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LES PROPOS D'ALAIN
© 1909-1935 PUF

Lus par JEAN-PIERRE LORIT








CD I
1. 12 juillet 1910 : « Je connais un certain nombre de bons esprits qui essaient de définir la démocratie. […] » (Politique, Prologue, II). 3’16 
2. 31 juillet 1910 : « Je voyais ces jours-ci de ces socialistes d’avant-garde, aux yeux desquels Jaurès représente la bourgeoisie conservatrice. […] » (Politique, Prologue, III). 3’08
3. 24 avril 1911 : « Ce qui distingue les socialistes de ce temps, c’est qu’ils sont historiens. […] » (Politique, Prologue, VIII). 3’33
4. 5 mai 1911 : « Il faut que l’esprit scientifique pénètre partout […] » (Propos sur l’éducation, LX). 4’07
5. 7 septembre 1912 : « Résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen. […] » (Politique, Prologue, XII). 3’29
6. 11 mars 1913 : « Il est bien facile de rendre justice à l’Église. […] » (Propos sur la religion, V). 4’04
7. 21 avril 1921 : « Mon frère de lait était un garçon silencieux […] » (Propos sur l’éducation, XI). 4’26
8. 18 mai 1921 : « Quand on m’annonce une bibliothèque de culture générale, je cours aux volumes […] » (Propos sur l’éducation, XLV). 3’59
9. 21 mai 1921 : « On se hâte toujours de décider qu’une nature est bonne ou mauvaise, et que l’éducation n’y changera pas grand-chose. […] » (Propos sur des philosophes, LXXVII). 4’08
10. 26 juillet 1921 : « Cet oiseau de belle forme et sans parure […] » (Propos sur l’esthétique, p. 69 – 72). 4’34
11. 24 août 1921 : « Le ciment armé ne donne rien de beau ; ce n’est qu’un plâtre durable. […] » (Propos sur l’esthétique, p. 29 – 32). 4’31
12. 25 novembre 1921 : « Il y a savoir et savoir. […] » (Propos sur l’éducation, XVIII). 3’33
13. 15 janvier 1922 : « Le culte des morts se trouve partout où il y a des hommes […] » (Propos sur la religion, XXXII). 4’07
14. 20 mars 1923 : « La Pyramide est le signe de la mort. […] » (Propos sur l’esthétique, p. 7 – 9). 3’32
15. 5 janvier 1924 : « Il arriva que Jésus eut soif […] » (Propos sur la religion, LXI). 4’09
16. 19 janvier 1924 : « Penser, c’est dire non. […] » (Propos sur la religion, LXIV). 4’09
17. 1er mars 1924 : « Catholique veut dire universel. […] » (Propos sur la religion, LXVI). 4’17

CD II
1. 15 octobre 1924 : « Faire et non pas subir, tel est le fond de l’agréable. […] » (Propos sur des philosophes, LXX). 3’52
2. 15 juin 1925 : « Je trouve ridicule qu’on laisse le choix […] » (Propos sur l’éducation, XIX). 4’19
3. 12 juin 1926 : « On conte que Hegel, devant les montagnes, dit seulement : « C’est ainsi ». […] » (Propos sur des philosophes, III). 4’47
4. 14 septembre 1929 : « Deux jugements faux dans tous nos essais. […] » (Propos sur l’éducation, VI). 4’34
5. 14 décembre 1929 : « On parle d’instruction, de réflexion, de culture […] » (Propos sur des philosophes, XIX). 4’54
6. Février 1930 : « Une idée que je crois fausse, et à laquelle s’attachent souvent les partis les plus opposés […] » (Politique, IIe Partie, LIII). 4’35
7. 25 avril 1931 : « Il est bien sûr que les faits de nature intéressent tout homme […] » (Propos sur l’éducation, XXVII). 4’59
8. 17 octobre 1931 : « Les cours magistraux sont temps perdu. […] » (Propos sur l’éducation, XXXVII).  3’57
9. 1er août 1932 : « La morale extérieure ne cesse pas de s’écrouler. […] » (Propos sur la religion, LXXIX). 5’50
10. 22 avril 1933 : « La politique n’a guère changé et ne changera guère. […] » (Propos sur des philosophes, LX). 5’23
11. Juin 1935 : « Ce n’est pas la Tyrannie qui est difficile. […] » (Politique, IIIe Partie, XCV). 4’55
12. Septembre 1935 : « Cruauté des rois Mérovingiens ! […] » (Politique, IIIe Partie, XCVIII). 5’11
13. 21 décembre 1935 : « Si l’on y croyait, à cette belle fête de Noël, […] » (Propos sur la religion, LXXXVII). 5’33

Les Propos d’Alain
La figure d’Alain
Dans l’histoire française, et même européenne, de la philosophie, Alain présente une figure tout à fait originale et à la vérité unique. Cette singularité, qui le rend si attachant à presque tous ceux qui l’ont un peu lu, explique peut-être aussi l’ombre dans laquelle il s’est tenu durant le demi-siècle écoulé depuis sa disparition. Cette ombre est d’abord celle que lui font quelques géants indiscutables : Bergson, Sartre, Merleau-Ponty, pour ne parler que des Français. Voire des penseurs moins considérables que ces derniers, mais pas plus que l’auteur des Propos, et pourtant plus connus (bien que souvent plus difficiles). On lit davantage aujourd’hui Camus, Janké­lévitch, Lévinas ou Ricœur qu’Alain ; y compris dans les classes de philosophie, comme en témoigne l’expérience du baccalauréat. L’occasion se présente rarement, à l’oral, d’interroger un candidat sur les Propos ou sur les Éléments de philosophie. Puisse cette belle lecture, qui rend à Alain une voix vivante, contribuer à le faire découvrir et aimer. Alain est le pseudonyme d’Émile Chartier, né en 1868 à Mortagne-au-Perche, bourg rural situé aux confins méridionaux de la Normandie. On n’est pas tenu, parce qu’on est un grand esprit, d’être faible de corps. Fils, en ce pays de chevaux, d’un vétérinaire et d’une « belle femme aux grands traits », Alain était un solide gaillard, de constitution robuste et de tempérament énergique, ce qui rendit plus douloureux encore ses rhumatismes chroniques et les douze dernières années de sa vie, condamnées à la chaise roulante. Ses élèves l’appelaient « l’homme ». De l’homme, en effet, il connut toutes les passions, dont il parle en connaissance de cause. La plus haute valeur, pour Alain, est incontestablement l’esprit. Mais sa philosophie est justement pour cela une longue réflexion sur le corps, cette machine qui explique mieux que l’inconscient – invention de « l’esprit paresseux » – nos émotions, nos passions, nos réactions. Toute une philosophie s’exprime dans la façon dont Alain raconte comment il perdit la foi : « deux ou trois ans plus tard, je ne trouvais plus en moi la moindre trace de cette religion si sincère, sans que je puisse dire comment ce changement s’est fait. Peut-être la peur a-t-elle cessé de régner quand les muscles ont pris force ».

Il aimait la nature, le travail manuel et les femmes autant que les sciences ou la musique (dont il jouait), la lecture autant que le jeu de cartes et les joutes politiques. Et tout cela pour s’y jeter réellement, corps et âme, non pour en parler. Un homme peu fait, on le voit, pour la réclusion monacale d’un rat de bibliothèque. « Il nous enseignait le devoir d’être heureux », dira l’un de ses anciens élèves. Devoir envers soi-même, mais aussi et surtout envers les autres, qu’il faut aider à vivre. On cite souvent cette phrase, un peu énigmatique si l’on songe qu’elle fut écrite à l’occasion du suicide d’un adolescent : « Comme la fraise a goût de fraise, ainsi la vie a goût de bonheur ». Comment ! Alain n’aurait-il jamais éprouvé tristesse, découragement, colère, et même chagrin, épouvante, terreur ? Que signifie, chez cet homme qui a connu Verdun et les tranchées, un tel optimisme béat, et même pour tout dire un peu niais ? Cela signifie que si tristesse, colère et peur sont le lot de l’existence, ils ne sont pas la vie, mais ce qui nie la vie. Non l’expression de la puissance vitale en nous, mais les effets des forces hors de nous, qu’il faut regarder en face et vaincre autant qu’on peut. Alain ne dit pas que l’existence est une partie de plaisir, mais que nous sommes heureux exactement autant que nous vivons vraiment, c’est-à-dire agissons et exprimons notre nature. « La vie est un travail qu’il faut faire debout » : non pour en être récompensé par le bonheur qui suivra, mais parce que le bonheur est l’action même : « Faire et non pas subir, tel est le fond de l’agréable » (CD II, 1). À quoi tient la singularité d’Alain dans le paysage philosophique ? Il n’est pas question ici de résumer sa philosophie, traitement qu’elle supporterait moins que toute autre. Alain détestait souverainement les résumés et autres digests dans lesquels l’étudiant pressé croit vainement trouver la substance d’une doctrine, le concentré d’une œuvre : « un auteur que l’on peut résumer n’est pas un auteur, […] une idée résumée n’est plus une idée » (CD I, 8). Pour entrer dans cette pensée, il faut lire Alain et – ici même – l’écouter. Mais il est possible d’examiner comment se rencontrent en un penseur une série de facteurs, d’influences, de circonstances, dont tous n’ont pas un rapport direct à la philosophie, mais dont la conjonction très particulière va donner aux Propos leur personnalité philosophique et littéraire unique.

Alain et la philosophie
Un héritage intellectuel, d’abord, qui recueille la totalité – ou peu s’en faut – de ce que la culture occidentale a produit sous le nom de philosophie. L’érudition d’Alain est immense, et toujours de première main, pour la raison que je viens de signaler : aucun résumé ne vaut rien. Peu de philosophes français, et moins encore de professeurs, se donnaient la peine, avant la Grande Guerre, de fréquenter Hegel en allemand. De sorte que lire Alain, c’est entrer de plain-pied dans la philosophie universelle, et non dans la seule philosophie d’Alain. Là réside peut-être une explication du délaissement évoqué ci-dessus : voilà un auteur qui n’introduit aucune doctrine radicalement nouvelle, qui n’accomplit aucune révolution, mais chez qui l’on retrouve l’intégralité d’une tradition déjà connue, ou que l’on croit connue. Alain n’est pas un philosophe éclectique, cependant. L’éclectisme est cette méthode qui consiste à aller d’une philosophie à l’autre et à picorer dans toutes, pour garder ce qu’on croit bon et laisser le reste. Ce n’est pas non plus un vulgarisateur, même à prendre ce mot en son sens le plus noble, parce que ses livres, et beaucoup de Propos, sont trop exigeants pour contenter celui qui voudrait seulement prendre une vue générale des doctrines. En de rares occasions, Alain accepte de survoler. Mais même quand il le fait, comme dans l’Abrégé pour les aveugles (une très brève histoire de la philosophie), l’exigence réflexive ne s’absente jamais. Pour lire Alain, il faut accepter de se mettre à penser. « La philosophie, disait Alain, est certes une grande chose ; on peut en faire tout ce qu’on veut, excepté quelque chose de plat ». Une façon d’aplatir la philosophie, c’est de la regarder comme une succession de doctrines passées, donc dépassées, seulement dignes d’une érudition historique. Platon, Aristote, Descartes et Kant deviennent des proies pour les sorbonagres. Il faut bien faire des thèses ! Dans les Propos, on retrouvera toutes les doctrines, mais vivantes et présentes dans toute leur force. Un équilibre – mais pas une synthèse – se réalise entre des pensées qu’Alain restitue dans leur identité propre, sans atténuer les oppositions, et finalement choisissant toujours : la volonté stoïcienne plutôt que la gestion épicurienne des plaisirs, la souveraineté cartésienne du jugement contre la nécessité spinoziste, l’humanisme de Kant – « l’irréprochable maître d’école » – contre toute morale utilitariste. Mais sans négliger jamais de demander à ceux qui n’ont pas sa préférence de nous instruire de profondes vérités. Car si les stoïciens disent la vérité sur l’homme, qui est liberté souveraine, Épicure et Lucrèce savent la vérité du monde, qui est nécessité aveugle et nettoyé de providence. Sans doute Pascal est un croyant soumis, mais « par un mépris assuré », cet « esprit royal » « destitue le dieu puissance, et destitue le dieu savoir » ; « l’esprit même s’y voit indomptable », ce pourquoi « Pascal plaira toujours aux esprits libres ».

Il est certain qu’Alain n’est pas marxiste. L’idée d’une nécessité historique qui porte les sociétés vers des révolutions inéluctables lui est étrangère (CD I, 3). Et pourtant, il ne faut pas s’étonner si « l’idée de Marx revient toujours. C’est qu’elle est vraie » : « le biologique, faim, soif, fatigue, règle tout et toujours, même les sursauts idéalistes ». Mais « le Marxiste lui-même, je l’explique par sa propre idée. Car tant qu’il est spectateur, il pense selon le discours, et selon le genre de puissance qu’il exerce par le discours ». De là « tous les genres de socialisme et de communisme, qui sont, je crains, des pensées bourgeoises, ou, si l’on veut, logiques, c’est-à-dire des pensées nées de pensées ». Il n’est pas davantage spinoziste : il refuse l’idée d’une nécessité universelle, qui enserrerait même nos pensées et nos choix volontaires. Mais il a écrit un excellent petit volume sur l’auteur de l’Éthique. La méthode d’Alain ne consiste pas à prendre chez l’un ou l’autre ce qui pourrait être encore bon pour nous aujourd’hui, et à se désintéresser de ce qui lui paraît faux, mais à montrer comment chaque philosophie est tout entière un moment nécessaire, mais non suffisant, de toute pensée. Cette idée vient de Hegel, pour qui c’est la totalité de la philosophie, dans son histoire, qui est la vérité philosophique, et non telle philosophie contre telle autre. Alain aurait pu faire sienne la devise de Goethe : « je ne méprise presque rien ». Il lit les philosophes avec l’idée que « toutes les philosophies sont vraies ». Ce qui ne veut pas dire que les philosophes n’ont écrit que des choses que nous pourrions aujourd’hui répéter telles quelles, mais qu’ils ne méritent d’être lus et étudiés que dans la mesure où nous les croyons capables de nous éclairer sur tout le réel, tel qu’il est. Aujourd’hui, les directives scolaires ne connaissent rien de plus urgent que d’inciter les maîtres à développer l’esprit critique de leurs élèves, et de soumettre les grands auteurs à la censure de docteurs de quinze ans. Nul plus qu’Alain n’a révéré l’esprit critique. Mais il faut commencer par faire confiance, et nul n’a pensé sans avoir d’abord cru et admiré. Ce point n’est pas le seul qui fera bondir nos pédagogues actuels (CD II, 2).

Un professeur hors pair
Un état, ensuite, celui de professeur de philosophie, qui a conduit le jeune agrégé, frais émoulu de la Rue d’Ulm, des établissements de Province : Pontivy, Lorient, Rouen, à Paris puis à la khâgne du Lycée Henri IV. Sur Alain enseignant, les témoignages abondent, dont les moins dithyrambiques suffiraient à établir qu’il fut un professeur hors du commun. Voici celui d’André Bridoux (Hommage à Alain, NRF, 1952) : « Nous n’assistions pas à un exposé des idées de Platon et de Descartes ; nous étions en présence de Platon et de Descartes ; sans intermédiaires, car les commentaires et les ouvrages de seconde main étaient volatilisés… Nous n’étions plus de pauvres enfants, voués à la compassion dédaigneuse et à la mauvaise note. Nous étions de petits hommes, des hommes tout court, des égaux, dont la libre appréciation était non seulement admise, mais sollicitée. « Je dis ce que je pense, et qui m’écoute est mon juge… ». Je n’ai jamais vu penser aussi fortement à la fois l’égalité absolue de tous et l’originalité radicale de chacun ». C’est tout à fait faussement qu’Alain passe quelquefois, aujourd’hui, pour le représentant d’une vision passéiste de l’enseignement. Écoutez ce Propos écrit en des temps de rentrée scolaire (17 octobre 1931) sur les cours magistraux (CD II, 8). Alain eut pour maître le philosophe Jules Lagneau, sur lequel il a laissé un recueil de Souvenirs : « je connus un penseur, je l’admirai, je résolus de l’imiter ». Imiter Jules Lagneau, c’était apprendre à n’imiter jamais personne, c’est-à-dire à penser par soi-même, à se faire juge de tout. C’est de Lagneau qu’Alain tient l’esprit de sa philosophie, qui est une philosophie du jugement, c’est-à-dire de l’exercice critique de la pensée. « Penser, c’est dire non » (CD I, 16). Ce qui veut dire que la pensée juste n’est point le bon fonctionnement d’un mécanisme efficace, mais l’exercice d’une volonté vigilante : « Penser (peser) est fonction de peseur, non fonction de balance ». D’où cette conclusion étonnante, « que chacun est aussi intelligent qu’il veut ». Vous êtes sceptique ? Bien sûr, et ainsi vous suivez Alain, ou plutôt l’esprit, qui ne suit personne. Même une preuve scientifique ne doit jamais être regardée comme une force devant laquelle il faudrait céder, mais toujours comme un chemin à refaire soi-même, par ses propres forces. Sinon, que veut dire « savoir » ? Est-ce savoir le théorème de Pythagore que l’avoir appris par cœur, et enfermé dans « l’armoire aux idées » ? (CD II, 5) Cette conception de la philosophie implique une certaine idée de son enseignement. Nul professeur mieux qu’Alain n’a illustré cette phrase de Kant, qui disait qu’ « on n’apprend pas la philosophie, on apprend à philosopher ». C’est tout l’esprit de l’enseignement philosophique français, qui s’efforce d’éveiller l’esprit critique. Savoir s’il y arrive, et même s’il se donne tous les moyens d’y arriver, c’est une autre histoire.Le 1er juillet 1933, le ministre de l’Éducation Nationale, Anatole de Monzie, assista à la dernière classe d’Alain à Henri IV. Mais au vin d’honneur qui suivit, on ne vit pas Alain, qui ne goûtait guère ce genre de cérémonies. Peut-être avait-il tout simplement oublié !

Un républicain sur le qui-vive
Alain, c’est un engagement politique, républicain et radical, en un temps où cet adjectif avait dans le paysage politique un sens qu’il a perdu depuis longtemps. Peut-être Alain est-il, selon le titre de la belle bibliographie de Thierry Leterre, Le premier intellectuel, né à la politique dans l’Affaire Dreyfus : « je fus donc livré aux bêtes, je veux dire aux passions ». L’acharnement de l’autorité contre un innocent est probablement l’une des sources de l’antimilitarisme d’Alain, attitude qui nourrira son combat contre la loi portant le service militaire à trois ans, mais qui ne le conduira pas à récuser en tant que telle la légitimité d’une défense nationale. Son principe est celui, qu’il tient de Pascal, de la distinction des ordres : reconnaître la nécessité de la force, donc des armes et de ceux qui les servent, de l’ordre et de la discipline, mais s’interdire de les adorer. Aussi vigoureux sans doute que son antimilitarisme (et plus précoce), l’anticléricalisme. Il n’est guère étonnant qu’une enfance hantée par les peurs religieuses ait débouché sur une méfiance instinctive à l’endroit des Églises. Cette attitude n’est qu’en apparence contradictoire avec le respect (et le mot est faible), qu’il professe à l’égard des religions : « Si vous me proposez une religion, je l’examine, non point avec l’idée qu’elle est fausse, mais au contraire avec l’idée qu’elle est vraie. D’où vient donc que je passerai pour irréligieux ? C’est que je pense la même chose de toutes les religions ». Alain a trouvé chez Hegel cette conviction que toutes les religions ont à nous dire de profondes vérités sur l’homme (CD I, 6, 15). Mais Alain a aussi compris, peut-être en lisant Spinoza, ce que risque la liberté quand une religion s’immisce dans les institutions publiques. Il faut rappeler le contexte : en 1904, Alain doit prendre la défense d’un collègue de Condorcet, Thalamas, muté pour avoir affirmé que Jeanne d’Arc était victime d’hallucinations auditives ! De là la lutte contre l’obscurantisme. Dès les Années 1890, Alain s’était lancé dans l’aventure de la Société républicaine d’instruction, qui allait déboucher sur les Universités populaires. Toujours il fut convaincu que la république ne pouvait exister que par l’instruction du peuple : « jamais abruti ni endormi ; il n’est qu’abandonné ». L’École, donc : « le but de toute instruction publique est de rendre à chacun son propre esprit et de l’exercer à son principal usage, qui est de n’avoir égard ni à l’argent, ni à la force, mais seulement au vrai et au juste » (CD II, 5). Mais l’instruction doit être distinguée de l’apprentissage. Celui-ci soumet l’esprit à la dure loi de la nécessité ; la matière commande, et ce que l’apprenti apprend d’abord, c’est que toute erreur se paye. À l’École, il faut « être indulgent aussi à la première idée qui se présente, et qui naturellement est fausse. Je dirais même que l’erreur est un bon commencement pour la réflexion », car « toutes nos vérités, sans exception, sont des erreurs redressées » (CD I, 12).

Le républicanisme d’Alain le conduit à fonder, avec d’autres, le Comité de Vigilance des Intellectuels contre le fascisme. Toujours engagé, Alain ne fut jamais véritablement militant. Trop dispersé, trop dilettante peut-être, et surtout incurablement indépendant, il se tient dans la distance critique vis-à-vis des partis, ces « triangles d’oies », dont il se fait le compagnon de route. Un libertaire, « ennemi de toute majesté ». Défenseur des droits de l’individu, toujours menacés par la société, ce « gros animal » aux réactions imprévisibles et souvent violentes : « Le fond de notre esprit démocratique, c’est l’individualisme […] et l’individualisme rationaliste ». De gauche, indéfectiblement : « Lorsqu’on me demande si la coupure entre partis de droite et partis de gauche, hommes de droite et hommes de gauche, a encore un sens, la première idée qui me vient est que l’homme qui pose cette question n’est certainement pas un homme de gauche ». Admirateur de Jaurès, et même des anarchistes : « cet extrême de gauche, qui fait vivre toute la gauche » (CD I, 2). Mais réformiste (CD II, 6) et refusant tous les plans de société idéale, et ne demandant au citoyen que d’exercer sans relâche la surveillance du pouvoir, de tous les pouvoirs. Les citoyens républicains sont les Vigiles de l’esprit. Jaurès écrivait dans son Introduction générale à l’Histoire socialiste de la Révolution Française que « l’histoire humaine ne commencera véritablement que lorsque l’homme, échappant enfin à la tyrannie des forces inconscientes, gouvernera par sa raison et sa volonté sa production elle-même ». A quoi Alain répond que « si les socialistes organisaient la société, elle serait injuste aussitôt ». Non point parce qu’organisée de façon socialiste, mais parce que confiée à son organisation : « tout pourrirait sans le sel radical, sans l’individu qui refuse de bêler selon le ton et la mesure » (CD I, 5). Ce que sans doute Jaurès n’aurait point contesté. La politique, pour Alain, ne doit pas viser à une impossible fin de l’histoire. C’est une affaire éternelle, comme la religion est une affaire éternelle (CD II, 10), parce que toutes deux sont fondées dans la structure même de l’homme. Il faut dire de la politique ce que Kant disait de la morale : qu’elle est « toujours au commencement » parce que rien n’y est jamais acquis (CD II, 9 & 12).

Pour cet athée libre-penseur, la première vertu est la foi. Certes, Alain écrit que « Croire est agréable. C’est une ivresse dont il faut se priver ». Mais la croyance n’est pas la foi, qui est une « volonté de croire, sans preuve et contre les preuves, que l’homme peut faire son destin ». La nécessité naturelle est sans fissure, et l’homme instruit du déterminisme scientifique pourrait incliner au fatalisme. C’est la pente naturelle, car « il n’y a rien de plus simple, de plus facile, ni de plus agréable, que d’oublier que l’on est esprit ». Et certes « l’animal pensant, dit Alain, doit passer par là », c’est-à-dire écouter devins, voyants et astrologues. Dont nous confirmons les prédictions, parce que « dans beaucoup de cas, la crainte ou l’espérance font alors arriver la chose ». De sorte que « Le fatalisme se prouve lui-même dès qu’on y croit ». Cette superstition n’est pas à réfuter, mais à refuser : « C’est à choisir et non pas à prouver ». Oublier l’esprit, c’est aussi la faute des religions, dès qu’elles se font dogmes et Églises, c’est-à-dire croyance et obéissance, oubliant les Prophètes et Jésus, c’est-à-dire leur dimension de révolte et de refus. Qu’on écoute ce Propos du 5 janvier 1924 : « Il arriva que Jésus eut soif » (Propos sur la religion, LXI), et qu’on se demande s’il y a beaucoup de plus beaux commentaires des Évangiles (CD I, 15). Ou de plus belle évocation de la Noël que le Propos du 21 décembre 1935 : « Noël de la paix » (CD II, 13). Ce Propos, l’un des plus beaux qu’Alain ait écrits, doit être lu en parallèle avec celui du 1er mars 1924 (CD I, 17), pour comprendre en quel sens il faut dire, comme on le dit des philosophies, que « toutes les religions sont vraies ». Et la chrétienne mieux que les autres, pour ce qu’elle enseigne le mépris de la puissance et la valeur de l’amour. Mais aussi, que l’esprit qui l’habitait l’a désertée pour passer dans l’École laïque : « Frappez sur le tombeau, il est vide ».

Un pacifiste « à la gueule du volcan »
1914 est, dans la vie d’Alain, la date de la grande déchirure. Du cœur, d’abord : « Avec l’argent que la guerre nous a coûté, ou, pour parler mieux, avec les journées de travail que la guerre a consumées et usera encore par ses ruines, que n’aurions-nous pas fait ? Des parcs autour de nos écoles, des hôpitaux semblables à des châteaux ; l’air pur, le lait crémeux et la poule au pot pour tous ; tout cela n’était qu’un jeu ». Mais rupture intellectuelle, aussi. À quarante-six ans, le professeur n’était pas mobilisable. Il s’engagea pourtant volontairement pour une guerre dont il prévoyait, au rebours de l’aveuglement général, qu’elle ne serait pas courte. Ni patriotisme cocardier ni mystique de la violence. Il avait ces choses en horreur. L’amour de la patrie, certes, cela n’est pas rien, mais il faut songer que le soldat, « vis ou écrou dans cette grande machine à tuer », bondit de la tranchée contraint et forcé, car le pistolet que tient l’officier, au moment du coup de sifflet, n’est pas pour l’ennemi ! Alors quoi ? Un peu de curiosité (il l’avoue). Fascination pour ces « vacances sauvages » dont parle Thomas Mann dans Le Docteur Faustus. Scrupule moral : « En voyant larmes et désespoir partout, je rougirais d’être heureux ». Et surtout fidélité encore à la liberté de l’esprit. Alain vit très bien qu’à l’arrière allait s’installer la surveillance policière des esprit et « le règne des sots », règne tyrannique et brutal que Louis Guilloux a si bien décrit dans Le Sang noir. « Dès le premier jour du grand malheur, écrit Alain, les moines semblaient sortir d’entre les pavés. […] Je m’enfuis aux armées, aimant mieux être esclave de corps qu’esclave d’esprit. Ce mouvement était juste, et je ne l’ai jamais regretté. […] Sur cette frontière où la force jouait seule, l’hypocrisie expirait ». Le dernier des Propos d’un Normand fut rédigé le 27 août 1914 dans le train qui emmenait le soldat Chartier rejoindre à Joigny son 3e Régiment d’Artillerie lourde. En républicain convaincu que tout pouvoir corrompt, le brigadier, rapidement devenu maréchal des logis, refusera d’être officier : « je suis né simple soldat ». La guerre, c’est bien sûr la mort, vue de près, la sienne propre et celles des autres ; les fantassins, surtout, plus exposés que les artilleurs. C’est « ce sang sur la route comme de l’eau ». La peur, souvent. Et toujours le froid, la faim, la boue liquide, où les chevaux enfoncent jusqu’au ventre, la crasse, les rats, les poux, le manque de sommeil, exténuant. Quelques amitiés aussi, et un compagnonnage quotidien avec des hommes qu’on n’a pas choisis, parmi lesquels les plus haut gradés ne sont pas toujours les meilleurs. Mais pas forcément les pires non plus.

De la grande boucherie, qui hantera son œuvre jusqu’à la fin, Alain a rapporté des Souvenirs de guerre, et un livre dur et splendide, Mars ou la guerre jugée : « devant toute déclamation guerrière, le silence ; et si c’est un vieillard qui se réchauffe à imaginer le massacre des jeunes, un froid mépris. Devant la cérémonie guerrière, s’en aller. Si l’on est tenu de rester, penser aux morts, compter les morts. Penser aux aveugles de guerre, cela rafraîchit les passions. […] Songez à celui qui ordonne l’attaque et qui n’y va point le premier ; mais retenez la colère, qui est guerre encore ; dites seulement que cela ne peut pas être admiré. Soyez mesureur d’héroïsme ». Son dernier combat fut encore contre la guerre, lorsque dans les années 30, les nuages s’amoncelaient sur l’Europe. On a beaucoup reproché à Alain son pacifisme. Sans doute ce passage d’une lettre à Michel Alexandre dit-il l’essentiel : « je ne comprends nullement la lutte contre le fascisme comme divisant à nouveau les nations en deux groupes, le bon et le méchant ». Plus qu’à la force, Alain croit à la négociation, même si, refusant le pacifisme inconditionnel de Giono (avec qui il correspondit), il s’oppose au désarmement. Mais le qualificatif de « défaitiste » n’a aucun sens le concernant. Encore moins ceux de collaborationniste ou de pétainiste. Pacifiste ? « On m’a demandé plus d’une fois si j’étais pacifiste. Autant qu’on peut comprendre ce mot barbare, ma foi je n’en sais rien. Quand je vous dirais que j’aime la paix et que je hais la guerre, cela ne me distinguerait pas assez de tous ces amis de la paix qui ont fait la guerre avec la pleine approbation d’eux-mêmes, bien mieux qui l’ont voulue, et qui se sont livrés naïvement aux passions [...]. Aimer la paix, ce n’est pas assez contre la guerre. »

Un style : les Propos
Alain a écrit de « vrais » livres, en parties et chapitres, mais avec les Propos, il inventa une forme inédite, qui le conduisit à « relever l’entrefilet au niveau de la métaphysique ». Les Propos constituent, par leur style, un événement unique dans la production philosophique universelle. Ces textes d’une à deux pages – ils gagneront avec le temps en ampleur et en profondeur – sont tributaires des servitudes du journalisme, mais toujours à la hauteur des exigences de la philosophie. Une maxime, prise à Stendhal : « Écrire tous les jours, génie ou pas ». Un travail « audacieux, rapide et sans retouche ». « Court effort, mais à toute puissance ». Un sprinter, dans une discipline qui compte plutôt des marathoniens. Sur les conditions de ce travail, les contraintes qu’il imposa à l’auteur, sur l’histoire et le destin des Propos, on lira l’Introduction au second volume que leur a consacrée la Bibliothèque de la Pléiade. L’aventure des Propos dura trente ans, de 1906 à 1936. Commencée dans les toutes premières années du siècle, sous formes d’interventions plus politiques que philosophiques, poursuivie dans la Dépêche de Rouen et de Normandie (Propos d’un Normand), elle s’achève sous la forme d’une revue créée par son ami Michel Alexandre : les Libres Propos. Travail quotidien, donc servitude :  « Sans l’obstination à écrire à jour fixe, ces sommaires poèmes n’auraient jamais été écrits ». Exercice impossible : « je ne l’ai pas réussi une fois sur cent ». Mais les plus fidèles lecteurs du journal découpaient, collaient, archivaient. Ils ont été publiés plus tard en de nombreux volumes (chronologiques ou thématiques). Les Propos sur le bonheur sont les plus populaires, mais les Propos sur les pouvoirs ou sur la nature ne leur cèdent en rien. Il y a près de cinq mille Propos.

Les Propos d’Alain sont, en tous les sens du terme, actuels. D’abord parce qu’Alain ne cesse d’y penser le temps présent : on y suit la trace de l’événement politique, de l’histoire en train de se faire, du débat public et même du fait divers. Le rythme des Propos épouse le retour périodique des phénomènes naturels : les saisons y tiennent souvent le premier rôle ; une éclipse est l’occasion de méditations sur la nature aussi bien que sur le savoir. Les travaux humains, les fêtes religieuses (Pâques, Toussaint, Noël…), les rituels sociaux (la rentrée scolaire (CD II, 8) les commémorations) : tout cela est salué ici et jugé selon les exigences d’une pensée vivante, actuelle en ce sens qu’elle se produit en acte, chaque jour, pour le lecteur. Actuelle aussi en ce que la pensée d’Alain ne se contente jamais d’accompagner le présent tel qu’il se donne, et d’enfermer le commentaire dans la fugace nouveauté de l’événement. Les Propos ne sont pas une « écume des jours ». Au contraire, ils sont traversés par un effort constant pour hisser le fait banal, la quotidienneté au rang d’objets d’une pensée universelle et intemporelle. Tout ce qui est d’ordinaire petit y devient immédiatement grand parce qu’élevé à la hauteur des expériences les plus fondamentales de l’humanité ; la référence constante aux grands auteurs et aux grandes œuvres (« les Humanités ») porte cette exigence : penser le présent, l’œuvre quotidienne des choses et des hommes, pour en dégager l’essentiel. Alain parle donc, ici, de tout. Hegel a dit que la lecture du journal est la « prière du matin » de l’homme moderne. Manière de dire que rien, pour le philosophe, n’est a priori insignifiant, indigne de l’intérêt de la pensée. La pluie et la neige, la marée et la forme de la dune, le vol ou le chant d’un oiseau (CD I, 10), une illusion de la perception, un souvenir littéraire (Balzac, Hugo ou Dickens le plus souvent), le geste de l’artisan ou du prestidigitateur, le cri du camelot, une catastrophe ferroviaire, le naufrage du Titanic, et bien sûr l’expérience des tranchées, offrent l’occasion de méditations renouvelables à l’infini. Alain ne recule devant aucune audace, jusqu’à s’en prendre aux figures intellectuelles les plus indiscutables : il n’accepta jamais, par exemple, les paradoxes de la relativité d’Einstein. Avec cela pourtant, mieux instruit de science que quiconque, mais préférant toujours cultiver l’esprit scientifique, c’est-à-dire l’exigence de la preuve et l’épreuve de l’expérience, plutôt que de recevoir déjà pensées les dernières découvertes (CD I, 4). Alain résista toujours à l’hypothèse freudienne de l’inconscient, autant qu’à la thèse, pourtant plus positivement établie, des localisations cérébrales. Ce sont là, peut-être, ses limites. Mais imputables à cette volonté de juger de tout, se refusant systématiquement à adorer, nous interdisant d’adorer. Rien de sacré, rien de respectable, hors ce par quoi le respect se donne : l’exercice libre de la pensée souveraine, « pour son propre salut ». « Au sortir de ce vingtième siècle écrasé d’idéologies et de croyances, il est bon, écrit André Comte-Sponville, il est salutaire qu’un philosophe citoyen et incrédule nous aide à ne pas perdre tout à fait la foi ».

Bibliographie, associations
Plusieurs recueils thématiques de Propos ont été publiés aux Presses Universitaires de France : Politique, Propos sur l’éducation, sur la religion, sur l’esthétique, sur des philosophes. Chez Gallimard : Propos sur le bonheur, sur les pouvoirs, sur la nature. La Bibliothèque de la Pléiade (éditions Gallimard) a publié un choix de Propos, en 2 volumes, selon un ordre chronologique, avec présentations et index thématiques. Dans la même collection, deux autres volumes : Les Passions et la sagesse et Les Arts et les dieux rassemblent l’essentiel des livres écrits par Alain. Toujours chez Gallimard, le Spinoza, augmenté de plusieurs textes sur l’auteur de l’Éthique, est disponible dans la collection « Tel ». Minerve ou de la sagesse est un recueil de Libres propos publié par Alain en 1939. Il est disponible aux Éditions de la Table ronde (2001). Aux éditions des Mille et une nuits, Pierre Heudier propose un choix, restreint mais judicieux, de Propos impertinents. Savoureux et corrosif. La collection « Champs » (Flammarion) a publié le volume d’Idées : série d’études sur Platon, Descartes, Hegel, Comte. Ainsi qu’un volume de textes consacrés à Platon. Il existe aux PUF (collection « sup ») un recueil d’extraits : Alain, Philosophie. Les textes ont été choisis et classés thématiquement par Antoinette Drevet. Mais ces 2 petits volumes sont difficiles à trouver. Il existe deux biographies. André Sernin, Alain, un sage dans la cité, Robert Laffont, 1985. Thierry Leterre, Alain, le premier intellectuel, Stock, 2006. Mais il faut également lire l’autobiographie intellectuelle que nous a laissée Alain lui-même, Histoire de mes pensées. Depuis 1981, l’Institut Alain œuvre pour la connaissance et la diffusion de la pensée du philosophe, par l’édition de nombreux ouvrages et l’organisation de colloques et manifestations diverses. L’édition intégrale des 3083 parus dans La Dépêche de Rouen et de Normandie est disponible sous le titre : Propos d’un Normand (10 volumes). Institut Alain, 22, allée Descartes, 91400 ORSAY. Tél : 01 76 09 14 80.

Fondée en 1951, année de la disparition du philosophe, l’Association des amis d’Alain a pour objet, selon les termes de ses statuts, de perpétuer, par tous les moyens moraux et matériels, le souvenir d’Alain. Elle publie deux fois par ans un bulletin proposant des inédits d’Alain, des documents, des études sur Alain et des informations sur la présence d’Alain dans les lettres et la pensée.
Sa ville natale a consacré à Alain un musée, que l’on peut visiter (téléphone : 02 33 25 25 87). Nous tenons à remercier chaleureusement les personnes responsables du fonds documentaire du musée Alain, pour les documents photographiques figurant dans cette présentation. Il existe aussi une Association des amis du musée d’Alain. Siège : Maison des Comtes du Perche, rue de la Porte Saint-Denis, 61400 Mortagne-au-Perche. Merci également à Emmanuel Blondel pour sa relecture de cette présentation, et plus encore pour le labeur immense et efficace qu’il consacre à la connaissance d’Alain et de sa pensée. Et bien sûr à Jean-Pierre Lorit qui a bien voulu prêter sa voix et son talent à ces textes.
Patrick Dupouey
© 2009 Frémeaux & Associés / Groupe Frémeaux Colombini

Jean-Pierre Lorit
Sorti du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique en 1986, Jean-Pierre Lorit débute sa carrière au théâtre avec la pièce La Surprise de l’Amour de Marivaux, mise en scène par Brigitte Jacques et L’Étourdi de Molière, mis en scène par Jean-Louis Thamin. Il fait sa première apparition au cinéma en 1993 dans le dernier volet de la trilogie de Krzystof Kieslowsky, Rouge, où il joue aux côtés d’Irène Jacob et Jean-Louis Trintignant. Il n’abandonne pas pour autant son amour du théâtre, puisqu’à la même époque on le retrouve dans des pièces de Musset, Molière ou Corneille, ainsi que dans des pièces contemporaines comme Tango de Mrozek, Le Fou et la Nonne de Witkievicz, Le Baladin du Monde Occidental de Synge ou Les Enfants du Paradis de Prévert, ayant pour metteurs en scènes Abbes Zahmani, André Engel ou Marcel Maréchal. À partir du milieu des années 1990, Jean-Pierre Lorit se produit de plus en plus dans des œuvres cinématographiques où il travaille avec des réalisateurs de premier plan comme Claude Sautet dans Nelly et Monsieur Arnaud aux côtés d’Emmanuelle Béart et Michel Serrault, André Téchiné dans Alice et Martin ou encore Samy Pavel pour La Passion Van Gogh où il joue Théo Van Gogh. En 2001, il est nominé pour le César du meilleur espoir masculin pour son rôle de Nicolas Rivière dans Une Affaire de Goût de Bernard Rapp, Grand Prix du festival du film policier de Cognac, qui lui fait rencontrer le grand public. En 2006, année de sa nomination aux Molières pour Créanciers de Strindberg, mis en scène par Hélène Vincent, Jean-Pierre Lorit apparaît dans la peau du personnage de l’adjudant-chef  Lavelle dans le polar noir césarisé Ne le dis à personne de Guillaume Canet et est l’Ami Parfait d’Antoine Decaunes dans le film de Francis Girod. Le tout en continuant de travailler pour la télévision, où on a pu le voir notamment dans l’adaptation du chef d’œuvre de Roger Martin du Gard, Les Thibault, de J.D Verhaegue, La Nuit du Meurtre, de Serge Meynard, ou encore  Mer Belle à Agitée, de Pascal Chaumeil… En 2008, il est sur scène dans la pièce En Toute Confiance du dramaturge américain Donald Margulies, mise en scène par Michel Fagadau.

Ecouter les PROPOS D'ALAIN - Lus par JEAN-PIERRE LORIT (livre audio) © Frémeaux & Associés / frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, parole enregistrée, etc...). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires  et les disquaires, ainsi qu’en VPC. Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écoutés par téléchargement auprès de sites de téléchargement légal.

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