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MAURICE CHEVALIER
Enregistrement intégral de son dernier concert avec chansons & interventions & claquettes & sketches


Théâtre des Champs-Elysées le 20 octobre 1968
inédit!
Livret de Michel Vial - 64 pages




Prologue
Dimanche 20 octobre 1968. Il est à peu près quinze heures lorsque Maurice Chevalier entre – pour la dernière fois de sa longue existence artistique – sur une scène. Il a quatre vingts ans depuis le 12 septembre, un anniversaire organisé au Lido par Georges Cravenne, le maître d’œuvre de toutes les fêtes parisiennes. Tout ce que Paris compte de célébrités s’était entassé dans le prestigieux cabaret tandis que la foule des admirateurs anonymes l’acclamait à sa descente de voiture, sur les Champs Elysées. Paris, avec ses réceptions brillantes et ses interviews innombrables tant pour la presse écrite que pour la radio et la télévision ont, tous ces jours, constitué pour lui, un « cauchemar de bonheur »  selon ses propres mots. Il avait achevé au début du mois à Montréal sa dernière tournée mondiale, entamée un an plus tôt. Et avant la dernière série de récitals au Théâtre des Champs Elysées, à Paris, il avait effectué deux galops d’essai en guise de répétition générale en Espagne, à Madrid et à Palma de Majorque les 27 et 28 septembre, soit trois jours avant la première des dernières, ou la dernière des premières… Il note dans son journal : « Nuit vaseuse et c’est ce soir que je vais faire face au Grand Paris au Théâtre des Champs Elysées pour la première des dix sept récitals d’adieu à la scène. Plus rien à dire. Avance vers l’abattoir ou l’apothéose. » (1) Il a beau être au sommet de son art et de sa renommée en cette année 1968, et ce depuis plus d’un demi siècle, Maurice Chevalier n’a pas pour autant gagné une meilleure confiance en lui. Le doute et l’angoisse le tenaillent depuis ses débuts, renforcés depuis trois ou quatre décennies par la peur de ne pas savoir partir à temps. « Ne pas risquer outre mesure, de décevoir. Voilà les deux mots clé : outre mesure. Et ne pas s’arrêter à quatre vingts ans révolus dans la plus difficile spécialité de notre métier serait insister outre mesure. »(1) Pourtant on a parlé longtemps – au point même d’en faire un lieu commun – des « adieux à répétition » de Maurice Chevalier. A tort. Tout au plus ne s’agit-il, en l’occurrence, que d’une facilité de journaliste. La tournée dite des  « quatre-vingts berges », partie fin septembre 1967 de Paris, conduisit l’homme au canotier dans cinquante-quatre villes du monde entier, avec parfois  plusieurs récitals dans chaque ville, de Kansas City aux Etats-Unis le 12 octobre 1967,  à Palma de Majorque en Espagne le 28 septembre 1968. Et elle demeure bel et bien l’unique et définitive tournée des adieux qui s’achève en triomphe au Théâtre des Champs-Elysées à Paris entre le 1er et le 20 octobre 1968.

Il est sûr néanmoins que cette idée des « adieux » ou la décision, ardue pour un artiste,  de se retirer, lui trotte dans la tête depuis longtemps. Elle est née pour ainsi dire en même temps que sa carrière, de son caractère angoissé, mélancolique et sans doute profondément malheureux. Et elle alimentera le mal être qui l’accompagnera durant sa vie entière. « Si j’avais obéi à mes angoisses, je n’aurais jamais plus osé entrer en scène depuis 1922, après « Dédé » et « Là haut », date de ma première dépression nerveuse. » (2) Ce malaise lancinant ne l’a donc jamais abattu, sauf dans les derniers mois de son existence. Ce malaise était intime, et comme tel, connu uniquement de ses proches. Mais pour qui prend le temps de lire son Autobiographie en dix volumes intitulée « Ma route et mes chansons » publiée entre 1946 et 1970 (3), cette difficulté d’être, qui rend l’artiste si attachant, affleure à chaque page. Ainsi trouve-t-on dans le tome 4 (« Par ci, par là ») la première mention d’un éventuel retrait de la scène, envisagé en septembre 1948, au moment du soixantième anniversaire célébré, celui-là aussi, au Théâtre des Champs-Elysées. « Ces gens ne veulent jamais me croire lorsque je les assure que je quitterai bientôt la scène, clôturant mon demi siècle de planches.(…) J’ai beau leur expliquer que le récital nécessite des forces physiques qui, après soixante ans, vous abandonnent petit à petit. Que j’aurai été aussi haut qu’il m’était possible d’aller et que je ne pourrai plus ensuite que redescendre. Ils ne veulent absolument pas me croire.(…) Et moi qui me sens si sûr de ma décision, de sa logique, de sa nécessité. »(4) A l’automne de 1954, l’hebdomadaire « La Semaine du Monde », daté du 8-15 octobre, titre « Les adieux » sous une photo de couverture pour présenter la rentrée de Maurice Chevalier au Théâtre des Champs Elysées après une série de cinquante-cinq récitals dans le monde. Mais dans ses souvenirs écrits liés à la même période, il parle de la préparation d’un nouveau répertoire pour le public anglo-américain, il projette un mois de représentations à Londres en 1955 ainsi qu’une tournée en Afrique du Sud et un retour aux Etats-Unis le 20 septembre 1955. Même s’il avoue « L’idée de voyager m’abandonne de plus en plus, et l’habitude me vient d’aimer vivre doucement à la maison.(…) Je dois dire que je me prends sans effort à apprécier les tranquilles joies du home. »(5)

Enfin en 1956, l’année où il tourne « Love in the afternoon » de Billy Wilder avec Audrey Hepburn et Gary Cooper, il passe à l’Alhambra  rebaptisé Maurice Chevalier - il s’y était produit pour la première fois à l’âge de vingt ans en 1908 - accompagné par les vingt-quatre musiciens de l’orchestre du jeune et talentueux Michel Legrand qui  accommode le sexagénaire aux goûts et aux rythmes du jour. Mais au même moment, l’artiste écrit dans son Journal : « Cet engagement qui, pendant plusieurs semaines, va me ramener chaque soir au bas de Ménilmontant, sera vraisemblablement le dernier passage sur scène de votre serviteur dans le cas, bien entendu, où Hollywood se reprendra d’intérêt pour son retour dans les salles de cinéma. »(5) Maurice Chevalier compte en fait sur le Septième Art et sur la Télévision pour l’aider à s’éloigner peu à peu de la scène et à mieux vivre ce retrait. Toujours le doute sur ses capacités lié à l’obsession du travail bien fait. « La flamme s’use et il faut changer d’enthousiasme pour rester allumé.» (6) ou encore « Combien de temps vais-je encore tenir honnêtement dans ces contrats où je puis craquer au cours d’un film ou d’une série de récitals ? » (6) La hantise du « combat de trop » remplit les pages de son journal. Face à son inquiétude permanente et dans le secret de son dialogue intérieur, l’homme pragmatique semble s’opposer à l’artiste passionné. D’où les contradictions souvent touchantes de l’autobiographie comme autant de sincérités successives qui prouvent l’honnêteté de leur auteur. Quoiqu’il en soit, la décision de la tournée des adieux est rapportée pour la première fois dans les souvenirs de François Vals (7). Maurice Chevalier l’annonce au printemps 1965 à New York, lors d’une série de récitals à l’Alvin Theater dont la première avait été honorée par la visite de Jacqueline Kennedy.

Après la dernière représentation, dans la limousine qui les ramène à leur hôtel, Madeleine et François Vals, ses fidèles collaborateurs, entendent soudain leur patron  déclarer : «Mes enfants, ce sont mes dernières séries de représentations. Nous ferons une ultime tournée dans le monde, avec un seul récital par ville, et nous terminerons par Paris. Là, naturellement, je donnerai une vingtaine de représentations en octobre 1968 au Théâtre des Champs-Elysées et j’annoncerai au public qu’il vient de m’entendre pour la dernière fois (…) Personne ne pourra jamais me convaincre. C’est une décision définitive qui est totalement ancrée dans mon esprit. » (7) Même s’il ne la mentionne pas dans son Journal, Maurice Chevalier semble donc avoir pris sa résolution deux ans et demi avant l’échéance, soit l’ultime tournée qu’il exécutera effectivement selon le plan annoncé tout à trac, en avril 1965, dans une rue de New York.  Dans le dilemme intime qui a constamment tenaillé Maurice Chevalier, avec cette décision difficile, la raison, cette fois, l’emporte sur la passion. « Il y a toujours deux êtres en moi. L’un passionné, actif et enthousiaste. L’autre humble, timide, raisonnable. C’est le second qui m’a permis d’arriver à mon âge sans catastrophe définitive, et c’est sur le second que je compte pour terminer une vie d’une manière qui me laisse la dignité et une espèce d’accord avec moi-même. » (1) Lorsqu’aux derniers jours de septembre 1967, il embarque à Orly « dans un tintamarre de photographes et de journalistes » pour la tournée dite des « quatre vingts berges » avec le pianiste Fred Freed et ses chers Madeleine et François Vals, l’artiste est donc en accord avec lui même, seul à savoir que cette tournée constitue la vraie tournée de ses adieux.  « Personne ne semble vouloir croire que ce sont mes adieux définitifs à la scène. Il n’y a que moi qui sais que c’est très sérieusement que j’aspire à remiser mon canotier sous un globe », confie-t-il un mois plus tard à son Journal. Mais la conviction n’exclut pas l’angoisse.

« Parfois, lorsque je pense aux jours qui me resteront à vivre sans avoir à prouver ni mériter jamais plus dans mon métier, je suis pris par l’angoisse de ne plus alors trouver le moindre intérêt à exister, si je ne sers pas d’une manière ou d’une autre ce public auquel j’aurai dédié toutes mes forces… » (1) Des propos prémonitoires dont la réalité ne cessait d’obséder l’entourage proche du chanteur. « Pourrait-il être heureux sans cette drogue que représentaient pour lui les applaudissements et les rires du public ? », s’interroge alors François Vals (7). Reste que pendant une année entière, avec quelques entractes passés dans sa maison de Marnes-la-Coquette, le « vieux grognard de la chanson » comme il se définit lui même connaitra l’apothéose de sa carrière et de sa vie. Dans une Amérique secouée par des soubresauts politiques nés à la fois des troubles raciaux et de l’opposition grandissante à la guerre du Vietnam, Maurice Chevalier triomphe lors de chacun de ses récitals. Acclamé, adulé par des spectateurs de tous âges y compris les jeunes  car il chante dans de nombreuses universités où, avant d’entrer en scène, il se livre sans fard aux questions des étudiants. Ainsi sur le campus de Berkeley en Californie, une étudiante lui glisse dans la poche ce mot griffonné : « Cher Monsieur Chevalier. De la part de tous les jeunes, merci pour tout. Vous êtes quelqu’un de beau et vous ne deviendrez jamais vieux. Seulement plus beau encore. Amour. De nous tous. » Il gardera ce mot dans son portefeuille jusqu’à la fin de sa vie. « Quel conte de fées pour le mioche de Ménilmontant et quelle récompense pour ce long labeur d’amour ! », s’émerveille-t-il. « Thank heaven for Chevalier » titre un journal d’Atlanta en s’inspirant d’une chanson de « Gigi », le film de Vincente Minnelli dont il fut la vedette en 1958 aux côtés de Leslie Caron et Louis Jourdan. Et dans une Amérique irritée par les initiatives politiques et diplomatiques du Général de Gaulle, l’article conclut : « On se demande ce que le peuple américain penserait des Français actuels s’il n’y avait pas l’un d’eux qui a pour nom Maurice Chevalier et qui nous reste fidèle dans son cœur et ses propos. » (1)

Malgré ses succès quotidiens en Amérique et ailleurs entre septembre 1967 et septembre 1968, «le plus ancien hippie qui ait eu la spécialité de chanter » (1), selon sa propre expression, n’en compte pas moins « les récitals qui restent avant de rentrer, commençant à ressentir en profondeur l’énormité de ce que je pousse encore mon moteur à accomplir. » Il précise même : «Comme pour les derniers mois du service militaire… je suis de la classe… et m’en réjouis.»  (1) On ne saurait mieux dire. C’est donc à plus d’un titre que Maurice Chevalier ressent la peur en ce dimanche 20 octobre 1968 lorsqu’il s’approche de la scène. Sans doute la peur de sa vie,  d’abord pour les raisons qui lui étaient coutumières, et surtout pour le saut dans l’inconnu que constituait sa retraite voulue et annoncée. Pourrait-il, en effet, renoncer à son métier sans se détruire moralement et physiquement? Le soir de la première, le 1er octobre 1968, avant même d’avoir ouvert la bouche, il voit l’ensemble du public se lever pour quelque dix minutes d’applaudissements ininterrompus. « Je n’ai jamais obtenu, nulle part, ce que le plus éblouissant Paris qui remplissait le Théâtre des Champs-Elysées, m’a décerné à la première. Debout toute la salle, Duc de Windsor et la Duchesse, la Begum, Monsieur et Madame Hervé Alphand, Monsieur Louis Armand, Marcel Pagnol, etc. Les plus grands noms de Paris se levant pour une acclamation de cinq minutes, à mon entrée en scène. Oui, vous lisez bien, avant que je commence à chanter. »(1) Il parle enfin. « Je vais faire l’impossible pour mériter votre gentillesse. Mais j’ai une trouille terrible… ». Et il entonne « La Marche de Ménilmontant ». « Je comprends très bien l’esprit du public » déclare-t-il dans une interview accordée à Honoré Bostel pour « Paris Match ». « Il se dit “il a dû baisser, il n’est plus ce qu’il était”. Quand à la première ou à la seconde chanson, je sens que ça accroche, alors je ne crains plus de les décevoir… » (8)

L’artiste accompli développe alors la mécanique bien huilée qui lui permet d’exercer son art dans un dépouillement patiemment travaillé depuis quelques années : sa personne, son répertoire, son contact prodigieux avec le public, et un pianiste pour l’accompagner. Deux heures et une vingtaine de chansons plus tard, Maurice Chevalier a gagné son pari, même si le voile léger de la voix trahit l’émotion. La salle de la première, invités prestigieux, piliers du Tout Paris et gens de presse peu enclins naturellement à l’indulgence, lui renouvelle l’ovation de son entrée en scène. « Je me parlais à moi-même… Ne craque pas mon petit môme… Ne pleure pas surtout… Sois humblement digne… Ma voix se voilait par moments ensuite. L’émotion… Le souffle qui n’en pouvait plus… Une soirée où je me serais fait tuer pour ce monde-là. » (1) Ce monde-là, les Windsor, Marcel Pagnol, Louis Armand mais aussi Fernandel, Henri-Georges Clouzot, Charles Trenet, René Clair, Louise de Vilmorin, Marcel Achard, Georges Carpentier, Henri Varna, Manitas de Plata, Robert Manuel et Claudine Coster entre autres, tout ce monde là chavire d’admiration pour lui. Dès la fin de l’avant-dernière chanson, le parterre entier se lève de nouveau et restera debout jusqu’à la sortie de l’artiste. « Et à la fin … mais oui vous lisez bien… la salle de nouveau debout pour dix minutes, criant, tendant les bras. Et dans ma loge, le cirque des grands soirs avec les célèbres, écrasés, bousculés, m’embrassant, moi en sueur, je n’avais jamais vu cela pour moi ni pour personne. Nulle part. » (1) Les personnalités se bousculent en effet pour féliciter et saluer le héros du jour tandis que, dans le hall, le public s’arrache les canotiers remplis de roses installés en guise de décoration. En souvenir d’une soirée à inscrire dans les annales de l’histoire du Music-Hall. « L’admirable n’est pas qu’il ait chanté jusqu’à quatre-vingts ans », écrit Paul Carrière dans «Le Figaro », « mais qu’il se soit continué jusqu’au bout sans fléchir. C’est sûrement ce qui le satisfait plus que le titre glorieux de vétéran des vétérans. »

En 1961, Maurice Chevalier écrivait qu’un artiste âgé ne pouvait toucher le cœur des foules qu’en se détachant totalement de son passé pour se montrer exactement tel que la vie l’a patiné . (6) Et l’envie d’un récital « modernisé » le travaille depuis son retour réussi aux Etats-Unis en 1955. Six semaines au Lyceum Theatre de Broadway et cinq semaines à l’Empire Room du Waldorf Astoria à New York ont aiguisé son souci d’amélioration. Avec le sentiment que son One Man Show est un peu usé et qu’il faut « en ravaler la devanture. » D’où l’idée de  « réussir un récital sans même l’aide d’un pianiste. Seul, sans aucun mélange, avec la salle. Chanter, monologuer, mimer, danser, trouvant tout en moi même et le déversant sans association humaine. » (6) A vrai dire, cette idée est un vieux rêve qui date de 1926, le souvenir  ébloui d’un récital de Ruth Draper, seule sans orchestre sur la scène du Saint Martin’s Theatre de Londres. Un rêve dont il a pu tester, par deux fois, un début de réalisation. D’abord  en 1930, sitôt après la sortie triomphale de « Love Parade », son deuxième film américain. Certes, il est accompagné par l’Orchestre de Duke Ellington – qu’il a imposé pour sa première partie dans une salle de blancs, hors de Harlem et du ghetto noir que le grand musicien quittait pour la première fois – mais, écrit-il, « cet engagement heureux m’inoculera le germe de l’idée qui me poursuivra sans répit par la suite : arriver un jour à être seul à seul avec le public pour toute la soirée, élever la chanson légère et affiner le populaire, servir le public d’une telle manière et avec une telle qualité que l’on vienne voir mes récoltes de couplets avec le même élan que l’on va voir une revue ou une pièce à succès. » (9). Ensuite en avril 1945, au Théâtre des Célestins à Lyon, juste avant sa rentrée parisienne à l’ABC. Pour les essais de cette formule dépouillée, Maurice Chevalier s’est même passé de musiciens, accompagné par une simple bande magnétique le temps d’une tournée internationale en 1956, avant ses trois mois « rock and roll » à l’Alhambra avec Michel Legrand. C’est peu de dire que l’artiste toujours inquiet, doublé de l’artisan obsédé par la perfection ne s’est jamais contenté de vivre sur ses lauriers, il a plutôt passé sa vie à se remettre en question. Ainsi en mars 1961, il visionne un sketch enregistré pour la télévision italienne qui se termine par un pot pourri franco-américain. Et il se juge sévèrement.

« Mon impression ? Pas heureuse. Ma silhouette trop alourdie, mon visage trop buriné par les années s’accommodent mal du souvenir et du style de l’ancien jeune Maurice. Ce chapeau de paille, en casseur sur un visage de soixante-treize ans, couvert, encore heureux, de cheveux blancs, ces chansons qui parlent trop d’amour et de jolies filles, ont quelque chose de gênant à entendre et à contempler. Le vieillard que l’on nous montre a, sans aucun doute, des pouvoirs encore surprenants, mais pour que son rendement soit efficace, il ne doit interpréter désormais, quand il chante, que des thèmes s’accordant avec son âge. Je sais, ce n’était qu’un pot pourri d’anciennes chansons, une réminiscence, mais dans ce cas, il faut alors les fredonner sans les ‘jouer’, sans vouloir convaincre, pour les rappeler simplement. » (6) Tandis que, dans les années cinquante, sa grande amie Marlene Dietrich, légende vivante du cinéma, se lance dans le tour de chant – ce qu’il lui déconseille au début, mais c’était avant qu’elle rencontre Burt Bacharach – Maurice Chevalier expérimente, peaufine et mûrit le One Man Show qu’il laissera comme le résumé et la conclusion de soixante-huit années d’activité artistique. Un pianiste seul. Pas d’esbroufe. Rien dans les mains, rien dans les poches. Tout dans la performance et le record. Et un style inimitable pour faire valoir ce que Paul Carrière appelle dans « Le Figaro» «la joie ardente du métier. »
Cette rigueur exemplaire inspirera à Jacques Brel la définition la plus lumineuse de son ainé « Dans ce métier sans écoles, il est le maitre et l’histoire en même temps que l’historien. Et nous, des élèves. » Le récital du premier soir, mardi 1er octobre 1968, est enregistré par CBS qui le sort en album sous le titre «  Enregistrement public, Théâtre des Champs-Elysées, 1er octobre 1968 » (10) .

La photo de couverture est signée Jean-Pierre Leloir, elle présente Maurice Chevalier avec son canotier, sans doute dans le parc de sa maison de Marnes-la-Coquette. La pochette au verso montre l’affiche du Théâtre des Champs-Elysées qui précise : présenté par entente avec Jacques Canetti, du 1er au 20 octobre, « les adieux à la scène de Maurice Chevalier », au piano Fred Freed, tous les soirs à 21 heures 15 (sauf dimanche et mercredi) matinée dimanche à 15 heures. Places de 5 à 30 Francs . Du 1er au 20 octobre 1968, soit  trois semaines et dix-sept représentations qui accueilleront 30000 personnes pour une recette brute de 500 000 Francs, la plus grosse recette de la saison parisienne 1968-1969. Chaque soir, des personnalités du métier viendront rendre hommage à leur grand ancien, certaines même plusieurs fois pour mieux profiter de ce moment historique. Chaque soir, le cinéaste François Reichenbach, mandaté par Jacques Canetti pour filmer ce spectacle unique, attendra le feu vert de l’artiste. En vain. Maurice Chevalier ne se sentira jamais « au point » et pensera toujours pouvoir s’améliorer… Ce qui confère une valeur inestimable à l’enregistrement sonore que nous vous proposons. François Jouffa, alors jeune reporter dans une station périphérique à vocation européenne, assistait en fait à cet ultime concert pour réaliser une interview de l’artiste. C’est par réflexe professionnel qu’il a, heureusement pour nous, laissé tourner son Nagra pendant tout le spectacle. « Les trois semaines de récitals consécutifs se passèrent dans une ambiance de tendresse à acclamations. Public et journalistes décidant que le temps n’était pas mûr pour quitter la scène, qu’il fallait revenir l’année prochaine… que j’étais plus fort que jamais dans ma simplicité…Je roulais dans ma tête, comme un homme ivre de confusion, les raisons de continuer… ou de quitter pour de bon… » (1) Dimanche 20 octobre 1968. La « der des ders » se joue en matinée, à 15 heures. Des dizaines de télégrammes affluent dans la loge où Maurice Chevalier, saisi d’une émotion particulière, est arrivé très tôt. Ce matin, il a lui même envoyé un télégramme à Jackie Kennedy qui vient d’épouser le milliardaire grec Aristote Onassis, au grand dam de l’opinion publique internationale. Elle le remerciera en lui souhaitant « une belle vie nouvelle ». A 14 heures, il passe pour la dernière fois sa tenue de scène. Un costume bleu avec juste le petit point rouge de la Légion d’honneur. Les mille sept cents spectateurs rejoignent peu à peu leurs places dans un léger brouhaha couvert de temps à autre par la voix des ouvreuses. Maurice Chevalier relit les phrases, écrites au crayon, qu’il prononcera tout à l’heure, celles-là seront définitives. François Vals essaie de détendre une ambiance pour le moins tendue, mais le cœur n’est vraiment pas à la joie. Peu avant 15 heures, l’artiste se lève, ajuste son nœud papillon bleu nuit et la pochette de sa veste. Fred Freed est déjà à son piano lorsqu’il s’avance vers la scène, déchainant aussitôt les applaudissements. « Merci Messieurs Dames pour cette affectueuse réception que je vais essayer de mériter. » La voix est plus assurée, moins voilée qu’au premier soir. Elle propose, pour la première chanson, de retourner à la source, c’est-à-dire à Ménilmontant.

C D N°1
Première Partie
(1-2) « LA MARCHE DE MENILMONTANT »
(C.Borel-Clerc/M.Chevalier/M.Vandair)
Créée en 1942 dans la revue « Pour toi Paris » au Casino de Paris, la chanson enjouée aux accents faubouriens a été écrite sur mesure pour l’ancien môme du quartier, pour lui un village où il dé-buta, à l’âge de douze ans, au café des Trois Lions. Ménilmontant - où, le dernier d’une famille de trois enfants,  il est né le 12 septembre 1888, en haut de la colline au 29 de la rue du Retrait -  illustrera toujours pour lui « la belle histoire d’un enfant de pauvres qui demeurera une inspiration pour tous les enfants de pauvres. » (1)

(3-4) « SOURIRE AUX LEVRES »
(Caravelli / M.Rivgauche)
Un titre récent signé par le chef d’orchestre Caravelli et Michel Rivgauche, l’un des paroliers de Piaf (auteur de « La Foule ») qui figurait sur un disque 45 tours sorti en 1966 et dont le titre phare, « Le Sous marin vert » était l’adaptation du fameux « Yellow  Submarine » des Beatles. Des vers légers qui facilitent le monologue dont la durée, entre les chansons, tendait à augmenter au cours des dernières années. Ce fut particulièrement vrai en ce dimanche 20 octobre 1968, mais ce dernier récital avait valeur de testament artistique.
« Il faut garder le sourire aux lèvres,
Pour regarder la vie d’un p’tit air allègre,
Et se rappeler qu’un sourire aux lèvres,
C’est la petite fleur
De la bonne humeur
Qui pousse dans les cœurs… »

Les paroles, on le voit, n’ont rien de mémorable, mais elles mettent en exergue le charisme de l’artiste, ce phrasé mi chanté mi parlé associé à une simplicité et à une chaleur communicative qui lui gagnaient les salles les moins bien disposées à son égard. Maurice Chevalier possédait le don inné d’établir le contact avec le public, qui demeurait, pour lui  le « Grand Patron ». Et il avait l’art de choisir les chansons adaptées au moment et au contexte de ses spectacles.

(5-6) « MON IDOLE »
(P.Delanoé/F.Fumière)
Encore une chanson nouvelle signée par Pierre Delanoé, l’un des paroliers fétiches de Gilbert Bécaud. En 1968, il a aussi écrit pour André Claveau, Hugues Aufray, Nicoletta, Michel Fugain et Michel Polnareff. Pour Maurice Chevalier, il ironise non sans poésie sur les idoles, l’un des phénomènes des Années Soixante. Sans oublier qu’en la matière,  l’artiste a également été un précurseur. Car dès la sortie de son premier film américain  (« La Chanson de Paris » en 1929), il a été l’objet de manifestations d’hystérie qui ont entouré chacun de ses déplacements tant en Amérique qu’en Europe, et en France pendant les années Trente. Il fut bel et bien la première vedette française de Music-Hall à devoir affronter l’amour passion des foules en délire.
« Tout cela est si démesuré … Je ne suis pas fabriqué pour tant d’éclat, tant de bluff… Je sais bien, moi, que je ne vaux pas autant de charivari. »  (9)

« Mon idole, c’est le petit moineau,
Qui sur ma fenêtre rigole,
Et me piaille son allegro.
Mon idole c’est ce petit copain,
Qui vient roucouler pour une bouchée de pain… »

Avec, dans l’esprit de Maurice Chevalier, un compliment possible à l’intention de Mireille Mathieu qu’il a présentée aux Etats-Unis et qu’il a toujours encouragée :

« Mon idole, c’est la petite chanteuse,
Qui avec sa belle petite gueule,
Nous étonne de ses si-bémols.
Mon idole, c’est ce petit bout de chou,
Qui de tout son jeune cœur
Chante pour nous… »

(7-8) « BONNE ANNEE »
(M.Vandair / J.P. & H.Bourtayre)
La chanson, elle aussi nouvelle, n’est que l’occasion d’un long monologue qui joue sur la relation affectueuse entre l’artiste et son public. Le prétexte est mince : il faudrait se souhaiter la bonne année tous les jours, et Maurice Chevalier fait semblant de s’adresser à des spectateurs anonymes. Mais il utilise surtout le procédé pour saluer et rendre hommage à des amis présents ce soir-là et qu’il fait applaudir. D’abord André Luguet, de quatre ans son cadet, qu’il charrie gentiment. « Il a soixante-seize ans, il a toujours l’air d’un gamin pour moi », dit-il. Ils se sont croisés à Hollywood au début des années trente, quand Luguet tournait avec Jacques Feyder, Michael Curtiz et William Dieterle. Tous les personnages que ce comédien racé a interprétés au théâtre et au cinéma entre 1911 et 1969 ont un point commun, l’élégance. Il a joué notamment dans « Battements de cœur » de Henri Decoin, «Le dernier des six »  de Georges Lacombe, « Les racines du ciel » de John Huston, « Comment réussir en amour » de Michel Boisrond et « Une ravissante idiote » de Edouard Molinaro. Il disparaît sept ans après son ainé, en 1979. Ensuite Jacqueline Huet, l’une des téléspeakerines entre 1958 et 1974 mais aussi comédienne et chanteuse. Remerciée par deux fois de la télévision, elle connut une longue descente aux enfers qui s’acheva par un suicide aux barbituriques, avec pour toute explication ce mot laconique : « Les stars délaissées sont des canards drolatiques et sans tête qui continuent à marcher ».

Egalement Michel Duchaussoy, alors jeune sociétaire de la Comédie Française à l’aube d’un parcours brillant que lui prédit d’ailleurs Maurice Chevalier, ce soir-là. Après « La femme infidèle » de Claude Chabrol et « Bye bye Barbara » de Michel Deville tournés cette année-là, le comédien a accumulé au cinéma les rôles de personnages séduisants et parfois ambigus, entre autres « Que la bête meure » de Chabrol, « Armaguedon » de Alain Jessua, « L’homme pressé » de Molinaro, «Fort Saganne » de Alain Corneau et plus récemment « Amen » de Costa-Gavras. Enfin Sacha Distel. « Quelqu’un qui a le toupet d’être jeune, beau, d’avoir de l’esprit et un très grand talent de chanteur », déclare en riant Maurice Chevalier qui a toujours pensé que Sacha Distel pourrait devenir son successeur, il le lui écrivait au recto de la pochette de son premier disque 45 tours Philips en 1959 qui contenait l’incroyable  « Scoubidou » : « Eh bien il me paraît le plus naturel des nouveaux. Agréable visage. Sourire charmant. Intelligent. Voix plaisante. Aucune exagération ni affectation dans son rythme. Une grâce réelle (il devra se méfier de n’en pas déborder). Je pense qu’avec de l’expérience, il pourrait peut-être devenir celui qui… celui que… Enfin vous voyez ce que je veux dire. M.C. 1959 » (11) Sacha Distel avait, en effet, tout  pour plaire à Maurice Chevalier qui n’appréciait guère « le saute à la gorge » selon son expression – des chanteurs modernes. « La chanson, à mon avis, doit être plus une caresse convaincante qu’un coup de poing qui assomme. » (6) Exactement le style du jeune chanteur « french lover », par ailleurs excellent guitariste de jazz.  Il a acquis une vraie popularité en Amérique et surtout en Angleterre, sur les traces de son glorieux ainé. Jusqu’à ce projet, toujours reporté, d’une comédie musicale anglaise sur la vie et la carrière de Maurice Chevalier, un rôle pour lequel il avait été pressenti immédiatement. Au fil des années, Sacha Distel a fait fructifier son exceptionnelle notoriété outre Manche, il y a notamment triomphé dans la comédie musicale « Chicago » qui, née à Broadway en 1975, a fait les beaux soirs de la scène londonienne. Surtout, à soixante-dix ans passés et avec une silhouette de jeune homme, il réalisa enfin son rêve : faire le « crooner » et chanter pour son plaisir les chansons qu’il aime, celles qu’il a écrites et les standards immortels. « Bonne Année », une pochade plus qu’une chanson, est l’œuvre de Maurice Vandair, vieux complice depuis « La Chanson du maçon » en 1941. Parmi les autres succès écrits pour Maurice Chevalier, « La Marche de Ménilmontant » qui ouvrait le spectacle  et « Fleur de Paris » en 1945. On lui doit aussi les paroles de l’opérette « La Belle de Cadix » qui allait assurer la gloire, en 1946, d’un débutant nommé Luis Mariano.

(9) « LES ACCENTS MELODIQUES »
(M.Chevalier)
Un monologue imaginé dès la fin des années quarante et peaufiné au fil des ans dans lequel le fantaisiste revient au premier plan. En forçant les traits et en appuyant sur les accents jusqu’à la caricature, Maurice Chevalier imite le « parlé » de certaines langues étrangères dans lesquelles il inclut le parlé parisien, le ton du titi et du gavroche qui fut sans doute celui de son enfance. Avec son ironie ingénue, sans l’ombre d’une méchanceté, ce monologue ne laisse pas d’évoquer « Gin et comédie », le sketch de Henri Salvador dans lequel il campe un présentateur de la télévision américaine chargé de faire en direct la publicité pour du whisky. Enregistré en 1956, ce sketch désopilant fait partie, aujourd’hui encore, du spectacle de « Monsieur Henri ».

(10-11) « POT POURRI FRANCO-AMERICAIN »
Maurice Chevalier rappelle en préambule que l’invention du phonographe, au début du siècle, a favorisé l’exportation des chansons, même si le succès international d’une chanson française est demeuré rare très longtemps. Les deux premiers exemples qu’il nous donne ont été des exceptions, à une époque où les chansons de notre pays étaient trop douces face au rythme qui commençait à secouer les autres pays, en particulier les Etats-Unis. Sans respecter la chronologie, il évoque d’abord « Parlez-moi d’amour». Ecrite par Jean Lenoir en 1925 et créée en 1930 par Lucienne Boyer, la chanson connut un succès mondial et valut à son interprète une gloire qu’on peut difficilement imaginer aujourd’hui, surtout en Amérique. Malgré ce triomphe et les ponts d’or que lui offrait Hollywood, Lucienne Boyer ne rêva très tôt que de cabaret, où sa voix sensuelle et douloureuse fit longtemps merveille. « Mon homme » ensuite, antérieure en fait à « Parlez-moi d’amour ». Paroles de Jacques-Charles et Albert Willemetz, musique de Maurice Yvain, un vieux copain de Maurice Chevalier, les deux hommes s’étaient connus en 1913 à Belfort pendant leur service militaire. Pianiste et compositeur de grand talent, il écrivit « Mon homme »  pendant l’été 1919 à Villerville, sur la côte normande, avec ses deux compères réunis pour composer une chanson destinée à Mistinguett dont la villa était voisine de la leur. Elle refusait tout ce qu’ils lui proposaient jusqu’au jour où ils lui jouèrent un fox trot sur un tempo plus lent. Jacques-Charles lisait le texte de « Mon homme », une pièce de Francis Carco d’où jaillirent  les paroles tant attendues :
« En avoir un dans la peau,
C’est le pire des maux,
Mais c’est connaître l’amour,
Sous son vrai jour… »

Mistinguett, qui commençait à vivre les affres de sa rupture avec Maurice Chevalier, créa pourtant sur ses conseils la chanson au Casino de Paris en 1920, donnant ainsi naissance à la plus grande chanson réaliste française. Et le succès en fut si considérable que Francis Carco dut l’intercaler dans sa pièce, jouée au théâtre de la Renaissance. D’emblée, la chanson franchit l’Atlantique : adaptée dès 1921 à Broadway pour Fanny Brice, une chanteuse fantaisiste des Ziegfeld Follies dans les Années Vingt et Trente, dont la vie romanesque sera racontée dans la comédie musicale « Funny Girl » en 1964. Pour l’incarner sur scène et à l’écran en 1968, une débutante pleine de promesses, Barbra Streisand, que Maurice Chevalier accompagnera à l’Opéra lors de la première française du film. Elle y reprend « My man » qui aura, entre temps, fait aux Etats-Unis, le bonheur de nombreuses interprètes féminines comme Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan,  Diana Ross et surtout Billie Holiday. Récemment, Patricia Kaas l’a interprétée en 2002 dans son album « Piano Bar », inspiré du film de Claude Lelouch « Ladies and gentlemen ». Maurice Chevalier poursuit avec une sélection plus récente d’œuvres françaises qui ont franchi l’Atlantique. D’abord « Un homme et une femme » de Pierre Barouh et Francis Lai, la chanson du film de Claude Lelouch, Palme d’Or du Festival de Cannes en 1966 et Oscar du meilleur film étranger en 1967. Puis le duo Geneviève – Guy, extrait du film de Jacques Demy « Les Parapluies de Cherbourg » dans lequel tous les dialogues étaient chantés. Première du genre en France, la comédie musicale décrocha aussi la Palme d’Or à Cannes en 1964, et le duo entre Catherine Deneuve et Nino Castelnuovo, doublés dans le film par Danièle Licari et José Bartel, fit également fortune aux Etats-Unis.

« Et maintenant », de Pierre Delanoé et Gilbert Bécaud en 1962, après « Je t’appartiens » devenu « Let it me be », constitue la deuxième chanson de Gilbert Bécaud à connaître une notoriété internationale. Sous le titre « What now my love », elle fut reprise par des centaines d’interprètes dans le monde parmi lesquels  Judy Garland, Frank Sinatra, Elvis Presley, Sonny & Cher et même Charles Boyer sans oublier ses multiples versions orchestrales depuis celle de Herb Alpert en 1967. Maurice Chevalier disait de Bécaud qu’il avait « le feu aux amydales. » « Love is blue » enfin : composé  par André Popp  sur des paroles de Pierre Cour, la chanson  intitulée « L’amour est bleu »  défendue par Vicky Léandros  représenta  en 1967 le Luxembourg au Concours Eurovision  qui fut remporté, ce printemps-là, par Sandie Shaw avec « Puppet on a string». L’air se retrouve sur le cinquième album instrumental de Paul Mauriat qui sort aux Etats-Unis à la fin de 1967 sous le titre « Blooming Hits ». Diffusé par un disc jockey de Minneapolis qui précisait à l’antenne « Si vous aimez, téléphonez », « Love is blue » provoque une avalanche de coups de téléphone et un phénomène sans précédent pour un Français. Comme si des millions de gens étaient tombés amoureux de cette orchestration efficace et charmeuse, le succès est fulgurant : huit cent mille albums et un million quatre cent mille quarante-cinq tours sont vendus en un mois, et le disque atteint la première place du Hit Parade américain le 10 février 1968 pour sept semaines. Le cas est unique pour un instrumental si l’on excepte « Telstar » par les Tornadoes en Novembre 1962, mais il n’était resté à la tête du classement que trois semaines.

(12-13) «  ME AND MY SHADOW »
(B.Rose / Al Jolson / D.Dreyer)
Un nouveau numéro d’imitation en forme d’hommage. Sammy Davis Jr. est un artiste prodigieusement doué, tout à la fois mime, danseur, musicien, chanteur et diseur dans la meilleure tradition du vaudeville. Né dans le ghetto noir de Harlem, il a dû se battre intensément pour  s’imposer, il raconte dans sa deuxième autobiographie (« Mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu ? ») que malgré sa notoriété, il subissait encore dans les années soixante-dix aux Etats-Unis des agressions racistes. Maurice Chevalier l’avait découvert à Los Angeles dans les années cinquante. « Il m’avait vu à Los Angeles au cours d’une tournée et il me conseilla de venir à Paris »  – raconta plus tard Sammy Davis Jr. – « Mais je ne parle pas français, lui répondis-je alors. Cela n’a pas d’importance, me dit-il. Vous avez du talent, et Paris aime le talent. » Dans son show, Sammy Davis Jr. imitait de nombreux artistes, dont Maurice Chevalier, dans un titre signé Al Jolson, « Me and my shadow » qui fit un tabac en 1927 grâce à l’interprétation de «Whistling » Jack Smith. Sammy Davis Jr l’enregistre à l’automne 1962 avec Frank Sinatra et la chanson devint l’un des morceaux de bravoure du fameux trio Frank Sinatra – Dean Martin – Sammy Davis Jr  plus connu sous l’appellation légendaire « Rat Pack ». En soulignant une fois de plus les qualités exceptionnelles de cet artiste flamboyant, Maurice Chevalier imite l’imitateur comme il avait coutume de le faire avec ses confrères, ainsi Tino Rossi et Michel Simon qu’il parodiait dans « On est comme on est » de Albert Willemetz et Mireille. En Juillet 1981, lors d’un hommage à Maurice Chevalier donné au Lido au profit du Variety Club de France, Sammy Davis Jr. demanda, dans une interview au « New York Herald Tribune », que le qualificatif « greatest » appliqué à Maurice Chevalier soit imprimé en lettres majuscules. Ce qui fut fait sur l’affiche.

(14) NUMERO DE CLAQUETTES
Exécuté par Maurice Chevalier.

(15) « PARIS SERA TOUJOURS PARIS »
(A.Willemetz / C.Oberfeld)
Maurice Chevalier évoque l’un de ses succès enregistré en 1939, beaucoup entendu pendant la «drôle de guerre » et au début de l’Occupation. « Paris sera toujours Paris » s’apparente à une sorte de « défense et illustration » de la capitale, des couplets et un refrain volontaires et gais face aux malheurs qui s’abattent sur la ville et le pays. Et toujours dans le registre de l’imitation hommage, il imite un autre artiste qui l’imite, Sacha Distel qui, à 35 ans, reçoit une deuxième « citation » de son ainé à l’occasion du spectacle de ses adieux. Une admiration que le jeune chanteur lui rendait bien. « Son sourire légendaire, son « côté soleil», son élégance, sa classe, le rendirent aussi populaire que la Tour Eiffel (…) Toujours à l’écoute des nouveaux talents (j’en sais quelque chose) il marqua notre métier d’une empreinte indélébile. » (12). Avant de nous quitter, le 22 juillet 2004, Sacha avait été très heureux d’écouter cet enregistrement qu’il ne possédait pas et il nous donna bien volontiers l’autorisation d’utiliser son interview par François Jouffa.

(16) PANTOMIME
Après un numéro de claquettes, l’artiste complet qu’est Maurice Chevalier annonce l’entracte avec un moment de pantomime : l’art premier et universel. Sur les airs de « Louise », « You brought a new kind of love to me » et « Mimi », trois chansons de ses films américains jouées au piano par Fred Freed comme à l’époque du cinéma muet, Maurice Chevalier mime les gestes des spectateurs se levant de leurs fauteuils, discutant avec leurs voisins, se dirigeant vers le bar ou les toilettes. Il parodie aussi différentes catégories de spectateurs assistant à son récital dans des situations que sa verve silencieuse rend comiques, voire burlesques. Comme de nombreux Grands du Music-Hall, Maurice Chevalier venait du mime, très influencé en particulier par Max Linder avec qui il tourne l’un de ses premiers films muets, « Par habitude » en 1914. Il a toujours été fasciné par l’exigence de cette discipline : témoin sa vénération pour Charlie Chaplin, dont il placera « l’art silencieux » au-dessus de toutes les formes d’art du spectacle. Témoin encore son admiration pour Marcel Marceau qu’il a découvert en 1952 et qu’il a présenté aux Etats-Unis. Le créateur du personnage de « Bip », bouffon à la figure enfarinée et vêtu d’un collant noir d’acrobate, a inventé un langage gestuel qui lui a apporté une renommée mondiale et qui continue de faire école. Au piano, l’excellent compositeur et musicien Fred Freed, surnommé « Le Baron de Vienne » – sa ville natale en Autriche – par Maurice Chevalier dont il fut l’accompagnateur attitré depuis 1946, après avoir été celui de Marlene Dietrich, de Fernandel et de Patachou. Il a écrit des musiques de films et de séries télévisées enfantines comme « Kiri le clown » et « Picolo le petit peintre ». Pour Maurice Chevalier, il a composé une vingtaine de titres dont « Un p’tit sourire Mam’zelle », « Mon plus vieux copain », « Rendez-vous à Paris » et le magnifique « Au revoir » qui conclut le récital de ses adieux. Claude Nougaro, dans son album « Chansons nettes » (13) lui rend hommage dans une chanson superbe « Vieux Vienne » sur une musique du compositeur :
« Toutes les musiques sont bénies
D’où qu’elles viennent, quels que soient leurs nids
Elles appartiennent à l’âme humaine,
C’est un Viennois qui me l’a dit.
Et ce soir j’ai la veine autrichienne
Sur cette mélodie…
Ah que vienne que vienne que vienne
Une valse de Vienne… »

E N T R A C T E

C D N°2
Deuxième Partie
(1) « ON EST JEUNE »
(V.Buggy / Alstone)
Maurice Chevalier ouvre la seconde partie de son ultime One Man Show avec « On est jeune », une chanson sans autre prétention que celle de l’optimisme et de la bonne humeur. Des traits de caractère qui étaient loin de lui être naturels. Dans sa préface à un excellent ouvrage américain sur les films et la carrière de Maurice Chevalier (14), le cinéaste Rouben Mamoulian, qui le dirigea dans « Love me tonight »  à Hollywood en 1932, décrit d’une manière aiguë la double personnalité du comédien  « Il irradiait l’optimisme, la bonne volonté et par dessus tout la joie de vivre mais quand je l’ai connu, ces qualités ne semblaient appartenir qu’à l’artiste, pas à l’homme. Je n’avais jamais été témoin auparavant d’un tel schisme chez un artiste (…) Il arriva sur le plateau, la démarche lourde, s’assit dans un coin, regarda autour de lui, malheureux et perdu ainsi qu’un orphelin sans maison. Quand je l’appelai pour lancer sa première chanson, il pensa que ce serait un désastre. Il prit un air confus, baissa la tête, renfrogné, abattu. La caméra en marche, j’ai dit ‘Action !’. Et alors une complète transformation s’opéra. Il était devenu heureux, jovial, vraiment plein de joie de vivre. La prise était parfaite. Alors comme je disais ‘Coupez !’ la lumière s’en alla de lui. Il retourna dans son coin comme un homme fatigué, l’air misérable comme avant. » (14) Ce que confirme Ernst Lubitsch en se souvenant que Maurice Chevalier était maussade et renfrogné entre les prises du « Lieutenant souriant » mais qu’il retrouvait tout son charme, son sourire et son magnétisme dès qu’il était en face de la caméra.
« On est jeune, toujours jeune,
Le plus jeune des jeunes,
Cela tient à l’esprit qu’on a,
On aime la vie ou on ne l’aime pas… »

La parolière, Vline Buggy, s’est fait connaître en écrivant des succès pour les jeunes vedettes des années soixante, en particulier « Si tu veux être heureux », « Si j’avais un marteau » et « Le jouet extraordinaire » pour Claude François, « File file file » et « Ma biche » pour Frank Alamo, «Céline», « Adieu monsieur le professeur », « C’est tout bon » pour Hugues Aufray,  et même «Maudite rivière » pour Johnny Hallyday. Il est vrai qu’elle a de qui tenir, elle est  en effet la fille de Géo Koger, auteur de nombreux succès d’avant guerre dont « Prosper » pour Maurice Chevalier, « O Corse ile d’amour » pour Tino Rossi et « J’ai deux amours » pour Joséphine Baker.

(2-3) « LA SEINE »
(F.Monod / G.Lafarge)
Sur un poème de Flavien Monod et une musique de Guy Lafarge lequel composa aussi pour Marie Dubas, Jean Lumière, André Claveau, Lucienne Delyle et Armand Mestral, « La Seine » fut également interprétée par Jacqueline François et Joséphine Baker et même par Bing Crosby qui l’a enregistrée en français au début des années cinquante. Premier Grand Prix de la Chanson Française de Deauville en 1948, elle fut traduite en de nombreuses langues. Maurice Chevalier enregistra la chanson d’abord en anglais en 1958, sous le titre « You will find your love in Paris » dans l’album « Today » (15). Puis en français, en 1966, pour l’album «Chevalier chante Paris ». (16) En 1966 enfin, pour un disque quarante-cinq tours intitulé «Souvenir de Maurice Chevalier et de la Tour Eiffel » ( 17), il dit « Ma petite sœur », un texte de lui en hommage à la Tour Eiffel, sa « contemporaine », sur la musique de Guy Lafarge jouée par l’orchestre de Jean Claudric.

(4) « STATIONS DE LA VIE »
(M.Chevalier)
Ce long monologue résume et conclut, en public, toutes les angoisses intimes qui obsèdent l’homme et l’artiste. D’un côté le souci de la perfection qui le conduit à un accord avec lui-même et  à un « genre de sérénité ». De l’autre, la hantise de la chute, à l’image de ceux qui ont brûlé leur vie ou qui n’ont pas su partir à temps. « Quand la chair s’écarte… ou mieux encore s’affaisse, il faut purifier la pensée… Le danger nous frôle constamment et donne du fil à retordre à la raison qui doit en fin de compte triompher si l’on ne désire pas faire partie de l’hécatombe des vieux qui terminent en brioche.» (6) L’expression imagée, écrite ici en 1962, prête à sourire dans la voix gouailleuse de Maurice Chevalier sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées. Mais l’humour du fantaisiste n’est que le masque du pessimisme profond de l’être humain. Les écrivains et les philosophes, en tête desquels Montaigne, que Charles Boyer lui fait découvrir à Hollywood au début des années trente, ne cesseront plus de l’accompagner pendant le reste de sa vie pour analyser sinon canaliser son angoisse fondamentale. Fasciné par ce comédien de neuf ans son cadet, licencié en philosophie, ancien élève du Conservatoire d’art dramatique de Paris, exilé comme lui en Amérique où il recommence une carrière dans l’anonymat le plus complet et qui possède tout ce qui lui manque, l’instruction et l’éducation, Maurice Chevalier apprend à lire et y prend de plus en plus de plaisir. « J’étais heureux, enchanté. Je savais que j’avais tout à apprendre. J’allais devenir un très studieux élève de quarante-trois ans ! D’abord moi qui n’avais jamais lu de ma vie, j’allais commencer par lire tout ce qu’il me dirait. Il allait me faire des listes de livres pour monter ma bibliothèque. (18) Il s’inspirera désormais de ses fréquentations littéraires et du souvenir des grands personnages pour la conduite de sa vie. « Le grand âge doit rapprocher les façons de voir de tous les hommes qu’ils soient ceci ou cela, et on se nourrit où et comme on peut. » (2) Dans cet exercice intime, Montaigne demeure son principal maitre à penser. La phrase qu’il cite au début de son monologue – « Au jugement de la vie d’autrui, je regarde toujours comment s’en est passé le bout » – il l’a déjà inscrite en exergue de la préface au septième tome de son Autobiographie intitulé « Artisan de France ». Et il écrit « S’il n’est pas si fréquent de bien occuper son passage sur terre, il semble que le compléter en conséquence soit encore plus ma-laisé. C’est le rêve de tout homme de partir en beauté. » (5) Ainsi qu’il se présente dans ses souvenirs, avec – écrit-il – ses manques et ses vérités, ses façons de voir, ses simplicités et ses sincérités, dans sa recherche de l’accord parfait avec lui-même, Maurice Chevalier puise sa force et sa raison de vivre dans le moraliste bordelais. « Il veut pouvoir concentrer toutes ses possibilités sur l’art d’écrire la vie. Ce qui est bon pour Montaigne est bon pour moi. Il n’écrivait que la vie. Je ne fais que la chanter. » (1) Quand on est jeune, on ne pense jamais à ce genre de choses, assure-t-il au départ de ces « Stations de la vie » dont le texte figure dans « Les Pensées de Momo »  (19)  et  qui le conduisent, sur un ton gouailleur et ironique, jusqu’à quatre-vingts ans. « Mesdames et Messieurs, exactement au point où j’en suis ce soir ! », conclut-il dans un sourire. Mais en harmonie totale avec le diariste qui écrit « Au nom de La Louque, ne déçois pas ceux qui t’aiment et te respectent. En t’écroulant, tu les écraserais eux-mêmes, et tu te mépriserais trop (…) Chante gaiement, tendrement, intelligemment ta dernière chanson. Le monde te regarde avec confiance. Montre-lui qu’on peut, en dépit de tout, commencer, continuer et savoir terminer. » (6)

(5-6) « C’ETAIT LA MISS »
(B.Michel / H.Salvador)
Dans le récital de ses adieux au Music-Hall, Maurice Chevalier ne pouvait pas ne pas évoquer celle qui fut à la fois son pygmalion et le plus grand amour de sa vie, ainsi qu’il le déclarait près d’un demi-siècle plus tard à la radio :
« - Mistinguett, la femme que vous avez le plus aimée ?
- Oui, même si j’ai connu d’autres passions. Ça a été l’amour le plus rond, c’est à dire qu’en même temps qu’elle était une maîtresse que j’adorais physiquement, elle avait un genre de sentiment de vraie femme un tout petit peu maternelle comme une vraie femme doit être, et ça, je ne l’avais jamais eu avant… »
(20)

Lorsqu’ils se rencontrent  pour de bon, en 1910, aux Folies Bergère, elle est déjà la reine de Paris et il n’est qu’un débutant timide mais ambitieux et avide de progresser. « Son vice, à Chevalier, c’est d’apprendre. Il veut être. Il croit qu’on peut tout apprendre » (21) écrit-elle. Déjà amoureux de son ainée de quinze ans  dont il devient le partenaire, Maurice Chevalier crée avec elle « La valse renversante », un numéro choc où le couple, enlacé dans un tapis, renversait tout sur son passage, continuait à danser à l’horizontale en s’enroulant dans le tapis, disparaissant ainsi prisonnier. Mistinguett  raconte : « Régler et répéter cette scène nous fut fatal. Enroulés, enlacés dans cette carpette de coco qui sentait à la fois la poussière, la chair chaude et le parfum des petites femmes, nous tremblâmes bientôt d’intimité. » (21) Ils s’aiment donc. Ils symbolisent dans les années dix une époque du Music-Hall. Elle lui enseigne toutes les ficelles du métier, elle l’aide à prendre confiance en lui, il se laisse guider. « Maurice était un bon élève. Je lui ai appris à manger, à marcher, à s’habiller. Il a tout accepté. Il avait quelque chose, j’en ai fait quelqu’un. »(21) La guerre les sépare, et lorsqu’il revient après vingt-six mois de captivité, le couple vedette effectue une rentrée triomphale au Casino de Paris en Décembre 1917, mais il n’est plus amoureux et il ne songe qu’à voler de ses propres ailes. Pour Mistinguett, que Colette sacre « propriété nationale », Maurice Chevalier restera le seul homme qui l’ait jamais fait vibrer. « Son absence a dominé le reste de ma vie (…) Le souvenir de ce que fut notre amour me tint lieu toute ma vie d’état d’âme » (21). Un grand amour et un grand chagrin. Pour Maurice Chevalier, la Miss demeure le souvenir incandescent de sa jeunesse. « Plus je l’entends ou plus je l’aperçois sur d’anciennes archives, je me rends compte que cette femme là était une personnalité extraordinaire, c’était une femme électrique, elle était plus que belle, elle était totalement désirable, totalement attrayante, elle plaisait aussi bien au bout de la galerie qu’aux gens des premiers fauteuils… » (20) Lorsque Mistinguett meurt le 6 janvier 1956, Maurice Chevalier est à Las Vegas pour une série de concerts dans l’un des night clubs de la ville, le « Dunes ». Très ému, il écrit pour les journaux et enregistre pour la radio française un hommage en forme de poème intitulé « A tout de suite Mist», qu’il reprend en grande partie douze ans plus tard  dans son ultime récital au Théâtre des Champs-Elysées, en l’intercalant dans la chanson « C’était la Miss ».
« Tu as été ma plus grande amie, Mist,
Par toi, j’ai compris beaucoup de ce que la chance et le travail
M’ont permis de compléter par la suite.
Notre métier nous a un jour séparés, Mist,
C’est tout à notre honneur… »

Ecrite par Bernard Michel et Henri Salvador qui l’interpréta en novembre 1960 lors de son spectacle à l’Alhambra (22), la chanson fut enregistrée en 1965 sur un quarante-cinq tours orchestré par Claude Vasori (23) et Maurice Chevalier y  reprenait déjà son hommage de 1956, sans être crédité comme parolier,  tandis que Henri Salvador, en 1960, faisait entendre entre les deux couplets un court extrait de Mistinguett chantant « Ça c’est Paris ». Henri Salvador, que Maurice Chevalier présente comme  « le clown chanteur probablement le plus comique de France et d’Europe », a lui aussi réalisé ses rêves de crooner. Et il affirme volontiers aujourd’hui que s’il lui restait quelque chose à accomplir sur le plan professionnel, ce serait de tenter de s’approcher du talent de son « maître », Maurice Chevalier. «Un showman inégalé», m’a- t-il assuré au premier soir de son nouveau récital au Palais des Congrès de Paris, le 6 février 2004.

(7-8) MEDLEY DE CHANSONS DE FILMS (Medley américain)
Maurice Chevalier menait la revue « Les Ailes de Paris » lorsque, fin décembre 1927, il reçut un soir dans sa loge du Casino de Paris la visite d’un jeune homme – il avait moins de trente ans – qui se présenta comme le directeur général de la « Metro Goldwyn Mayer » venu lui proposer de faire un bout d’essai cinématographique. Croyant à une blague, il commença par l’éconduire avant de le faire rattraper et d’accepter son offre, à condition de récupérer son test quoi qu’il arrive. Irvin Thalberg  - c’était lui - accompagné par son épouse, l’actrice Norma Shearer, lui donna rendez-vous le lendemain au Studio de Vincennes pour cet essai dont le résultat étonnera Maurice Chevalier lui-même. L’affaire ne se conclut pas à cause d’un désaccord financier, mais le bout d’essai fut utilisé par un autre chasseur de talents qui avait, lui aussi, franchi l’Atlantique pour solliciter le Français : Jesse Lasky, le patron de « Paramount Pictures », en quête comme son concurrent de la MGM d’un nouveau type d’acteurs adaptés à la révolution technique du cinéma parlant. A son arrivée aux Etats-Unis en octobre 1928, il est accueilli comme une star, et lors du diner organisé en son honneur par la Paramount au Ritz Carlton de New York pour le présenter à un public trié sur le volet, il a l’idée d’expliquer chaque chanson en anglais avant de l’interpréter en français. L’effet est immédiat : son accent parigot et sa gaité font mouche et modifient du tout au tout l’image préfabriquée que les Américains avaient des Français et de la France. Au bout d’une semaine du tournage de son premier film américain, la Paramount lui signe un contrat d’un an. Et même si « Innocents of Paris » n’est pas un chef d’œuvre, il révèle le charisme exceptionnel du Français auquel le Tout Hollywood s’intéresse de plus en plus. « Possédant une capacité de mime seulement dépassée par Charlie Chaplin, Maurice Chevalier est dans tous les sens du mot maitre de son art. Nous prédisons que si on lui en donne les moyens, très vite il deviendra l’idole de l’Amérique. » écrit même le journaliste Josef Berne dans  « Soundwaves ». (14) C’est ainsi que Ernst Lubitsch lui propose le rôle principal de « Parade d’amour » avec Jeannette Mac Donald, une autre débutante découverte dans un théâtre de Chicago. Chien et chat dans la vie mais couple idéal à l’écran, ils tourneront quatre films ensemble entre 1929 et 1934 dont trois avec Lubitsch, « Parade d’amour », « Une heure près de toi » et « La veuve joyeuse ».

« Thank heaven for little girls »
(A.J.Lerner / F.Loewe)
Maurice Chevalier a composé dans le désordre chronologique le pot pourri de ses chansons de films américains, douze au total entre 1929 et 1935, puis entre 1955 et 1970 : il commence en effet par « Thank heaven for little girls », la chanson emblématique de « Gigi », le film aux neuf Oscars tourné en 1958 par Vincente Minnelli, d’après un roman de Colette. Honoré Lachailles, un personnage secondaire rehaussé pour Maurice Chevalier et qui lui fait retrouver sa première place à Hollywood, s’interroge dans la scène d’ouverture au Bois de Boulogne sur l’avenir sentimental des jeunes filles du début du siècle. C’est en le voyant au «Ciro’s» à Los Angeles en 1957 que Vincente Minnelli, le parolier Alan Jay Lerner et le compositeur Frederick Loewe ont l’idée d’un rôle plus consistant pour lui. La chanson n’est sans doute pas la meilleure du tandem Lerner - Loewe, mais l’étincelante partition musicale du film suffit à faire oublier les paroles mineures de ce qui demeure la chanson la plus connue de « Gigi ».

« Mimi »
(L.Hart / R.Rodgers)
La chanson du film « Love me tonight » (1932) de Rouben Mamoulian, cinéaste d’origine arménienne et qui demeura un ami fidèle de Maurice Chevalier. Adapté d’une pièce française de Léopold Marchand et Paul Armont, « Le tailleur du château », le film raconte l’ascension d’un couturier parisien dans la haute société. Dans le florilège de Maurice Chevalier, « Mimi » deviendra l’une de ses chansons fétiches, celle-là aussi œuvre d’un autre tandem talentueux de Broadway : Richard Rodgers le compositeur et Lorenz Hart le parolier, auteurs de standards immortels comme « Blue Moon », « The lady is a tramp », « Bewitched » et « My funny Valentine ». Dean Martin, friand de chansons d’origine française, a également mis à son répertoire « Mimi ».

« You brought a new kind of love to me »
(Fain / Kahal / Norman)
L’une des chansons du troisième film américain de Maurice Chevalier – “The Big Pond” (“La Grande Mare”) – réalisé en 1930 par Hobart Henley. Dans son adaptation française intitulée «Nouveau bonheur », elle s’adressait aussi à sa partenaire Claudette Colbert, bilingue comme lui puisque née en France en 1905, et donc idéale pour les deux versions du film. Les Marx Brothers en feront une parodie désopilante, ainsi que de son créateur, l’année suivante dans « Monnaie de singe » de Norman Mac Leod. Beaucoup plus tard, Liza Minnelli l’interprétera pour l’audition devant Robert de Niro dans « New York, New York » de Martin Scorsese en 1977.

« Love Parade » (Parade d’amour)
(V.Schertzinger)
La chanson titre du deuxième film américain de Maurice Chevalier réalisé par Ernst Lubitsch (dont c’est le premier film sonore) est interprétée en duo avec Jeannette Mac Donald pour son premier rôle au cinéma où sa voix de rossignol allait enchanter de multiples œuvres musicales. Dès leur première rencontre, à l’occasion de ce film, les deux comédiens n’éprouvent aucune sympathie l’un pour l’autre, même si Maurice Chevalier n’écrivit jamais de mal de sa partenaire. Il la trouvait sans goût, sans grâce et surtout sans humour, il fut encore plus irrité quand elle commença à jouer les divas. Dans « Love Parade », Maurice Chevalier chante également « Paris stay the same », plus connu ensuite en français sous le titre « Paris je t’aime d’amour ».

« Hello beautiful »
(Donaldson)
Sauf erreur, ce titre n’appartient pas à un film. En revanche, il demeure l’un des grands succès de la musique populaire américaine du début des années trente que véhiculaient alors ce qu’on appelait les groupes de danse (dance bands). Parmi les plus célèbres formations de l’époque, Guy Lombardo et ses « Royal Canadians », le « Kansas City Orchestra » de Bernie Moten qui a utilisé notamment un pianiste du nom de William « Count » Basie. Sans oublier Paul Whiteman qui a lui même employé de futures stars de la musique et du chant comme le légendaire cornettiste Bix Beiderbecke, Bing Crosby, Mildred Bailey et Johnny Mercer. L’orchestre de Wayne King, un groupe de « midwestern dance » surnommé aussi « le Roi de la danse », a fait connaitre « Hello beautiful » à la fin de 1930 et au début de 1931, et sa version, chantée par Ernie Burchell et Bill Enger, a atteint la seizième place du Hit Parade américain le 14 Mars 1931. A l’affût de tous les succès, Maurice Chevalier ne pouvait manquer de s’enticher, non sans raison, de « Hello beautiful », et il l’a enregistré, à son tour, à New York le 22 février 1931.

« Livin’ in the sunlight, lovin’ in the moonlight »
(Sherman / Lewis)
La deuxième des quatre chansons de “La Grande Mare”, le film de Hobart Henley tourné aux studios Paramount à New York. Maurice Chevalier incarne un ouvrier français qui franchit l’océan (la grande mare) pour rejoindre une riche héritière américaine qu’il a connue à Venise où il travaillait comme guide. Pour ce film, le quatrième de Claudette Colbert découverte par Frank Capra dans un théâtre de Broadway, la majorité des critiques souligna l’insignifiance du récit sauvé heureusement par le jeu de Maurice Chevalier, tout en fantaisie et en charme. « La seule circonstance atténuante » - écrit Mordaunt Hall dans le New York Times - « c’est qu’aucune séquence ne tombe aussi bas que sa première aventure cinématographique américaine, Innocents of Paris. » En version française, « Livin’ in the sunlight, lovin’ in the moonlight » devint « Vivre le jour et aimer la nuit » sous la plume de Jacques Bataille-Henri, assistant du réalisateur qui traduisit non seulement les chansons mais également le script.

« I’m glad I’m not young anymore »
(Lerner – Loewe)
« Je suis heureux de ne plus être jeune », traduction littérale de l’autre chanson interprétée par Maurice Chevalier dans « Gigi ». « Ce n’est pas vrai ! », affirme-t-il en anglais, un aveu proféré à chacune des dix-sept représentations, et encore plus émouvant lors de la dernière. Avant le tournage, Alan Jay Lerner et Frederick Loewe avaient traversé l’Atlantique pour rencontrer leur interprète et assister à l’un de ses récitals, à Ostende.
« C’est à Alan Lerner que j’exposais ma philosophie de l’amour, que je dis comment, au cours des dernières années, j’avais renoncé à toute aventure passionnée, que je n’étais plus homme à jouer le rôle et que je ne le regrettais guère. Son visage prit une expression songeuse.
- Vous êtes donc heureux que tout ça soit le passé ?
Je hochai la tête.
- On ne peut pas vraiment s’en réjouir, dis-je, mais on peut éprouver quelque satisfaction d’avoir connu la vie sous son beau jour.
Il n’en dit pas plus ce jour-là. Quelque temps après, il m’apportait un air charmant que je devais chanter et qui s’inspirait de notre conversation, « Mon Dieu que c’est doux de vieillir». Puisqu’on ne peut rien faire pour enrayer la marche des années, mieux vaut ne pas s’en chagriner, n’est-ce-pas ? » (24)

Tourné principalement à Paris en décors naturels mais aussi à Hollywood, le film aux dialogues et chansons en anglais a, évidemment, été doublé en français. Mais il a également fait l’objet d’une édition discographique spéciale (25)  avec, excepté Maurice Chevalier, d’autres interprètes : Sacha Distel, Marie France et Jane Marken. Curieusement, les paroles diffèrent de la version cinématographique doublée en français. Exemple pour « I’m glad I’m not young anymore » qui devient dans le disque, sous la plume talentueuse de Boris Vian, « Quel plaisir de vieillir » :

« Assis dans le calme avec mes rêves,
Et sans les soucis d’Adam et Eve,
Mon Dieu quel plaisir de vieillir !
Finis les rivaux imaginaires,
Finies les envies de rentrer sous terre,
Mon Dieu mais quel plaisir de vieillir !… »


Alors que la chanson doublée du  film propose ces vers bien médiocres

« Sans amour et sans noirs chagrins,
Tout seul à l’ombre comme on est bien,
C’est vrai que vieillir a du bon,
Les rivaux qui donnent tant de tracas,
L’impression qu’on est haut comme ça,
C’est vrai, oui, que vieillir a du bon… »
 
                   
« Louise »
(Robin / Whiting)
La première chanson américaine de Maurice Chevalier, enregistrée le 14 mars 1929 et écrite spécialement pour le film “Innocents of Paris” de Richard Wallace. Elle l’accompagnera toute sa vie, le plus souvent en anglais car il n’en appréciait pas les paroles françaises, il l’interprétera lors de la cérémonie des Oscars à laquelle il fut invité pour la première fois en 1956, d’abord depuis les coulisses pendant la projection d’un extrait du film, puis sur la scène, sous les applaudissements d’un public admiratif. En 1928, après le tournage de « Innocents of Paris » et en attendant le tournage de « Love Parade», il chante un mois au « Ziegfeld Roof » à New York, un établissement fréquenté par les artistes et les intellectuels et qui affiche aussi à son programme Paul Whiteman, Helen Morgan et les Rhythm Boys dont l’un des trois chanteurs deviendra célèbre, Bing Crosby. « Louise » figurera aussi au répertoire de nombreux artistes, dont l’orchestre de Django Reinhardt et Dean Martin.                        

(9) MONOLOGUE : happenings 
(M.Chevalier)
Un nouveau monologue donne l’occasion à Maurice Chevalier de redevenir, pour la dernière fois, le chansonnier qui ironise, sans méchanceté mais avec esprit et gouaille, sur son époque, l’ultime partie de sa longue vie. Ainsi se moque-t-il des danses du jour – le rock, le twist ou le jerk – qui, selon lui, à la différence du fox trot et du tango de sa jeunesse, ne favorisent pas toujours le contact avec l’autre danseur. Autrefois, assure-t-il, on serrait sa partenaire contre soi, les mains caressaient en dansant… c’était tendre, sensuel, gracieux… tandis que maintenant ils sont complètement séparés… Et de souligner le paradoxe à ses yeux : « Maintenant qu’ils ne se touchent jamais plus, on ne parle que de la pilule ! » Dit avec un accent faubourien empreint d’une indulgence amusée, le constat n’en mesure pas moins l’extraordinaire évolution des mœurs intervenue dans les années soixante en matière de relations sexuelles, de rapports sociaux et de mode. Une mode audacieuse conçue comme une stratégie du désir pour une jeunesse favorisée économiquement,  dans une société en pleine croissance, et illustrée principalement par la mini-jupe qui avait sonné l’heure de la libération de la femme. Une révolution toute neuve encore en 1968 qui ne pouvait que dérouter nos grands-parents, voire nos parents de l’époque. La contraception avait fait l’objet d’une loi présentée par le député de la Loire Lucien Neuwirth en Décembre 1966 et avait été adoptée par l’Assemblée Nationale le 19 décembre 1967. Cette loi autorisait l’emploi des contraceptifs vendus exclusivement en pharmacie et délivrés sur ordonnance médicale. En France, les couturiers, pas forcément d’avant garde, avaient généralisé le pantalon pour femmes et le sweater sans soutien gorge. Le « look » de la jeunesse cultivait alors les cheveux longs affichés en rébellion contre l’ordre établi par le chanteur Antoine en 1966, et l’androgynie dont Stone, à l’époque la partenaire et compagne d’Eric Charden, constituait l’une des figures emblématiques (26) tandis que Sylvie Vartan chantait :
« Comme un garçon,
J’ai les cheveux longs,
Comme un garçon,
Je porte un blouson,
Un médaillon, un gros ceinturon,
Comme un garçon… » (27)


Maurice Chevalier fait ses adieux définitifs à la scène le 20 octobre 1968, soit cinq mois après le turbulent mois de Mai 68 qui laissera des traces durables dans la société française. Il vit plutôt mal ce printemps des contestataires, lors de l’un des entractes français de sa dernière tournée mondiale, obligé d’atterrir à Bruxelles et de revenir en voiture chez lui pour cause d’aéroports bloqués par la grève, et il ne comprend pas. « La mort et la pagaille paraissent survoler le pays (…) Pendu à la radio et à ce qui reste de télévision, j’en prends une congestion du cœur et du cerveau. Où va-t-on ? » (1) Il parle peu des événements dans son journal, sinon pour exprimer son incompréhension et réaffirmer sa neutralité d’artiste. « Je me suis tenu absolument silencieux durant tout ce qui vient de se passer en France. D’autres artistes prennent position. C’est leur affaire… » (1) Même si, en privé, il pestait contre ce qu’il considérait comme une révolte d’enfants gâtés. Reste que 1968, l’année où Maurice Chevalier a décidé de raccrocher définitivement son canotier, marque bel et bien la fin d’une époque, très différente de celle qui nait dans les soubresauts du mois de Mai. Tandis que, parallèlement aux débats qui agitent la société autour de la pilule, l’avortement, la drogue et les nouvelles expériences communautaires et sexuelles, apparaissent une vraie « contre culture » importée des Etats-Unis et un courant de chanteurs et de groupes influencés par les mouvements sociaux et politiques du moment, une nouvelle école d’artistes qui s’épanouiront dans les années soixante-dix. La retraite voulue de Maurice Chevalier coïncide exactement avec la fin d’un « vieux monde » stigmatisé par les enragés de Mai 68. Mais quand il parle de ses jeunes confrères pour qui il a toujours manifesté un intérêt sincère, il le fait avec chaleur et acuité. Comédiens, chanteurs, débutants prometteurs ou vedettes consacrées, son journal est rempli d’appréciations enthousiastes, il avoue même ressentir des complexes d’infériorité à chaque fois qu’il applaudit l’un de ces jeunes dont les techniques le laissent « bouche bée » dit-il. Pierre Delanoé raconte qu’il avait pris l’habitude de venir à l’Olympia en matinée le dimanche.  «Il aimait assister aux débuts des jeunes chanteurs et il se régalait en leur prodiguant ses conseils après le spectacle. De toute façon il était pour, on sentait qu’il les aimait comme des enfants qu’il n’avait pas eus. » (28) Il a présenté ainsi aux Etats-Unis Hugues Aufray, Salvatore Adamo et Mireille Mathieu. Et il a été, à la SACEM, le « parrain de métier » d’Hervé Vilard. « Lorsque je passe en revue les excellents chanteurs à grand succès de l’époque : Montand, Aznavour, Bécaud, Brel, Brassens, Salvador, Hallyday, Anthony… j’en oublie (…) je suis bien obligé de dire que le Music-Hall français n’a jamais été aussi riche qu’en ce moment. » (2) Et s’il a pu donner l’impression – fausse – de se tromper sur les rockers, voire sur les Beatles, c’est parce qu’il ne pouvait s’empêcher d’être obsédé par la durée, envisagée à l’aune de ses propres doutes professionnels. Témoin son jugement sur les débuts parisiens de Liza Minnelli en 1966  « Elle a tant de talent qu’elle déverse avec une telle furie qu’on se demande comment elle pourra s’améliorer par la suite ainsi que la loi l’ordonne, pour ceux qui veulent durer. » (2), et celui sur les Beatles : « Il me semble que les Beatles sont un signe des temps et qu’une pareille fièvre ne peut s’éterniser. Pour survivre à une telle frénésie, il leur faudra plus que du talent, du génie. » Ecrit en 1966, l’année où les Beatles ont mis un terme à leur vie épuisante de tournées, et quatre ans avant leur séparation définitive qui conférera au groupe une dimension mythique. Le grand ainé n’avait pas si mal vu…

(10) « OUI AU WHISKY »
(J.P.Bourtayre & H.Bourtayre / E.Meunier)
C’est pour rendre hommage à tous ces jeunes que Maurice Chevalier interprète « Oui au whisky », une chanson enregistrée en 1966, accompagné par un harmonica parodique et agressif dans le style d’Antoine, le provocateur, dont il reprend les « Oh yeh ». Histoire de rappeler aussi à la jeune classe qu’en matière de rythme, il fut un précurseur. Vite séduit par le Jazz, dont il a hanté tous les clubs à Harlem lors de son premier séjour « d’études », comme il disait, à New York pendant l’été 1922, il se fait accompagner au Casino de Paris par l’orchestre noir des « Mitchell Jazz Kings» - avec qui il n’a malheureusement pas enregistré – et plus tard par le tandem Jean Wiener – Clément Doucet, avec qui il a gravé plusieurs faces de soixante dix-huit tours dont « Mais où est donc ma zouzou ? » et « La leçon de charleston » en 1926. « Oui au whisky » ne laisse pas d’évoquer une chanson de Jacques Monty, « Un verre de whisky », publiée en 1964 et adaptée de « Can I get a witness », un succès de Marvin Gaye, l’une des figures emblématiques du son « Motown » avec Smokey Robinson, les Temptations, les Supremes et les Four Tops, qui sera ensuite repris par les Rolling Stones.

(11-12) POT POURRI : CHANSONS FRANÇAISES
A quelques minutes désormais de l’ultime salut, la dernière rétrospective d’une carrière née avec le vingtième siècle, des mélodies indissociables dans la mémoire collective de la saga musicale de Maurice Chevalier.

« Quand on r’vient »
(H.Freund – F.Oliven – W.Wolff / Kollo Walker)
Un titre allemand (“Wann und wo”) adapté en français par Albert Willemetz et Saint-Granier. La chanson marquait à la fois son entrée en scène dans la revue « Les Ailes de Paris » en 1927, et son retour au Casino de Paris, jusqu’à ses retrouvailles chaleureuses avec le personnel de l’établissement, des techniciens qui l’avaient vu grandir : il était lié à eux par une vraie relation affectueuse et il citait même leurs noms dans le spectacle.

« Donnez-moi la main Mam’zelle »
(P.Bayle / A.Valsien / M.Learsi)
L’une des chansons de la revue « Parade du Monde » en 1935, l’année de sa rentrée au Casino de Paris après son escapade cinématographique américaine. Lorsqu’il revient en France, Maurice Chevalier est devenu un héros national, le premier – et alors le seul – à avoir réussi à Hollywood. Le Tout Paris se presse à la première de la nouvelle revue, Mistinguett, Joséphine Baker, son ami Charles Boyer venu spécialement de Hollywood et Tino Rossi, révélé dans la revue précédente avec « O Corse île d’amour ». Dans la même veine, il chantera en 1948 « Un petit sourire, Mam’zelle ».

« Ça sent si bon la France »
(J.Larue / Louiguy)

« La chanson du maçon »
(H.Betti / M.Vandair / M.Chevalier)
Deux chansons, excellentes, mais ambiguës dans le contexte difficile de l’Occupation parce qu’elles paraissent coller à une certaine imagerie « vichyste ». A tort, surtout pour « La chanson du maçon », le refrain sans doute le plus populaire de l’année 1942, écrit par Maurice Vandair : loin d’être pétainiste, le parolier était en effet un communiste pur et dur. On le voit donc mal écrire un texte à la gloire d’un homme qui avait créé les fameuses sections spéciales destinées à persécuter ses camarades. Enregistrées toutes les deux le 18 novembre 1941, elles ont été interprétées au Casino de Paris, la première en Octobre 1942 dans la revue « Pour toi Paris », sur un final cocardier exaltant la fierté nationale et tentant de faire oublier les privations et autres humiliations quotidiennes. La seconde en septembre 1941 dans la revue « Bonjour Paris », ainsi que le 2 décembre 1941, devant les prisonniers français du camp d’Alten Grabow en Allemagne, là même où il avait été détenu vingt six mois pendant la première guerre mondiale. Il a eu beau obtenir la libération de dix prisonniers des quartiers de Belleville-Ménilmontant et décliner toutes les autres invitations plus ou moins pressantes à chanter en Allemagne ou au service de la propagande, Maurice Chevalier ne s’en trouvera pas moins piégé par son manque de sens politique. Ses chansons diffusées à satiété sur Radio Paris, la station « collabo » vilipendée chaque jour par les Français de la BBC, son unique concert en Allemagne, essentiellement humanitaire mais amplement récupéré par la presse de Vichy, son aura exceptionnelle de chanteur populaire emblématique de la France jusque dans ses faiblesses et ses médiocrités – l’époque n’en manquait pas – tout cet amalgame pervers, aggravé par son authentique ingénuité, le placera dans une situation véritablement périlleuse. Trois ans plus tard, « La Chanson du maçon » aurait exalté l’esprit de reconstruction et de foi en l’avenir que Maurice Vandair, le même auteur, traduira à la Libération dans le même rythme enjoué avec « Fleur de Paris », et le succès que l’on sait. Depuis un article du célèbre magazine américain « Life », le 24 août 1942 – avec la publication de sa fameuse liste noire d’artistes qualifiés de « collaborateurs notoires qui mériteraient la mort» parmi lesquels, outre Maurice Chevalier, figuraient Marcel Pagnol, Sacha Guitry, Mistinguett et le peintre André Derain – jusqu’au mois de décembre 1945, le fantaisiste devint l’objet d’attaques infamantes et mensongères propagées par la presse anglo-saxonne qui annonça même son exécution sommaire par des résistants à Paris. En février 1944, il fut nommément pris à partie par Pierre Dac à la BBC qui conclut l’émission «Les Français parlent aux Français » sur une parodie de « Tout ça fait d’excellents Français » devenant « Tout ça fait de mauvais Français ». Heureusement, Maurice Chevalier comptait aussi des défenseurs, en particulier des résistants du Sud-Ouest où il avait caché sa compagne juive Nita Raya avec ses parents, sans oublier Louis Aragon dont le journal « Ce soir » publie, le 8 octobre 1944, un fervent plaidoyer en faveur de l’artiste en même temps qu’un procès de la presse collaborationniste et de certaines méthodes expéditives de l’épuration.

Maurice Chevalier sera totalement blanchi par un rapport du Comité National d’Epuration des professions d’artistes dramatiques et lyriques. Beaucoup plus tard, Pierre Dac racontera l’épisode : «En vérité et en réalité, Maurice Chevalier ne vivait que pour son métier qu’il faisait à la perfection, et en définitive, il fut victime de sa célébrité dont la propagande ennemie se servit dans des conditions qu’il n’avait certainement pas voulues ni certainement pas souhaitées. Aussi, par l’intermédiaire du délicat et charmant poète René Laporte, fit-il appel à moi, d’extrême urgence, pour lui éviter l’injuste et funeste sort dont il était injustement et funestement menacé. Comme de juste, j’y répondis incontinent et immédiatement, et, à Toulouse, où je me trouvai justement à ce moment, chez René Laporte, qui l’avait accueilli fraternellement pour le cacher, afin de le soustraire à la vindicte de ses poursuivants, il me tomba dans les bras en pleurant à chaudes larmes, devant Nita Raya, sa ravissante compagne de l’époque, éplorée elle aussi. (…) Mon ami, le parfait et complet comédien-écrivain René Lefèvre et moi, le fîmes entièrement et complètement blanchir, comme la neige immaculée, et comme il était de notre devoir humain de le faire humainement, par le Comité d’Epuration qui l’avait cité à comparaitre devant lui… » (29) Malgré tous les témoignages qui soulignaient son comportement irréprochable, exemple, André Gillois, de confession juive, le porte-parole du Général de Gaulle à la BBC : « En septembre 1940, je l’avais rencontré à Cannes. Je le connaissais de longue date mais nous n’avions pas de relations réellement amicales. Or, m’apercevant sur la Croisette, il est descendu de son vélo et est venu à moi pour me serrer la main. Il faut avoir vécu à cette époque pour savoir ce que cela représentait de courage et de dignité. En général, on ne m’adressait plus la parole. Les gens me croisaient sans me voir ou, pis encore, traversaient la rue par lâcheté pour ne pas avoir à me saluer ou à ne pas me saluer. J’avais donc de bonnes raisons de savoir que Maurice Chevalier n’était ni pour l’ordre nouveau ni (encore moins) pour les Allemands. » (30) Malgré sa participation à un grand rassemblement, organisé par le Parti Communiste au Mur des Fédérés du cimetière du Père Lachaise pour commémorer le sacrifice des intellectuels français morts pour que vive la France, qui, aux côtés de Elsa Triolet, Aragon, Eluard, Picasso, le réhabilitera avec éclat aux yeux du peuple de Paris, l’artiste n’en conservera pas moins au cœur une blessure vive qui ne guérira jamais tout à fait, désarmé par une haine, une méchanceté et une jalousie que, comme Sacha Guitry au même moment, il était loin de soupçonner.

« Il pleurait »
(M.Vandair / R.Revil)
L’une des « scies » les plus populaires de Maurice Chevalier, écrite pour le film « Pièges » du réalisateur américain d’origine tchèque Robert Siodmak, maitre en polars et films noirs qui fit la première partie de sa carrière en France juste avant la deuxième guerre mondiale. Tourné aux studios Pathé de Joinville en 1938 avec une très belle distribution dont Pierre Renoir, Eric Von Stroheim et Marie Déa, « Pièges » raconte l’enquête autour de l’enlèvement de plusieurs jeunes filles. Maurice Chevalier y campe un riche producteur de spectacles soupçonné d’être un meurtrier maniaque sexuel.

« Quand un vicomte »
(J.Nohain / Mireille)
Un titre du couple Jean Nohain-Mireille, laquelle me racontera de sa manière espiègle comme dans son livre de souvenirs (31) la naissance de la chanson. A partir d’un « monstre » (série de mots improbables et provisoires permettant au musicien de broder un thème) donné par Jean Nohain, « Quand un vicomte rencontre un autre vicomte… quand un cul-de-jatte rencontre un autre cul-de-jatte, qu’est-ce qu’ils débattent… des histoires de cul-de-jatte », Mireille travaillait jusqu’à l’obsession sur un air qu’elle avait fini par faire entrer dans la tête de son amie Paulette Dorisse, une ancienne comédienne qui l’avait invitée, pendant l’été 1935,  dans sa maison non loin de Cannes. Paulette fredonnait un jour l’air en question sur la terrasse de l’hôtel Carlton à Cannes, à côté de Maurice Chevalier qui, emballé par la chanson, convia Mireille à déjeuner. Et sitôt le dessert avalé, « Allons, Mimi, chantez-moi ce vicomte qui en rencontre un autre !
- Très bien, c’est lui qui l’aura voulu… et j’entonnais.
- Je débute la saison du Casino de Paris à la rentrée. « Quand un vicomte »  sera ma chanson d’entrée ! (…)
Le soir de la répétition générale, Jean Nohain et moi, tapis dans un coin, guettions, anxieux, les réactions de ce public difficile. Maurice enleva le morceau, vainqueur haut la main. Il venait de lancer, définitivement, « Quand un vicomte ». (31)
C’était le 30 Septembre 1935, le soir du retour triomphal de Maurice Chevalier à Paris après sept ans d’absence aux Etats-Unis. Sur un rythme de Jazz qu’il avait très vite adopté quinze années auparavant, après avoir renoncé au style de ses débuts, proche du comique troupier. Il chantera d’autres musiques de Mireille, « Vous valez mieux qu’un sourire », « Un p’tit air », «On est comme on est », « Qu’est ce qui r’vient » qu’il créera en 1956 à l’Alhambra avec Michel Legrand, et «Monsieur Hibou », que Mireille fera découvrir à l’occasion de sa dernière scène, à Chaillot,  en 1995.

« Appelez ça comme vous voulez »
(G.Van Parys / J.Boyer)
La chanson a été créée à l’automne 1939, au début de la guerre, et interprétée, parmi d’autres,  lors d’une tournée sur les premières lignes pour soutenir le moral des troupes. Adaptée au style faubourien de l’artiste, le texte – qui préfigure Alphonse Boudard et Michel Audiard – constitue un échantillon remarquable de l’argot de l’époque. Françoise Hardy l’a chanté à Europe 1 en 1963 ou 1964, sans doute dans l’émission « Dans le vent » de Michel Cogoni, dont les invités avaient coutume d’exécuter des titres n’appartenant pas à leur répertoire.

« Dans la vie faut pas s’en faire »
(H.Christiné / A.Willemetz)
Le succès – on ne disait pas encore « tube » – de l’opérette « Dédé » de Henri Christiné et Albert Willemetz, créée au Théâtre des Bouffes Parisiens le 10 novembre 1921. Maurice Chevalier remporte un triomphe et par sa gouaille, son talent et sa gaité communicative, il transforme le théâtre en l’un des endroits les plus courus de la capitale, au point que tous les étrangers de passage vont voir « Dédé », George Gershwin, Irving Berlin, Mary Pickford et Douglas Fairbanks notamment. L’opérette tiendra l’affiche deux ans, et sera reprise un demi siècle plus tard, au début des années soixante-dix, avec Antoine dans le rôle popularisé par Maurice Chevalier. Juliette Gréco a enregistré une version de cette chanson pour une émission de radio, « Les surprises de la France » le 4 avril 1952, un inédit reproduit dans son Intégrale « L’éternel féminin » (33) publiée à la fin de l’année 2003.

« Ça s’est passé un dimanche »
(G.Van Parys / J.Boyer)
L’une des chansons de la revue « Paris London » montée en quinze jours au mois d’octobre 1939 par Joséphine Baker, Maurice Chevalier et Nita Raya qu’il venait de rencontrer. Créée au début de la « drôle de guerre » qui n’affecte pas trop encore la vie parisienne malgré les contraintes du couvre-feu. « Paris London », le titre est à la fois prémonitoire et opportuniste, puisqu’il s’agissait d’attirer au spectacle les permissionnaires britanniques. Les deux vedettes de la revue, Joséphine Baker et Maurice Chevalier, en offrirent les chansons aux troupes stationnées aux frontières et à l’occasion de nombreux galas de bienfaisance, notamment en Angleterre où Maurice Chevalier se rendait pour la journée, en avion militaire.

« Paris je t’aime (d’amour) »
(C.Grey – V.Schertzinger / J.Bataille Henri)
Un autre titre emblématique de Maurice Chevalier qui figurait dans son deuxième film américain, « Parade d’amour », tourné en double version par Ernst Lubitsch en 1929. C’est Lubitsch, venu d’Europe au milieu des années vingt, qui charge Victor Schertzinger, un compositeur d’origine allemande, d’écrire la partition musicale du film. Jeannette Mac Donald était seule lors de la première, le 19 novembre 1929, au Criterion Theatre de New York. Blessé à la main pendant le tournage de « La grande mare », Maurice Chevalier apparut sur un écran pour expliquer la raison de son absence et remercier, avec son charme habituel, le public présent.

« Ah si vous connaissiez ma poule »
(A.Willemetz  / Toché / C.Borel-Clerc)
Des paroles « sur mesure » signées Albert Willemetz pour son ami Chevalier, dans le style « canaille huppé » qui lui convenait si bien. Le titre faisait partie de la revue « Amours de Paris » en 1938 au Casino de Paris, qui vit aussi la création du fameux « Chapeau de Zozo ». « Les Amours de Paris», sont en fait des mannequins dont le défilé sert de prétexte à un spectacle chatoyant. Serge Gainsbourg a chanté ce titre, à sa manière atypique, dans une émission de télévision, « Le petit dimanche illustré », le 22 novembre 1967. (32) De même que Claude Nougaro, officiellement, dans son album « Récréation » (34) où il reprenait des classiques de la chanson française.

« Prosper »
(V.Scotto / G.Koger)
Encore un classique, un refrain incontournable comme les deux chansons suivantes qui concluent ce « pot pourri » français. Créé au Casino de Paris dans la revue « Parade du monde » en 1935, le numéro met en scène Prosper, un souteneur qui joue les gros bras et roule les mécaniques. Pour forcer le trait et accentuer la silhouette du personnage, Maurice Chevalier le surjoue, inventant l’onomatopée du refrain et révélant, une nouvelle fois, son sens prodigieux de la scène.

« Ma pomme »
(François / Bigot / Borel-Clerc)
Créée dans le film « L’homme du jour » de Julien Duvivier en 1936, la chanson fut reprise l’année suivante au Casino de Paris dans la revue « Paris en joie » et déclencha l’enthousiasme. A noter que Maurice Chevalier interpréta également dans cette revue la chanson d’un inconnu qui n’allait pas le rester, « Y a de la joie » de Charles Trenet. Il reprendra « Ma pomme » en 1950 dans le film homonyme de Marc-Gilbert Sauvajon, dans lequel il incarne un personnage un peu stéréotypé de clochard insouciant et philosophe.

« Valentine »
(H.Christiné / A.Willemetz)
Enfin la dernière, mais non la moindre, peut-être la chanson la plus emblématique, en tous cas le vrai « passeport musical » de Maurice Chevalier dans le monde, bien qu’appartenant à son premier répertoire parisien, enregistrée en décembre 1925. Il crée la chanson au Casino de Paris dans la revue « Paris en fleurs » où apparaissent aussi les Dolly Sisters et son épouse, Yvonne Vallée. Il raconte dans ses mémoires américaines (24) combien il fut gêné d’avoir à évoquer les « petits têtons » de Valentine, devant le Roi Alphonse XIII lors d’une soirée à l’Ambassade d’Espagne, et soulagé que le Roi, loin de s’offusquer, veuille au contraire apprendre toutes les paroles. Il chante « Valentine » lors d’un diner – déjà évoqué – devant les responsables de la Paramount et un groupe de directeurs de théâtre à l’hôtel Ritz Carlton de New York en octobre 1928, la veille de son départ pour la Californie et le début de son aventure cinématographique. Tous prédisent ce soir-là le succès du Français en appréciant l’accent exotique, le mélange de distinction et de charme qui composait déjà son style inimitable. La chanson suscite un tel engouement qu’elle figure, avec « Louise », dans son premier film hollywoodien, « Innocents of Paris » de Richard Wallace, et qu’elle est reprise en 1935 dans « Folies Bergère » de Roy del Ruth, dont il tourne la version française avec Nathalie Paley, « L’amazone » de Cocteau. Maurice Chevalier assurait que « Valentine » était sans doute la chanson qu’il avait interprétée le plus grand nombre de fois dans sa vie, plus de dix mille fois, estimait-il en tous cas.

(13-14) « TOUT VA BIEN POUR MOI »
(P.Mills)
Créée lors du spectacle de ses « soixante quinze berges » au Théâtre des Champs-Elysées en septembre 1963, et présentée par l’artiste comme « une nouvelle chanson porte bonheur franco-américaine », « Tout va bien pour moi » est effectivement bilingue, un « gimmick » qui permet une fois encore de mesurer la chaleur de la relation entre Maurice Chevalier et son public. Difficile de faire plus simple dans le texte et la musique, mais une fois encore, l’optimisme bon enfant qu’il irradie bluffe le public tombé, tout naturellement déjà, sous le charme.

(15-16) « AU REVOIR »
(J.Dréjac / F.Freed)
Il présente pour la dernière fois son pianiste accompagnateur, Fred Freed, le compositeur de la chanson écrite par Jean Dréjac, l’auteur notamment du « Petit vin blanc », « L’homme à la moto», « La chansonnette » et « Sous le ciel de Paris », disparu en août 2003. Un texte magnifique à la tonalité testamentaire que Maurice Chevalier avait déjà chanté en 1963.
« Laissez-moi dire Paris, au revoir,
Merci pour la ballade,
Merci pour les beaux soirs,
Je vous dédie ma sérénade,
Au revoir… »

Cet après-midi là, dimanche 20 octobre 1968, c’est une vraie chanson d’adieu. Arrivent les premiers « rappels », quand l’artiste sort une première fois sous les applaudissements et qu’il revient saluer. Une petite fille vient lui offrir des fleurs, on entend Maurice Chevalier dire « C’est mignon, ça ! »

(17) « QUAND J’AURAI CENT ANS »
(P.Delanoë / C.Sarrel)
Ecrite dans les années soixante par Pierre Delanoë, dont « Mon idole » figurait déjà en début de spectacle, la chanson fut présentée un jour à Maurice Chevalier et elle le fit sourire. Il la créa pour sa dernière série de récitals. « Il n’avait plus de voix » –  rapporta  plus tard  Pierre Delanoé – « c’était un souffle, mais son sourire « rayon de soleil » exerçait toujours le même effet sur le public. (…) Je lui avais écrit cette fois pour de bon la dernière chanson qu’il ait apprise. Elle s’appelait « Mon idole ». C’est avec elle qu’il commença son dernier spectacle. C’est avec « Quand j’aurai cent ans » qu’il le finit. J’ai la gorge serrée quand je pense que les dernières paroles qu’il a chantées étaient de moi. » (28)

(18-19) FINAL : « THERE ‘S NO BUSINESS  LIKE  SHOW BUSINESS »
( Irving Berlin)
Voici venu le moment historique. A la fois organisé, attendu et redouté par l’artiste. Des mots cette fois-ci définitifs que Maurice Chevalier ressassait sans doute depuis des années. « Mesdames Messieurs, vous venez d’assister à la dernière série de récitals que je ferai sur aucune scène du monde… ». Et il racontera dans son journal : « … à la dernière représentation, comme si les mots sortaient de mon subconscient, je m’entendis annoncer au public qu’après les soixante villes que nous venions de faire dans tous les coins du monde, au cours de ma quatre-vingtième année, Paris venait de me traiter avec tant de chaleur, d’amour, que je ne devais pas chercher plus haut, plus tard, le moment de quitter la scène et les récitals. » Maurice Chevalier confie au public ses espoirs de télévision, et de cinéma de temps en temps, assurant que c’est la belle décision de quitter à ce moment-là  pour ne pas, comme d’autres, « terminer en brioche », avec cette vieille hantise de « dépenser follement des forces que la vie atténue à mesure qu’on les distribue sans méfiance. » « Je m’arrachais, déchiré, à ce qui avait été ma raison de vivre et ma spécialité de travail pendant soixante huit années… mais au fond de moi, ma lucidité d’artisan m’assurait que cela seul était juste, était bien, était honnête. Ne pas risquer de ternir une telle carrière, à aucun prix. » (1) Le sort en est jeté. Maurice Chevalier s’éclipse sur une chanson extraite de la comédie musicale «Annie get your gun », le plus grand succès d’Irving Berlin et de la star qui l’a créée, Ethel Merman, « There’s no business like show business », un titre devenu au fil des ans l’hymne de tous les métiers du spectacle.

Epilogue
Dimanche 20 octobre 1968, il est près de dix-sept heures trente. Cette fois, le spectacle est bel et bien terminé. Maurice Chevalier a mis un terme volontaire à une carrière partie de la Belle Epoque, marquée par deux guerres mondiales pour s’achever dans les soubresauts de Mai 68. L’artiste s’est retiré dans sa loge avec ses collaborateurs fidèles, Maryse et Félix Paquet, Madeleine et François Vals à qui il offre son canotier du dernier jour « Voilà, mes enfants, c’est fini ! Mission accomplie », conclue-t-il sobrement avant de recevoir les admirateurs nombreux – tous ne rentreront pas – venus le féliciter et le saluer. Il donne aussi ses dernières interviews de « showman», l’une à François Jouffa, reproduite dans ce disque. Une foule dense et affectueuse guette devant le Théâtre des Champs-Elysées la sortie de l’artiste que Félix Paquet reconduit dans sa maison de Marnes-la-Coquette. Il y arrive « fièrement épuisé », à la fois soulagé, heureux et mélancolique selon le témoignage de René et Lucette Chevalier, son neveu et sa nièce qui l’attendent chez lui avec leurs trois filles, Mimi, Gigi et Fanny. Les premières semaines de retraite sont agréables. Le lendemain de ses adieux, il écrit dans son journal « Je suis allégé semble t-il (…) Abdication raisonnable, mais pas facile… » (1) Les hommages qui se succèdent entretiennent l’ivresse de son dernier triomphe. Comme l’a dit René Clair, en Grande Bretagne, il aurait été anobli. Il prend enfin le temps de vivre, il sort régulièrement au théâtre et au cinéma. Il est invité aux premières, comme celle de « L’Homme de la Mancha » avec Jacques Brel ou celle du film « Funny Girl» à l’Opéra où il accompagne Barbra Streisand. « Décision digérée (…) Les jours passent, agréables. Je ne puis néanmoins éviter un malaise qui grandit en moi devant l’incertitude de mon avenir… » (1) Il lit beaucoup. Chaque matin, il s’astreint à écrire une page de son journal, une sorte de thérapie pour l’aider à mieux se connaître et surtout exorciser l’angoisse du futur. Mais le cœur y est de moins en moins, d’autant que les rêves de télévision s’évanouissent très vite. « Je m’angoisse un peu, pas trop, à la pensée que je n’aurai plus à l’avenir la chaleur d’une salle amicale pour m’injecter ces forces qui me rajeunissaient de trente ans à la fin de chaque récital… »  (1) Il enregistre un dernier quarante-cinq tours chez « AZ » en 1969, un disque deux titres avec « 68 ans d’amour » de Ralph Bernet et Alex Alstone « 68 ans que l’on s’aime d’amour, Madame la Chanson, (…) 68 ans de musique, de scènes, de bravos, de décors, 68 ans mirifiques, Qu’en mon cœur je revivrais encore… » La chanson du générique des « Aristochats » de Walt Disney en 1970 constitue sa dernière contribution au cinéma. Il organise au moins une fois par semaine chez lui à « La Louque » un déjeuner de personnalités de la littérature, des sciences, des arts et du spectacle mais l’inaction lui pèse de plus en plus. Il a beau être entouré d’affection et de dévouement, il alterne les moments de sérénité et de dépression. « Je traverse des moments de panique où je ne sais plus ce que je vais devenir. Je suis ridi-cule. Il me faut être plus sociable… » Mais son mal intérieur l’enferme peu à peu dans le vase clos de sa maison de Marnes-la-Coquette qui devient, au fil des mois, selon des visiteurs, « Morne la Coquette », et où la cour qui l’entoure paraît augmenter chaque jour davantage le fossé entre lui et les autres. Il publie, à l’automne 1969, le dixième volume de son autobiographie, « Môme à cheveux blancs». On lui organise des séances d’interviews et de dédicaces. Pour la promotion de l’édition américaine de ses souvenirs, il se rend une dernière fois aux Etats-Unis où tout le monde le reconnaît et le fête dès l’aéroport, il rencontre beaucoup d’admirateurs enthousiastes, mais l’exercice de nostalgie qu’il doit pratiquer avec eux nourrit au contraire sa tristesse et son désarroi. Les applaudissements lui manquent comme une drogue. Parce qu’il n’a plus rien à se prouver, il végète et il dépérit, à l’image de ces plantes qui ne peuvent vivre sans soleil. Sans le garde-fou de la scène qui avait fini par l’équilibrer, la face sombre de l’homme recouvre  peu à peu la face lumineuse de l’artiste. « Le fond de mélancolie que j’avais toujours eu même étant enfant, ces besoins de solitude où, taciturne, je ruminais je ne sais quoi en une crise d’hébétude qui ne cessait que lorsqu’elle s’était fatiguée d’elle même, ces pudeurs, ces timidités, ces certitudes de mon infériorité en tout, démontraient bien, chez moi, l’opposé du type sûr de lui… » (9) écrivait-il en 1947, pour raconter les circonstances de sa première tentative de suicide en 1924, pendant les répétitions de « Là Haut », qui lui valut quatre mois de traitement dans une maison de repos à Saujon en Charente Maritime. Des circonstances qu’il précise en 1960 :« Qu’avait-elle donc à m’offrir, cette journée, qui valut la peine de se lever pour l’affronter ? Je me torturai les méninges, cherchant au moins une raison valable ; je n’en trouvai pas. J’étais emprisonné dans un affolement auquel rien ne pouvait m’arracher. Et tout à coup, la solution me vint à l’esprit(…) bien sûr il existait un moyen d’évasion, un moyen très simple: je n’avais qu’à me détruire ! » (9) L’acte fatidique qu’il n’avait qu’envisagé en 1924, il va l’accomplir pour de bon dans la nuit du 6 au 7 mars 1971, en se tailladant les poignets et surtout en avalant une forte dose de barbituriques. Transporté sous un faux nom à l’Hôpital américain de Neuilly, il passe deux jours dans le coma, et demeure hospitalisé jusqu’à la fin du mois. Quand il rentre à Marnes-la-Coquette, affaibli et abattu, il puise encore dans ses réserves pour faire bonne figure. Reste que le poison absorbé a fait son chemin dans le sang, en infectant inexorablement le foie et les reins. Maurice Chevalier fête son quatre-vingt troisième et dernier anniversaire avec Jerry Lewis que Jacqueline Cartier a amené à « La Louque », mais le plaisir des retrouvailles cache mal le désabusement, voire l’amertume de celui qui ressemble désormais à un reclus. Admis une nouvelle fois le 13 décembre 1971 à l’Hôpital américain de Neuilly après un grave malaise, l’illustre patient est transféré aussitôt à l’Hôpital Necker dans le service du Professeur Jean Hamburger. En deux semaines, il ne réagit plus à la dialyse et il s’éteint, le 1er janvier 1972 vers dix-neuf heures trente aux côtés du Père Carré. « Il y a de la joie, Maurice !  - Oui, il y a de la joie, mon Père ! Notre amitié… ça a été une chose fantastique… » Le Père Ambroise-Marie Carré, dominicain, prédicateur et ancien aumônier des artistes, décédé en janvier 2004, fut l’un des grands esprits qui le rassérénèrent dans les derniers mois de son parcours d’artisan marqué par la conscience professionnelle et le doute. Comme la solitude et la lecture l’avaient toujours aidé à réunir ce qu’il y avait de meilleur en lui, pour se perfectionner en-core et toujours, professionnellement et si possible humainement. « C’est quand tu ne pourras décidément plus rien prouver qu’il te faudra être le plus intelligent pour ne pas te permettre d’en être malheureux. » (2) Parce qu’il prenait tout trop à cœur, il n’aura pas réussi à suivre ce conseil qu’il se donnait à lui même. Le 5 janvier 1972, dans le petit cimetière de Marnes-la-Coquette, Maurice Chevalier rejoignait pour l’éternité la femme qu’avec le public, il avait sans doute le plus aimée dans sa vie, sa mère, La Louque. Il les associait tous les deux dans son credo d’artiste. « Aime le public presque autant que ta mère. Elle t’a donné l’existence, le public te permet de la vivre. » (19)
Michel VIAL (Septembre 2004)
© Frémeaux & Associés / Groupe Frémeaux Colombini SA, 2005.

N O T E S
(1) « Môme à cheveux blancs » (Julliard, 1969)
(2) « 80 berges » (Julliard, 1967)
(3) Les quatre premiers volumes couvrant la période 1888-1949 ont été réédités chez Flammarion en 1998 grâce à Jacques Pessis.
(4) « Par ci, par là » (Julliard, 1950)
(5) « Artisan de France » (Julliard, 1957)
(6) « 75 berges » (Julliard, 1963)
(7) « Maurice Chevalier raconté par François Vals » de Pierre BERRUER (Plon, 1988)
(8) « Paris Match » N° 1012 (28 Septembre 1968)
(9) « Londres – Hollywood – Paris » (Julliard, 1947)
(10) Référence originale : 33 Tours CBS S 63447
(11) Référence originale : 45 Tours PHILIPS EP 432349
(12) Album « Maurice Chevalier » de François VALS (Didier Carpentier, 2002)
(13) Référence originale : 33 Tours  BARCLAY  96115 (1981)
(14) « The films and career of Maurice Chevalier » de Gene RINGGOLD et DeWitt BODEEN (The Citadel Press, USA, 1973)
(15) Référence originale : 33 Tours M.G.M. 3703 (USA)
(16) Référence originale : 33 Tours RCA Victor 540036 (France)
(17) Référence originale : 45 Tours RCA Victor 49001
(18) « Bravo Maurice » (Julliard, 1969)
(19) « Les pensées de Momo » (Presses de la Cité, 1970)
(20) « Radioscopie » de Jacques Chancel (France Inter, 3 Décembre 1969)
(21) « Toute ma vie » de MISTINGUETT (volume 1 – Julliard, 1954)
(22) « Henri Salvador à l’Alhambra » 33 Tours 25cm BARCLAY 80132 (non réédité)
(23) Référence originale : 45 Tours DECCA 460937
(24) « C’est l’amour » (Julliard, 1960)
(25) « Gigi » 33 Tours 25cm PHILIPS 76461 enregistrement jamais réédité sauf deux titres, dans le coffret « Boris Vian et ses interprètes » (Phonogram, 1991)
(26) « Fille ou garçon » par STONE 45 Tours POLYDOR 27266 (1966)
(27) Comme un garçon » 1967 (J.J.Debout – R.Dumas)
(28) « La vie en chantant » de Pierre DELANOE (Julliard, 1980)
(29) « Un Français libre à Londres en guerre » de Pierre DAC (France Empire, 1972)
(30) « Adieu mon siècle » de André GILLOIS (Editions « Ornicar », 2000). Un témoignage qu’il m’a donné de vive voix aussi en 2002, l’année de son centenaire.
(31) « Avec le soleil pour témoin » de MIREILLE (Robert Laffont, 1981)
(32) Enregistrement publié dans l’Intégrale « Gainsbourg forever » - édition du Dixième anniversaire (Universal, 2001).
(33) Intégrale Juliette Gréco « L’éternel féminin » coffret Mercury/UNIVERSAL (2003).
(34) Référence originale : 33 Tours PHILIPS 6325139 (1974).

english notes
MAURICE CHEVALIER AT THE THEATRE DES CHAMPS ELYSEES
On Sunday 20 October 1968 at around 3 pm, Maurice Chevalier stepped on stage for the very last time in his long artistic career.  On 12 September he had celebrated his 80th birthday and a party had been organised by party wizard Georges Cravenne in the famous Parisian cabaret, the Lido. The prestigious cabaret was crammed with Parisian icons, while throngs of fans waited for him to step out of his car in the Champs Elysées.  Paris, with its numerous interviews for the papers as well as the radio and television had been, as Maurice put it, ‘a nightmare of happiness’. At the beginning of the month, he had completed his ultimate world tour, ending in Montreal, and before this final concert in the Theatre of the Champs Elysées he had benefited from two practice runs, one in Madrid and the other in Palma, Majorca.  However, despite his renown and glory in 1968, Maurice Chevalier still lacked confidence in himself.  Ever since his debuts over fifty years previously, he suffered from anxiety which for three decades had been reinforced for fear he didn’t say his farewells in time. However, Maurice Chevalier’s repeated adieux had been an issue for a long while, but this had been prompted by journalistic speculation.  His eightieth birthday tour led the artist decked with his boater to fifty-four towns across the world, sometimes including several billings in the same town, from Kansas City on 12 October 1967 to Palma, Majorca on 28 September 1968.  And the unique and final farewell tour ended in Paris in the Theatre des Champs Elysées from 1st to 10th October 1968.  Yet he had been thinking of quitting for a while, nurtured by his melancholic and anguished nature.  ‘If I had listened to my qualms, I would never have dared to go on stage since 1922, after “Dédé” and “Là haut”, which was when I had my first nervous breakdown.’  But he kept this anxiety to himself, only confiding in those close to him. In his  ten-volume autobiography “Ma Route et mes Chansons” (in English entitled ‘The Man in the Straw Hat’) , he first mentioned retiring in September 1948, when he was to celebrate his sixtieth birthday again in the Theatre des Champs Elysées.  Then in autumn 1954, the weekly ‘La Semaine du Monde’ spoke of his ‘adieux’, although his memoirs of the same period made reference to his preparation of a new repertoire for the Anglo-American public, with his plans to appear in London in 1955 and a South African tour as well as another in the US. Finally in 1956, the same year when he starred in Billy Wilder’s “Love in the Afternoon” with Audrey Hepburn and Gary Cooper, he was billed in the Alhambra where he first appeared in 1908, accompanied by Michel Legrand’s twenty-four musicians.  And while doing so, he disclosed to his diary that this was most certainly his last stage appearance.  Indeed, he was hoping that this break would be eased by his movie and television activities. In his souvenirs, François Vals evokes Chevalier’s decision to organise a farewell tour in spring 1965 in New York, where he was billed for a series of shows in the Alvin Theater.  After the final recital, he spoke of his intentions to his faithful collaborators, Madeleine and François Vals.  This may not have been mentioned in his autobiography, but it would seem his mind was set two and a half years before the crunch.  And when in September 1967 he arrived at Orly airport which was buzzing with photographers and journalists, the artist was the only one who knew that this was truly his farewell tour.  As he penned a month later, “Nobody seemed to want to believe that these were my ultimate stage farewells”.  However, as Pierre Berruer put it in his book ‘Maurice Chevalier raconté par François Vals’, “Could he be happy without his drugs – the public’s applause and laughter?” In America, despite its political upheavals linked to racial issues and the Vietnamese war, each of Maurice Chevalier’s concerts was a triumph, and he was idolised by punters of all ages.  An Atlanta paper wrote ‘Thank heaven for Chevalier’, inspired by a song from ‘Gigi’ where he had starred in 1958 next to Leslie Caron and Louis Jourdan. On the night of the première, on 1st October 1968, before saying a word, the entire audience, including prominent names such as the Duke and Duchess of Windsor, Charles Trenet, René Clair, Henri Varna and Marcel Pagnol stood up for a ten-minute round of applause.  He then opened the concert with La Marche de Ménilmontant.  Two hours and twenty songs later, Maurice Chevalier, overcome with emotion, was again rewarded with a standing ovation.  Indeed, as from the second to last song, everyone rose to their feet and remained standing until the artist left the stage.  Maurice had never experienced such a reception.

In 1961 Chevalier wrote that an ageing artist could only reach the heart of the listeners by breaking away from his past, and he had been working on a ‘modernised’ recital ever since his return from the States in 1955.  Six weeks in Broadway’s Lyceum Theatre and five weeks in New York’s Empire Room in the Waldorf Astoria sharpened his urge for improvement, feeling his one-man show was a little worn.  He was even nurturing an old dream of working on a recital featuring him alone, not even backed by a pianist, having been impressed by Ruth Draper’s solo billing, without so much as a backing orchestra, in London’s Saint Martin’s Theatre back in the twenties. Forever obsessed by perfection, in March 1961 he watched a sketch made for Italian television which ended with a Franco-American medley and was displeased with what he saw – old Maurice still attempting to act like young Maurice.  In the fifties, when his great friend Marlene Dietrich, legend of the silver screens, went on to singing, Maurice Chevalier experimented with and polished up his One Man Show, which he left as the résumé and conclusion of his sixty-eight years of artistry.  In all simplicity, with just one pianist behind him.  And indeed, his rigour inspired Jacques Brel, who considered him as his master. The first night recital on 1 October 1968 was recorded by CBS which released an album entitled ‘Enregistrement public, Théâtre des Champs Elysées, 1er Octobre 1968’.  The price of the seats ranged from 5 to 30 Francs.  The seventeen shows stretched until 20 October 1968 and welcomed 30 000 punters.  And every night the film director François Reichenbach turned up, hoping for the artist’s accord to capture these historic moments.  But the singer never felt truly ready, believing he could do better.  Hence the all-importance of this sound recording.

On Sunday 20 October 1968, his ultimate stage appearance was a matinee performance at 3 pm.  Dozens of telegrams had arrived addressed to Maurice, who had arrived particularly early and who himself had just sent a telegram to Jackie Kennedy, congratulating her on her marriage to Aristote Onassis.  She had replied thanking him and wishing him a ‘happy new life’. At  2 pm he decked his stage attire for the last time and went over his pencilled lines he was to pronounce before the 1,700 spectators.  Just before three o’clock, he straightened his dark blue bow tie.  Fred Freed was already seated at the piano as he headed towards the stage, provoking roaring applause.  “Thank you ladies and gentlemen for this warm welcome which I shall try to deserve”.  Then for the opening song, he returned to his origins – Ménilmontant. The concert closed with There’s no Business like Show Business, it was almost 5.30 pm.  The show was well and truly over.  Maurice Chevalier had put a stop to his career which had debuted in the Belle Époque, spanned two world wars and which ended amidst the turmoil following the student rioting of May 68. The artist returned to his dressing-room with his faithful collaborators, Maryse and Félix Paquet and Madeleine and François Vals to whom he offered his straw hat worn during this ultimate performance.  He was then congratulated by a host of fans and gave his final interviews as a showman, one of which is included in this album.  ‘Proudly exhausted’, he was taken back to his house in Marnes la Coquette, where his niece and nephew, Lucette and René Chevalier were waiting for him along with their three daughters, Mimi, Gigi and Fanny. He enjoyed his first weeks of retirement, going to the theatre and cinema.  He was invited to premières, such as ‘L’Homme de la Mancha’ with Jacques Brel and the movie ‘Funny Girl’, accompanying Barbra Streisand.  He read a lot and every morning he wrote a page of his journal, which had therapeutic effects against his fear of the future.  Yet his enthusiasm was beginning to fade, as were his hopes for the television.

He cut his last 45 for ‘AZ’ in 1969 – two titles including Ralph Bernet and Alex Alstone’s 68 Ans d’Amour.  The theme song of Walt Disney’s ‘Aristocats’ in 1970 was his final contribution to the cinema. At least once a week he organised a lunch for prominent names in the literary, scientific and showbiz circles but he was increasingly pulled down by inactivity, and suffered sporadic bouts of depression.  “I go through moments of panic when I don’t know what I’m going to become.  I’m being ridiculous.  I must be more sociable…”.  Despite this realisation, he shut himself away more and more in his home in Marnes la Coquette. In autumn 1969, he brought out the tenth volume of his autobiography and interviews and dedication sessions were organised.  In order to promote the American version of his memorabilia he went to the States one last time, but despite the welcome he was given, nostalgia accentuated his anguish.  He missed applause and felt he had nothing left to prove. His suicidal tendencies, which had already loomed up in the twenties, came to a head in the night of 6-7 March 1971 when he cut his wrists and took a heavy dose of barbiturates.  He was taken to the American Hospital in Neuilly where he spent two days in a coma and stayed in hospital until the end of the month when he returned to Marnes la Coquette, weak and weary. However, the poison had ruthlessly affected his liver and kidneys.  Maurice Chevalier celebrated his eighty-third and last birthday with Jerry Lewis, brought along by Jacqueline Cartier.  Yet Maurice had withdrawn even more into his shell. Feeling unwell, he was again sent to the Neuilly hospital on 13 December 1971 before being transferred to Paris’ Hôpital Necker.  No longer reacting to dialysis, he passed away on 1 January 1971 around 7.30 pm, in the presence of his friend, Père Carré. On 5 January 1972, Maurice Chevalier was reunited with his beloved mother, La Louque, in the small cemetery in Marnes la Coquette.  As the artist once penned, “Love the public almost as much as your mother.  She gave you life, the audience will help you to live.”
 Adapté du texte de Michel VIAL par Laure WRIGHT
© Frémeaux & Associés / Groupe Frémeaux Colombini SA, 2005.

Composition du disque
CD 1 (Première partie)
01. ANNONCE : LA MARCHE DE MENILMONTANT 0’29
02. LA MARCHE DE MENILMONTANT 1’42 (C. Borel-Clerc / M. Chevalier / M. Vandair)
03. ANNONCE : SOURIRE AUX LEVRES 0’32
04. SOURIRE AUX LEVRES 3’50 (Caravelli / M. Rivgauche)
05. ANNONCE : MON IDOLE 0’30
06. MON IDOLE 2’06 (P. Delanoé / F. Fumière)
07. ANNONCE : BONNE ANNEE 2’08
08. BONNE ANNEE 6’42 (M. Vandair / J.P. & H. Bourtayre)
09. LES ACCENTS MELODIQUES 5’35 (M. Chevalier)
10. ANNONCE : POT-POURRI FRANCO-AMERICAIN  5’01
Parlez-moi d’amour (J. Lenoir) 
Mon homme (Jacques-Charles / A. Willemetz)
11. POT-POURRI FRANCO-AMERICAIN  3’19
Un homme et une femme (P. Barouh / F. Lai) 
Les parapluies de Cherbourg (J. Demy / M. Legrand) 
Et maintenant (P. Delanoé / G. Bécaud) 
Love is blue (A. Popp / P. Cour)
12. ANNONCE : ME AND MY SHADOW 3’18
13. ME AND MY SHADOW 1’15 (B. Rose / A. Jolson / D. Dreyer)
14. NUMERO DE CLAQUETTES 1’14
15. PARIS SERA TOUJOURS PARIS 1’09 (A. Willemetz / C. Oberfeld)
16. PANTOMIME 3’22

ENTRACTE

CD2 (Deuxième partie)
01. ON EST JEUNE (V. Buggy / A. Alstone) 3’00
02. ANNONCE : LA SEINE 0’25
03. LA SEINE (F. Monod / G. Lafarge) 3’15
04. STATIONS DE LA VIE (M. Chevalier) 9’27
05. ANNONCE : C’ETAIT LA MISS  1’04
06. C’ETAIT LA MISS (B. Michel / Henri Salvador) 2’54
07. ANNONCE : POT-POURRI AMERICAIN (CHANSONS DE FILMS) 3’37
08. POT-POURRI AMERICAIN (CHANSONS DE FILMS)  3’58
Thank heaven for little girls (A.J. Lerner / F. Loewe) 
Mimi (L. Hart / R. Rodgers) 
You brought a new kind of love to me (Fain / Kahal / Norman) 
Love Parade (V. Schertzinger) 
Hello Beautiful (Donaldson) 
Livin’ in the sunlight, lovin’ in the moonlight (Sherman / Lewis) 
I’m glad I’m not young anymore (Lerner / Loewe) 
Louise (Robin / Whiting)
09. HAPPENINGS (SKETCH) (M. Chevalier) 7’53
10. OUI AU WHISKY (E. Meunier / J.P. & H. Bourtayre) 2’49
11. ANNONCE : POT POURRI (CHANSONS FRANÇAISES) 0’44
12. POT POURRI (CHANSONS FRANÇAISES)  4’54
Quand on r’vient (Freund / Oliven / Wolff / Kollo Walker) 
Donnez-moi la main Mam’zelle (P. Bayle / A. Valsien / M. Learsi) 
Ça sent si bon la France (J. Larue / Louiguy) 
La chanson du maçon (H. Betti / M. Vandair / M. Chevalier) 
Il pleurait (M. Vandair / R. Revil) 
Quand un vicomte (J. Nohain / Mireille) 
Appelez-ça comme vous voulez (G. Van Parys / J. Boyer) 
Dans la vie faut pas s’en faire (H. Christiné / A. Willemetz) 
Ça s’est passé un dimanche (G. Van Parys / J. Boyer) 
Paris je t’aime (d’amour) (C. Grey / V. Schertzinger / J. Bataille-Henri) 
Ah si vous connaissiez ma poule (A. Willemetz / Toché / C. Borel-Clerc) 
Prosper (V. Scotto / G. Koper) 
Ma pomme (François / Bigot / C. Borel-Clerc) 
Valentine (H. Chrisitné / A. Willemetz)
13. ANNONCE : TOUT VA BIEN POUR MOI 1’44
14. TOUT VA BIEN POUR MOI (P. Mills) 2’12
15. ANNONCE : AU REVOIR 0’53
16. AU REVOIR (J. Dréjac / F. Freed) 3’35
17. QUAND J’AURAI CENT ANS (P. Delanoé / C. Sarrel) 2’43
18. ANNONCE AU PUBLIC : LES ADIEUX 2’31
19. FINAL : THERE’S NO BUSINESS LIKE SHOW BUSINESS (I. Berlin) 0’55

Bonus tracks – Au micro de François Jouffa :
20. SACHA DISTEL 1’04
21. REACTIONS AU BAR DU THEATRE 2’13
22. ANDRE LUGUET 1’22
23. MAURICE CHEVALIER 2’53

L’éditeur remercie tout particulièrement François Jouffa, François Vals, Lucette et René Chevalier, Odette Junet et Sacha Distel.

CD MAURICE CHEVALIER © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)

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Paris Musette Vol 3 : Vent d'automne.

Marcel Azzola, Eric Bouvelle, Daniel Colin, Jean Corti,...

MON COEUR EST UN ACCORDÉON
MON COEUR EST UN ACCORDÉON
Virtuose, Daniel Colin incarne le grand répertoire.
Musicien sensible et généreux,...

MIREILLE
MIREILLE
Quand on me dit : c'est merveilleux, votre voix n'a pas changé du tout ! Je pense en moi-même : pas étonnant,...

MARSEILLE 1921 - 1951
MARSEILLE 1921 - 1951
Toutes les spécialités qui font le charme de Marseille sont ici réunies : la pétanque, le soleil, la...

LES COMPAGNONS DE LA CHANSON
LES COMPAGNONS DE LA CHANSON
Avec plus de quarante années de carrière, Les Compagnons de la Chanson furent le plus bel...

LEO MARJANE
LEO MARJANE
Est-il beaucoup de chanteuses françaises de 1940 qui mirent à leur répertoire Harold Arlen, Hoagy Carmichael,...

LÉO FERRÉ ET SES INTERPRÈTES 1947-1956
LÉO FERRÉ ET SES INTERPRÈTES 1947-1956
Figure atypique et engagée, Léo Ferré fait partie des plus grands artistes du patrimoine...

LA VALSE VIENNOISE 1930-1959
LA VALSE VIENNOISE 1930-1959
Reine des valses, étalon-or de la danse à trois temps, la valse viennoise est un art intemporel...

LA CHANSON DU MAL AIMÉ, POÈME DE GUILLAUME APOLLINAIRE - MUSIQUE DE LÉO FERRÉ
LA CHANSON DU MAL AIMÉ, POÈME DE GUILLAUME APOLLINAIRE - MUSIQUE DE LÉO FERRÉ
« La Chanson du Mal Aimé » est un oratorio exceptionnel de Léo Ferré, qui...

L' ARGENT
L' ARGENT
Coffret 2 CD avec livret 32 pages et 20 photos.

Les plus grands artistes de music-hall se dépensent pour vous...

JULIETTE GRÉCO - LIVE IN PARIS
JULIETTE GRÉCO - LIVE IN PARIS
Figure emblématique de la chanson française, Juliette Gréco est une artiste qui a...

JOHNNY HALLYDAY - LIVE IN PARIS 31 OCT. / 13 DÉC. 1962
JOHNNY HALLYDAY - LIVE IN PARIS 31 OCT. / 13 DÉC. 1962
Johnny Hallyday est sans aucun doute, dans l’imaginaire collectif français, l’artiste rock...

INTEGRALE IRENE DE TREBERT 1938-1946
INTEGRALE IRENE DE TREBERT 1938-1946
Jazz et Swing ne furent jamais sous l’Occupation aussi interdits qu’on le soutient parfois. Même si,...

HENRI SALVADOR - LIVE IN PARIS 1956-1960
HENRI SALVADOR - LIVE IN PARIS 1956-1960
Henri Salvador est sans aucun doute le plus formidable crooner-entertainer que la France ait jamais connu....

HENRI SALVADOR - INTEGRALE - VOL 3
HENRI SALVADOR - INTEGRALE - VOL 3
A 77 ans, il n'en paraît toujours que 17. Il tenait donc à nous dire que l'idée reçue du temps qui...

GÉRARD PIERRON - CHANTE VIGNE, CHANTE VIN
GÉRARD PIERRON - CHANTE VIGNE, CHANTE VIN
Gérard Pierron qui s’est fait connaitre en mettant en musique la poésie populaire des...

FRANCE DE L’OUEST (1956 - 2006)
FRANCE DE L’OUEST (1956 - 2006)
France de l'Ouest : Normandie, Perche, Maine, Anjou, Poitou, Saintonge, Angoumois.

Ce disque...

CINE STARS
CINE STARS
“La star est femme et parle anglais”. Ce programme est là pour nuancer la formule. Eric Rémy (directeur...

CHARLES TRENET - LIVE IN PARIS
CHARLES TRENET - LIVE IN PARIS
Ayant su mélanger poésie, music-hall et swing, Charles Trenet est l’icône de la...

CHARLES AZNAVOUR ET SES PREMIERS INTERPRETES
CHARLES AZNAVOUR ET SES PREMIERS INTERPRETES
Dès le début des années 1950, Charles Aznavour, déjà reconnu en tant...

CHANSONS POUR LES ENFANTS
CHANSONS POUR LES ENFANTS
“Je crois plutôt que c’est le mode d’éducation depuis 1920 et une ambiance sonore différente...

CHANSONS DE JACQUES PRÉVERT 1934-1962
CHANSONS DE JACQUES PRÉVERT 1934-1962
Jacques Prévert est sans doute l’un des plus grands poètes français...

ANTHOLOGIE DU PATRIMOINE PHONOGRAPHIQUE BRETON
ANTHOLOGIE DU PATRIMOINE PHONOGRAPHIQUE BRETON
Cette anthologie 3 CD présente le patrimoine phonographique breton, en mettant en lumière le...

ANTHOLOGIE DU PATRIMOINE MUSICAL ALSACIEN 1953-2015
ANTHOLOGIE DU PATRIMOINE MUSICAL ALSACIEN 1953-2015
Cette anthologie réalisée par Jean-Baptiste Mersiol revient sur le patrimoine musical alsacien....

ACCORDEON VOL. 2
ACCORDEON VOL. 2
Après le succès d’un premier volume Accordéon, musette et swing 1913-1941 réalisé par la...

ACCORDEON JAZZ
ACCORDEON JAZZ
Quand les premiers accordéons succombèrent au 'chant du swing' !... L'anthologie de référence qui...

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