renoncera qu’en
1928. Comme député, ses interventions sont remarquées lors des débats relatifs au droit d’association, qui seront totalement formulés dans la «Loi de 1901», mais encore dans l’élaboration du Code du Travail. Il propose de nombreuses extensions du droit des travailleurs, notamment dans le cadre du contrat de travail, sa durée, mais surtout dans le domaine de la prévention et de la protection: il est à l’origine des commissions «d’Hygiène et Sécurité». Malgré ces importants travaux, son activité de militant ne faiblit jamais. Il participe à de nombreux congrès et au sein de la S.F.I.O. est nommé à la C.A.P. (Commission Administrative Permanente) Après son retrait de la politique (motivé par un échec électoral), il se tourne ver la Franc-Maçonnerie dont il devient rapidement un membre influent. C’est d’ailleurs autour de sa forte personnalité que cette dernière se reconstitue en 1944 - après sa dissolution en 1940 sur ordre des autorités d’occupation -. Le Grand Orient le nomme alors Grand Maître d’Honneur à vie.

18/ Proclamation de la Commune [«Une belle Page de Jules Vallès»
(préface de Lissagaray) / Dit par Firmin Gémier / Disque ERSA La Voix des Nôtres  V.N. 120 - 1930

COMPLÉMENT
Hippolyte Lissagaray (1838-1901)
Ce républicain convaincu durant une période où il est dangereux de l’être - le Second Empire - est rapidement poursuivi comme agitateur et emprisonné pour délit d’opinion : «excitation à la haine contre le gouvernement». Il est encore, et de nombreuses fois pour les mêmes motifs,
condamné à de lourdes peines d’amende.?Pourchassé sans relâche par la police de Napoléon III, il choisit de s’exiler en Belgique et ne revient à Paris qu’après la chute de l’Empire, en 1870.?C’est alors qu’il se «met à la disposition» de Gambetta qui le nomme Commissaire à la guerre à Toulouse. Mais il
revient bien vite à Paris où, comme journaliste, il est témoin de la Commune. Il publie de nombreux articles de soutien aux Communards et réprouve l’écrasement sanglant. Condamné après la répression, il fuit à Londres. Dans la capitale anglaise, il fréquente Marx et se laisse convaincre par ses idées (il pense même épouser sa fille «Tussy»). Lorsqu’il retrouve Paris, après les amnisties de 1880, il lutte contre Boulanger et les tentations nationalistes, combat encore pour Dreyfus. Sa pensée continuant d’évoluer, il devient vite l’une des figures les plus en vue du courant libertaire.

 
Jules Vallès (1832-1885)
«Tant qu’il y aura un soldat, un bourreau, un prêtre, un gabelou, un rat-de-cave, un sergent de ville cru sur serment, un fonctionnaire irresponsable, un magistrat inamovible ; tant qu’il y aura tout cela à payer, peuple, tu seras misérable». C’est avec de telles convictions que Vallès s’engage dans les combats de la Commune. Mais c’est surtout son lyrisme d’écrivain qui lui vaut de porter la mémoire de cette époque plutôt que sa réelle action, modérée semble-t-il. Il doit cependant fuir vers l’Angleterre et ne peut rentrer, comme tant d’autres, qu’après 1880. Après cette date il continue d’animer les débats, tant comme orateur que comme auteur engagé, et la vigueur de son talent, ses convictions inébranlables, suscitent autant d’adhésions que de rejets.?

C.D. n° 2
1/ La Semaine sanglante - 21-28 mai 1871
Dit par Léon Osmin / Disque ERSA La Voix des Nôtres  V.N. 113 - 1930
La Commune proclamée, ses chefs tergiversent, sont divisés, en proie au doute. Pendant ce temps, Thiers décide «d’écraser ces canailles». Ses troupes marchent sur Paris et le 21 mai commence une cruelle répression. D’innombrables exécutions sommaires marquent l’avancée des «versaillais» - car le gouvernement siège à Versailles - vers le cœur de Paris. Y répondent les exécutions de nombreux otages, des destructions massives et des incendies allumés par les Communards. Les canons tonnent de part et d’autre... Mais le 27 mai la situation de la Commune est désespérée. On se massacre dans le cimetière du Père Lachaise et le 28, les ultimes combats prennent fin vers le Faubourg du Temple. On dénombre 1000 tués dans les armées versaillaises et 20000 morts du côté des Communards.?En plus il y aura 40000 arrestations, et 13500 condamnés à la déportation. Quelques peines de mort sont aussi prononcées, mais les exécutions sont rares, nombre de chefs ayant réussi à prendre la fuite et partir en exil.?

2/ Vision d’Horreur - Aux Martyrs de la Semaine Sanglante - (récit d’un Témoin : Maxime Vuillaume)
Dit par Francey / Disque ERSA La Voix des Nôtres  V.N. 114 - 1930

COMPLÉMENT
Maxime Vuillaume, né en 1844, venait de mourir, en 1926, lorsque ce récit à été porté au disque. Dans ses mémoires - «Cahier rouges» - il se décrit, durant le Second Empire, fréquentant volontiers les cercles républicains. Après la chute du Second Empire, il combat aux côtés de la Commune et collabore à différents journaux, le Père Duchêne et le Journal Officiel de la République Française, puis fonde bientôt lui-même La Sociale, et participe à l’Estafette. Ce n’est qu’au prix de hasards «de bonheurs» qu’il peut échapper à la répression versaillaise et, alors qu’il est condamné à mort par contumace, passe en Suisse.?Là il continue de mener des actions révolutionnaires et publie «Hommes et Choses du Temps de la Commmune». Il ne rentre à Paris qu’en 1887 et durant la guerre de 1914-18 ne donne plus que des œuvres mineures teintées d’un patriotisme de rigueur.
3/ La Fille de Madame Angot - Chanson politique - (Lecocq - Clairville)  
Chanté par Louise Dhamarys de la Gaîté Lyrique, accompagnement d’orchestre sous la direction de M. Heurteur / Columbia D 12025 / matrice WL 480 - 14 juin 1927
Charles Lecoq est le plus fameux compositeur de l’ère «post Offenbach» et ses opéras comiques fantaisistes séduisent le Tout Paris.?Le livret de Clairville replonge dans l’ambiance du Directoire, et narre des péripéties amoureuses, mêlées de scandales politico-financiers où les enrichis du nouveau régime sont brocardés.?«C’était pas la peine assurément de changer de gouvernement», clame à l’envi la fille de Madame Angot, simple fleuriste des Halles qui ne peut que contempler ce monde dans lequel «plus on change et plus c’est la même chose» selon le mot fameux. Il est vrai qu’en 1872 le Second Empire venait de s’écrouler et que par delà le désastre de Sedan, par delà la Commune, «plus on change et plus c’est la même chose»...

4/ Une Réunion électorale 
Scène réaliste «présidée» par Dranem et Lemarchand / Cylindre Edison n° 17626 - 1906
La vie politique va bon train en cette fin du XIXème siècle. Mais hors des débats que l’on pourrait presque croire traditionnels, voilà que soudain, en 1878, un ouvrier, pour la première fois, se présente à des élections. C’est un tollé général et nombreux sont ceux qui s’amusent à rire de cet événement pour le moins incongru. Les scènes comiques de «réunions électorales» de toutes nature font alors florès. Mais au-delà du simple amusement, elle témoignent de la formidable avancée de l’expression ouvrière et de son ouverture à la culture, non seulement au fil de réunions d’Amicales, de lectures publiques, mais encore au sein de bibliothèques associatives - comme la «Bibliothèques des Amis de l’Instruction». Là, un fond d’ouvrage lentement acquis et choisi avec discernement est mis à la disposition des lecteurs. Ainsi non seulement les modestes ouvriers et artisans peuvent acquérir et comprendre les éléments clefs de la «culture bour­geoise» mais encore connaître les principaux mouvements d’idées qui bouleversent le monde politique depuis la chute du Second Empire, depuis le vaste mouvement réprimé dans le sang de la Commune.?Ce changement est encore perceptible dans nombre de chansons diffusées au sein d’associations ouvrières et politiques tels ces couplets «les Politiciens» [musique inconnue et auteur anonyme (?) vers 1890] qui reflètent assez bien le climat de défiance qui s’instaure :

3ème couplet      
Que le régime soit pur républicain              
Conservateur, ou bien réactionnaire    
Toujours roulant dans le même pétrin    
En travaillant, mourir de misère    
Mais si nous voulons que l’Égalité    
Ne soit ni mensonge ni monstruosité    
Il faut supprimer tous les exploiteurs    
Qui du paupérisme sont les vrais auteurs    
5ème couplet
Quand est-ce que les vrais travailleurs
Songeront-ils à rompé toute clique
Des prolétaires de toutes les couleurs
L’Apostolat patriotique
Mais s’ils comprenaient leurs vrais intérêts
Ils cesseraient d’être benêts
Et pour obtenir l’émancipation
Il n’y a qu’un seul moyen, c’est la Révolution
Refrain :
Aux candidats, sus aux politiciens
Nous ne voulons plus être le soutien (bis)


5/ L’École laïque a cinquante Ans
Marcel Déat / ERSA - La Voix des Nôtres : Le Disque d’avant Garde V.N. 109 - 1930
C’est en 1912, alors qu’il poursuit des études en Khâgne, que Marcel Déat (1894-1955) s’intéresse aux idées socialistes et, jusqu’en 1914, suit avec passion l’action et les développements de la pensée de Jaurès. Mais la guerre, qu’il traverse avec vaillance, lui laisse de profondes impressions qui le conduisent bientôt à militer en faveur du pacifisme.?Démobilisé, il reprend ses études de philosophie et continue de tisser des contacts avec la Vème section du Parti Socialiste.?En 1920, après le Congrès de Tours, il demeure à La S.F.I.O. car il est hostile au bolchevisme. C’est alors que l’étude de la sociologie le passionne de plus en plus et qu’il s’intéresse particulièrement à «l’École» en laquelle il voit l’un des meilleurs outils de promotion sociale. En 1922, nommé à Reims, il continue de déployer une grande activité dans la Marne. Il est partisan du «Cartel» et, en 1924, revient à Paris où peu à peu il se glisse sur «l’aile de droite» du parti et propose des réformes d’essence «néo-socialiste» afin de provoquer un vaste débat idéologique, une remise en question que Blum refuse, croyant y voir les dangers d’une dérive proche du national-socialisme.?L’avènement d’Hitler à la Chancellerie, en 1933,  fait sentir encore plus à Déat l’urgence de réformes nationales - en opposition avec l’internationalisme prôné d’ordinaire - afin de combattre le fascisme. Après de nombreuses querelles, une scission intervient au sein de la S.F.I.O et Déat fonde le Parti Socialiste de France.?Mais le Front Populaire ne comble pas les espérances de Déat, car battu aux élections de 1936, il n’accède à aucune responsabilité et voit même l’affaiblissement de son mouvement. Cette amère expérience le coupe de ses aspirations premières. Il entre alors dans une phase de critique et durant la guerre se tourne plutôt vers une collaboration active…

6/ La Valse brune (Krier)
Orchestre anonyme (Pathé?) / Pathé-Saphir 6520 / matrice 7372 - 1907
Après la Semaine Sanglante du 21 au 28 mai 1871, l’accession de Thiers «le versaillais» à la présidence de la République puis, en 1873, celle de Mac-Mahon qui s’engage à rétablir «l’ordre moral», les fêtes traditionnelles et les divertissements populaires sont interdits dans Paris qui craint les «réunions de la canaille». Seule demeure la très surveillée «Foire au Pain d’Épice». Mais sous la pression des conseils municipaux, le Préfet de Police autorise, en 1881, le rétablissement de quelques unes des Fêtes de banlieues (Belleville, Charonne, Auteuil, Passy…) annexées à Paris depuis 1860. Jules Vallès se réjouit de cette victoire du Peuple, il «n’a pas encore le pain, mais on lui a rendu les spectacles. On a rétabli les foires dans les communes et les faubourgs.» La valse, venue des rutilants salons du Second Empire emplit l’air de ses allègres harmonies, et bientôt, se démocratisant, «n’est plus tout à fait ce qu’elle était» au yeux de certains qui déplorent la vulgarisation d’un genre précieux. Ne va-t-on pas jusqu’a «valser à l’envers» ?...

7/ L’Internationale (Pottier- Degeyter)
Chantée par Weber / Cylindre Pathé n°907 - 1899
D’origine modeste, Eugène Pottier (1816 - 1887) devient vite, après avoir été dessinateur sur étoffe, le fondateur de sa propre «maison».?Mais il ne peut manquer de se souvenir de ses débuts et des ses difficultés pour «s’affranchir» de son milieu, et veut réagir contre les traditions réactionnaires qui maintiennent chacun dans des places étroites. Il compose ses premières œuvres poétiques dans ce sens, dès avant l’âge de 14 ans. Gustave Nadaud, son éditeur, assure alors : «il était déjà rouge en 1848, quand je l’ai connu, il n’a pas déteint, c’est une qualité». Car il a, avec la force de ses convictions et de ses aspirations, participé à la révolution de 1848. En 1870, il adhère à l’Internationale, et se dévoue à la Commune en laquelle il place une nouvelle fois tous ses espoirs. C’est alors que, traqué dans Paris, après la victoire des Versaillais, il écrit les couplets de l’Internationale... Mais, condamné à mort par contumace, il doit fuir aux Etats-Unis. Il continue son œuvre militante de poète et ne rentre à Paris qu’en 1880, malade et ruiné, mais militant toujours. Ce n’est qu’en 1888 qu’un ouvrier lillois, Pierre Degeyter, à la demande du maire de Lille, compose une musique pour la poésie alors méconnue de Pottier. Cette partition ensuite n’est publiée qu’en 1894 - de manière très restreinte - mais est aussitôt condamnée «pour incitation à la désertion». Quoique chantée dans le Nord, L’Internationale ne connaît de réelle diffusion qu’en 1899, lorsqu’Henri Ghesquière la chante au Congrès des Organisations Socialistes.?C’est alors un triomphe qui se répand et supplante les anciennes Carmagnoles, «Ça ira», et même la Marseillaise... Triomphe si complet que même L’U.R.S.S. en a fait son hymne jusque la deuxième Guerre Mondiale.
Cf. CD N° 1 - L’Internationale

8/ Si j’étais Dieu (Marietti)
Chanté par Noté de l’Opéra / Odéon 33 937 / matrice xp 1184 - vers 1907
Le 12 novembre 1890, un toast porté à la République par Monseigneur Lavigerie marque le rattachement de nombre de catholiques - restés pour la plupart fidèles à l’idée monarchiste - à la République. Aussitôt les socialistes s’appuyant sur le message fondamental et universel de l’Église (et non sur une pratique détournée de son sens véritable et donc dénonçable) espèrent un ralliement aux thèses humanistes qu’ils défendent depuis longtemps (Saint-Simon, La Mennais, Cabet...), mais les choses, malgré d’évidentes bienveillances, n’iront pas si vite...

9/ D’une Prison (R. Hahn - P. Verlaine)
Chanté par Roger Bourdin avec accompagnement de piano (R. Hahn ?) / Odéon 188635 / matrice KI 2172 - 18 février 1929
Il n’est nul besoin de chercher à expliquer la puissance évocatrice du poème de Paul Verlaine. Il clame assez fort sa révolte, le poids des injustices, un sentiment d’irréparable…

10/ La Fiancée du Pirate (de l’Opéra de Quatre Sous)  
(Kurt Weill - Berthold Brecht, parole françaises de A. Mauprey) / Chanté par Florelle, orchestre dirigé par Jean Lenoir / Polydor 522172 / matrice 4860 1/2 BKP - Novembre 1931
L’Opéra de Quatre Sous, de Kurt Weill, connaît en France un immense retentissement, et la chanson de la Fiancée du Pirate réveille de vieux souvenirs, ceux de l’anarchie. Ce mouvement, né vers 1840, est immédiatement rejeté. «Les vrais anarchistes sont ceux qui sont impatients d’avoir toujours obéi et qui sont incapables de commander» proclame Lamartine. Mais c’est surtout Bakounine (mort en 1876) qui en est le premier théoricien. «Plus de propriété, plus de capital, plus de patrie, plus d’État : guerre à toute autorité» est le centre de ces revendications qui recherchent «un milieu» - et non plus une société - où chacun pourra s’épanouir, «prendre ce qui lui plaira et même plus». Une vague d’attentat sévit alors en Europe afin de renverser l’ancien monde. Quelques anarchistes se rapprochent des socialistes : ne possèdent-ils pas en commun un rêve révolutionnaire? Mais en 1893 les socialistes rejettent cette participation. D’ailleurs l’anarchie est bientôt réprouvée par les lois de juillet 1894.

11/ L’Impôt sur les Fainéants (Montéhus)
Chanté par Marty de l’Opéra de Monte-Carlo, orchestre Perfectaphone sous la direction de Bervilly / Perfectaphone n° 4359 / matrice OW 557-1 - 30 septembre 1930
Au lendemain de la fondation de nombre de mouvements et de partis d’essence socialiste, il est temps de réagir! Les idées nouvelles qui se répandent - même si elles sont parfois marquées du coin de la plus pure démagogie - dérangent. C’est alors que «les Camelots du Roi», actif soutien de l’extrême droite, entreprennent «un vaste «net­toyage»... salutaire selon eux.
 
 A bas les métèques 
 Et les francs-maçons
 Qu’on les fout’ à l’eau 
 Dans l’pays des poissons 
 Briand nagera 
 Comme il a la manière 
 Et Painl’vé boira 
 Son ventre s’emplira 

 On verra sur le dos flotter Doumergue
 Et les députés
 S’en aller comm’ des chiens crevés
 Pour balayer les gens d’la république
 Camelot, vas-y
 Pas besoin de fusil
 Ces lascars-là, ça s’nettoie à coups de trique

«Quand on pendra la gueuse»
M. Magnier


12/ La Grève des Forgerons (François Coppée)
Dit par Duparc / Cylindre Pathé n° 2797 - 1897 ou 98
La tendresse du regard de François Coppée (1842-1908) posée sur les humbles est immédiatement perceptible. Même si le côté grandiloquent de la scène la rattache à un genre aujourd’hui désuet, il n’en demeure pas moins le chantre des luttes des plus démunis et de leurs difficultés même face à la grève et aux justes revendications. Au lendemain de la fondation de la C.G.T. - d’où les industriels redoutent que partent les mots d’ordre de grève - au lendemain encore de l’échec d’une tentative de grève générale en 1898, le texte de «La grève des Forgerons» - paru en 1868 - retrouve une certaine actualité, tandis que son auteur se rapproche de plus en plus des nationalistes.

13/ Formons la Chaîne (J. Jemain - F. Mouret)
Chanté par G. Gratias et Vibert, baryton d’Opéra. Orchestre symphonique sous la direction de J. Jemain. / ERSA - La Voix des Nôtres : Le Disque d’avant Garde. V.N. 123 - 1930
La tradition historique fait remonter la Franc-maçonnerie au temps des cathédrales... Elle consistait à l’origine en une société d’entraide essentiellement professionnelle. Ce caractère d’entraide ne s’est jamais perdu, même si, à l’évidence, les buts ont évolué. C’est essentiellement au XVIIIème siècle que la Franc-maçonnerie a joué un rôle important dans la propagation d’idées nouvelles dans des cercles plus larges car ouverts aux «initiés» quelles que soient leurs origines. Nouvelle orientation, d’ordre plus politique cette fois, qu’elle n’a jamais perdu depuis. Des réseaux parallèles se sont  formés, réseaux que des rumeurs de crainte de «sociétés secrètes» ont plus ou moins diabolisés. En vérité dans les loges se forment de vastes mouvements d’idées qui peuvent se développer et se répandre, durant les périodes de répression pour «délit d’opinion», mais aussi constituent des réseaux d’entraide, d’amitiés scellées par une loyauté consentie. Cette habitude secrète - ou du moins très dis­crète -?a longtemps inquiété toute sorte de pouvoirs et l’exclusion des francs-maçons du P.C., en 1922, marque bien cette attitude de défiance d’un ordre qui ne peut tolérer qu’aucune société puisse, par des moyens détournés, avoir une attitude subversive face à une pensée unique.
Cf. «Complément» Groussier

14/ Pas d’Aumône (Jacques Messy)
Chanté par Furens de la Cigale, avec orchestre / Favorite Record 1 - 5393 / matrice 1571 t - vers 1906
Une scène réaliste, un drame simple mais émouvant, une sorte d’image d’un temps qu’on désigne avec facilité sous le nom de Belle Époque… et où tout n’est pas aussi riant que les souvenirs complaisants veulent le faire croire.?C’est l’époque où les plus démunis sont vite gagnés par la misère et réduits à la mendicité lorsqu’ils ne peuvent compter sur une famille secourable. Les allocations seront pour plus tard, mais c’est sans doute grâce au récit - ou à la confrontation - de telles scènes qu’elles ont pu être envisagées, alors que depuis longtemps une «rente pour les vieux», une aide pour les mères... étaient demandées.

15/ Jean Longuet
La Voix des Nôtres, Edition Jean Lorris matrice 4978 AB - Mai 1929
La personnalité de Jean Longuet (1876-1938) est loin d’être facile à cerner, sans doute parce qu’il est le petit fils de Karl Marx*, et que l’ombre de ce grand-père a pesé très lourd sur sa vie entière, faisant de cette personnalité remarquable un homme fuyant les honneurs et les premiers plans auxquels son intelligence et la clairvoyance de ses analyses auraient pu le conduire. Dès sa plus jeune enfance il fréquente tout ce qui compte dans le monde socialiste international. Ces fréquentations, outre la richesse des rencontres, l’habituent très tôt aux conversations où les réflexions sont lentement mûries. Cette accoutumance le forme plus à un travail de cabinet qu’à la confrontation publique, attitude personnelle qui lui sera longuement reprochée : on attendait du petit fils de Marx une faconde convaincante. Puis, on ne lui pardonne guère d’avoir d’abord suivi la pensée de Jules Guesde pour ensuite se rapprocher de plus en plus de Jaurès**. Les contacts qu’il entretient avec des personnalités de tous pays le conduisent très vite à s’intéresser aux problèmes internationaux. Au sein de la S.F.I.O. c’est naturellement qu’il est chargé des questions internationales - il est même l’un des rares socialistes français de cette époque à s’en préoccuper.  De plus il est membre permanent, car toujours réélu, de la C.A.P. (Commission Administrative Permanente) chargé de la réflexion interne du parti et de la préparation des dossiers les plus délicats. En 1920, lors du Congrès de Tours, Longuet sort brisé, comme après une rude épreuve. Il avait été attaqué (Zinoviev le soupçonnait d’être «un agent déterminé de l’influence bourgeoise sur le prolétariat») et avait dû répondre durement à Paul Vaillant-Couturier qui lui reprochait sa mollesse. «Savez-vous ce qui distingue l’homme de l’esclave ? C’est qu’il a une dignité.» Position qui restera toujours la sienne surtout face à la montée du fascisme. Il se montre farouchement opposé à toute tentative de politique d’apaisement. Mais il meurt bientôt dans d’un accident de voiture, et ne voit pas ses craintes se concrétiser.?
* Jean Longuet est le fils de Charles Longuet, exilé en Grande Bretagne après 1872, et de Jenny Marx. Son «éducation politique» a été assurée avec sévérité et conviction par correspondance par sa tante Eléanor Marx - car sa mère Jenny est décédée en 1883.
** Il a été très actif pour sauver l’unité des socialistes, particulièrement en 1905 lors de la fondation de la S.F.I.O. (il est même à l’origine des trois premières initiales du nom : Section Française de l’Internationale).

16/ Le joyeux Chaudronnier (Peter)
Exécuté par la Garde Républicaine / Zonophone X 80280 / matrice W7361 o - Vers le 18 septembre 1907
Avec son imitation de bruit de marteau, son rythme entraînant, ce Joyeux Chaudronnier a été «phonographié» un grand nombre de fois, chez diverses firmes. L’histoire que narre cette musique est simple : le chaudronnier est joyeux, heureux et fier de son ouvrage. C’est à se demander pourquoi un tel morceau de genre, si rassurant quant à ce qu’un ouvrier peut penser de son travail? La réponse est presque aussi simple que la musique, c’est que justement on doute de la joie pure des ouvriers, et que plus personne ne peut ignorer l’ampleur que les mouvements de grève prennent. Il convient donc de masquer le malaise des tueries de Fourmies, la montée de la pensée marxiste, et même de diminuer l’impact de l’encyclique Rerum Novarum qui définit la nouvelle orientation de la pensée sociale de l’Église, d’effacer le malaise des répressions armées de 1906 - commandées par Clemenceau, Ministre de l’Intérieur, «Tigre assoifé de sang» - alors que les ouvriers réclamaient des améliorations de leurs conditions de travail (réduction du temps de travail à huit heures par jour)...

17/ Quand on a travaillé (A. Louis - L. Del, P. Briollet - Gerny)
Chanté par Dutreux / Eden Favorite 1-7016 / matrice 286 f - 1906
Cette presque scie de la fin du XIXème siècle qui se moquait avec esprit des rapports loufoques d’un employé mo­dèle - trop zélé, trop cupide ou trop naïf, à chacun d’entendre ce qui lui plait! - connaît un soudain regain d’intérêt en 1906. Plusieurs compagnies de phonographe s’arrachent soudain ce titre. En effet le refrain «Quand on a travaillé pendant six jours entiers / On est rudement content de s’payer d’l’agrément / Quand on a travaillé pendant six jours entiers / Ça fait rudement plaisir / D’s’offrir une p’tite partie d’plaisir» rejoint une loi longtemps attendue : celle sur le repos hebdomadaire, votée le 13 juillet 1906…

18/ Meeting de Protestation (Bruant)
Dit par Aristide Bruant / Odéon n° 60843 / matrice xp 4166 - 1908
En 1878, le 11 octobre, naît dans la presque indifférence une fantasque «Société des Hydropathes», remueuse et tapageuse, où «la folle jeunesse», comme l’affirment avec mépris des esprits envieux et rangés, aime à refaire un monde où Rabelais ferait figure d’un dieu majeur dans un Panthéon haut en couleurs. Le coup d’envoi est donné. Bientôt, la mode aidant, de nombreux établissements ouvrent. Les uns sont frondeurs, moqueurs et légers, celui de Bruant sera irrévérencieux. C’est, dit-on, l’esprit de Paris, que des clients de plus en plus nombreux viendront chercher, quitte à se faire invectiver grossièrement. Là s’exprime aussi un esprit profondément républicain, volontiers frondeur et souvent tenté par la révolution, mais certainement plus en mots et en musique qu’en action…

«Ah ! La la ! C’te gueule, c’te binette…
Ah ! la la ! C’te gueule qu’elle a !»

Les doux mots de «purée», «ordure», «salaud», «cocu» - et autres - tombent dru sur les reins des clients… à vrai dire ravis d’être choqués. Le succès de Bruant est immense. Il est bientôt une personnalité du Tout Paris qui compte. D’ailleurs ne cherche-t-il pas à asseoir encore plus sa réputation en se faisant élire ??C’est alors, en 1898, qu’il se présente à Belleville. Son programme, volontiers populiste semble tenir dans sa chanson «Plus d’Patrons» :

«J’suis républicain socialisse
Compagnon, radical, ultra
Révolutionnaire, anarchisse
Eq’cœtera… eq’cœtera
Aussi j’vas dans tous les métingues
Jamais je n’rate un’ réunion
Et j’passe mon temps chez les mann’zingues
Ous qu’on prêch’ la révolution!»


Son étiquette est «républicaine, socialiste et patriote», mais aussi «antisémite» : «Tous les ennemis de la féodalité capitaliste et de la juiverie cosmopolite, véritable syndicat?de la trahison organisée contre la France, voteront pour le poète humanitaire […]». Teinte étrange, pour un humanitaire, inspirée d’une ancienne tradition, sensible aussi chez Fourier et Proud’hon, mais non unique au sein d’une tradition socialiste qui oubliera bien vite ce fourvoiement, d’autant que l’affaire Dreyfus agite les esprits et les consciences.

C.D. n° 3
1/ Gloire au XVIIème (Montéhus - Chantegrelet - Doubis)
Chanté par Montéhus, avec accompagnement d’orchestre de O. Valsien / Odéon 281043 / matrice KI 7601-1 - 9 ou 10 juin 1936
La voix de Montéhus (1872-1953) est une voix «immortalisée» selon Jaurès. C’est celle d’un homme qui fait siennes toutes les misères, au nom de ceux qui ne peuvent - ou ne savent - parler. Il revendique, souligne la gravité de certains événements, en révèle leur sens, suivant une lecture socialiste certes, mais surtout humanitaire de l’histoire. Qu’on l’accuse de populisme : c’est vrai. Mais indéniablement ce n’est pas pour duper, mais pour secourir, rendre immédiatement palpables quelques vérités et des luttes sans cesse entreprises. Jamais on ne pourra le prendre en défaut, malgré quelques «erreurs» (son engagement pour la défense de la Patrie en 1914) que ses détracteurs ne lui ont jamais pardonnées. Mardoché Brunswick (car tel est son vrai nom) est un homme entier. Quelle force ne retouve-t-il pas en 1936 pour graver de nouveau quelques faces ? Toute son œuvre prend sens et semble se confondre avec le formidable élan que suscite la victoire du Front Populaire. «Gloire au XVIIème» a été?écrite dans l’euphorie d’une fraternité entre soldats et grévistes en Juin 1907. L’armée requise pour réprimer le mouvement des ouvriers viticoles du Midi, «Les soldats du XVIIème de ligne», refuse de tirer sur les manifestants. Les soldats mettent en l’air la crosse de leurs fusil. Si toute la lutte n’est pas gagnée, ce geste indique la voie à suivre ! On est loin des scènes réalistes ou des chansons assez opportunistes - somme toute - d’un Bruant, qui de plus haïssait assez bien Montéhus, car non seulement il était populaire, et lui détournait une partie de son soleil, mais en plus il était juif* !
* Il portera l’étoile jaune durant la seconde guerre mondiale qu’il traversera sans être inquiété.
Cf. «Un Meeting de Protestation» chez Bruant.

2/ Compère Morel
La Voix des Nôtres, Edition Jean Lorris matrice 4975 AB - Mai 1929
Adéodat Compère-Morel (1872-1941), animé par un idéal socialiste selon Jules Guesde, est parvenu à se faire élire maire de sa petite ville de Breteuil-sur-Oise (dans l’Oise). Il est l’un des premiers à donner l’exemple d’une gestion municipale socialiste réussie au début du siècle. Toutefois il tire de cette expérience une réflexion lucide et originale : il considère qu’en aucun cas cette action - ainsi que toutes celles de ce type - ne permet de faire avancer d’un instant «l’heure de la libération prolétarienne» qu’il appelle de ses vœux. Mais il affirme qu’en proposant à petite échelle des améliorations sensibles (il a crée une «rente pour les vieux», oblige à l’affichage clair des prix et des catégories des aliments présentés à la vente...) il est possible de hâter le développent d’une «puissance de combativité».?Au sein de la S.F.I.O., il est choisi pour comprendre et animer les débats autour de la «question des paysans» et devient leur interlocuteur privilégié. Député en 1909 il siège naturellement à la Commission d’Agriculture de l’Assemblée Nationale. Il en devient même le vice-président l’année où il décide de ne plus renouveler son mandat parlemen­taire, en 1936. Peu à peu sa doctrine a évolué au point qu’il sera même taxé de déviationniste et devra s’expliquer longuement de ses orientations. C’est cet idéal que reflète cet enregistrement. Il considère qu’il est juste que «le paysan qui possède sa terre et la met en valeur» puisse conserver sa propriété - ce qui s’oppose aux thèses collectivistes du commencement de son mandat - et que la vraie lutte est de s’opposer au capita­lisme, aux multi-propriétaires qui doivent exploiter la force du travail d’autrui afin de mettre en valeur leurs propriétés.?Peu à peu il se laisse convaincre par les idées défendues par Marcel Déat* et est sensible au mouvement du P.S.F. En 1936, il ne sollicite pas le renouvellement de son mandat de député. En 1940, il appelle à une «collaboration pleine» avec le gouvernement du Maréchal Pétain, puis meurt en 1941.
* Cf. M. Déat «L’Ecole laïque a cinquante ans»

3/ Révolution (R. Guérard)
Chanté par Marty de l’Opéra de Monte-Carlo, orchestre Perfectaphone sous la direction de Bervilly / Perfectaphone n° 4358 / matrice OW 556-1A - 30 septembre 1930
Guérard, mort en 1949, est un des militants les plus convaincus du mouvement révolutionnaire et, par ses nombreuses chansons qu’il chante lors des fêtes ouvrières (dont Révolution, écrite en 1910 est son plus vif succès), galvanise l’action et raffermit les idéaux de ses auditeurs. Après 1920, il devient membre du Parti Communiste et crée un groupe de propagande par le Théâtre et la chanson : «la Muse Plébéienne». Puis, après 1922, il rompt avec le P.C. pour rejoindre la tendance libertaire dont il restera le chansonnier le plus actif jusqu’à la fin de sa vie.?

4/ Le Chant des jeunes Gardes (Montéhus et Saint-Gilles)
Chanté par Montéhus, accompagnement d’orchestre de O. Valsien / Odéon 281 044 / matrice KI 7602 - 9 ou 10 juin 1936
C’est un chant que Montéhus dédie en 1911 à la jeunesse révolutionnaire.?Elle rencontre un succès immédiat et passe même pendant quelque temps pour un chant de ralliement?auprès des étudiants de gauche. Certains soirs, lorsque les bagarres entre les Camelots du roi - ou d’autres sympathisants d’extrême droite - font rage, on entend au milieu des cris et appels divers quelques phrases de ce «Chant des jeunes Gardes»...
Cf. Gloire au XVIIème

5/ Chaud les Marrons
dit par Firmin Gémier du Théâtre Antoine / Gramophone P 23 / matrice 17219 u - 17 mai 1912
Firmin Gémier (1869-1933) est un des rénovateurs du Théâtre qui, en ce commencement de siècle, veulent rompre avec une certaine tradition élitiste. Il participe à plusieurs célébrations civiques (au Trocadéro, dans les Arènes de Lutèce, sur les places de mairies...) qui, selon lui, rendent sa vraie dimension au théâtre. Après des débuts en 1888, il rejoint Antoine au Théâtre Libre. C’est de cette époque que date le commencement de sa renommée. Il participe à de nombreuses fêtes civiques et rencontre Anatole France, Jaurès et Allemane.?En 1906 il devient directeur du Théâtre Antoine et dès 1911 entreprend le projet de constituer un Théâtre ambulant afin de donner à tous la possibilité d’assister à des spectacles et décentraliser ainsi l’art dramatique. Ce «fils du peuple», comme il est lui-même fier de se définir, voit son rêve couronné lorsqu’en 1920 l’Assemblée Nationale, suivant une proposition de Paul Boncour, le nomme directeur d’un Théâtre National Populaire, dans lequel Jean Vilar a reconnu l’origine de l’actuel T.N.P.
Cf. Pas d’Aumône

COMPLÉMENT
Antoine (1858-1943)

Modeste employé du Gaz, Antoine ne vit en fait que pour le Théâtre auquel il va consacrer toute sa vie. Dans sa conception de l’art dramatique, il se souvient toujours d’une jeunesse anarchiste de laquelle il conserve un goût très pur pour la liberté et des sentiments ancrés «à gauche» ce qui lui attire nombre «papiers» de critiques outrés par sa conception du théâtre et de l’expression, à l’opposé d’une tradition bourgeoise héritée du XIXè s., qui fait de lui le «moderne père» des metteurs en scène du XXè s.


6/ La dernière Journée de Jaurès, 31 juillet 1914
Pierre Renaudel / La Voix des Nôtres V.N.107 / matrice DR802 - 1930
Pierre Renaudel (1871-1935) suit une formation de vétérinaire, mais se détourne rapidement de cette profession. Tôt entré dans l’action socialiste d’esprit blanquiste (1899), il ne vit que pour le militantisme et se fait journaliste. Le 18 avril 1904, Jean Jaurès fonde l’Humanité avec l’aide de Lucien Herr et la participation de Pierre Renaudel (qui en sera le directeur après la mort de Jaurès). Ce dernier écrit d’ailleurs souvent dans les colonnes de ce journal et, aux côtes de ses principaux fondateurs, favorise la diffusion de la pensée socialiste auprès d’intellectuels, tel Léon Blum. Au travers de ce journal, Jaurès peut enfin faire entendre haut et fort ses convictions. Il s’oppose à toute idée de doctrine - «le socialisme n’est pas une momie entourée de bandelettes doctrinales» - et particulièrement à celle du marxisme. Il déclare que «Marx se trompait» et espère une évolution pacifique, sans lutte des classes, où les privilégiés accepteraient des négociations, qui permettraient enfin d’accéder à un univers «idéal» en marche vers «l’ordre, la beauté, la liberté et la bonté».?En mai 1905, lorsque se profile la fondation de la S.F.I.O. - à laquelle Jaurès adhère plus par conviction tactique que par conscience politique* - Pierre Renaudel soutient l’action unificatrice de Jaurès et devient l’un des principaux chefs de file de la S.F.I.O. durant trente ans. Peu à peu Jaurès parvient à faire entendre son message?: «il n’ y a rien a attendre des secousses qui ébranleraient jusque dans ses fondements la société actuelle : après de redoutables oscillations, elle reprendrait son équilibre présent. […] C’est seulement par des transactions nuancées [que l’on parviendra à la] transformation de la propriété capitaliste en propriété sociale.» C’est alors que l’Humanité s’ouvre à toutes les tendances, sert de tribune à chaque courant, tous bientôt dominées par la voix de Jaurès qui s’impose après le Congrès de Toulouse en 1908. Il définit alors le programme de la S.F.I.O comme «réformateur», dont l’objectif à long terme demeure le collectivisme, ne reconnaissant pas le capitalisme. Mais assassiné par Villain, Jaurès ne peut atteindre le but qu’il s’était fixé. C’est Pierre Renaudel qui recevra le corps ensanglanté de ce chef historique.?Après la première guerre mondiale, Pierre Renaudel reproche aux socialistes de s’aligner sur la ligne révolutionnaire russe. C’est donc tout naturellement qu’en 1920, il demeure dans la S.F.I.O. En son sein, il fait partie du courant minoritaire qui préfère l’action parlementaire à la participation de ministres socialistes au gouvernement. Puis, après les années 1930, il change de «tactique», acceptant des participations socialistes au gouvernement... Mais en 1933 il entre en lutte contre la discipline de son parti. Le 23 octobre 1933 il se sépare des autres députés socialistes... Et devant le manque de conviction des représentants de cette tendance il démissionne épuisé.
* Voir le complément consacré à Jules Guesde
CF. Jean Longuet et «l’Ode à Jaurès»

7/ La Guerre c’est la Misère (L.A. Droccos et H. Lelièvre)
Chanté par Georges Gratias, ténor solo des Concerts Touche. Orchestre symphonique sous la direction de A. Galland
ERSA - La Voix des Nôtres : Le Disque d’avant Garde V.N. 124 - 1930
Compositeur, Droccos mit souvent, après la guerre de 1914-1918, son talent au service de la chanson sociale. Il devient l’un des animateurs de «la Muse Rouge» qui diffuse nombre de chansons «de gauche». Il n’est guère besoin d’insister pour comprendre le contexte qui a permis l’élaboration de cette pièce ni même de comprendre quel fut son écho auprès de tous ceux qui militaient pour la cause de la Paix.?
Cette chanson, comme tant d’autres, fait écho à des textes plus anciens, dont certains sont même issu de la réflexion de mères qui clament leur haine de l’armée et qui auraient pu être poursuivies pour «incitation à la désertion». Ainsi cette chanson «Ne te fais pas soldat» écrite par Marie Vanacker à la fin du XIXe siècle.
[1er couplet : un soldat ayant finit son service, se «rengage» après un chagrin d’amour (voir refrain n°1), au 2 ème couplet, malgré les exhortations de sa mère il part, (refrain n°2)]

Refrain n°1      
Mais aujourd’hui qu’t’as fini ta carrière    
Qu’t’as fait ton devoir comme tout l’monde ici bas   
T’as d’autres devoirs à remplir auprès de ta mère   
Je t’en supplie ne te fais pas soldat    
Refrain n°2
La discipline égale mais sévère
Te feras bourreau de ces pauvres petits gars
Sans le vouloir tu f’ras pleurer leurs mères
Je t’en supplie ne te fais pas soldat


8/ Là haut sur la Butte - Lettre d’un Titi à sa Titine - (P. Darny - Guidani)
Chanté par Malloire et l’orchestre Pierrot / Columbia DF 473 / matrice WL 2719 - Ca. 8 janvier 1931
On a coutume d’affirmer qu’il y a beaucoup de choses dans une chanson. La tradition de la chanson réaliste, qui remonte au début du XXe siècle sert ici un texte d’une émouvante vérité. D’une butte à l’autre, de la Butte Rouge chantée par Montéhus, cette butte de Bapeaume dans la Somme rougie par le sang des assauts de 1916, à celle de Montmartre où une Titine pleure celui qu’elle aime, c’est le même écho des douleurs engendrées par une guerre aveugle. Avec elle ce sont les cœurs brisés de milliers de femmes - mères, femmes, sœurs et fiancées - qui déplorent la perte d’un héros innocent.?

9/ Les Croix de Bois (Non, on n’aurait pas du jouer cela) (R. Dorgelès)
Dit par Clarens de la Porte Saint Martin / Edition de la Ligue Française de l’Enseignement - «Fédération Seine et Oise» - Collection Scolaphone / VEG BJ 3 - Vers 1928
Écrit en 1919, le livre Les Croix de Bois forme un impitoyable réquisitoire-témoignage contre la guerre de 1914-1918. Les Croix de Bois marquent les tombes des soldats «morts pour la Patrie», pour une patrie qui souvent les a trahis.?Marqué à jamais par des deuils toujours vifs, Dorgelès livre ici une vision encore plus noire, s’il se peut, de la guerre. L’extrait interprété sur cette face, c’est l’histoire d’un refus qui devient un crime puni de mort, c’est l’histoire des «mutineries de 17». L’échec de l’offensive de Nivelle et «les massacres de 1916», poussent certains soldats à refuser d’aller au combat, à la mort certaine et inutile. Environ 250 mutineries, réunissant en tout près de 40 000 soldats, éclatent.?Quelques-uns d’entre eux insultent et menacent les officiers, d’autres chantent l’Internationale, beaucoup invoquent le pacifisme... Les autorités militaires craignant une mauvaise influence, une aggravation des mutineries, font de la répression l’outil d’écrasement d’un malaise moral très réel. 23 839 condamnations sont prononcées par les tribunaux militaires, dont plus de 500 peines de mort.?75 seront exécutées à titre d’exemple afin de mater toute nouvelle rébellion.?Mais surtout le départ de Nivelle, remplacé par Pétain qui prendra immédiatement de simples mesures humaines favorables aux soldats (permissions plus longues, amélioration de l’ordinaire, distractions), afin d’adoucir un sort affreux.?

10/ La Peur à l’Hôpital [scènes réalistes] (Gabriel Chevallier)
«Le Courage conscient commence à la Peur»
Dartemont : Firmin Gémier / L’Infirmière : Colette Adam, du Théâtre de l’Odéon / ERSA - La Voix des Nôtres : Le Disque d’avant Garde V.N. 144 - 1930

11/ La Peur à l’Hôpital - suite - (Gabriel Chevallier)
«Pas, les Copains? Qu’on a bien rigolé pendant la guerre?...» Le sergent Nègre imitant le Général Poculotte : Firmin Gémier / Les soldats, les Blessés à l’Hôpital : Paul Œttly, Gautier Silla, Raphaël Cailloux, etc., du Théâtre de l’Odéon / ERSA - La Voix des Nôtres : Le Disque d’avant Garde V.N. 145 - 1930 
Est-il vraiment besoin de dire tout ce que ces scènes réalistes  rapportent de souvenirs de la guerre? On est loin de la «Fleur aux Fusils», ou de certains couplets patriotiques d’une incroyable légèreté : «Va petit soldat, va t’en joyeux […]» [l’Océan, de Spencer]. Bien sûr ces scènes portent le coin du militantisme pacifiste, mais aussi, elles rapportent un témoignage encore vif, presque immédiat, des terreurs et des douleurs des soldats. Rendant le guerre plus proche, plus humaine hélas aussi!, puisque non plus vue au vaste échelon d’une définition stratégique neutre et indolore. Ces scènes enfoncent dans les esprits des visions qui hanteront toute leur vie nombre d’anciens combattants : des visions de géhenne.

12/ Appel à la Paix - [De l’Orient à l’Occident...]
(Augusta Holmès - Henri Radiguer)

13/ Appel à la Paix - suite - [... Une Aurore se lève]
(Augusta Holmès - Henri Radiguer) / Chanté par Marcelle Demougeot de l’Opéra. Orchestre symphonique et le Chœur du Chant Choral (Section de l’U.D.C. et Section Municipale de Suresnes) direction H. Radiguer / ERSA - La Voix des Nôtres : Le Disque d’avant Garde V.N. 134 et 135 - 1930
Plus que jamais, il faut célébrer la Paix. Henri Radiguer, musicien dévoué à la cause socialiste - tendance Saint Simonniste - écrit des paroles qui sont autant d’espoirs sur une musique déjà ancienne d’Augusta Holmès (1847-1903). Drôle de femme d’ailleurs que cette musicienne qui passait pour un esprit chimérique! Cette fille d’émigrés irlandais s’est montrée plus tôt que les autres sensible aux grands mouvements d’idées généreuses de son temps. Elève de César Franck, elle compose non seulement des mélodies populaires, comme des Noëls encore chantés de nos jours, mais aussi des œuvres de plus grande envergure, des drames lyriques et une vaste fresque musicale à l’occasion du centenaire de la Révolution de 1789. Si l’orchestre et les chœurs ne présentent pas de qualités remarquables, d’un point de vue artistique s’entend, la personnalité de Marcelle Demougeot (1876-1931) mérite d’être retenue. Venue de Bourgogne, elle entre à l’Opéra de Paris en 1902. Rapidement elle aborde les plus grands rôles. Tous les artistes de son temps saluent, outre ses qualités dramatiques, sa personnalité et sa générosité hors du commun. Attentive non seulement à l’harmonie de la musique elle l’est aussi à celle des rapports humains. Dans le petit monde lyrique, ses positions en faveur de la «grande famille» artistique tranchent. Elle rejette les attitudes de défiance et de «luttes intimes et toujours inégales», les dénonce farouchement. Durant la Guerre de 1914-1918, elle se donne sans compter. Infirmière à Vichy, elle organise des concerts pour les bléssés, dès août 1914, et fonde encore «la Bourse du Grand-Père» afin de recueillir des fonds pour venir en aide aux pays envahis… C’est elle encore qui, en 1919, après la signature du traité de Paix de Versailles, chante la Marseillaise du haut de la grande loggia de l’Opéra Garnier devant la foule, alors que d’autres avaient choisi «le délire de la victoire» lors du 11 novembre 1918 : choix symptomatique... Est-ce depuis la guerre que, frappée des douleurs des blessés, sa sympathie va plus avant vers les mouvements pacificistes ? S’il est impossible de déterminer avec précision la date de ce rapprochement, il est cependant sincère et entier comme en témoignent ses enregistrements pour la cause de la Paix. Même si l’harmonie de la musique n’est pas toujours au rendez-vous, celle de l’engagement est entière.

14/ Sois fier Ouvrier (Anonyme)
Chœur anonyme / Disque Pyral - 1936 ou 37
1919, voit, en novembre, la naissance d’un syndicat d’ouvriers chrétiens : la C.F.T.C. Le retour des ouvriers alsaciens et lorrains dans le giron français, donne un formidable essor à cette création. Ils sont en effet sensibles aux mouvements syndicalistes chrétiens belges et connaissent aussi les avancées du catholicisme social tel que l’abbé Lemire, député d’Hazebrouck depuis 1893 jusque 1928, le préconise.?Ce syndicat, soutenu par Rome en 1929 et encouragé par le cardinal Liénard*, «le cardinal des ouvriers», s’appuie de surcroît sur des extensions très actives la J.O.C (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) et la J.O.C.F (F = Féminine) qui participeront activement à tous les mouvements de grèves. Peu à peu, la C.F.T.C. forme une force qui contrebalance le pouvoir presque tout-puissant de la C.G.T. qui, dans les années 1936-37 - après la signature des accords de Matignon -, tentera même d’imposer l’adhésion dans ses rangs aux ouvriers sous peine de perdre leur emploi, contrairement au traité d’indépendance syndicale réclamée par la Charte d’Amiens d’octobre 1906.
*Cf. l’Anguille de Monsieur le Curé

15/ Paul Faure
La Voix des Nôtres, Edition Jean Lorris matrice 4998 AB - Environ mai 1929
C’est dans une brochure «de deux sous» que Paul Faure (1878-1960) aurait découvert, alors qu’il était à l’École de Commerce de Bordeaux, les thèses socialistes qui allaient le séduire. Particulièrement celles d’essence révolutionnaire marxiste fondées sur l’active lutte des classes et diffusées par Jules Guesde. Mais c’est à la fin de la première guerre mondiale, pendant laquelle il avait activement milité en tant que journaliste, soit de manière anonyme, soit sous divers pseudonymes, que la carrière politique de Paul Faure va prendre une ampleur nationale. En 1919, il fait partie des «reconstructeurs» mais s’oppose aux tendances de l’aile droite du parti. Il réclame un combat plus actif contre l’état bourgeois et souhaite tisser des relations de bonne entente avec Moscou.?Mais il refuse d’adhérer à la IIIème Internationale. C’est alors à lui que sont confiées les destinées de cette S.F.I.O. rétive à Moscou.?Il en demeurera le secrétaire général jusqu’en 1940. Avec Léon Blum, il partagera le devant de la scène politique du courant socialiste. Si Blum est actif sur le plan parlementaire et national, c’est Faure qui est chargé de la diffusion internationale?et a en charge la propagande socialiste, particulièrement au sein du journal Le Populaire. Le danger de plus en plus pressant de la 2ème guerre mondiale conduit à une rupture entre Blum et Faure car ce dernier s’oppose à l’idée d’union nationale. Lui qui prônait une politique de concession se voit largement minoritaire. Lorsque la guerre éclate, il refuse de participer au vote de Vichy mais accepte en revanche d’entrer au Conseil National de l’État Français. Pour cela, il sera exclu de la S.F.I.O en 1944, puis se retirera à jamais de la vie politique.

16/ J’en ai marre
(M. Yvain - A Willemetz) chanté par Watson de l’Alhambra / Odéon A 73 710 / matrice KI 170 - Décembre 1921
Tremplin de chansons a succès, la revue de Music-Hall est un mélange instable et magique de fantaisie, de rêve, de légèreté et de quotidien. C’est parfois un peu de l’un, ou de l’autre, qui fait le succès universel d’un air, qui vivra ensuite détaché de tout contexte. J’en ai marre, lancé par Mistinguett après «la Grande Guerre» reflète bien, encore que de manière légère, la lassitude des femmes qui se sont vues irremplaçables durant le conflit - dans les usines, les fameuses munitonnettes ignorant ou presque les repos, dans les hôpitaux, comme soutien de famille... Avec le retour de la paix, les difficultés de la solitude pour les unes, ou l’effacement devant le retour de l’homme au foyer pour les autres, elles se sentent un peu perdues, déstabilisées injustement. C’est sans doute tout cela que cette chanson revendique. Mais dans le monde du strass, ou tout est variable, pourquoi un homme ne se plaindrait-il pas lui aussi des misères du quotidien, dans une chanson à l’évidence dédiée aux femmes ??Un jeu un peu amer et désabusé sur fond de restrictions et de drames.

17/ L’Absurdité de la Guerre
Allocution de Félicien Challaye, professeur agrégé de Philosophie, vice-président de la Ligue des Droits de l’Homme. / Edition de la Ligue Française de l’Enseignement - «Fédération Seine et Oise» - Collection Scolaphone / VEG BJ 42 - Vers1933
Philosophe, c’est par le biais de son ami de jeunesse Charles Péguy que Félicien Challaye (1875- 1967) se rallie «au socialisme selon Péguy». Il acquiert la conviction que la générosité des idées défendues par les socialistes rencontre en grande partie - si elles ne les recouvrent pas totalement - nombre de ses aspirations. Profondement marqué par la guerre, cet homme déjà sensible au pacifisme jaurésien - et marqué par le destin brutal de ce leader* - s’oriente vers la conception d’un «pacifisme intégral» qui dénonce sans complaisance toute guerre, quelqu’en soit le pretexte. Actif essayiste politique et social, il expose sa thèse et la défend dans «la Philosophe du Pacifisme» (1932) et au travers de nombreuses conférences. Il en arrive même à prôner une paix désarmée face à Hitler en 1934, pourvu que les négociations ne soient pas un renoncement déguisé, une capitulation. Mais c’est surtout après de nombreux voyages - effectués pour la plupart au début du siècle - que sa conviction s’est formée. Il hait la violence et particulièrement celle que le colonialisme engendre. Il dénonce sans relâche les crimes commis contre les indigènes par aveuglement ou par brutalité.?Ses positions intransigeantes entrainèrent «l’affaire Challaye» relayée par des milieux procolonialistes mécontents.?C’est alors qu’il se rapproche de la Ligue des Droits de l’Homme, ancienne institution née de l’inspiration généreuse de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789. La Ligue des Droits de l’Homme prône l’universalisme de cet élan et milite pour la protection de l’Homme, trop souvent, hélas!, contre lui-même. Après la guerre de 1914-1918, elle renouvelle ses avertissements et lance des appels en faveur de la Paix, que les analystes politiques redoutent fragile, même s’ils n’osent pas toujours l’avouer.?Ces positions en faveur des libertés fondamentales sont hélas mal perçues le plus souvent, et c’est sans surprise que la Ligue des Droits de l’Homme se voit exclue en 1922 d’un P.C.F. proche du Komintern?(Komunist Internationale) et sous l’influence russe radicalement révolutionnaire. Mais en 1937, Félicien Challaye la quitte après de nombreuses protestations, car il juge que l’action de cette ligue ne correspond plus à sa vision de la «nécessité absolue». Il reproche à la Ligue son manque de fermeté envers les brutalités colonialistes, et ne la juge finalement plus assez engagée en faveur de cause de la Paix.?
* Cf. La dernière journée de Jaurès, 31 juillet 1914,  par Pierre Renaudel.

18/ Frossard (Oscar, Louis)
La Voix des Nôtres, Edition Jean Lorris matrice 4997 AB - Environ mai 1929
Frossard (1889-1946) fils de modestes paysans du territoire de Belfort, est un élève doué, vite encouragé à poursuivre ses études.?Il entre, en 1905, à l’École Normale d’Instituteurs de Belfort... et c’est là, par la lecture assidue de l’Humanité, prêtée par le chef cuisinier, que se forment ses convictions politiques. Devenu instituteur, il se voit révoqué pour avoir manifesté lors d’un cortège militaire. C’est alors qu’il peut se consacrer entièrement aux débats politiques. En 1918, il devient secrétaire général de la S.F.I.O. et il défend avec ardeur le projet d’une nouvelle Internationale, d’une «reconstruction» indépendante de la IIIème Internationale que Moscou appelle de ses vœux. Bien qu’appartenant à «l’aile de la droite» du parti, il est chargé de se rendre a Moscou «en mission d’enquête». Il part avec Marcel Cachin et revient enthousiasmé des effets de la Révolution russe. C’est, avec la même ardeur qu’il avait prêché la «reconstruction indépendante», qu’il demande le rattachement à la IIIème Internationale. Au Congrès de Tours, la scission est inévitable... Il devient donc le premier «1er Secrétaire» du Parti Communiste. Toutefois, le 1er janvier 1923, il donne sa démission car il ne pouvait se soumettre aux décisions de Moscou. Quelques années après il rejoint la S.F.I.O. Il se situe d’abord sur «l’aile gauche» avant de glisser de plus en plus vers la droite et même se rapprocher, sans toutefois en 1933 franchir le pas, de Déat et Marquet, car il reste malgré tout attaché à l’idée d’un parti unitaire. De plus en plus fasciné par l’exercice du pouvoir, il tente de nombreux et éphémères ralliements, se déclarant le plus souvent «socialiste indépendant» et essuie des critiques acerbes. Finalement, après avoir été ministre des Travaux publics et des Transmissions, du 21 mars au 10 juillet 1940, il vote, ce même jour les pleins pouvoirs à Pétain et bientôt siège au Conseil National de l’État Français…

C.D. n° 4
1/ Vincent Auriol
La Voix des Nôtres, Edition Jean Lorris matrice 5001 AB - Environ mai 1929
Reconnu comme l’un des meilleurs spécialistes des finances, dès son adhésion au «Cartel des gauches» (1924), ce jeune député (il était né en 1884), connaîtra une carrière hors du commun, qui le conduira, après avoir été en 1946 membre de l’Assemblée Constituante puis président de l’Assemblée Nationale, à la présidence de la République de 1947 à 1954. (Il meurt en 1966). Il est, le 4 juin 1936, le premier Ministre des Finances du gouvernement de Léon Blum. Il participe à la modification du statut de la Banque de France «tenue par les 200 familles les plus riches» à qui on reproche de tout contrôler... Désormais les consultations seront étendues aux 40000 actionnaires privés et l’action de cette Banque sera contrôlée par un Conseil Général de 20 personnes, dont la majorité est nommée par l’État. Dès le 27 septembre 1936 il accepte une dévaluation du franc afin de tenter de résoudre les difficultés économiques engendrées par «la crise de 1929» et accentuées par la politique «déflationniste» entreprise par Doumergue depuis 1934. Mais c’est compter sans le climat de défiance de la haute finance, méfiante depuis les récentes réformes. Il résulte de cette entreprise un grave déficit extérieur, qu’une fuite de l’or et des capitaux vers l’étranger augmente.?Un climat de mécontentement général s’instaure. La fulgurante hausse des prix rend caduque la hausse des salaires obtenue depuis les accords de Matignon signés dans la nuit du 7 au 8 juin 1936. De nouvelles grèves sont entreprises, qui provoquent un mouvement de panique dans les milieux de la finance se souvenant trop de leur «grande peur» de 1936. Cette nouvelle crise sera à l’origine de la démission du gouvernement, le 21 juin 1937. Finalement les efforts des réformes financières entreprise ne porteront leur fruit qu’une fois le Front Populaire retiré de l’horizon politique...

2/ Got no Time
(Richard A. Whiting) interprété par Jean Wiener  / Columbia D 13009 / matrice WL 268-2 - (Londres) 14 décembre 1925
A l’heure de l’union des forces de la gauche dans le Cartel des Gauches et de la victoire de 1925, cette joyeuse exhortation en musique, par un sympathisant et musicien de talent ne peut que donner une touche festive au désir de victoire, à l’urgence nécessité des reformes, à la mise en place d’une révolution souhaitée par tous les militants convaincus. «Got no Time», résonne comme un «il n’y a plus de temps à perdre»... A bon entendeur... Salut !

3/ L’Art et le Socialisme
Robert Jardillier / ERSA - La Voix des Nôtres : Le Disque d’avant Garde V.N. 11 - fin 1930
Élevé dans un milieu artistique et intellectuel, Robert Jardiller (1890-1945) conservera toute sa vie cette empreinte. Non comme un don égoïste, mais comme une richesse à partager.?De sa mère professeur de piano, il hérite d’un goût profond pour la musique qu’il cultive à la Schola Cantorum où il est élève de Vincent d’Indy. S’il faut trouver aussi une prédestination d’origine paternelle - son père est fonctionnaire à l’Inspection Académique - on peut la suivre dans le professorat d’Histoire et de Géographie, profession que Robert Jardillier choisit d’embrasser. Quant aux idées, il est indéniable que les cours publics de Romain Rolland, dispensés à la Sorbonne, et qu’étudiant il suivait avec assiduité, ont dû les développer. En 1919, Robert Jardillier est nommé professeur au lycée de Dijon. Il demeurera dans cette ville jusqu’en 1932 et, durant près de vingt ans en sera l’animateur de la vie artistique. Sans compter, malgré sa très fragile santé - qui lui vaudra d’être dispensé des obligations militaires - il donne à l’École des Beaux Arts des cours d’Histoire de l’Art (cours publics), malgré une certaine froideur de ses collègues universitaires qui ne le considèrent pas comme l’un des leurs. Il?crée et dirige une Chorale Universitaire de haute tenue et se lance encore dans la publication de plusieurs études musicologiques, dont une sur Pélléas et Mélissande, éditée en 1927, qui fait encore autorité. En 1920, il adhère à la S.F.I.O. et devient après le Congrès de Tours l’un des reconstructeur de la Fédération Départementale de Côte d’Or.?Élu de haute lutte en 1932, il entre en 1934 au Conseil Général de Côte d’Or. Puis en 1935, il est élu maire de Dijon.?Au lendemain des élections de 1936, Blum lui confie le ministère des PTT - avec autorité sur le radiodiffusion.?Durant la guerre il continue de se soucier des destinées socialistes à Dijon, mais le 10 juillet 1940, il fait partie de ceux qui votent les pleins pouvoirs à Pétain mais le regrette vite. Cette attitude lui vaudra d’être radié du P.S. en novembre 1944, lors du congrès extraordinaire. Il se retire alors à Marseille, continue d’enseigner et meurt d’épuisement en mai 1945, après le retour d’un de ses fils de la guerre.

4/ Ode à Jaurès (Maurice Pottecher)
Dit par Firmin Gemier / La Voix des Nôtres V.N.108 / matrice DR802 - 1930
Le Dimanche 6 avril 1919, une grande manifestation est organisée à la mémoire de Jaurès, tué le 31 juillet 1914, car Villain, son assassin, vient d’être acquitté. C’est un vaste mouvement de protestation rassemblé à l’appel «des Organes exécutifs de la Fédération socialiste» et de «l’Union des Syndicats de la Seine». Parmi les personnalités en vue, on note la présence de Paul Boncour, du député de La Porte et d’Anatole France. En signe de désapprobation d’un jugement qualifié d’«inique», les délégués de cette manifestation ont harangué la foule avant de déposer devant le buste de Jaurès «l’apôtre de la Paix», des gerbes et les palmes du martyre. Cette manifestation prélude à la translation des cendres de Jaurès au Panthéon, le 23 novembre 1927, qui, au-delà de la simple reconnaissance d’un homme, est aussi la reconnaissance d’un vaste mouvement d’idéal.

COMPLÉMENT
Maurice Pottecher (1867-1960)

Homme de lettres, il crée à Bussang dans les Vosges, un «Théâtre du Peuple» «désintéressé» capable, par des histoires simples et morales, d’émouvoir et d’enrichir la réflexion d’un public très large. Le souci «d’éducation du peuple» est au centre de cette œuvre. Pottecher écrit lui-même de nombreuses pièces - avec l’appui des gens du village - qui contribuent à servir la devise de ce Théâtre : «Pour l’Art, Pour l’Humanité». Sympathisant socialiste, proche de Ferry et de Jaurès, Pottecher continue sans relâche son but fixé dès 1895 et qui ne connût que trois années de relâche : deux années durant la guerre et en 1960, année de son décès.

5/ Musique et le Socialisme
Maurice Delépine / ERSA - La Voix des Nôtres : Le Disque d’avant Garde V.N. 13 - fin 1930
Maurice Delépine (1883-1960) est une personnalité que l’on pourrait qualifier «d’éminence grise» du monde socialiste. Avocat, brillant orateur, il est plusieurs fois appelé en consultation tant en 1936 que dans plusieurs commissions du Conseil d’État jusque dans les années 1950. Il prône l’ouverture d’esprit et le goût de l’innovation, en musique comme ailleurs. Quoique partisan d’une adhésion à la IIIème Internationale, en 1920, il reste membre de la S.F.I.O. fidèle à la conception d’un parti socialiste unique.

6/ La belle France (Jean Villard)
Chantée par Gilles et Julien, orchestre sous la direction de Wal Berg. / Columbia DF 2001 / matrice CL 5907-1 - 26 octobre 1936
Le duo constitué par Gilles et Julien (Jean Villard et Armand Maistre, formés à l’art du théâtre par Jacques Copeau), connaît dès sa formation un succès considérable. Non seulement ils sont présents sur les plus grandes scènes parisiennes, mais aussi dans le cœur de bien des jeunes. On reprend leurs chansons dans les auberges de jeunesse, au sein des Amicales...?Bien qu’ils aient toujours refusé de se tourner officiellement vers un parti de la gauche, leurs sentiments lui sont acquis. Avec fraîcheur, ironie, humour ou ricanant en d’amers sarcasmes, ils dénoncent sans relâche et font sensation. La belle France ne passa-t-elle pas pour un temps pour un presque hymne du Front Populaire ?

7/ L’Anguille de Monsieur le Curé (Guillot de Saix)
Dit par Francœur de l’Odéon / Cristal 5187 / matrice CP 348 - Mars 1931
Guillot de Saix est attaché un temps au Théâtre de l’Odéon. Sous la direction d’Antoine, il ressuscite un temps une des pièces les plus fameuses du Théâtre espagnol au Siècle d’Or. En 1912 avec Camille Le Senne, il réécrit en prose «l’Étoile de Séville» de Lope de Vega (1617) afin de la rendre plus accessible à un plus large public. La naïveté du drame moral - un roi est contraint de s’accuser publiquement d’avoir commandité un assassinat - s’inscrit bien dans le cadre des œuvres défendues par Antoine. Mais Guillot de Saix est aussi l’auteur de quelques saynètes qui rapportent un peu de l’air du temps. Sans tomber dans le pire vulgarité - qui souvent n’atteint pas son but - cette «Anguille de Monsieur le Curé» s’inscrit dans un mouvement de raillerie anticléricale qui discrédite l’Église perçue parfois comme un bastion de l’obscuran­tisme et du pire conservatisme. En effet, dans leur grande majorité, les catholiques s’opposent à la montée de la gauche et craignent par dessus tout les alliances avec les Communistes. De plus, malgré leur ralliement à la République - lors du «Toast d’Alger» en novembre 1890 - ils vivent dans l’inquiétude depuis que les lois de séparation de l’Église et de l’État - du 9 décembre 1905 - ont «trahi» cette confiance républicaine.?Toutefois la condamnation de l’extrême droite par Pie XI, en 1926, et la reprise de bonnes relations avec le Saint-Siège en 1932, «malgré» la victoire de la gauche aux élections législatives, contribuent aux prémices d’une détente. Dans ce contexte le rôle de la C.F.T.C. - fondée en 1919 - et la personnalité éminente de Monseigneur Liénard, sensible au «catholicisme social» sont déterminants. D’ailleurs sa nomination à la distinction de cardinal en 1930, ne prélude-t-elle pas à l’encyclique Quadragesimo Anno (en 1931) qui insiste sur la nécessité d’améliorer la condition ouvrière ??Même si la presse catholique continue à se  montrer hostile au Font populaire, les faits l’emporteront et nombre de catholiques se railleront aux réformes sociales entreprises par le gouvernement du Front Populaire. Même Jean Lecour-Grandmaison, député catholique de droite reconnaît «qu’un certain capitalisme païen a fait faillite»…

8/ Un peu de Poésie (?)
Chanté par Claude Pingault et Robert Burnier / Test Ultraphone 1846 / matrice P 76 639 - Novembre 1933
Durant les années Trente, les duos sont à la mode. Charles (Trénet) et Johnny (Hess), Pills et Tabet, Gilles et Julien… Alors pourquoi ne pas provoquer des occasions de chanter à deux ? Burnier, vedette incontestée des cœurs féminins, s’associe avec Pingault pour une chanson un peu «glamour» avant l’heure, un peu «comme ça» dans l’air du temps. Un peu de poésie, de douceur, c’est une demande qui n’est presque rien, mais qui semble difficile à obtenir.?C’est tout le charme et la nostalgie d’un instantané jauni sur les bords. Mais c’est aussi un temps de fer où Hitler accède au pouvoir, où la crise économique fait chanceler les certitudes, où l’on n’est pas si certain que les lendemains puissent encore chanter. Alors pourquoi pas un peu de poésie ?... révolte pacifique, vœu pieux, mais de ces vœux qui portent un peu de beaume au cœur.

9/ La Java des Prolétaires (Camille François - Wal-Berg)
(Du film Horizons nouveaux). Orchestre Musette Georges Sellers, refrain chanté par René Darvil / Gramophone K 7293 / matrice OPG 1371 - 1er mars1934
1934 est une année assez sombre. La crise frappe de plein fouet une économie déjà déstabilisée et le nombre des faillites augmente chaque jour. Cette situation est vite exploitée par une extrême droite active. L’ennemi est facile à trouver. Il porte le nom générique de gauche et de tout ce qui est supposé la soutenir. Les vieux démons ressortent de leur boite mal fermée. On en veut aux juifs, on en veut aux francs-maçons… Mais «la gauche» ne l’entend pas de cette oreille . Le 12 février, en réaction aux manifestations de l’extrême droite place de la Concorde, la S.F.I.O. et la C.G.T. appellent à une grève générale anti­fasciste. C’est une fameuse java qui se joue et qui n’a rien à voir avec les rengaines de Fréhel, avec la «java bleue, celle qui ensorcelle»…

10/ L’Espoir d’un Gueux (Montéhus)
Dit par Montéhus / Odéon 281 044 / matrice KI 7605-1 - 9 ou 10 juin 1936
Toujours Montéhus «le chansonnier humanitaire» qui semble rassembler ses convictions pour clamer, avec un peu de grandiloquence, sa foi dans un avenir radieux…?du moins tel qu’il pouvait l’espérer après 1936.
Cf. «Gloire au XVII», «Le Chant des jeunes Gardes»

11/ Nous allons au devant de la Vie
Jean Nocher et les J.E.U.N.E.S. Chœur improvisé* / (Sans marque) ST 99 et ST 100 - Vers 1936
De son vrai nom Gaston Charon (1908-1967), Jean Nocher, philosophe de formation, est un ancien membre de la C.G.T.U. Envoyé en Yougoslavie par le Comité Mondial de la jeunesse contre la guerre et le fascisme... et y sera retenu prisonnier quelques temps. En 1934, il lance un appel dans le journal l’Œuvre pour fonder les J.E.U.N.E.S (Jeunes Équipes Unies pour une Nouvelle Économie Sociale). En 1936 Jean Nocher peut revendiquer cinquante équipes et la diffusion d’un journal. Le rôle de ces J.E.U.N.E.S est de recruter des militants formant une élite au sein d’un rassemblement dont le but est de critiquer les réformes - jugées trop timides - entreprises par Blum et la S.F.I.O. Jean Nocher ne voyait alors que deux formes de gouvernement possibles : le fascisme ou le collectivisme, qu’il appelle de ses vœux. Résistant, il rejoindra les forces de Charles de Gaulle entrera ensuite au sein du R.P.F. constatant «la mort des anciens partis»…
* Avec des citations musicales de «Au devant de la Vie» de D. Chostakovitch.

12/ Chanson de Grève (Gaston Gabaroche «Les Beaux Dimanches de Printemps»)
Chanté par «le Fantaisiste Champi», avec le chœur des Grévistes de la Nouveauté. / Dismay M 50 (Pyral 36 36) - Mai 1936
L’aimable Champi, gagné à la cause des grévistes, vient apporter sa verve et son soutien aux employés du rayon «nouveauté» des grands Magasins du Printemps. D’ailleurs, partout, nombre d’artistes de Music Hall ne se sont pas fait prier pour soutenir les revendications ouvrières, «la» Mistinguett en tête! Quel plaisir de parodier les célèbres couplets des «Beaux Dimanches de Printemps» devenus pour l’occasion ceux «du Printemps»! C’est une ambiance joyeuse que cet enregistrement rapporte. Car la victoire du Front Populaire, au soir des élections du 26 avril 1936, provoque une véritable frénésie dans les milieux ouvriers. En l’espace de quelques semaines, à compter du 11 mai, ce sont environ deux millions de salariés qui se mettent en grève, bloquant tout. Activement soutenus par leurs familles, ces mêmes salariés, ravitaillés, soignés et encouragés, campent sur leurs lieux de travail, et voient leur bonne humeur, leur hilarité même, croître à mesure que la tranquillité «des patrons» chute. D’ailleurs, nombre de grands industriels se souviendront de ces jours de grève comme de journées à proprement parler révolutionnaires où ils ont eu la plus belle «frousse» de leur vie. Côté grévistes, accordéons, chœurs improvisés, gueuletons joyeux sont de rigueur... Cette ambiance bon enfant est sans doute l’image la plus forte des commencements du Front Populaire. Puis le gouvernement de Léon Blum, constitué le 5 juin 1936, entreprend de rapides consultations avec les représentants des syndicats ouvriers et ceux du patronat et, dans la nuit du 7 au 8 juin 1936, signe les célèbres accords de Matignon. Les salaires augmentent de 7 à 15% et des conventions collectives sont concédées. A la suite de ces accords, durant l’été, quelques unes des principales réformes du Front Populaire sont engagées. Ce sont les fameuses «lois sociales» qui octroient pour la première fois des congés payés et la réduction du temps de travail à 40 heures. D’autres mesures* suivent. Malgré la fièvre de ces journées, en aucun cas la sûreté de l’État n’a été menacée, alors que dès le mois d’avril les élus communistes espéraient une révolution définitive. En réglant les conflits sociaux et en demandant la reprise normale du travail, le gouvernement invite implicitement à la renonciation de toute tentation révolutionnaire et Blum réaffirme sa volonté d’évolution légale où la perspective de changements est à long terme**.?
* Cf. Vincent Auriol et «les Gangsters»
** Cf. «De quoi est né le socialisme», Léon Blum, 1929.

13/ Les Gangsters (Léon Raiter)
Interprété par Léon Raiter et son orchestre / Test Idéal AN 1974 - Vers le 12 novembre 1936
Le mécontentement que provoquent les premières mesures du Front Populaire - et particulièrement la dévalutation du franc de septembre 1936 entraînant un lourd déficit extérieur en février 1937 et un déficit budgétaire de l’Etat de 24 milliards de francs - est ressenti dans tous les milieux. Les Communistes et les milieux populaires considèrent que les changements sont trop timides et l’extrême droite mène une violente campagne contre le gouvernement de Blum. Ces derniers ne clament-ils pas que la participation des Communistes au Front Populaire annonce une «France des Soviets»? Les arguments sont certes violemment anticommunistes, antisocialistes mais aussi antisémites. Léon Blum est «un juif allemand [...] un homme à fusiller, mais dans le dos...». Un climat de tragédie se développe. On craint l’imminence d’une guerre civile en France - comme celle qui a suivi le Frente Popular en Espagne - le retour des échauffourées avec les «Ligues» d’extrême droite, souvent anti-républicaines et fascistes. On redoute aussi la constitution de «bandes» - comme à Chicago - faisant régner la terreur dans les villes...! On préfèrerait en rire avec Léon Raiter, mais certains mots sont, hélas!, prophétiques. Voir aussi A. Compère-Morel.

14/ La grasse Matinée (J. Kosma - J. Prévert)
Interprété par Marianne Oswald accompagnée au piano par Youli Tepley  / Columbia DF 2291 / matrice CL 6475-1 - 12 novembre 1937
«Qu’il est terrible le petit bruit de l’œuf cassé sur un comptoir d’étain», qu’il résonne cruellement dans les oreilles de ceux qui ayant entendu ce texte une fois ne peuvent plus l’oublier. C’est la désespérance de toutes les injustices… c’est aussi une dénonciation. Elle vibre cruellement dans le silence d’une «pause des réformes» imposée soudain, en février 1937, par le gouvernement de Léon Blum dans lequel tant d’espoirs de changement avaient été placés. Cette «pause» coule comme une mer de plomb sur l’attente de ceux qui après, la démission de Blum et la mise en place du ministère Chautemps, se résignent à la fin de l’embellie et déjà devinent la chute.?

15/ Chant de l’Avenir, Chanson des Amicales Socialistes  
(P. Farge, G. Gabette - M. Emer, G. Aubry) / Orchestre direction Michel Emer - avec refrain chanté - / Disque du Comité National des Amicales Socialistes matrice 4145 1/2 HPP - Ca. 30 avril 1938
Sans doute écrite au moment où Blum accède une nouvelle fois au gouvernement, en mars 1938, ce titre est diffusé dans les Amicales alors que le ministère Daladier se forme et exclut toute participation socia­liste après la fin du Front Populaire en octobre de cette même année 1938...  C’est donc d’un nouvel avenir dont il sera question, mais hélas d’autres nuages s’amoncellent. Pied de nez ultime, cette mélodie n’a-t-elle pas des accents proches d’un certain «Maréchal nous voilà» ? Avenir malheureux du moment...

16/ Allocution sur la Pologne (Anatole de Monzie) [Extraits]
Disque Pyral. Ministère des Postes, Télégraphes et Téléphones, Direction de la Radiodiffusion (Centre d’Enregistrement - radiodiffusion nationale) au Ministère des Travaux Publics, Cabinet du Ministre. - 11 septembre 1939
Anatole de Monzie (1876-1947) avocat et journaliste est très tôt conquis aux idées «d’une gauche avancée» comme on le soufflait alors mi-scandalisé, mi choqué dans le milieu des Affaires... Il milite et est même sensible aux idées pacifistes. Lors de la fondation du Cartel des Gauches il est favorable à cette union et fait partie des députés qui soutiennent les efforts d’Edouard Herriot et de Léon Blum. Toutefois il n’a jamais adhéré à aucune des formations politiques de cette même gauche.?
Lorsqu’en 1939 les troupes nazies envahissent la Pologne c’est à lui que revient la lourde tâche de répondre à cette agression. La guerre est déclarée depuis quelques jours... et la réponse n’est guère convaincante.

17/ Qu’il est bon d’être libre (P. Montelli - G. Isabelli)
Chanté par G. Delmas, orchestre direction P. Varlet / ERSA - La Voix des Nôtres : Le Disque d’avant garde. DR 826 - 1931
Quoique déjà ancien, ce titre rappelle les choix fondamentaux de chacun : la prise en main de son propre destin. Mais cet hymne à la liberté individuelle - si généreux et enthousiasmant - n’est-il pas en même temps un obstacle à une lutte pour les libertés collectives? Il est, hélas!, possible d’en douter à la lumière des hésitations et des doutes qui traversent les esprits. Ces hésitations sont particulièrement cruelles au sein d’un parti qui prône le pacifisme et qui, au commencement de la seconde guerre mondiale, s’enlise dans des débats d’opinions et des atermoiements idéologiques alors que monte de plus en plus le danger nazi.

18/ Marche socialiste
Par l’Orchestre Parlophone / Parlophone  22. 605 / matrice 36384 (Berlin) - Fin 1932
La période qui s’ouvre, lorsque Pétain reçoit les pleins pouvoirs le 10 juillet 1940, est une sombre période pour les socialistes. C’est une débâcle qui va de pair avec celle de l’armée française et celle des institutions. Sur l’ensemble des parlementaires, seuls 80 refusent d’accorder les pleins pouvoirs (6 abstentions - dont celle de L. Blum - sur 154 membres de la S.F.I.O. présents) Il est vrai que nombre d’élus entreront par la suite dans la Résistance - où ils retrouveront un grand nombre de militants - afin de s’opposer au pouvoir inique de Vichy, mais d’autres choisissent de collaborer.?Au sortir de la guerre le parti devra donc se livrer (dès juin 1944) à des «épurations» rigoureuses. Seuls 53 élus d’avant guerre, sur 168 parlementaires sont reconduits dans la confiance qui leur avait été accordée par le Parti. Et il en va de même dans toutes les sections.?C’est donc vers de profonds bouleversements, tant institutionnels que doctrinaires que le parti socialiste va s’engager dans la pé­riode de l’après guerre. Une évolution qui le conduit peu à peu à redé­finir une action plus centrée autour des idées de réforme, qu’appuyée sur des anciennes notions issues du marxisme.?
Jean-Yves PATTE
© GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 1998

Engish notes
AN ANTHOLOGY OF SOCIALIST MUSIC-FOREWORD
It is very easy to see the Popular Front as being the cradle of “popular” songs between 1930 and 1936. Some may still remember, while others can only imagine, the paid holidays, dancing to accordions... and valsez Populo! However, the purpose of this anthology is not to reproduce the music recorded when the Popular Front was at its height, but rather to present those rare recordings that express a political viewpoint, either directly – through lyrics with a very clear message –, or more indirectly through the music itself. We have also included some rareties: a nursery rhyme that contains a hidden message, an old-fashioned waltz expressing the joy of Jules Vallès in 1881. Inevitably there are some omissions – one cannot re-invent records that were never issued. Although the possession of a gramophone was often reserved to the complaisant middle-classes, it did also open the way for a number of recordings that were evidence of an emerging socialism. “And yet, it is not by piling records one on top of another or making available to the public the dreadful speeches of Mr. Poincarré or the sickening inanities of Déroulède that we can be made to forget the voices of the past. (…) But this does not matter provided there is just one voice that is worthy of preservation.” Robert Desnos, Le Soir, 14 May 1928. The oldest recordings, although the rarest, are well-represented in this anthology. Very few clear expressions of socialism are available from this period apart from a convincing Internationale in 1899 (Pathé Cylinder n° 907, one of the few remaining from a thousand or so issued). Often the message was unclear and had to be decoded (La Grève Des Forgerons, Pathé Cylinder n° 2797, 1898) or was even presented as a humorous sketch (Une Réunion Electorale, Edison Cylinder n° 17626, 1906). The important thing is to recognise what lay hidden behind an orchestration – not only the music’s evocative power but also its ability to dissimulate a subversive thought.  When the clouds of war began to gather, while hundreds of nationalistic calls-to arms appeared on record or on the fast-disappearing cylinder, there were few reflections of that discordant note of pacifism upheld by Jaurès and echoed by certain artists. This was the era that saw the birth of widespread diffusion of political and social ideologies through records. With the end of the first World War in 1919, the voice of Socialism finally began to make itself heard, for changing world order meant that the left was now a force to be reckoned with. The S.F.I.O. – as did the Communists later – began to use the recording media as a means of propaganda. These “Socialist” records not only reflected the contemporary mood that was to result in the victory of 1936, but also attempted to retrace the history of the movement back to its roots in 1789. This anthology presents both these aspects – a colourful historical account, alongside a more contemporary version of events since the Commune (including virtually “on-the-spot”, eye-witness stories) up to the time when questions began to be raised by the rise of Nazism and the onset of the second World War.
N.B. A number of the recordings featured here were made when records and cylinders were recorded “acousti­cally”, before microphones were introduced in 1925. But, although the sound quality may leave something to be desired, the content of these very early recordings more than justifies their inclusion here.

GENERAL CHRONOLOGY
Most of the present material covers the period from 1897 to 1947 but in no way covers the entire period from the 18th century up to the outbreak of the Second World War. The recordings are presented in chrono­logical order according to historical events, rather than according to the recording date.

C.D. n° 1
1. L’Internationale
Sung by Marc Ogeret, orchestra and choir cond. by M. Villard. / Vogue CLVIX 270 (Licence BMG)
Left-wing supporters adopted the Internationale as their anthem. It only became a success in 1899, although composed many years earlier.

2. De Quoi Est Né Le Socialisme?
Léon Blum, La Voix des Nôtres. About may 1929
Léon Blum rejected the Marxist approach and, like Jaurés, saw his role as that of mediator in a long-term future, based on principles agreed on by a majority, where each step resulted from a desire “to improve the material, moral and intellectual conditions of the working man.”

3. Monsieur De La Palisse (popular song, lyrics by Bernard de Lamonnoye)
Anonymous interpreter.  Javo-Disque (Children’s record) V 104. April 1928
The military exploits of Jacques Chabannes de La Palisse (ca. 1470-1525) hardly made him a man to be laughed at but, in the 18th Century, Bernard de Lamonnoye (1641-1728) composed several satirical couplets mocking this captain and, through him, the empty boasting of some ineffectual officers. The song quickly became popular with ordinary people fed up with the nobility who, as Beaumarchais said, had only ever achieved one thing in their lives and that was to be born.

4. La Rosière Républicaine – with La Carmagnole (André Modeste Grétry, arrangements S. Meyrowitz)
The Grand Philharmonic Orchestra, cond. S. Meyrowitz.  Pathé PD 7 & PD 8. June 1935
Before being Republican, the Roseraie of 1777 – more royalist – was the Roseraie of Salenci. André Modeste Grétry (1741-1813) extolled the virtues of the long-awaited Republic, seen as an ideal goal.

5. La Carmagnole
La Carmagnole, originally a popular air, received its revolutionary baptism on 10 August 1792, its lyrics being given an aggressive twist: “Let’s join hands and dance” becoming “Long live the roar of cannons”. It would seem that each era and each claim or demand had its own “Carmagnole”. Their evocative power was such that, for a time, the word passed into current use to denote a speech or an article conveying revolutionary ideas.

6. La Marseillaise (Rouget de Lisle)
Orchestra and Choir of the Grandes Scènes Lyriques.  Pathé-Saphir 1818 (cylinders 590 1 & 2). 1897.
Rouget de Lisle is said to have written the “War Song for the Army of the Rhine” in a single night, 25 to 26 April 1792, to arouse the patriotic feelings of those defending the revolutionary cause. A law passed on 14 July 1795 gave it the status of a National Anthem... but the law was not applied until 1879!

7. Le Chant Du Départ (Méhul, Chénier)
Sung by André Baugé.  / Pathé X 93095. 19 October 1932
A renowned opera composer, Joseph Méhul (1763-1817) owes his reputation to the Revolution. He composed a large number of works for public celebrations but the quality is somewhat uneven as some were hurriedly commissioned for a specific event. This Chant Du Départ was doubtless inaugurated in the Jardin des Tuileries on 29 June and 4 July 1794 to celebrate the victories of Fleurus and Ostend. As a result, the Directoire ordered it to be played in every theatre before the curtain rose. It was played every day at the Opera until 1798.

8. La Ronde Des Compagnons (H. Radiguer and Félicien David).
Soloist: Henrion; choir: Ecole de Chant Choral; Orchestra: Amicale du Spectacle, cond. Henri Radiguer./ La Voix des Nôtres VN 207. 1930
Count Henri de Rouvroy de Saint Simon (1760-1825) was a guiding-light of the new Socialist ideals, believing strongly in the future of industry and among the first to envisage the possibility of a united Europe based on shared humanist principles. His ideas were close to those of Michel Chevalier (1806-1876), extending the Socialist ideal to a denunciation of the exploitation of labour. However, many of these ideals were to be laid aside during the Second Empire.

9. Les Cinq Etages (Jean-Pierre Béranger)
Read by Maurice Féraudy. / Pathé-Saphir 2446 (cylinder 2901). 1909
After the Revolution Jean-Pierre Béranger (1780-1857) became interested in philosophical and humanitarian subjects. He frequently supported the cause of the working classes and was elected to the National Assembly in 1848 but, preferring to remain independent, he gave up his seat.

10. Le Pauvre Laboureur (A Bresse song arranged by Julien Tiersot)
Vocal and piano by Reynaldo Hahn / Columbia BF1. 11 July 1940
The long-recurring theme of the poor ploughman took on a new dimension during the 19th century, for traditional rural society was changing in the face of new economic realities – more competition, falling prices etc. – resulting in an exodus from the country towards the town. An exodus that was often felt as an injustice. Numerous ex-farm labourers had to become city workmen and found it difficult to adjust to their new working conditions. This fast-developing exploited class would quickly organise itself, furthering the setting-up, on 20 October 1879, the P.O.F. (French Workers’ Party) under the influence of Jules Guesde. Jules Guesde (1845-1922) rapidly became one of Marxism’s most powerful advocates in France. He founded the P.O.F. as a basis for a future revolution – even through a legal election (a theory known as Marxo-Guesdism).

11. Léon Blum parle de 1848
La Voix des Nôtres DR577 November (?) 1947
This recording is more a political meditation, the last will and testament of a profoundly humane man who recoiled from the idea of violence, insisting on the possibility of a “harmonious, revolutionary” solution.

12. Le Lac (Niedermeyer-Lamartine)
Sung by Daniel Vigneau from the Opéra Comique. Gramophone G.C. 3-32804. March 1908
Although Alphonse Lamartine (1790-1869) participated in the proclamation of the Republic from the Paris Town Hall balcony in 1848, his political influence was short-lived. More of an idealist than a politician he withdrew from active participation and devoted himself to poetry.

13. C’est Un Rêve Que J’ai Rêvé (Pierre Dupont. Piano arrangement by H. Radiguer).
Sung by Marcel Clément, with piano accompaniment by Jean Petit. La Voix des Nôtres VN 219. 1930
Pierre Dupont was known for his often bucolic lyrics and music but certain of his texts go beyond this. He was a firm believer in progress (La Locomotive in which he sings of the power of steam: “Keep on going, my locomotive / Your tracks will lead us to progress”) and this Rêve reaffirms his ideas.

14. Depuis 6000 Ans, La Guerre (Victor Hugo).
Read by M. Damorés of La Porte Saint Martin.  Collection Scolaphone VEG BJ 40. Around 1928.
“There are not a hundred forms of Socialism as is often said. There are two. The right one and the wrong one. There is the Socialism that would like the State to take over and, on the pretext of giving everyone a better life, would take away all freedom (…) This Socialism would destroy society. There is the Socialism that abolishes poverty, ignorance, prostitution, taxes, inequality (…) This Socialism does not destroy society but transforms it. In other words, within the term “socialism”…there is a part of truth and a part of error. I am against error and in favour of truth.” Victor Hugo (1802-1885) was never a true Socialist although, on his return to France in 1870, after a long exile, he was preoccupied with contemporary social problems. As this poem, published in 1863, reveals, he was absolutely opposed to violence that he saw as destructive rather than serving any useful purpose.

15. Les Borgeois (Del-Pourney).
Read by Lerda of the Concerts de Paris.  Odéon n° 71132. 1909
Karl Marx (1818-1883), self-styled “materialist philosopher”, believed that the State should serve society, calling for a revolution by the proletariat against the oppression of ruling classes. In 1847, he produced the “Communist Manifesto”, in collaboration with Friedrich Engels in which he clearly denounces the “bourgeois society” and puts forward his concept of a class struggle in which the proletariat would attempt to gain supremacy and place all means of production in the hands of the State.

16. Le Temps Des Cerises (Renard-Clément).
Sung by Albert Vaguet of the Paris Opera.  Pathé-Saphir n° V 578 (cylinder n° 284 R). 1909
Composed in 1866 and sung during the Commune, this is not a political song in the true sense of the word. However, it is so redolent of memories that merely humming it gives it a political character. It is also a reminder of Jean-Baptiste Clément, journalist and a fervent opponent of the regime under Napoleon III. He was responsible for spreading Socialist ideas while, at the same time, continuing to write romantic sketches for the café Concert.

17. 18 mars 1871, La Commune
Read by Arthur Groussier.  Disque ERSA La Voix des Nôtres VN 119. 1930
After the repression of 1848 and 1851, there were few uprisings on the part of the working classes – their representatives having been exiled. However, the setting-up of the 1st Internationale in London on 28 September 1864 and the granting of the right to strike opened up new possibilities for action. Movements started in the provinces were quickly put down by the army. Confidence in Napoleon III was waning and disappeared completely after the defeats suffered by the Empire in 1870 and the war against the Prussians. Paris found the armistice of 28 January 1871 hard to accept. Tension increased until finally, on 18 March 1871, when Thiers ordered the cannons to retreat from Paris, the National Guard and the people rose up in protest, suspecting treason. The next day the Central Committee of the Guard decided to call elections for the Paris Commune, enthusiastically welcomed by the population of Paris.

18. Proclamation De La Commune (“Une Belle Page de Jules Vallès, preface by Lissagaray)
Read by Firmin Gémier.  ERSA – La Voix des Nôtres VN 120. 1930
Hippolyte Lissagaray (1838-1901), a fervent Republican during the Second Empire, was charged and imprisoned for “inciting hate against the government”. He published numerous articles in support of the Communards and roundly condemned their bloody suppression. Forced to flee to London, he met Karl Marx (at one point there was even question of his marrying Tussy, Marx’s daughter) and adopted his ideas. On his return to Paris after the 1880 amnesty he fought against Boulanger and nationalistic tendencies. Jules Vallès (1832-1885) was involved in fighting on the side of the Commune but it is mainly his writings about the period that he is remembered for, rather than any real action.

C.D. n° 2
1. La Semaine Sanglante (21-28 May 1871)
Read by Léon Osmin.  ERSA – La Voix des Nôtres VN 113. 1930
Once the Commune was proclaimed, its leaders fell into disarray, torn by divisions and doubts. Meanwhile, Thiers had declared his intention of “crushing the riffraff”. On 21 May troops marched on Paris. Countless summary executions followed, carried out both by the “Versaillais” (the government was entrenched at Versailles) and the Communards. By the 27 May the Commune was in a desperate situation and, on the 28, the final skirmishes took place around the Faubourg du Temple.

2. Vision D’Horreur – Aux Martyrs de la Semaine Sanglante – (eye-witness account: Maxime Vuillaume)
Read by Francey. / ERSA La Voix des Nôtres VN 114. 1930
Maxime Vuillaume (1844-1926) fought beside the Commune and wrote for various newspapers. He escaped the “Versaillais” repression and, sentenced to death in his absence, fled to Switzerland where he published “Hommes et Choses du Temps de la Commune”. He did not return to Paris until 1887.

3. La Fille De Madame Angot – Political song – (Lecoq–Clairville)
Sung by Louise Dhamarys of the Gaîté Lyrique, orchestra conducted by M. Heurteur.  / Columbia D 12025. 14 June 1927
Clairville’s lyrics take us back to the atmosphere of the Directoire, a mixture of love stories and political/financial episodes mocking those who had got rich on the back of the new regime. Madame Angot’s daughter declares that “it is not worth changing the government” because “the more it changes, the more it remains the same”. This was certainly true in 1872 when the Second Empire had just collapsed.

4. Une Réunion Electorale
Sketch “presided” by Dranem and Lemarchand.  Edison cylinder n° 17626. 1906
In the final years of the 19th century politics were running smoothly when suddenly, in 1878, for the first time the “working man” presented himself at the elections, arousing a general outcry – and not a little hilarity in some quarters. Countless comic sketches based on “electoral meetings” appeared that, primarily intended to amuse, were nonetheless evidence of the enormous progress made by the working classes. Thanks to evening classes, public libraries, meetings, they were now acquiring the means to express themselves.

5. L’Ecole Laïque A Cinquante Ans
Marcel Déat.  ERSA – La Voix des Nôtres VN 109. 1930
Marcel Déat (1894-1955) subscribed to Jaurès’ ideas but his experiences of the First World War inclined him even more towards pacifism. In 1920, after the Congress of Tours, he stayed with the SFIO for he was against Bolshevism. He spent an increasing amount of time studying sociology, taking a particular interest in education that he saw as an important social tool. He supported the Cartel and, on his return to Paris in 1924 from his seat in Reims, he moved further to the right of the party, proposing essentially “neo-socialist” reforms in an attempt to spark an ideological debate. Blum refused this, fearing a move towards national socialism. After numerous disagreements, Déat founded the French Socialist Party but it was defeated in 1936. He never recovered from this bitter experience and, throughout the war, was an active collaborator.

6. La Valse Brune (Krier)
Pathé Orchestra?  Pathé-Saphir 6520. 1907
After the “Bloody Week” of 21 to 28 May 1871, traditional fetes and popular entertainment were forbidden in Paris. But, pressurised by municipal councils, in 1881 the Chief of Police authorised some popular celebrations on the outskirts of Paris. The air became filled with the strains of the waltz, now no longer confined to the ballrooms of the Second Empire but adopted by the people. Some deplored this vulgarisation, declaring “the waltz is no longer what it used to be”.

7. L’Internationale (Pottier – Degeyter)
Sung by Weber.  Pathé cylinder n° 907. 1899
Eugène Pottier (1816-1887) had written his first poems by the time he was 14. According to his editor Gustave Nadaud he was already “red” in 1848 when he took part in the Revolution. In 1870 he joined the Internationale, devoting himself to the Commune. He wrote the words to the Internationale while being hunted down in Paris by the “Versaillais”.Forced to flee to the States, only returning to Paris in 1880. It was not until 1888 that a Lille workman, Pierre Degeyter wrote the music to the hitherto unknown poem. A few copies were published in 1894 but it was immediately condemned as “encouraging desertion” and was not widely-known until 1899 when Henri Ghesquière sang it at the Socialist Organisations Congress. It enjoyed a triumphal reception, rapidly replacing the old Carmagnoles, even used as the Russian National Anthem up to the Second World War.

8. Si J’étais Dieu (Marietti)
Sung by Noté of the Opera.  Odéon 33 937. Around 1907.
On 12 November 1890, Archbishop Lavigerie raised his glass in a toast to the Republic, expressing the feelings of a number of Catholics. The Socialists immediately appropriated the Church’s fundamental and universal message, hoping to attract members through the humanist concepts they had always supported. But results were slow in coming...

9. D’Une Prison (R. Hahn-P. Verlaine)
Sung by Roger Bourdin accompanied on piano by R. Hahn?  Odéon 188635. February 1929
Paul Verlaine’s emotional poem, an attack on the injustice and inequality against which he felt helpless, speaks for itself.

10. La Fiancée Du Pirate (from the Threepenny Opera by Kurt Weill - Berthold Brecht, French lyrics by A. Mauprey)
Sung by Florelle, orchestra conducted by Jean Lenoir.  / Polydor 522172. November 1931
Kurt Weill’s “Threepenny Opera” was a huge success in France and the Fiancée Du Pirate revived old memories of the anarchist movement that sprang up around 1840. Bakouine, who died in 1876, was one of its early founders: “An end to property, to capitalism, to the nation, to the State: war against any form of authority” – let “everyone take what he pleases and even more”. But by 1893 the Socialists had thrown out these ideas, soon to be refuted by the laws of July 1894.

11. L’impôt sur les fainéants
Sung by Marly from the Monte Carlo Opera, Perfectaphone Orchestra cond. by Bervilly./ Perfectaphone 4359. 30 september 1930.
Increasing support for Socialist aims and ideas did not please everyone – hence the extreme-right “Camelots du Roi” embarked on a widespread “clean-up” programme.

12. La Grève Des Forgerons (François Coppée)
Read by Duparc.  Pathé cylinder n° 2797. 1897 or 98
François Coppée (1842-1908) wrote of the struggles of the working-class. Following the creation of the C.G.T. – which industrialists feared would encourage strikes – and the abortive General Strike of 1898, the lyrics of La Grévé Des Forgerons (written in 1868) were once more topical, although its author was leaning closer to the Nationalists.

13. Formons La Chaîne (J. Jemain–F. Mouret)
Sung by G. Gratias and Vibert. Symphonic Orchestra cond. by J. Jemain.  ERSA – La Voix des Nôtres VN 123. 1930
The Freemasons were originally set up in the Middle Ages by stonemasons to provide mutual aid for its members. In the 18th century Freemasonry played an important role in the propagation of new ideas to a wide circle of “initiates” of diverse origins, adding a more political dimension to the order which it has since retained. However, its insistence on secrecy and apparent intolerance has continued to arouse suspicion on the part of many authorities, leading to its exclusion from the Communist Party in 1922.

14. Pas D’Aumône (Jacques Messy)
Read by Furens de la Cigale, with orchestra.  Favourite Record 1 – 5393. Around 1906.
A slice of realism depicting an aspect of the Belle Epoque, showing that life was perhaps not quite so easy then as we have been led to believe.

15. Jean Longuet
La Voix des Nôtres. May 1929
Jean Longuet (1876-1938) was the grandson of Karl Marx whose shadow he was never able to escape. From an early age he met most of the important international Socialists from whom he learnt much. These contacts also aroused his interest in international problems, for which he became responsible within the S.F.I.O. He was one of the rare French Socialists of the time to interest himself in this area. Even in the face of rising Fascism he still adhered to his principle: “What is the difference between a man and a slave? A man never loses his dignity”.

16. Le Joyeux Chaudronnier (Peter)
Garde Républicaine, Paris.  Zonophone X 80280. Around 18 September 1907
Numerous recordings exist of this catchy tune, imitating the sound of an anvil. The story is that of a boilermaker, happy in his job and proud of his work. But was this image of the contented worker a true one? Increasing strikes could no longer be ignored. This type of recording was an attempt to mask what was really taking place on shop floors throughout the country and to draw a veil over the armed attacks in 1906 on workers demanding an
8-hour day.

17. Quand On A Travaillé (A. Louis - L. Del - P. Briollet - Gerny)
Sung by Dutreux.  Eden Favorite 1 7016. 1906
This 19th century song suddenly became popular again in 1906, its lyrics echoing the demand for a regular weekly day-off that was made law on 13 July.

18. Meeting De Protestation (Bruant)
Read by Aristide Bruant.  Odéon n° 60843. 1908
On 11 October 1878, the “Hydropathes” club was founded, the first of many similar satirical establishments of which Bruant’s was one of the most irreverent. All of Paris flocked to it as one of the “in” places, at the risk of bring exposed to virulent verbal abuse. Relying on his reputation, Bruant stood as candidate for Belleville in the 1898 elections on the “republican, socialist and patriotic” ticket – plus anti-Semitic. Somewhat odd for a so-called “humanitarian” and yet not unusual among Socialists of the time, who soon forgot the Dreyfus Affair.

C.D. n° 3
1. Gloire Au XVIIème (Montéhus-Chantegrelet-Doubis)
Sung by Montéhus, orchestral accomp. O. Valsien.  Odéon n° 281043. 9 or 10 June 1936
Jaurès described Montéhus’ voice as “immortal”. This song was written in the euphoria of June 1907 when the ranks of the 17th line refused to fire on the striking Midi

2. Compère Morel
La Voix des Nôtres, matrix 4975 AB. May 1929
Compère-Morel (1872-1941), a Geusde Socialist, mayor of Breteuil-sur Oise, was one of the first to intro­duce a successful Socialist city council in the early 20th century. Chosen by the S.F.I.O. to represent the peasant population and organise debates on their problems, the direction his ideas took led to an accusation of deviationism and he gradually moved towards Marcel Déat and the French Socialist Party. In 1940, he called for full collaboration with Pétain’s go­vernment.

3. Révolution (R. Guérard)
Sung by Marty of the Monte Carlo Opera, Perfectaphone Orchestra, cond. by Bervilly / Perfectaphone n° 4358. 30 September 1930
Guérard (d. 1949) used music to spread the revolutionary message and created a musical and theatrical propaganda group, the “Musée Plébéîenne”

4. Le Chant Des Jeunes Gardes (Montéhus and Saint-Gilles)
Sung by Montéhus, accomp. by the orchestra of O. Valsien.  Odéon 281 004. 10 June 1936
Montéhus dedicated this song in 1911 to revolutionary youth. Some evenings, when fighting with the king’s Camelot’s – or other extreme right-wingers – was at its height, a few phrases of the lyrics could always be heard among the general hubbub.

5. Chaud Les Marrons
Read by Firmin Gémier of the Théâtre Antoine.  Gramophone P 23. 17 May 1912
Firmin Gémier (1869-1933) was among those who, at the beginning of this century, wanted to break with the theatre’s élitist traditions. He organised several civic celebrations in local theatres in an attempt to recreate the theatre’s original role.

6. La Dernière Journée de Jaurès, 31 July 1914?(Pierre Renaudel)
La Voix des Nôtres VN 107. 1930
On 18 April 1904 Jean Jaurès founded the “Humanité” newspaper with Lucien Herr. Jaurès finally had a vehicle to express his opposition to any form of doctrine, particularly Marxism. He favoured a pacific approach, that would eventually lead to an “ideal” state without any class struggle After Jaurès brutal assassination by Villain, Pierre Renaudel (1871-1935), already a contributor to its columns, took over the mantle of his chief.

7. La Guerre c’est La Misère (L.A. Droccos and H. Lelièvre)
Sung by Georges Gratias, of Concerts Touche. Symphonic Orchestra cond. by A. Galland / ERSA – La Voix des Nôtres VN 124. 1930
After the 1914-1918 war composer Droccos wrote numerous social songs in association with the “Muse Rouge” that diffused many leftist songs.

8. Là-Haut Sur La Butte - Lettre d’Un Titi A Sa Titine (P. Darny - Guidani)
Sung by Malloire with the Perrot Orchestra.  Columbia DF 473. Ca. 8 January 1931
This letter, written by a soldier from a blood-spattered hill in the Somme in 1916, to his sweetheart waiting for him on the slopes of Montmartre, echoes the grief caused by such blind warfare.

9. Les Croix de Bois (R. Dorgelès)
Read by Clarens from La Porte Saint-Martin.  Scolaphone VEG BJ 3. Around 1928.
Les Croix de Bois (wooden crosses marking the graves of those who fell in the service of their country, a country that often betrayed them), written in 1919, was a violent attack on the 1914-18 war. This extract recounts the 1917 mutiny.

10 & 11. La Peur A?L’Hôpital - in two parts - real-life scenes (Gabriel Chevallier)
With Firmin Gémier, Colette Adam etc.  ERSA – La Voix des Nôtres VN 144 & 145. 1930
A vivid, virtually eye-witness account, of the fears and suffering endured by men at the Front.

12 & 13. Appel A?La Paix (Augusta Holmès - Henri Radiguer)
1. From East to West… and 2. …Dawn Breaks
Sung by Marcelle Demougeot with the Symphonic Orchestra and the Chant Choral Choir / ERSA – La Voix des Nôtres VN 134 & 135. 1930
Radiguer added his lyrics to a score written by Augusta Holmes (1847-1931) many years previously. Marcelle Demougeot (1876-1902) joined the Paris Opera in 1902. During the 1914-18 war she worked as a nurse and organised concerts for the wounded. Rather than celebrating the victory in 1918 she opted, after the signing of the Versailles Treaty in 1919, to sing the Marseillaise from the balcony of the Opera House to the crowds below.

14. Sois Fier Ouvrier (Anonymous)
Pyral recording. 1936 or 37
The C.F.T.C. (Union of Christian Workers), founded in November 1919 had gradually begun to counter the over­whelming power of the C.G.T. (General Workers Union) which – in 1936-37 – attempted to set up a closed shop, contrary to the Amiens Treaty of October 1906 ensuring union independence.

15. Paul Faure
Voix des Nôtres 4998 AB. Around May 1929
Paul Faure (1878-1960) is said to have discovered the ideas of Marx and Guesde, which he adopted, in a pamphlet he read as a student. In 1919. Opposing the party’s right wing tendencies, he wished to establish closer relations with Moscow. He refused to join the 3rd Internationale and became Secretary General of the S.F.I.O.’s Moscow section until 1940, sharing the Socialist stage with Blum. But the increasing threat of war created a split between them, Faure opposing national union. He later refused to participate in the Vichy vote, accepting however a seat on the French national State Council – leading to his expulsion from the S.F.I.O. in 1944.

16. J’En Ai Marre (M. Yvain - A. Willemetz)
Sung by Watson from the Alhambra.  Odéon A 73 710. December 1921
A music-hall song, launched by Mistinguett, reflecting the bitterness and sense of injustice felt by women who, having contributed valiantly to the war effort between 1914-18, found themselves relegated to the sidelines with the return of peace.

17. L’Absurdité De La Guerre
Address by Félicien Challaye, Vice President of the League of the Rights of Man.  VEG BJ 42. Around 1933.
Charles Péguy introduced his friend Félicien Challaye (1875-1967) to Socialism, in which the latter found a reflection of many of his own beliefs. After the war he became an almost total pacifist, even advocating an armed truce with Hitler in 1934, on certain conditions.

18. Oscar-Louis Frossard
La Voix des Nôtres / matrix 4997 AB. Around May 1929
Frossard’s (1889-1946) political ideas were formed as a student by his assiduous reading of “L’Humanité”. He was later sacked from his job as a teacher for demonstrating during a military procession. In 1918 he became Secretary general of the S.F.I.O., defending the independent “reconstruction” of the 3rd Internationale. Although on the right wing of the Party, he was entrusted with a fact-finding mission to Moscow, returning an enthusiastic supporter of the results of the Russian revolution. A split was inevitable and he became the first Secretary of the Communist Party, resigning, however in 1923 because he disagreed with Moscow directives. After several attempts to reintegrate as an “independent Socialist”, on 10 July 1940, he voted for Pétain and gained a seat on the French National Council.

C.D. n° 4
1. Vincent Auriol
La Voix des Nôtres. Around May 1929
The career of Vincent Auriol (1884-1966), recognised as a financial wizard, was a brilliant one from MP, member of the Constituent Assembly, to President of the National Assembly and finally President of the Republic from 1947-1954.

2. Got No Time (Richard A. Whiting)
Interpreted by Jean Wiener.  Columbia D 13009. London 14 December 1925
This talented musician and supporter of the cause adds a festive air to the 1925 union of the left in France.

3. L’Art Et Le Socialisme (Robert Jardillier)
ERSA – La Voix des Nôtres VN 11. Late 1930
Robert Jardillier (1890-1945), member of the S.F.I.O. from 1920, elected to the General Council of the Côte d’Or in 1934, became mayor of Dijon in 1935. Following the 1936 elections, Blum named him Minister of Telecommunications. Throughout the war he supported the Dijon Socialists and, after voicing his regret at having voted for Pétain, was expelled from the Socialist Party in November 1944.

4. Ode A Jaurès (Maurice Pottecher)
Read by Firmin Gémier. / La Voix des Nôtres VN 108. 1930
On Sunday 6 April 1919 a commemorative ceremony was organised in memory of Jaurès, whose assassin Villain had just been acquitted. Jaurès’ ashes were finally placed in the Panthéon on 23 November 1927 – a long-overdue recognition of a great idealist.

5. Musique Et Le Socialisme (Maurice Delépine)
ERSA – La Voix des Nôtres VN 13. Late 1930
Maurice Delépine (1883-1960), lawyer and brilliant orator, was often called on to advise various State Commissions between 1936 and 1950.

6. La Belle France (Jean Villard)
Sung by Gilles and Julien, orchestra cond. by Wal Berg.  / Columbia DF 2001. 26 October 1936
The irony and sarcastic humour of the Gilles/Julien duo (Jean Villard and Armand Maistre) was extremely popular with young people. For a time La Belle France was seen as the National Anthem of the Popular Front.

7. L’Anguille De Monsieur Le Curé (Guillot de Saix)
Read by Francoeur of the Odéon.  Cristal 5187. March 1931
With his L’Anguille De Monsieur Le Curé Guillot de Saix joins the ranks of anti-clerical scoffers, attacking the ultra-conservatism of the Church. Although the majority of Catholics opposed the rise of the Left and were against any form of alliance with the Communists, some did support Popular Front ideas for social reform.

8. Un Peu De Poésie (?)
Sung by Claude Pingault and Robert Burnier.  / Test Ultraphone 1846. November 1933
Burnier, a great favourite with female fans, teamed up with Pingault to provide a little poetry and glamour at a time when the storm clouds were gathering.

9. La Java Des Prolétaires (From the film New Horizons - Camille François - Wal Berg)
Sung by René Darvil, Georges Sellers Dance Orchestra.  / Gramophone K7293. 1 March 1934
By 1934 everyone was feeling the effects of the economic crisis. Extreme right-wingers seized the opportunity to put the blame on the left, on Jews, Freemasons etc. In response, on 12 February, the S.F.I.O. and the C.G.T; called for a general anti-fascist strike – represented here by this famous “java”.

10. L’Espoir D’Un Gueux (Montéhus)
Read by Montéhus.  Odéon 281 044. 9 or 10 June 1936 / Montéhus again proclaims his belief in a radiant future.

11. Nous Allons Au Devant De La Vie
Jean Nocher and the J.E.U.N.E.S.  No label. ST 99 and 100
Gaston Charon (Nocher’s real name) (1908-1967), a former member of the C.G.T., founded the J.E.U.N.E.S. (United Youth Teams for a New Social Economy) in 1934 with the role of recruiting militants critical of the reforms of Blum and the S.F.I.O., that he considered did not go far enough. He was in the Reisistance and joined De Gaulle’s Free French, later becoming a member of the R.P.F. (French Republican Party).

12. Chanson De Grève (Gaston Garaboche)
Sung by Champi with the Striking Store Workers’ Choir.  Dismay M 50 (Pyral 36 36). May 1936
A few weeks after the Popular Front victory in the April 1936 elections, around 2 million workers were on strike. Leon Blum’s government arranged consultations between union and management representatives, resulting in the signing of the Matignon agreement on 8 June 1936. Salaries rose by 7% to 15% and collective agreements drawn up.

13. Les Gangsters (Léon Raiter)
Léon Raiter and his orchestra.  Test Idéal AN 1974. Around. November 1936
Devaluation of the franc in September 1936 and a huge budget deficit by February 1937, led to general discontent. The Communists and working classes considered Blum’s reforms insufficient while the far right campaigned violently against the government. Some feared a civil war and many dreaded the forming of Chicago-type “gangs” – hence Raiter’s song.

14. La Grasse Matinée (J. Kosma-J. Prévert)
Marianne Oswald, Youli Tepley on piano.  Columbia DF 2291. 12 November 1937
This poem echoes the despair felt after Blum’s government suddenly halted their policy of social reform in February 1937.

15. Chant De L’Avenir, Chanson Des Amicales Socialistes (P. Farge, G. Gabette, M. Emer, G. Aubry)
Orchestra cond. by M. Emer.  Ca. 30 April 1938
Doubtless written when Blum was re-elected in March 1938, only to resign the following October, heralding the end of the Popular Front. “The new future” celebrated in this song was not, alas, to be a bright one.

16. Allocution Sur La Pologne (Anatole de Monzie)
11 September 1939
A speech made after the Nazi invasion of Poland in 1939, by Anatole de Monzie (1876-1947), a far-left journalist and lawyer.

17. Qu’il est bon d’être libre (P. Montelli-G. Isabelli)
Sung by G. Delmas, orchestra cond. by P. Varlet / ERSA - La Voix des Nôtres DR 826. 1931.
This old song in praise of individual freedom of choice might also be seen as a denial of collective liberty, mirroring the problems of a party sworn to pacifism, yet faced with the increasing threat of Nazism.

18. Marche Socialiste
Parlophone Orchestra, Parlophone 22.605/ matrix 36384 (Berlin). Late 1932
The word “socialism” was first used in Great Britain by Owen to denote a system that was opposed to the existing, individualistic one, based on wealth and selfishness. The Saint-Simonians in France added the concept of “collectivism”, coloured by a Christian code of “love thy neighbour” morals. And yet, while Socialism was far from being a single doctrine and existed in many different forms, the common denominator remained an unquenchable hope and belief in the future of the movement, based on mutual ideals and universal values.
Adapted by Joyce WATERHOUSE
from the French text of Jean Yves PATTE
© GROUPE FREMEAUX COLOMBINI S.A. 1998

Collection de Henri Chamoux, Daniel Nevers et Jean-Yves Patte.
Remerciements : Je tiens particulièrement à remercier pour leur aide précieuse Daniel Nevers et Henri Chamoux, mais aussi S.E. Patrick Leclère, Denis Lefèvre, Christian Marcadet, Phi­lippe Morin, Jacqueline Queneau, Gérard Roig, Anne et Félix Patte-Trémolières, Benédicte et François Trémolières, et l’OURS (Office Universitaire de Recherches Socialistes).
© GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 1998.

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