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VLADIMIR JANKÉLÉVITCH
UN HOMME LIBRE - L’IMMÉDIAT - LA TENTATION

ÉDITION SONORE : ÉDITH ZHA D’APRÈS LA SÉLECTION RADIOPHONIQUE DE CHRISTINE GOÉMÉ SUR LE FONDS D’ARCHIVES DE L’INSTITUT NATIONAL DE L’AUDIOVISUEL
PRÉFACE LIVRET : FRANCOISE SCHWAB






Jankélévitch en pointillé
Que reste-t-il d’un homme lorsqu’il n’est plus? S’il est philosophe, est-ce seulement une pensée qui demeure ou bien l’inspiration indéfinissable qui sous-tend cette pensée, en anime la trame! C’est le secret d’une œuvre qui en fait le charme, l’impact, non le mur inattaquable du raisonnement. L’écriture, elle-même, demeure la trace, la marque à jamais posée d’une voix évanouie. Mais ceux qui ont eu le privilège de voir Jankélévitch penser tout haut, ne pourront se défendre de l’imaginer en entendant sa voix. Il méditait à voix haute et déroulait pour nous quelques mythes porteurs d’éternité. Les extraits monologués que nous présentons aujourd’hui semblent avoir été surpris par hasard, au gré d’une conversation, par un instrument heureusement caché, saisissant, lors de ces soliloques inspirés, les moindres nuances d’intention. Tout à coup le cœur parle, le rythme est là qui attrape dans l’air cette chose en allée, subtile, sise à la frontière de la pensée et de la musique : la poésie des mots et des notes. Fraîcheur, enthousiasme, fluidité de la parole, sens du concret, sont les mots et expressions qui viennent à l’esprit en écoutant les cours et causeries de Jankélévitch. Cette voix scintillante et aiguë nous est offerte 16 ans après sa mort, en plusieurs CD : le premier, à voix nue, nous permettra de l’entendre “en pointillé” évoquer les thèmes chers à son cœur, les trois autres nous le restituent dans l’exercice de sa fonction professorale. En effet les extraits de ses cours sur l’immédiat et la tentation nous offrent des moments précieux, amphi Guizot... On entendait une voix singulière. La drôle de voix prenait son élan, trébuchait puis repartait de plus belle vers son insaisissable objet. Quel était donc ce phénomène des ondes courtes? Ici, Radio Sorbonne, vous venez d’entendre le cours public du professeur Jankélévitch... Seule la voix du professeur est présente. Les cours se déploient, tels quels, avec leurs silences, leur virtuosité, leur profondeur, leur magie, dès lors le plaisir d’entendre une pensée à l’œuvre, une réflexion en ébullition, d’entrevoir les successives “apparitions disparaissantes” nous redevient familière. Le rythme de sa respiration soutenait son propos, jusqu’au fugitif passage d’un sourire ou d’une larme. Sa voix, tantôt claire, tantôt altérée, tantôt railleuse, vibre infiniment dans le souvenir de ceux qui l’ont connu et parviendra, peut-être, au cœur des nouveaux venus.

Venant de son for intérieur, de son intimité philosophique, cette voix risque tout son avoir, et l’expose sans retenue au cours d’improvisations préméditées et soigneusement préparées tout à la fois. La langue coule, d’une limpidité parfaite, entraînant l’auditeur par la magie d’un récit maîtrisé. Les enjeux de sa pensée nous concernent tous; certains lui reprocheront peut-être un excès de subtilité et une agilité dialectique peu commune qui aperçoit en même temps et comme d’un seul regard les contraires. Mais ce n’est qu’une apparence au-delà de laquelle il faut savoir s’avancer. Rien n’est moins subtil, rien n’est moins systématique au fond que cette vision du monde derrière laquelle se cache une expérience douloureuse. Jamais cette pensée n’est figée, solidifiée dans une rhétorique implacable; au contraire l’oralité confère le jallissement, la spontanéité, la redite. Ce talent d’expression envoûtait son auditoire qui suivait quelquefois avec une certaine diffi­culté les méandres d’une pensée à l’œuvre, d’autant que ce langage, à l’écrit comme à l’oral, se trouvait enrichi de mots grecs, latins, russes, et autres... rarement traduits ! La vérité du philosophe est inassignable; entre les lignes, à demi-mot, elle est partout et nulle part et demande sans cesse à être ressaisie, allant de la lettre à l’esprit, cherchant sous les mots un je-ne-sais-quoi d’ineffable, d’impalpable, qui étant écrit ou énoncé, n’est déjà plus. Cet art d’interpeller le lecteur ou l’auditeur, n’est nullement anecdotique, il est l’essence même de sa pensée qui exige une conscience réceptive, libre d’accueillir le message et de lire entre les lignes. Car “l’exercice philosophique a pour enjeu l’insaisissable nous privant du délai qui assure la sécurité de la pensée et du discours”... La philosophie n’est pas un ustensile, elle n’est un outil que dans la mesure où elle s’installe en nous dans une harmonieuse pénétration, elle fait corps avec nous; ne pas la solliciter sinon elle ne saurait agir à notre insu. Peut-être se faufilera-t-elle un soir d’hiver entre innocence et abandon au cœur de notre pensée! Vérité difficile et exigeante, celle qui affine et modèle les concepts habituels, la vérité que nous cherchons, sans cesse se dérobe... Une vérité trop vraie, évidente, ne serait plus de chair et d’os mais inerte et inutile. Son œuvre s’est mesurée à tous les sujets. Des sujets dont il tentait de s’approcher au plus près. Philosophe des limites et des confins comme celui dont il se réclamait dans sa jeunesse, Léon Chestov. Cette démarche implique une rupture avec les philosophies d’encadrement... ces prêts à penser qui sécurisent car ils enveloppent le tout dans une vision globalisante et close. L’inclassable philosophe a édifié une œuvre inclassable parce que pour lui rien n’est jamais classé et il se moquait un peu d’avoir écrit un Traité des vertus “qui aurait pour fin de les aligner comme des poupées russes, ces demoiselles!”.

Il professa la morale alors qu’il était de bon ton de s’en moquer et faisait siens les mots : fidélité, justice, fraternité, amour... Sa modestie l’engageait à ne pas contempler une œuvre statufiée, rédigée une fois pour toutes. Et pourtant son œuvre s’étend sur près d’un demi-siècle et comprend une morale, une esthétique, une métaphysique, ce qui est assez rare pour être souligné. Elle constituait une immense irrévérence à l’égard des chapelles philosophiques d’alors mais jouit aujourd’hui d’une grande reconnaissance et même d’une faveur accrue dont témoigne le nombre important de traductions en langues étrangères... “Je ne peux être démodé puisque je n’ai jamais été à la mode!” ironisait-il! Vladimir Jankélévitch n’est pas un philosophe de saison, un de ces philosophes qui flairent le vent de la mode et de l’actualité. Ne comptez pas sur lui pour suivre les modes, courber l’échine devant les terrorismes de toute nature. Il parle comme il écrit, sans bavure, sans rature, une belle langue aux inflexions féneloniennes et bergsoniennes. Il ne peut s’exprimer autrement sous peine de voir s’échapper cette réalité multiple et contradictoire qu’il retient dans ses filets. Le platonisme, aussi, se révèle bon conducteur. Sans cesse il se réfère aux grands dialogues harmonieux et sereins de Platon tout comme à la voix pathétique des prophètes, des Pères de l’Eglise, ceux qui nous rappellent qu’on n’est jamais arrivé, mais toujours en route. Tel ce débat entre Athènes et Jérusalem dont parlait autrefois Chestov. De prime abord il nous expose son projet toujours recommencé en vingt ouvrages et plus : traquer les extrêmes, les limites, les franges du savoir là où le pensable se heurte à l’impensable, là où se met en péril tout raisonnement et toute présomption humaine. Il a, tout au long de son enseignement et de ses recherches, transformé en univers les questions et interrogations qu’il satellisait. S’affichant non sans un certain panache comme disciple de Bergson, dans son cours sur l’Immédiat il le commente librement et s’applique à nous faire ressentir les pointes de l’intuition et les instants que l’on vole au devenir; dans son cours sur la Tentation, il convoque les sirènes du désir, les attraits pervers qu’elles déploient pour nous séduire mais aussi les joies de céder, par moments, à la bienheureuse tentatrice. Car ce philosophe n’est pas austère, il est ami de la joie et de la positive réponse à offrir aux grincheux de tout poil.

Le temps est un sujet de méditation principal sans lequel aucune approche des concepts ne saurait prendre forme; il est le thème fondamental de sa réflexion. C’est bien du réel qu’il s’agit dans cette ténuité de l’instant, la quête est sérieuse. Le temps qui voue l’existence au presque rien, lui confère une qualité dont il reprend sans cesse l’analyse : son caractère irrémédiable. De là naquirent ses longues médiations sur l’irréversible et la nostalgie et ses profondes considérations sur la mort. Parce qu’il s’acharne contre les apparences chatoyantes, il arrive que le philosophe se pare de leurs couleurs. Mais ce qu’il poursuit en réalité et ne cesse de dénoncer avec une ironie tranchante, c’est le manque de sérieux, la frivolité profonde de ceux qui se mentent à eux-mêmes avant de mentir aux autres et de ceux qui cèdent à leurs passions en feignant de les combattre. La vie morale est trop souvent le domaine du faux-semblant, des frivolités subtiles qui  arborent le masque de la candeur et de la simplicité. Nous y vivons comme dans un palais de glace, où l’égoïsme s’invente sans cesse des justifications spécieuses et se renforce en se niant lui-même. Il faut néanmoins pourchasser la frivolité qui se dissimule derrière les conduites austères telle la frivolité de l’austérité passionnelle qui aime la douleur pour elle-même. Comment sortir de ce cercle infernal de reflets, de ce “renversement insoluble de l’austérité en égoïsme, qui est la signature la plus navrante de notre intermédiarité”? demande Jankélévitch. Cela n’est possible que par l’amour. Notre époque fait du bruit, beaucoup de bruit, autour de la philosophie. Ne serait-elle pas, par hasard, malade de l’amour? Il manque quelque chose! Nous cherchons mais “le cœur n’y est pas”. Encombrés de savoirs, de techniques, de méthodes, de systèmes, nous vivons mal, au-dessous de nos moyens. Dans notre désert bruyant il nous suffirait d’un peu d’attention pour surprendre le chuchotement de la voix de Jankélévitch qui, depuis longtemps déjà, ose prononcer, sans honte, des mots apparemment devenus trop simples. Sa parole solitaire mais chaleureuse, impérative, nous interpelle de loin, sans violence et cette voix qui ne promet rien, surtout pas une nouvelle philosophie, nous fait un signe d’intelligence vers ce “je ne sais quoi”, ce “presque rien”, ce “tout autre chose” au cœur des choses.

Le but de la morale n’est pas de rendre l’homme heureux mais de transcender le possible, et paradoxalement aller au bout de son devoir ne rend pas nécessairement très heureux. Le goût ou le sens du devoir se paie quelquefois fort cher, car ce n’est pas la position la plus confortable que d’aller à l’encontre des intérêts personnels. Notre harmonie et notre confort n’y trouvent pas leur compte. Morale et bonheur ne forment pas toujours un couple assorti! Le décousu fondamental de la condition humaine et le sporadisme des valeurs sont un frein à l’accord parfait majeur. Le propre de la nature humaine c’est l’imperfection. L’intensité de la vie morale se trouve dans les deux extrémités de notre manière de vivre. L’obstacle continuellement renaissant et continuellement aplani, cela constitue la vibration fondamentale de l’existence morale. Le paysage de l’amour, plus que tout autre, se distingue par cet effet de relief. L’amour a besoin de l’exaltante difficulté qui le contrarie et, en le contrariant, le passionne; la séparation, l’éloignement, l’absence, les empêchements sociaux, la haine elle-même pathétisent le sentiment qu’ils entravent et attisent l’ardeur romanesque. “Non pas que l’amour nous transporte vraiment dans l’au-delà indifférent du plaisir et de la douleur..., mais parce que l’amour est la synthèse miraculeuse de la douleur et du plaisir... L’amour n’est pas une transcendance et une neutralité mais une expérience unitive. Et cette syn­thèse a un nom, qui est tellement lié à l’amour qu’on ne peut pas ne pas le prononcer en terminant. Elle s’appelle la joie”. Cette joie qui est à la fois plaisir et douleur. L’amour a des exigences imprescriptibles. L’amour est l’ineffable même : il a trop à dire et se trouve pris dans les balbutiements du langage et les maladresses et la réticence des mots, l’amour le plus souvent nous laisse muets... Comme le discours divin selon Plotin qui n’est que celui des autres vers lui, sens unique des paroles, car Dieu garde le silence. Entre parole et silence, seule la musique peut se glisser; aussi n’est-elle peut-être qu’une autre manière d’exprimer la pensée de notre philosophe qui serait alors un homme de parole qui écrit des choses imprégnées de silence sur le mystère de la musique. Oui ce philosophe a une dilection toute particulière pour la musique, celle que les paroles dévoilent ou révèlent, les musiques de la nuit et du silence, celles de l’intemporelle douceur des nocturnes. Sur Fauré, sur Debussy, sur Ravel, sur quatre notes tenues en équilibre sur les perchoirs du crépuscule, Jankélévitch parle; il parle à peine et jamais assez pour nous dire ce qu’il aime et pourquoi. C’est alors que résonne une phrase chuchotée qui fait de lui le premier soliloqueur (le mot existe-t-il?) du silence, seul philosophe contemporain sachant écrire d’une manière ineffable sur la musique.

Il nous induit à ne plus avoir peur de la musique, à ne plus redouter ses charmes et ses mystères, à l’intégrer à notre humanisme de citoyens du temps. La musique, l’art qui va le plus loin aux confins du non-être, ou plus exactement aux dernières frontières de l’être, doit rester notre meilleure amie, celle de la plus illimitée li­berté, liberté qui est la consolation du temps qui passe... Comme des respirations entre deux variations philosophiques apparaissent les morceaux de temporalité que lui offrent ses méditations sur ses compositeurs préférés. Jouer du piano, déchiffrer, aller au concert, constituèrent ses plus grands moments de bonheur puisque avant tout il privilégiait la musique qui “rend précaires les bruits humains et précieuse l’île enchantée où elle nous transporte”. Accommoder son regard à l’apparition brève qui n’a eu lieu qu’une seule fois, s’accorder à cette conscience fugace qui n’a eu qu’une seule chose à nous dire et que personne ne dira plus, tel est notre souhait. Il s’agit alors de chercher un chemin de coïncidence entre l’homme et l’œuvre, une proximité avec cette pensée au cœur même de sa profondeur. Ce n’est pas que nous lirons autrement son œuvre parce que nous avons entendu sa voix; mais sa présence derrière l’œuvre sera affirmée. Et c’est bien le besoin de cette présence que l’on ressent de plus en plus. Puisse cette présence devenir plus sensible, plus forte, au fil de cette écoute restituée.
Françoise SCHWAB
Note : les phrases entre guillements sont des citations de Jankélévitch.
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Françoise Schwab
Historienne de formation, Françoise Schwab a également suivi les cours de Vladimir Jankélévitch à la Sorbonne. Amie de longue date du philosophe et de sa famille, elle se consacre depuis de nombreuses années à un travail de mémoire sur l’œuvre de Jankélévitch. Du vivant de celui-ci, elle fait publier Sources (Seuil, 1984). Elle est à l’origine de nombreuses publications posthumes (mentionnées dans la bibliographie), dont les lettres très émouvante que Jankélévitch écrivit à son camarade Louis Beauduc de 1923 à 1980 (Une vie en toutes lettres, Liana Levi, 1995). Elle a établi l’édition du premier tome des œuvres complètes de Jankélévitch chez Flammarion : la philosophie morale, qui regroupe La Mauvaise Conscience, Du mensonge, Le Mal, L’Austérité et la vie morale, Le Pur et l’impur, L’Aventure, L’Ennui, Le Sérieux, Le Pardon. Elle a également rédigé de nombreux articles sur Jankélévitch (Magazine littéraire, Lire...) et participé à l’élaboration du catalogue de la Bibliothèque nationale de France consacré à Vladimir Jankélévitch.

VLADIMIR JANKELEVITCH (1903-1985)
Ce coffret de quatre compact-disques présente Vladimir Jankélévitch, philosophe français du XXe siècle dont la pensée est devenue une référence. Jankélévitch trace d’abord de lui un portrait impressionniste, puis, dès le deuxième CD, grâce à la magie de l’enregistrement, nous nous retrouvons à la Sorbonne pour écouter celui qui fut également l’un des plus grands professeurs de philosophie de notre temps. Entre 1990 et 1995, France Culture diffuse trois émissions d’archives sonores de l’INA sur Jankélévitch, présentées par Christine Goémé. “Un homme libre” (l995) regroupait des extraits de plusieurs émissions antérieures : “Concert égoïste, “Agora”, “La musique et les hommes”, “Le masque et la plume”, “Concert pour un ami”... “L’Immédiat” (2e et 3e CD) et “La Tentation de penser” (4e CD) reprenaient de larges extraits de deux cours publics (incomplets) donnés à la Sorbonne en 1959-1960 et 1961-1962, enregistrés et diffusés par Radio Sorbonne à l’époque. Ces émissions, rééditées ensuite sur des cassettes de Radio France (collection Grands Entretiens et causeries) à la demande des auditeurs, ont servi de base de travail à cette édition sur CD. Vladimir Jankélévitch a écrit une quarantaine de livres (philosophie et musique), certains d’entre eux ayant été réédités et traduits en plusieurs langues, ainsi que de nombreux articles qu’il a commencé à rédiger dès l’âge de 20 ans (cf. la bibliographie à la fin du livret). Il a su adapter au monde d’aujourd’hui la question des droits et des devoirs auxquels nous sommes confrontés dès que je, tu et les autres se rencontrent. Il est aussi le premier philosophe à avoir défini la notion de “crime contre l’humanité”. Il est d’autant plus actuel que, dans le cadre de l’ONU, l’année 2001 a été proclamée Année internationale de la mobilisation contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance. Son œuvre est unique et difficile à classer. Titulaire de la chaire de philosophie morale et politique à la Sorbonne de 1951 à 1975, Jankélévitch a été aussi un grand pédagogue. Il ne se considérait d’ailleurs pas comme un écrivain, mais comme “un philosophe qui s’est exprimé oralement”, comme un “professeur de philosophie”. Il a en effet marqué de son influence des générations d’étudiants mais aussi de nombreux auditeurs qui l’écoutaient chaque semaine à la radio.

Au fait, quelle voix avait Socrate ?
L’intérêt des extraits que l’on va écouter est multiple. Nous ne saurons jamais quelle était la voix de Socrate, perdue à jamais, mais celle de Jankélévitch est heureusement conservée, bien réelle. Grâce à cette voix, le lien qui nous relie à l’auteur et à son œuvre, devenus soudain beaucoup plus proches, est vivant, dynamique. Ces enregistrements rendent Jankélévitch accessible et le mettent à la portée d’un public très large qui, peut-être, n’a jamais eu l’ occasion de passer quatre heures avec un philosophe digne de ce nom, qui, peut-être, n’a même jamais lu une ligne de philosophie mais qui, ensuite, aura envie, pourquoi pas, d’ouvrir un livre de lui pour en savoir plus sur le “pardon” ou sur le “je-ne-sais-quoi”… Ils nous font découvrir qu’un philosophe, c’est aussi un homme, c’est-à-dire quelqu’un qui souffre, qui pleure, qui se met en colère, qui chantonne avant de se mettre au piano… Ils nous donnent donc de lui une image très vivante et totalement inattendue : Jankélévitch ne s’est jamais enfermé dans une tour d’ivoire, il s’exposait, il marchait et manifestait dans les rues pour défendre les causes qu’il croyait justes. Et surtout, il disait lui-même qu’il travaillait pour le XXIe siècle. D’emblée, dès le début du premier CD, Jankélévitch nous dit ce qui l’intéresse : l’homme des confins, les situations limites, ce qu’il appelle “les extrêmes”. Il évoque aussi le contexte dans lequel il est né, les lectures qui l’ont nourri, l’importance de la musique dans sa vie, les choix qu’il a faits très tôt et auxquels il est resté fidèle toute sa vie. En nous expliquant comment s’est formée et structurée sa pensée, il nous familiarise en même temps peu à peu avec les notions universelles de la philosophie (“amour de la sagesse”) : la vie, la mort, la morale, l’innocence, la sincérité (CD 1, n° 7), l‘amour (CD 1, n° 6 et 7) la liberté et l’engagement, le temps, etc.  Le dernier extrait du premier CD, intitulé “Bergson et la recherche de l’immédiat”, placé après les passages sur la musique, aborde déjà le thème du temps et fait le lien avec l’immédiat. Nous avons aussi choisi, au début de chaque cours (CD 2, n° 2, et CD 4, n° 1), deux extraits relativement longs où Jankélévitch explique à ses étudiants les raisons pour lesquelles il a choisi comme thèmes l’immédiat et la tentation -  plutôt que de hacher tout de suite le discours, parfaitement construit, qui suit les méandres de sa réflexion. Lui-même disait que ses cours étaient ce qu’il avait fait de mieux pour l’humanité. Quand il emploie des termes plus techniques, il répète, il revient sur les phrases précédentes, il utilise des images et fait des comparaisons : ce qu’il veut avant tout, c’est faire comprendre.  Le cours sur l’Immédiat (2e et 3e CD) est, selon les termes de Christine Goémé, une immense méditation sur le temps à travers les siècles, de Platon à Bergson, où Jankélévitch nous propose de réfléchir sur ce qui nous fait devenir, advenir, vivre : le temps, l’instant présent, passé, l’irréversibilité, etc. Ces notions deviennent soudain beaucoup moins abstraites et l’on s’aperçoit qu’elles font partie de la vie de tous les jours. Jankélévitch arrive même à nous faire capter ce qu’il appelle l’“épaisseur” du temps et il nous demande de nous arrêter un moment pour essayer de comprendre ce qu’est un instant : une petite lueur, un clignotement, que l’on apercevrait à travers un volet mal fermé ! Il nous parle aussi du kairos, c’est-à-dire de l’occasion au sens de moment favorable qui passe et ne se présentera plus ; la saisir est d’ailleurs tout un art. La déesse Kairos, sa personnification allégorique, avait la tête rasée, avec seulement une mèche de cheveux sur le front, et la morale du bon sens dit en effet que l’occasion n’a qu’un cheveu ! Le cours sur la Tentation (4e CD) met en relief le fait que nous sommes libres de vouloir ou de ne pas vouloir et qu’il s’agit toujours, finalement, de vouloir vouloir. Jankélévitch y développe “les thèmes qui le tracasseront toute sa vie, le désir de l’homme en déséquilibre permanent, tiraillé entre le bien et le mal, la volonté, la liberté, la vérité...” en citant la Bible dans la version des Septante, “la première de toutes les traductions de l’Ancien Testament hébreu, faite en grec vulgaire avant l’ère chrétienne” (C. Goémé).

La rencontre est forte car plus rien ne vient nous distraire, plus aucune musique - qu’il jouait si bien et qui nous permettait de nous détendre un peu -, plus de témoignages de proches ou d’amis : sa voix, très chargée émotionnellement, vient nous chercher au plus profond de nous-mêmes. Seule la voix de Christine Goémé prend parfois le relais pour poser quelques repères ici et là. Jankélévitch s’adresse à ceux qui veulent aller tout de suite à l’essentiel et remplit son rôle de philosophe : être un taon, un éveilleur comme Socrate, qui dérange parce qu’il refuse ce qu’on lui propose comme allant de soi, qui interrompt la douce torpeur quotidienne, mais c’est pour rester vigilant et ne pas oublier, ne pas trop s’accoutumer, surtout ne pas devenir indifférent à l’indifférence. Dans une langue très limpide, il nous explique ce que veut dire ré-fléchir, ou “prendre subitement quelque chose au sérieux”, en utilisant une formule presque magique - que l’on retrouve à plusieurs reprises : “Comprenez-vous ce que cela signifie” par exemple “d’être en vie”, “d’exister une fois et puis plus jamais, plus jamais” ? En acceptant d’être enregistré, il a lui-même choisi de rester présent “physiquement” parmi nous et de laisser une trace vivante de lui : sa voix. Le direct donne un côté humain et tangible aux enregistrements, et si l’on tend un peu l’oreille, on se retrouve parmi les étudiants et les auditeurs libres dans l’amphithéâtre Guizot le lundi après-midi, plein à craquer. Par moments, on entend une toux, quelques rires, un crayon, un objet qui tombe. Présenter ainsi Jankélévitch, c’est un peu comme si l’on devait présenter un ami à des personnes qui veulent faire sa connaissance, avant de les laisser ensemble, en espérant qu’ils s’entendront.

Biographie
Elle resitue Vladimir Jankélévitch dans son contexte historique et culturel et aide à mieux comprendre les extraits qui vont suivre. Les parents de Jankélévitch, Samuel J. et Anna Ryss, sont nés en Russie, mais ils se rencontrent en France, à la faculté de Montpellier, où ils sont venus étudier la médecine. Samuel Jankélévitch obtient son diplôme en l895. Les deux jeunes gens se marient et vivent quelque temps à Bourges, où naissent leurs trois enfants, Ida, Vladimir (né le 31 août 1903) et Léon. La famille Jankélévitch s’installe ensuite à Paris.

De la musique à la philosophie
Quand Vladimir Jankélévitch parle de la musique (CD 1, n° 13), il dit qu’il a “toujours vécu dedans”. Tout jeune, il écoute en effet sa sœur travailler son piano, se familiarise ainsi avec certaines musiques et apprend lui-même à jouer avec une tante qui a été professeur au conservatoire de Saint-Pétersbourg, et qui vit désormais chez eux. Il déchiffre très facilement mais n’a pas des doigts de musicien… Pour lui, jouer du piano, “c’est s’abandonner à un plaisir sans mélange”, c’est “faire” de la musique, et celle-ci va devenir “la moitié de sa vie”. Langage de l’indétermination (CD, n° 17), la musique exprime ce que la parole ne parvient pas à formuler. Attiré surtout par les musiciens de son époque (l’Ecole de Paris), Jankélévitch écrit des livres sur eux, pour nous aider à comprendre leur univers. Il aime, entre autres, Ravel (dont l’Enfant et les sortilèges l’émeut profondément, en particulier le chœur des bêtes dans le jardin), Debussy (CD 1, n° 14), Fauré (n° 15), Liszt (n° 16), qui est de partout et de nulle part, et tant d’autres… Mais, selon lui, très peu de gens aiment vraiment la musique car nous lui demandons la plupart du temps bien autre chose qu’elle-même (n° 17).

Sources et influences
Le père de Jankélévitch partage son temps entre ses malades et une intense activité intellectuelle. En effet, ce médecin-oto-rhino-philosophe, qui traduit entre autres des ouvrages de Hegel et de Nietzsche, est aussi le premier traducteur de Freud en français. Parlant de la mort (CD 1, n° 12), Jankélévitch dira que son père est dans la pensée qu’il lui a léguée et non pas dans le cimetière où on l’a enterré. La culture slave est également très présente. Jankélévitch se souvient d’un livre qui bouleversait ses parents : le récit des Sept Pendus, écrit en 1908 par Leonid Andreïev (1871-1919), qui deviendra plus tard le “livre de chevet” de leur fils. Cette œuvre est dédiée à Tolstoï. Son auteur, très controversé en Russie au début du XXe siècle, rend hommage aux révolutionnaires anarchistes.  Vladimir fait des études classiques au lycée Montaigne puis à Louis-le-Grand. Il suit pendant un an des cours de russe à l’Ecole des langues orientales. Surtout il fréquente les philosophes russes (CD 1, n° 2) immigrés en France, entre autres Berdiaev , à qui il rend visite avec son père à Clamart, et Chestov, dont il se sent le plus proche et dont il aime la forme de pensée “par fulgu­ration” et “l’absurdité slave”. Après avoir fait des études brillantes, il décide de devenir professeur de philosophie et entre en 1922 à l’Ecole normale supérieure. Dès l’année suivante, il écrit des articles et fait la connaissance de Bergson (CD 1, n° 5, 11 et 18), dont il se sent très proche. En effet, le bergsonisme “dit oui à la vie” - Jankélévitch dira également que, malgré les aléas de l’existence, “il fait bon vivre”, encore faut-il avoir conscience que l’on est en train de vivre. Reçu premier à l’agrégation de philosophie en 1926, il choisit comme sujet de thèse de doctorat l’Odyssée de la conscience dans la dernière philosophie de Schelling. Un autre “philosophe de la vie” l’influence également : l’Allemand Georg Simmel (1858-1918), fondateur de la sociologie pure ou formelle, pour lequel la société n’est pas une substance en soi mais un devenir qui se fait et se défait sans cesse entre des individus. Enfin, selon Jankélévitch, “le plus grand philosophe de tous les temps”, “le” philosophe, c’est bien sûr Platon (CD 1, n° 4), dont il a lu les dialogues en grec (CD 1, n° 4), qu’il considère donc comme “la langue de la philosophie par excellence”, indispensable pour saisir le sens des mots à la racine. La philosophie ou “amour de la sagesse” est aussi pour lui un mode d’être : “Philosopher revient (…) à se comporter à l’égard de l’univers et de la vie comme si rien n’allait de soi” (la Mauvaise conscience, collection “Mille et une pages”, p. 43). En enseignant, il va donc transmettre aux jeunes ce qu’il a appris et compris en étudiant les auteurs du passé, et leur communiquer ses “convictions”. En cela il reste très proche de Platon qui formulait ainsi son message : “Aux enfants il faut laisser un bel héritage de conscience plutôt que d’or” (les Lois, V, 729 b). Pour le philosophe grec, l’éthique était “le couronnement de la philosophie, son aboutissement”. En effet, l’homme est un être moral : c’est lui qui décide toujours en dernier recours entre le bien et le mal, il est libre de vouloir, de vouloir vouloir - ou bien il peut adhérer à l’idéologie du moment et laisser faire. Le danger est toujours de vivre comme les méduses dont parle Platon, somnambules, indifférentes à tout sauf à leur tube di­gestif.

Prague (CD 1, n° 2)
Jankélévitch fait son service militaire à Paris, puis il est nommé professeur à l’Institut français de Prague, où il enseigne de1927 à 1932. Il travaille et fait preuve déjà d’une grande créativité : il écrit des articles, un livre sur Bergson (qui paraît en 1931) ; il rédige aussi sa thèse de doctorat et sa thèse complémentaire (la Mauvaise Conscience). Ses analyses de la tentation prennent appui sur des exemples de l’architecture baroque de Prague : balcons qui s’avancent dans le vide, sculptures en déséquilibre…, comme l’homme tenté qui va jusqu’au bord, très au bord, avant de dire oui - ou non ! Comme il le dit lui-même, il s’intéresse beaucoup à ces situations limites, à ces extrêmes (CD 1, n° 1). Pendant ce séjour, il en profite pour lire, entre autres, Fénelon (CD 1, n° 3), dont il admire “les vues étonnantes” sur les “illusions de l’expérience morale”. Ainsi, le “pur amour” dont parlait ce prélat du XVIIe siècle (également écrivain et directeur de conscience) est un “problème” que l’on ne peut pas expliquer de façon rationnelle mais seulement “effleurer” en abordant sa “limite extrême” (cf. le Paradoxe de la morale, Seuil, p. 134). En 1933, Jankélévitch enseigne au lycée de Caen (trois mois) puis au lycée du Parc de Lyon (classe de khâgne). C’est aussi l’année où Hitler devient chancelier du IIIe Reich. Le fascisme est également bien implanté en Italie. En France, on observe une grande agitation des ligues nationalistes et de tendance fasciste. Pour s’opposer à ces mouvements, les partis politiques de gauche forment la coalition du Front populaire, que Jankélévitch soutient (il est affilié au “Front commun” en 1934). Le Front populaire remporte les élections en l936. Jankélévitch mène ensuite parallèlement son enseignement et ses publications (l’Ironie ou la bonne conscience, Gabriel Fauré et ses mélodies, l’Alternative). Il entreprend également à cette époque la rédaction du Traité des vertus (CD 1, n° 6).

La guerre et la clandestinité
Mobilisé en 1939, il est blessé en 1940 et hospitalisé à Marmande. Il rejoint ensuite Toulouse, où il apprend en juillet qu’il est révoqué, tombant sous le coup des lois de Vichy : il est déchu de sa fonction d’enseignant à 36 ans. Une loi du 3 octobre vient en effet d’interdire aux Juifs l’exercice de certains métiers, notamment ceux de la presse, de l’édition, de la radio et de l’enseignement. Jankélévitch reste à Toulouse pendant toute la guerre. Selon lui, un philosophe, c’est quelqu’un “qui fait comme il dit”, et non pas ce qu’on lui dit de faire : il refuse donc de se taire comme on le lui demande, c’est-à-dire qu’il continue à enseigner mais clandestinement. Il entre dans la Résistance en 1941 (CD 1, n° 6). Ses parents, sa sœur, son beau-frère Jean Cassou (relevé par Vichy en 1940 de ses fonctions au musée du Luxembourg) et leur fille Isabelle viennent alors le rejoindre. On sait que l’évêché et l’Institut catholique de cette ville se montrent très solidaires des Juifs. Mais les temps sont durs. Jankélévitch se “débrouille”, il “tapi­rise” (il donne des leçons particulières) et prépare quelques cours d’agrégation, qu’il réussit à donner discrètement dans les cafés – dont un premier cours sur la mort (1941). Il trouve encore de l’énergie et du temps pour écrire des articles et continuer à rédiger le Traité des vertus. L’appartement de ses parents à Paris, où ses livres et ses partitions avaient été transportés, est pillé en 1941. Jankélévitch apprécie plus que tout la fidélité et l’amitié, qui lui “redonne des raisons de vivre” (lettre à Beauduc, 16 juin 1942, Une vie en toutes lettres, p. 302). En 1942, trois anciens élèves du lycée du Parc de Lyon font paraître Du mensonge et le Nocturne. Son beau-frère Jean Cassou est arrêté et emprisonné une seconde fois en juillet pour faits de résistance. Dès décembre 1943, l’existence est devenue dangereuse même à Toulouse. Jankélévitch écrit à son ami Louis Beauduc, il cherche “un abri quelque part ailleurs, n’importe où… Il s’agit de quatre personnes (mes parents, ma sœur, ma nièce)” (Une vie en toutes lettres, p. 295). Il n’est pas question pour lui d’accepter les postes qu’on lui propose à Lyon ou à New York. Quand il parle de cette période, sa voix s’effondre, on l’entend à peine. Il évoquera plus tard l’héroïsme de ses camarades de la Résistance qui ont affronté la mort. Tout cela a pour lui un sens “impalpable”, “impondérable” ; c’est comme un message déposé en silence par quelqu’un. Jankélévitch parle à ce propos d’une “religion des messages” – la seule possible pour lui.

Le droit de vivre et le combat contre l’oubli
Après ces années de clandestinité, où il a perdu “l’habitude de son propre nom”, il doit presque réapprendre à vivre et ne peut reprendre ses fonctions tout de suite. Il se sent comme un étranger dans son pays. Et surtout, en 1944, en voyant à l’hôtel Lutétia les listes des noms de déportés, des morts et des rescapés des camps de concentration, il “réalise l’immensité de l’horreur” et comprend que, pour un Juif, le fait d’être vivant tient presque du miracle. Plus que jamais, il réaffirme son attachement aux philosophies “qui disent oui” à la vie, telle, toujours, celle de Bergson. C’est ce qu’il cherche à transmettre aux jeunes, souvent blasés : ils ne connaissent tout simplement pas la valeur de la vie et préfèrent souvent les théories de l’éternel retour, qui rendent tout mouvement vers la vie absurde et inutile. A la Libération, on propose à Jankélévitch de s’occuper des émissions musicales à Radio-Toulouse-Pyrénées. La musique l’aide sans doute à se retrouver. Il organise de grands concerts à Toulouse, puis il accepte une bourse du CNRS pour finir de rédiger le Traité des vertus. Il fait également une tournée de conférences en Algérie, au Maroc et en Tunisie puis au Portugal, dans le cadre de l’Alliance française. En octobre 1947, il reprend son enseignement à la faculté de Lille, en tant que maître de conférences. La même année, il se marie à Alger. Il ne peut garder le silence très longtemps : dès 1948, il publie Dans l’honneur et la dignité et va se battre contre le refus de mémoire, la tentation d’amnésie collective. Il nous demande de ne pas oublier ces millions de morts. Les Juifs faisaient “partie de ce pan de l’humanité que l’ennemi aurait bien voulu supprimer…” et ce “crime métaphysique… a bien failli réussir”. Jankélévitch n’oublie pas les autres victimes des nazis, entre autres celles d’Oradour-sur-Glane (9 et 10 juin 1944), de Tulle, d’Argenton-sur-Creuse, livrées au sadisme meurtrier d’une division SS. En 1951, enfin, il est nommé professeur à la Sorbonne, et de nouveau mène parallèlement l’enseignement et l’écriture.

“La sécheresse de mes contemporains”  (CD 1, n° 9)
En mars 1953, une loi d’amnistie pour “collaboration ou acte similaire” est votée, et la Haute Cour de justice (instituée en novembre 1944) est supprimée. Jankélévitch invite ses contemporains au travail de mémoire. “Le sommeil de la raison engendre des monstres”, pour reprendre le titre d’un dessin de Goya, donc ne dormons pas trop, semble-t-il nous dire sans cesse. Le travail de mémoire est en effet indispensable pour rester civilisé et, à la suite de Freud, de Bergson et de Proust, il nous rappelle que la mémoire peut être une présence à soi morte ou vive, on peut la perdre, la laisser se figer ou la retrouver. C’est l’affaire de chacun et de tous : “Le diable c’est le démon de l’oubli… l’invitation au sommeil” (l’Austérité et la vie morale, collection “Mille et une pages”, Flammarion, p. 521). En 1957 paraît le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien. Il explique que cette notion du je-ne-sais-quoi (CD 1, n° 8) n’est pas sortie de son imagination, que “ce n’est pas un joujou”, mais que c’est un concept rationaliste très ancien et très utile pour faire comprendre des réalités telles que le charme, l’ironie, l ‘humour, la nostalgie, etc. Ses cours sur la Tentation (1961) reprennent l’image (chère à Platon) de la méduse, du mollusque, qui adhère à son support comme une ventouse, sans vouloir jamais se dégager, se “désengager” de son milieu et enfin se décider à dire non (ou oui). La philosophie gêne parce qu’elle apprend à dire non “alors que tout cons­pire à nous faire dire oui” (CD 3, n° 3) .

Pardonner ?
Jankélévitch écrit en février 1965 son célèbre article “L’imprescriptible”, qui paraît dans la Revue administrative et qui reprend une lettre écrite sur le même thème le mois précédent (le Monde, 3 janvier 1965). Il publie en 1966 son célèbre livre sur Ia Mort et, en 1967, le Pardon, où resurgit toujours la même inquiétude : “Souvenez-vous. Ne dormez pas. Ne soyez pas comme les végétaux, les ruminants et les mollusques qui oublient à chaque instant l’instant précédent et ne protestent jamais contre rien” (Philosophie morale, Mille et une pages, Flammarion, p. 1047). Pardonner ? (1971) est écrit pour les déportés . Ces textes reviennent sur ce que tout le monde voudrait tant pouvoir oublier, mais pour Jankélévitch, “le pardon est mort dans les camps de la mort” (Pardonner ? Seuil, Points, p. 50). La réconciliation est pour lui impossible. Comme il le dira quelques années plus tard en 1980 dans l’émission “Le masque et la plume” (propos repris dans “Un homme libre”), ce refus lui dicte des “comportements parfois inutiles”, excessifs, comme ne plus aller en Allemagne, ne plus écouter de musique allemande, etc. Il s’étonne aussi de n’avoir jamais reçu aucun mot d’excuse, rien, aucun signe. Mais, à la suite de cette émission, il recevra cette lettre tant attendue : bouleversante, elle est écrite par un jeune Allemand, Wiard Raveling, et commence ainsi :  “Cher monsieur Jankélévitch, Ils ont tué six millions de Juifs, mais ils dorment bien, ils mangent bien et le Mark se porte bien. Moi, je n’ai pas tué de Juifs, que je sois né allemand, ce n’est pas ma faute ni mon mérite, on ne m’en a pas demandé permission. Je suis tout à fait innocent des crimes nazis, mais cela ne me console guère. Je n’ai pas la conscience tranquille, j’ai mauvaise conscience, et j’éprouve un mélange de honte, de pitié , de résignation, de tristesse, d’incrédulité, de révolte. Je ne dors pas toujours bien…” (lettre publiée en juin 1995 dans le Magazine littéraire, n° 333). Jankélévitch répond à W. Raveling, l’invite à venir le voir en lui disant qu’il sera “reçu comme le messager du printemps”. Ils se rencontreront à Paris en avril 1981.

(Un témoignage personnel)
J’ai connu Jankélévitch à la Sorbonne en 1965 et je n’ai jamais oublié sa voix et son message. Il voulait nous passer le relais et nous transmettait quelque chose de grave, d’éternel, au sujet de la mémoire et de l’oubli, entre autres. Son discours, simple et direct, nous “parlait”. Je voulais étudier la pensée de La Mettrie, médecin philosophe des Lumières (1709-1751) qui avait écrit l’Homme-plante et l’Homme-machine. Jankélévitch m’a confiée à l’une de ses assistantes, Elisabeth de Fontenay, pour faire ce travail. Il m’a demandé aussi s’il n’y avait pas un médecin dans ma famille, qui avait soigné sa fille. C’était mon père, Jean Zha. Jankélévitch a voulu que je connaisse très vite sa femme et sa fille ! Je suis donc allée chez eux, quai aux Fleurs, un peu intimidée, mais pas pour longtemps, et j’y suis retournée parce qu’on était bien chez eux. Et puis il y a eu la guerre des Six-Jours, Mai 68, le printemps de Prague… On se réunissait chez les uns ou chez les autres pour parler des relations futures entre Israéliens et Palestiniens, on faisait la paix pour eux, on espérait beaucoup.

Mai 1968
En 1968, dans la Sorbonne “occupée”, la présence quotidienne de Jankélévitch est également inoubliable. Il est accepté sans problème par les étudiants, il les écoute, il leur parle ; sa révolte et leur révolte ne sont pas très différentes, leur démarche est proche. Pour lui, la contestation est un signe de santé et de jeunesse. Il participe aux assemblées générales, il manifeste et affronte les gaz lacrymogènes…

La philosophie est menacée de mort (CD 1, n° 10)
En 1975, on parle de supprimer l’enseignement de la philosophie au lycée. Jankélévitch milite pour sauver cette discipline à laquelle on reproche de ne “servir” à rien… sauf à réfléchir, pour vivre plus “sérieusement”, si on le désire vraiment. Il participe avec passion aux “états généraux de la philosophie” à la Sorbonne (ex­trait daté du 16 juin l979). Son message, ou une lecture possible de son message, serait justement que la philosophie dérange parce qu’elle avertit chacun qu’il est libre : on n’est jamais obligé de se conformer… à rien. Suivre, subir c’est comme attraper une maladie par contagion, par affaiblissement du système de défense (critique) qui n’a pas joué son rôle – quand on est “endormi”, quand on a laissé mourir le lien avec le passé. Il arrête son enseignement à la Sorbonne en 1975 mais garde encore pendant trois ans un séminaire de doctorat, en choisissant comme derniers thèmes l’Innocence, la Violence et le Silence, avant de prendre sa retraite définitive en 1979. L’année suivante, le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien est réédité. Jankélévitch voulait trouver le langage du cœur et donner une explication au mal absolu (CD 1, n° 6), à la méchanceté (CD 1, n° 9). En 1981, quatre ans avant sa mort, paraît le Paradoxe de la morale, où il écrit : “Il est doxal, c’est-à-dire conforme… d’aimer son prochain en tant qu’il est ceci ou cela… Le paradoxe c’est d’aimer l’homme non pas en tant que tel ou tel… juif ou grec, mais… sans nul en-tant-que… Quand deux hommes l’un à l’autre étrangers… se rencontrent dans l’immense solitude d’un désert ou dans le silence éternel des montagnes, ces deux hommes esseulés se regardent et se saluent ; ils entrent en rapport sans avoir besoin d’être présentés l’un à l’autre (…) ils échangent une première parole et le vent, les rochers, la nature élémentaire leur renvoient l’écho de cette parole. Cette parole est déjà en elle-même une bienvenue. (…)” (Seuil, p. 49). Vladimir Jankélévitch meurt le 6 juin 1985. “Celui qui a été ne peut plus désormais ne pas avoir été. Désormais ce fait mystérieux et profondément obscur d’avoir vécu est son viatique pour l’éternité” (phrase de l’Irréversible et la nostalgie, inscrite sur la plaque du l, quai aux Fleurs, à Paris, où il habitait depuis 1939). 
Et n’oublions pas cette phrase de lui si unique qui revient comme un leitmotiv : “Ne ratez pas votre seule matinée de printemps !”
Edith ZHA - Elève de Jankélévitch de 1965 à 1970

Chronologie
1903 : naissance de Vladimir Jankélévitch le 31 août à Bourges.
1922 : il entre à l’Ecole normale supérieure.
1923 : première rencontre avec Bergson, “le” philosophe de la vie.
1926 : Jankélévitch est reçu premier à l’agrégation de philosophie.
1926-1927 : service militaire.
1927-1932 : professeur à l’Institut français de Prague.
1931 : publication de son premier livre, Henri Bergson.
1933 : Jankélévitch est nommé professeur au lycée de Caen puis au lycée du Parc de Lyon (khâgne).
1936 : professeur à la faculté de Toulouse.
1939 : Jankélévitch est mobilisé à Massy-Palaiseau.
1940 : il est blessé à Mantes, puis rejoint Toulouse. En octobre, il apprend qu’il est révoqué.
1941 : il s’engage dans la Résistance. Son beau-frère, l’écrivain Jean Cassou, est arrêté pour fait de résistance par la Milice.
1946-1947 : Jankélévitch reprend ses fonctions à la faculté des lettres de Lille.
1951 : il est nommé professeur à la Sorbonne (chaire de philosophie morale) et y enseigne dès l’année suivante.
1963 : il enseigne aussi à l’université libre de Bruxelles comme professeur visiteur.
1965 : docteur honoris causa de l’université libre de Bruxelles.
1968 : événements de Mai. Il manifeste avec les étudiants.
1975 : il défend activement l’enseignement de la philosophie au lycée. Il arrête son enseignement à la Sorbonne.
1979 : il prend sa retraite définitive.
1981 : parution du Paradoxe de la morale.
1985 : Vladimir Jankélévitch meurt le 6 juin, à Paris.

La Shoah
Quelques repères… 
1914-1918 :
Première Guerre mondiale.
1923 : occupation de la Ruhr par les Alliés… Putsch de Munich…
1933 : Hitler chancelier du IIIe Reich... en avril, premières mesures anti-juives.
1936 : guerre civile en Espagne. Front populaire en France.
1937 : bombardement de Guernica par les nazis.
1938 : accords de Munich.
1939 : la Wehrmacht envahit la Pologne le ler septembre ; la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à l’Allemagne le 3 ; début de la Seconde Guerre mondiale.
1940 : Paris est occupée le 14 juin. Armistice. Gouvernement de Vichy. Le 18 juin, de Gaulle appelle les Français à résister.
Mars 1941 : création d’un Commissariat aux questions juives. En zone occupée, les Juifs sont recensés, et leurs biens professionnels sont confisqués et confiés à des “administrateurs-gérants”.
Août : 6000 Juifs sont enfermés dans le camp de Drancy.
5 septembre : exposition raciste sur “Le Juif et la France” au palais Berlitz, boulevard des Italiens.
Janvier 1942 : conférence de Wannsee, en Allemagne, pour “organiser” la solution finale - c’est-à-dire l’élimination de la population juive d’Europe (environ 11 millions de personnes). L’opération “Vent printanier” s’appliquera aux Juifs d’Europe de l’Ouest (à Auschwitz, un million de Juifs disparaîtront entre 1942 et 1944), et “Ecume de mer”, à ceux des pays de l’Est. Port obligatoire de l’étoile jaune pour les Juifs ; publication des lieux où ils sont indésirables.
Juillet : rafle du Vél d’Hiv’, boulevard de Grenelle. Arrestation de 13 000 Juifs – dont 4051 enfants – qui partent ensuite à Drancy, à Pithiviers et à Beaune-la-Rolande, trois camps d’internement qui sont des étapes avant les camps de la mort.
19 avril 1943 : révolte et destruction du ghetto de Varsovie. Quelques survivants sont déportés.
1944 : le territoire français est libéré (Paris, le 25 août).
1945 : l’Allemagne capitule le 8 mai. Hitler se suicide. Bombe atomique sur Hiroshima (6 août) et Nagasaki (9 août), au Japon.
1948 : naissance de l’Etat d’Israël.

La Shoah – ou Holocauste – fut donc, il y a soixante ans, l’extermination de six millions de Juifs par les nazis. (Eichmann, le responsable de la section anti-juive de la Gestapo, est condamné à mort à Jérusalem, le 15 décembre 1961.) Vers 1985 apparaît le terme “révisionnisme” puis, en 1990, le “négationnisme” qui “minimise le génocide des Juifs, notamment en niant l’existence des chambres à gaz” (Le Robert, 1995). En septembre 1987, le pape Jean-Paul II reçoit les dirigeants du Comité international juif pour les consultations interreligieuses. L’idée est de rédiger un document sur la Shoah, qui devient une “réflexion sur la Shoah” : “Nous nous souvenons”. Depuis 1998, le 9 août est devenu pour les catholiques un jour de commémoration de l’horreur de la Shoah.

Bibliographie
Philosophie :
1931 : Henri Bergson, Paris, Alcan ; 1959, 2e éd. aug., Paris, PUF ; 1989, d. éd., Quadrige.
1933 : L’Odyssée de la conscience dans la dernière philosophie de Schelling, Paris, Alcan.
1933 : Valeur et signification de la mauvaise conscience, Paris, Alcan ; la Mauvaise Conscience, 2e éd. aug., Paris, Aubier-Montaigne ; d. éd. 1982.  / L’Ironie, Paris, Alcan, 1936 ; 1950,  l’Ironie ou la bonne conscience, 2e éd., Paris, PUF ; d. éd., Paris, Flammarion, 1979.
1938 : L’Alternative, Paris, Alcan ; 1963, chap. 2, l’Aventure, l’Ennui, le Sérieux, Paris, Aubier-Montaigne ; 1994, Premières et Dernières Pages, Paris, Seuil, chap. 8.
1942 : Du mensonge, Lyon, Confluences.
1947 : Le Mal, Cahiers du collège philosophique, Paris, Arthaud.
1949 : Traité des vertus, Paris, Bordas ; 1968, rééd. complète, t. 1 : le Sérieux de l’intention, Paris, Bordas ; 1984, d. éd., Paris, Flammarion. 1970, rééd. complète t. 2 : les Vertus et l’amour, Paris, Bordas ; 1986, d. éd. Paris, Flammarion. 1972, rééd. complète, t. 3 : l’Innocence et la méchanceté, Paris, Bordas ; 1986, d. éd., Paris, Flammarion.
1954 : Philosophie première, introduction à une philosophie du presque, Paris, PUF ; 2e éd., 1968 ; 1958, Quadrige, d. éd.
1956 : L’Austérité et la vie morale, Paris, Flammarion.
1957 : Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien, Paris, PUF ; 1980, 2e éd. aug., Paris, Seuil.
1960 : Le Pur et l’Impur, Paris, Flammarion ; 1978, 2e éd.
1963 : L’Aventure, l’ennui, le sérieux, Paris, Aubier-Montaigne ; 1976, 2e éd.
1966 : La Mort, Paris, Flammarion ; 1977, 3e éd.
1967 : Le Pardon, Paris, Aubier-Montaigne.
1971 : Pardonner, Paris, Le Pavillon, Roger Maria éd. ; 1986, l’Imprescriptible, Paris, Seuil.
1974 : L’Irréversible et la nostalgie, Paris, Flammarion ; 1983, 2e éd.
1978 : Quelque part dans l’inachevé (en coll. avec B. Berlowitz), Paris, Gallimard ; 1987, 2e éd, Paris.
1981 : Le Paradoxe de la morale, Paris, Seuil.
1984 : Sources, recueil établi par Françoise Schwab, Paris, Seuil.

Publications posthumes
1986 : L’Imprescriptible (Pardonner ? – Dans l’honneur et la dignité), Paris, Seuil.
1994 : Premières et dernières pages, recueil établi par F. Schwab, Paris, Seuil.
1994 : Penser la mort ? Entretiens, recueil établi par F. Schwab, Paris, Liana Levi.
1995 : Une vie en toutes lettres, Correspondance, édition établie par F. Schwab, Paris, Liana Levi.
1998 : Plotin, Ennéades I. 3. Sur la dialectique, édition établie par J. Lagrée et F. Schwab, préface de L. Jerphagnon, Paris, éd . du Cerf.
1998 : Philosophie morale, coll. “Mille et une pages”, édition établie par F. Schwab, Paris, Flammarion.

Musique :
1938 : Gabriel Fauré et ses mélodies, Paris, Plon.
1939 : Maurice Ravel, Paris, Rieder.
1942 : Le Nocturne, Lyon, Marius Audin.
1949 : Debussy et le mystère, Neuchâtel, La Baconnière.
1955 : La Rhapsodie, verve et improvisation musicale, Paris, Flammarion.
1961 : La Musique et l’ineffable, Paris, Armand Colin.
1968 : La Vie et la mort dans la musique de Debussy, Neuchâtel, La Baconnière.
1974 : Fauré et l’inexprimable, “De la musique au silence”, t. I, Paris, Plon.
1976 : Debussy et le mystère de l’instant, “De la musique au si­lence”, t. II, id.
1979 : Liszt et la rhapsodie : essai sur la virtuosité, “De la musique au silence”, t. III, id.
1983 : La présence lointaine. Albéniz, Séverac, Mompou, Paris, Seuil.

Publications posthumes :
1988 : La Musique et les heures : Satie et le matin, Rimski-Korsakov et le plein midi, Joie et tristesse dans la musique russe d’aujourd’hui, Chopin et la nuit, le Nocturne, recueil établi par F. Schwab, Paris, Seuil.
1998 : Liszt : rhapsodie et improvisation, éd. et préface par F. Schwab, Paris, Flammarion.

Discographie
CD n° 1 : Un homme libre
1) Ses sujets de prédilection, les extrêmes. 
2) Prague. Chestov et Berdiaev.
3) Les Pères de l’Eglise. Saint François de Sales. Fénelon. 
4) Platon.
5) Bergson : un philosophe d’avant-garde. 
6) Le Traité des vertus.
7) L’obligation morale.
8) Le je-ne-sais-quoi. 
9) La sécheresse humaine. La méchanceté.
10) Les états généraux de la philosophie (16 juin 1979). 
11) Bergson et l’engagement. 
12) Penser à la mort.
13) La musique ou la moitié de ma vie (l’Ecole de Paris, Mompou…). 
14) Debussy.
15) Le prélude (Chopin, Scriabine, Debussy, Fauré). 
16) Liszt. 
17) La musique et l’ineffable (la nostalgie).
18) Bergson et la recherche de l’immédiat.

CD n° 2 : L’Immédiat
1) Introduction (Christine Goémé). 
2) L’esprit moderne veut reprendre contact avec l’immédiat.
3) Le temps a une existence positive. 
4) L’homme est implanté dans le présent.
5) Le retour à l’immédiat : un recommencement. 
6) L’immédiat chronologique et l’immédiat philosophique.
7) Ignorance et conscience de l’immédiateté. 
8) Contre Platon : besoin du renversement du pour au contre.
9) La zone intermédiaire de la médiation et du sérieux. 
10) L’espace et le temps sont des milieux dociles.
11) L’acte manqué. 
12) L’argent, la volonté des moyens sans la fin. 
13) La recherche du sens.
14) Le kairos ou l’art de saisir l’occasion (C. Goémé). 
15) Le Presque-rien d’espace et le presque-rien de temps.
16) Présence et présent ne sont plus qu’une seule et même chose.

CD n° 3 : L’Immédiat (suite)
1) L’intuitionnisme musical. 
2) Finitude de l’homme.
3) Deux modes d’exister : être ou connaître.
4) Devenir ce que l’on est.
5) L’absence et la mort nous aident à passionner nos attachements.
6) Grâce au devenir, on peut tantôt être, tantôt connaître.
7) L’intuition : une petite mort (C. Goémé).
8) La mort, un événement positif, un instant plein de sens. 
9) L’instant.
10) L’absolu relatif : la rencontre instantanée de l’homme avec l’immédiat.
11) La deuxième personne : l’ouverture au numéro deux et l’apparition de l’autre.
12) La conscience obscurcit la sensation pure du présent (C. Goémé). 
13) La conscience de soi.
14) L’éveil de l’homme mollusque ou le passage de l’être à la conscience d’être.

CD n° 4 : La Tentation
1) La tentation, un état d’équilibre très instable.
2) La philosophie de la surprise ou comment surprendre l’homme “avant le délit”.
3) La force de dire “non”.
4) Le plaisir et l’apparence.
5) Passionner l’existence.

© 2002 GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA

Ecouter VLADIMIR JANKÉLÉVITCH - UN HOMME LIBRE - L’IMMÉDIAT - LA TENTATION (livre audio) © Frémeaux & Associés / Frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, parole enregistrée, etc...). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires  et les disquaires, ainsi qu’en VPC. Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écoutés par téléchargement auprès de sites de téléchargement légal.

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Presse :

« Un crime imprescriptible »
Le quotidien « Le monde » a publié une série d’articles sur la prescription des crimes contre l’humanité. Jankelevitch y participe. Pour lui, il ne sera possible ni d’oublier ni de pardonner.

Il y bientôt vingt ans que la dernière fournée de malheureux est entrée dans une chambres à gaz, poussée par les chiens et par les gardes pires que leurs chiens. Car cela a été possible. Ce crime sans nom est un crime vraiment infini, dont l’inexprimable horreur s’approfondit à mesure que l’on l’analyse. […]À proprement parler, le grandiose massacre n’est pas un crime à l’échelle humaine ; pas plus que les grandeurs astronomiques et les années lumières. Aussi, les réactions qu’il éveille sont-elles d’abord le désespoir et un sentiment d’impuissance devant l’irréparable. On ne peut rien. On ne redonnera pas la vie à cette immense montagne de cendres misérables. On ne peut pas punir le criminels d’une punition proportionnelle à son crime : car auprès de l’infini toutes grandeurs finies tendent à  s’égaler ; en sorte que le châtiment devient presque indifférent ; ce qui est arrivé est à la lettre inexplicable. […] Personne ici-bas n’a mauvaise conscience, cela est assez connu. Personne n’est coupable, car personne n’a jamais été nazi ; en sorte que le monstrueux génocide, catastrophe en soi, comme les tremblements de terre et les raz de marée, n’est de la faute de personne.

D’innombrables complicités
Eh bien non ! Le massacre méthodique, scientifique, administratif de six millions de juifs n’est pas un malheur « en soi », c’est un crime dont un peuple entier est responsable, et il n’y a pas de raison de ne pas dire le nom de ce peuple, ni de céder à l’étrange pudeur qui interdit aujourd’hui de le prononcer. La monstrueuse machine à broyer les enfants, à détruire les juifs, les Slaves, les résistants par centaines de milliers ne pouvaient fonctionner  que grâce à d’innombrables complicités. Hélas ! Du mécanicien des convois qui menaient les déporté à la mort jusqu’au misérable bureaucrate qui tenait les bordereaux des victimes, il y a bien peu d’innocents parmi cette génération d’Allemands muets ou complices. Qu’un peuple entier ait été de près ou de loin associé à l’entreprise de la gigantesque extermination, qu’un peuple débonnaire ait pu être ce peuple enragé, cela mérite réflexion. Et nous, devant ce qui est maintenant accompli, que devons nous faire ? Au sens propre du verbe faire, on ne peut plus faire aujourd’hui que des gestes inutiles, symboliques, et même déraisonnables, comme par exemple ne plus jamais aller en Allemagne. Et pourtant, quelque chose nous incombe. Ces innombrables morts sont notre affaire à nous. Qui en parlerait  si nous n’en parlions pas ? Qui même y penserait ? Nous qui survivons par hasard, nous ne sommes tout de même pas plus à plaindre qu’eux ; notre nuit n’est tout de même pas plus noire que la leur ; leur affreux calvaire nous a été épargné ; les épreuves, nous et nos enfants ne les connaîtrons plus. Ce qui est arrivé est unique dans l’histoire et  sans doute ne se reproduira jamais, car il n’en est pas d’autres exemple depuis que le monde est monde ; un jour viendra ou on ne pourra même plus l’expliquer. On éprouverait quelque soulagement à banaliser ce cauchemar ; une guerres comme toutes les guerres, gagnée par l’un, perdue par l’autre, et accompagnée par les malheurs inévitables de la guerre, il n’y aurait, dans ces abstractions, rien de très ordinaire, rien qui puisse troubler le sommeil d’une bonne conscience. Mais non, le sommeil ne revient pas. Nous y pensons le jour, nous en rêvons la nuit. Et puisqu’ on ne peut cracher sur les touristes ni leur jeter des pierres, il reste une seule ressources : se souvenir, se recueillir.

Ressentir inépuisablement
Quand on ne peut rien « faire », on peut du moins ressentir inépuisablement. C’est sans doute ce que les brillants avocats de la prescription appelleront notre ressentiment, notre impuissance à liquider le passé. Au fait, ce passé fut-il jamais pour eux un présent ? Mais le « ressentiment » peut être aussi le sentiment renouvelé et intensément vécu de la chose inexplicable. Bientôt  les arbres fleuriront à Auschwitz, comme partout ; Car l’herbe n’est pas dégoûtée de pousser dans ces campagnes maudites ; le printemps ne distingue pas entre nos jardins et ces lieux d’inexprimable misère. Aujourd’hui, quand les sophistes nous convient à l’oubli, nous marquerons fortement notre muette et impuissante horreur devant la folie de la haine.

« Imprescriptible » Le monde, 3 janvier 1965.
© PHILOSOPHIE MAGAZINE

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