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ALBUM D’OR DE LA BIGUINE 

Guadeloupe 
MUSIQUES D’AUTREFOIS 
Orchestre de biguine
Robert Mavounzy
Alain Jean-Marie
Manuela Pioche  

Ensemble de quadrille
Elie Cologer
 

L’ALBUM D’OR DE LA BIGUINE 
Le dimanche 9 octobre 1966, la Guadeloupe en deuil accompagnait à sa dernière demeure Roger Fanfant, l’un des personnages les plus aimés de l’Île. Directeur d’imprimerie, prési­dent de diverses sociétés mutualistes, directeur de la Caisse d’épargne de Pointe-à-Pitre, Roger Fanfant était Chevalier de la Légion d’Honneur et titulaire de nombreuses autres distinc­tions. Mais sa notoriété auprès des Guadeloupéens provenait avant tout de son engagement dans la musique et dans la vie associative. Roger Fanfant naît à Pointe-à-Pitre le 18 octobre 1900. Fils d’un modeste entrepreneur de maçonnerie également musicien, il manifeste très tôt ses dispositions pour le chant et la musique. Il apprend l’accordéon puis le violon et joue au cinéma muet de Pointe-à-Pitre de 1917 à 1920. Durant son service militaire à Marseille de 1920 à 1922, il se joint à des orchestres de la ville. De retour en Guadeloupe en 1922, il forme un petit orchestre à cordes complété d’une batterie et d’un piano. Cet orchestre recevra le nom de “Fany Jazz” lors de son inauguration en juillet 1924. Enrichi de cuivres, saxophones, clarinettes, puis d’une contrebasse, cet orchestre devient le “Fairness’s Jazz” en 1933. Ouvert à tous les courants musicaux et notamment au jazz, il est un précurseur de la modernisation de la biguine en Guadeloupe. Robert Mavounzy (né à Colon, Panama, le 2 avril 1917, décédé à Créteil le 24 mars 1974) en fait partie dès sa fondation et joue de la batterie, du xylophone, de la scie musicale avant d’adopter le saxophone. De septembre à novembre 1937, mandaté par le gouverneur Félix Éboué, l’orchestre de Roger Fanfant représente la Guadeloupe à l’Exposition Internatio­nale de Paris et y remporte un succès phénoménal. Le “Fairness’s Jazz” restera pendant 25 ans le fleuron de la musique guadeloupéenne. Ce sera aussi une pépinière de grands talents d’où sont sortis les saxophonistes et clarinettistes Robert Mavounzy et Édouard Pajaniandy dit Mariépin (né à Pointe-à-Pitre le 1er janvier 1916, décédé à Gosier le 22 janvier 2004). C’est donc pour rendre hommage à Roger Fanfant qui venait de dispa­raître que le producteur Raymond Célini entreprit de réaliser ce disque à la fin de l’année 1966. Il y avait déjà deux ans que Robert Mavounzy était revenu vivre en Guadeloupe à l’insti­gation de son frère Marcel, son cadet  de deux ans, lui aussi producteur de disques. L’intention était au départ de faire revivre dans un 45 tours les airs à succès interprétés trente ans plus tôt par le “Fairness’s Jazz”. Ainsi furent retenues les biguines “Touloulou” et “Moune a ou cé moune a ou” compo­sées en 1932 par le tout jeune lycéen Albert Lirvat, “Nous les cuisinières” l’hymne de la confrérie des cuisinières de Pointe-à-Pitre et encore “Ninon”, l’immortelle biguine du compositeur marie-galantais Joseph Brisacier. Certains de ces morceaux avaient été gravés en disques 78 tours chez Pathé lors du passage de Roger Fanfant à Paris en 1937. Robert Mavounzy, qui faisait partie de l’orchestre, se rappelait très bien la manière, le style, la couleur avec lesquels les morceaux étaient interprétés. Mais au fur et à mesure de l’enregistrement, d’autres biguines lui revinrent à l’esprit, notamment les premières biguines “wabap” qu’il avait lui-même jouées à Paris avec Albert Lirvat dans la première moitié des années 1950 : “Guadeloupe an nous”, “Chauffé biguine la” et “Doudou pas pleuré”. Il ne restait plus qu’à compléter ce programme avec quelques classiques immémoriaux de la tradition antillaise pour obtenir ce précieux album d’anthologie. “Serpent maigre” avait été enregistré par Stellio à Paris en octobre 1929. “Mon automobile” est une adaptation très libre d’une biguine enregistrée pour la première fois par Moune de Rivel en 1946 sous le titre “Tant pis pou ça”. Quant au morceau “Cé biguine”, créé en février 1931 à Paris par Léona Gabriel avec l’orchestre de la Boule Blanche, c’était à l’origine un paseo du pianiste trinidadien Lionel Belasco qui l’enregistra dès 1915 à New York sous le titre «Bajan Girl«. Sans oublier la complainte “Adieu foulards” qui représente d’une certaine façon le symbolisme conventionnel attaché ordinairement aux Antilles Françaises sur le thème du voyage, de la sépar­ation, de l’éloignement et de l’oubli.

Tout le disque est dominé par les interprétations prodigieuses de Robert Mavounzy dans une exhibition de sa technique et de sa virtuosité à la clarinette et au saxo soprano dans deux morceaux. Il entretient une stimulation quasi permanente, tant dans l’exposé des thèmes, dans le soutien des solistes avec des contre-chants et des riffs tonifiants, que dans ses improvisations où son imagination foisonnante témoigne de sa longue et riche expérience de jazzman durant presque trente ans à Paris. Il est magnifiquement secondé au piano par le jeune Alain Jean-Marie, âgé de 21 ans, qui faisait son service militaire à la caserne Longueteau de Capesterre-Belle-Eau. Il y avait déjà six ans qu’Alain Jean-Marie était musicien professionnel en Guade­loupe, travaillant régulièrement à “La Tortue”, la boîte de nuit du pianiste, clarinettiste et saxophoniste Édouard Mariépin. Alain Jean-Marie s’était intéressé très tôt au jazz be-bop en écoutant les disques de Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Thélonius Monk, Wynton Kelly, Bud Powell, Sonny Rollins, Miles Davis... C’est pourquoi ses rencontres avec Émilien Antile en 1963, puis avec Robert Mavounzy en 1964, tous deux adeptes de Charlie Parker, furent déterminantes. L’Album d’Or, premier témoignage enregistré du tandem Alain Jean-Marie - Robert Mavounzy, montre l’accord parfait entre les deux musiciens. Cette époque marque un tournant dans l’évolution stylistique du pianiste encore imprégné de son modèle Édouard Mariépin mais qui se libère déjà des limites de la biguine traditionnelle en la propulsant vers des hauteurs étincelantes de modernité lors de chacun de ses chorus. L’année suivante, en 1967, Alain Jean-Marie est engagé à l’Exposition universelle de Montréal où il fait la connaissance du pianiste martiniquais Marius Cultier. Il repartira au Canada tous les étés jusqu’en 1970, passant le reste de l’année à la Martinique où il accom­pagne le batteur Jean-Claude Montre­don rencontré à Montréal. C’est en 1973 qu’Alain Jean-Marie arrive à Paris pour y commencer sa carrière de pianiste de jazz en free lance. Embau­ché à la Cigale dans l’orchestre d’Al Lirvat, il y retrouve Robert Mavounzy revenu à Paris en 1970, avec lequel il pourra encore jouer durant un an et enregistrer un 33 tours deux mois avant le décès du saxophoniste en mars 1974.

“L’Album d’or de la biguine” se distingue aussi par la participation de la chanteuse Manuela Pioche, artiste mé­connue, disparue prématurément, presque totalement oubliée, mais qui mérite qu’on lui rende un hommage appuyé. Issue des quartiers populaires de Pointe-à-Pitre, guidée depuis son plus jeune âge par sa passion innée du chant, elle exprime avec une ferveur et une sincérité boulever­santes les peines, les joies, les petits et les grands sentiments qui composent le quotidien de la vie aux Antilles mais qui font partie du vécu de chaque être humain. On est saisi de respect et d’admiration devant la qualité de sa technique vocale acquise par l’expérience sans l’aide d’aucun professeur ; devant le timbre chaud et éclatant, la justesse intuitive, le vibrato discret, la plénitude, la puissance évocatrice et la scansion intelligente d’une voix typiquement créole qui garde sa brillance et son émotion jusque dans ses notes les plus appuyées. À la différence d’autres chanteuses des Antilles, on ne trouve aucune vulgarité, aucune mièvrerie, aucun compromis mercantile dans les intonations mais une grande vérité, un plaisir partagé, une infinie tendresse, un cœur offert à nu et certaines inflexions furtives où l’on croit déceler les cicatrices d’une femme aux souffrances cachées pour qui la chanson créole était un baume souverain, absolument irremplaçable. Impossible de ne pas penser aux meilleures interprètes du blues afro-américain, et tout spécialement à la  plus grande d’entre toutes, Bessie Smith, l’impératrice du blues. Si l’on devait aujourd’hui désigner une impératrice de la biguine, c’est à Manuela Pioche, sans hésiter, que j’accorderais ce titre. Enfin, la perfection de cet album ne serait pas achevée sans la pulsation viscérale, pénétrante, mystérieuse, presque indéchiffrable, imprimée par le batteur Théomel Ursule, maître de l’art, un initié du battement vital qui prend sa résonance dans la toute puissance des forces de la nature  restées sous la bonne garde des Dieux ancestraux de l’Afrique, de l’autre côté de l’Atlantique. Il est appuyé aux congas par Charly Chomereau-Lamotte qui nous fait la démonstration de l’ardeur dont il est capable dans “Chauffé biguine la”. Et toute cette alchimie est solidement ancrée sur l’assise presque voluptueuse de la contrebasse de Donnadié Monpierre, l’un des rares adeptes de l’instrument en Guadeloupe, une contrebasse qui participe elle aussi, sur les voies ouvertes par le jazz, à l’évolution de la biguine vers de nouveaux univers.  Cette séance mémorable, alimentée de plusieurs bouteilles de rhum fournies par le producteur, dura toute la nuit dans l’ambiance étouffante du studio aménagé par Raymond Célini dans son arrière-boutique. Quelques privilé­giés y assistèrent comme le journaliste Jean Chomereau-Lamotte, frère de Charly, qu’on entend hurler de joie dans le second morceau. Au petit matin, Alain fut raccompagné à la caserne où son officier, peu réceptif à la musique, le gratifia aussitôt de plusieurs jours d’arrêts pour le punir de son escapade. Ainsi naquit “l’Album d’or de la biguine”, un trésor de l’âme musicale de la Guadeloupe, sauvé de l’oubli par chance extraordinaire, et qui laisse présager que cette grande et belle histoire de la biguine est encore loin de se terminer. 

LE QUADRILLE DE LA GUADELOUPE 
Parmi les différentes variétés de musiques et de danses pratiquées aux Antilles, il en est certaines qui sont une vraie merveille en ce qu’elles représentent la survivance presque intacte, fixée comme par un enchante­ment, de danses de société qui étaient en vogue en France il y a trois siècles  et que les colons apportèrent avec eux quand ils s’établirent aux Indes Occidentales. On trouve ainsi dans chaque ancienne colonie une forme de danse archaïque d’inspiration purement européenne et cependant marquée à des degrés divers, sur le plan du rythme et de la percussion, par des influences africaines. C’est le cas par exemple d’une danse typiquement guyanaise chantée par les femmes sur un accompagnement de tam tam qu’on intitule “Les Rôles” (c’est-à-dire les figures), mais qui dans sa choré­graphie est la représentation du menuet du 18e siècle. À la Martinique, il lui correspond la “Haute Taille” qui est une sorte de quadrille des campagnes interprété très librement au son du violon ou de l’accordéon diatonique sur un rythme de tambour de basque (tambou di bass). Quant à la Guadeloupe, on y pratique toujours avec beaucoup d’assiduité une forme très particulière de quadrille à commandements qui est l’apanage exclusif de cette île. Il s’agit certaine­ment de la forme la plus proche du quadrille du 18e siècle et la plus fidèle à l’exigence de rigueur, d’apparat et de solennité dont cette danse était entourée à son époque. Le quadrille français aurait pour origine la contre­danse d’origine paysanne comme semblent le signifier les noms des quatre figures : le pantalon, l’été, la poule et la pastourelle. Le quadrille aurait gagné peu à peu la faveur des bals de la noblesse à Versailles pour se substituer aux précédentes chorégra­phies beaucoup plus sophistiquées et difficiles à danser. Aux Antilles Françaises, où toutes les formes de distractions étaient spécialement recherchées du temps de la colonisa­tion, beaucoup de maîtres autorisèrent et même encouragèrent des “nègres à talent” à s’initier à la musique et à apprendre le violon, la flûte, la mandoline… pour constituer des orchestres et animer des bals. Les esclaves affectés aux tâches domes­ti­ques et qui bénéficiaient de ce fait d’un statut privilégié dans les habitations ne manquèrent pas, par goût inné de la musique ou simple esprit d’imitation, d’adopter les manières et les danses favorites de l’aristocratie créole considérée comme un modèle qu’il fallait parodier pour pouvoir s’émanciper et s’élever dans l’échelle sociale. Au fur et à mesure de son expansion et de son appro­­pri­ation au sein du folklore local, le quadrille est devenu partie intégrante  de la culture guadeloupéenne.  Aujourd’hui perpétué par quelques associations mutualistes, il est toujours vivace comme en témoignent les bals à quadrille donnés régulièrement dans toute la Guadeloupe. Ces manifes­tations sont l’occasion pour leurs adeptes de montrer leur élégance, leur distinction, leur grâce, leur habileté chorégraphique, et pour les vétérans de transmettre aux plus jeunes cette tradition ancestrale. La danse est dirigée du début jusqu’à la fin par un commandeur qui annonce à haute voix, en se fondant dans le rythme, les figures à exécuter par les couples qui se saluent et se tiennent par la main.  Les paroles scandées en créole et en vieux français, de même que la musique en leitmotiv, participent à la cadence et au balancement hypnotique entretenu par des motifs en forme de mouvement perpétuel au violon ou à l’accordéon.

Élie Cologer, qui réalisa cet enregis­trement pour Raymond Célini en 1972, est le dernier violoniste de quadrille en Guadeloupe. Le violon originel est aujourd’hui remplacé par l’accordéon. Élie Cologer est né le 24 août 1911 dans la commune du Moule sur la Grande Terre de Guadeloupe,   une région de grandes plantations de canne à sucre où se perpétuent encore de nombreuses traditions. Il s’initie seul au violon à l’âge de quatorze ans et se spécialise dans le quadrille en fréquentant les bals qui se tenaient chaque fin de semaine aux alentours de sa commune. Il bénéficie aussi des conseils de son oncle accordéoniste Éguédé Saint-Val et commence à se produire dans les bals à quadrille à l’âge de 17 ans.  La formation enregistrée sur ce disque diffère quelque peu des ensembles habituels. Elle ne comporte pas de tambour de basque, remplacé par une contrebasse acoustique, et l’on y trouve de plus une guitare, d’ailleurs peu audible. Cependant, le violon et les instruments de percussion (caisse claire, chacha, sillac, ti-bois) auxquels s’ajoute la voix imperturbable, mi chantée mi parlée du commandeur Ambroise Gouala, dominent l’ensem­ble qui s’inscrit dans la pure tradition du quadrille guadeloupéen, une prouesse d’invention et de transfi­guration de deux courants musicaux qui n’auraient jamais dû se rencontrer. La couleur est donnée par le violon d’Élie Cologer, par son ingénuité, sa flexibilité, son extraordinaire élo­quence en dépit des limites imposées par le cadre strict d’une forme musicale à la rigueur presque acadé­mique. Une beauté toute simple, éclatante, sans prétention, d’où jaillit l’évidence d’un art universel élaboré et transmis depuis la nuit des temps.  On devine l’énergie sous-jacente d’un ressort tendu, énergie sagement canalisée dans le flux d’une musique à danser dont la fonction secrète est de rendre son entière dignité à un peuple, de lui permettre d’exister, de relever la tête et d’exprimer une claire et fière revanche en réplique aux blessures, aux humiliations, aux outrages à la liberté qui avaient été son lot durant des siècles. Une fonction qui garde aujourd’hui encore tout son sens mais dont le besoin prenait une dimension suprême aux heures sombres de l’esclavage.
Jean-Pierre MEUNIER
© frémeaux & associés, groupe frémeaux colombini sa,  2009

Remerciements : Pour les informations et les documents apportés, nous exprimons toute notre gratitude à : Harry Célini, Charly Chomereau-Lamotte, Élie Cologer et sa famille, Guy Fanfant, Alain Jean-Marie.  

english notes
THE GOLDEN ALBUM OF THE BEGUINE 
On Sunday 9 October 1966, grieving Guadeloupe accompanied the island’s beloved Roger Fanfant to his final resting place. As managing director of a printing establishment and bank manager, Roger Fanfant had been made Chevalier of the Legion d’Honneur and received many other awards. But his fame came principally from what he had achieved in the world of music and his work for various societies. Roger Fanfant was born in Pointe à Pitre on 18 October 1900. Born to a modest builder-cum-musician father, he proved to be a talented singer and musician at an early age. He learnt to play the accordion and then the violin and played in the Pointe à Pitre silent movie cinema from 1917 to 1920. During his military service in Marseille from 1920 to 1922 he joined the town’s bands. Back in Guadeloupe in 1922, he founded a small string band including drums and a piano which was named ‘Fany Jazz’ when it debuted in July 1924. With the addition of brass, saxophones, clarinets and then a bass, the group became ‘Fairness’s Jazz’ in 1933. Open to all musical genres, jazz in particular, it was a forerunner of the beguine’s modernisation in Guade­loupe. Robert Mavounzy (born in Colon, Panama on 2 April 1917, died in Créteil on 24 March 1970) was a member right from the start and played the drums, xylophone and musical saw before taking up the saxophone. From September to November 1937, mandated by the governor Félix Eboué, the orchestra of Roger Fanfant repre­sented Guadeloupe in the Interna­­tional Exhibition in Paris and was tre­mendously successful. For 25 years ‘Fairness’s Jazz’ was the best example of Guadeloupian music. Many talented artists emerged such as saxists and clarinettists Robert Mavounzy and Edouard Pajaniandy aka Mariépin (born in Pointe à Pitre on 1 January 1916, died in Gosier on 22 January 2004). 

To pay tribute to Roger Fanfant, producer Raymond Célini started working on this disc in late 1966. Two years previously Robert Mavounzy had returned to live in Guadeloupe, encouraged by his record producer brother, Marcel. The initial aim was to release the hits made by ‘Fairness’s Jazz’ thirty years before, such as the beguines Touloulou and Moune a ou cé moune a ou, composed in 1932 by the very young Albert Lirvat, Nous les cuisinières and Ninon the immortal beguine signed by Joseph Brisacier. Some of these pieces had been recorded on 78s for Pathé when Roger Fanfant was in Paris in 1937. As a member of the orchestra, Robert Mavounzy remembered the manner, style and tone of the interpretations, and during the recording recalled other beguines, particularly the first ‘wabap’ beguines which he himself had played in Paris with Albert Lirvat in the early fifties – Guadeloupe an nous, Chauffé biguine la and Doudou pas pleuré. The pro­gramme was completed with a few timeless classics of West Indian tradition to produce this precious anthological album. Serpent maigre was recorded by Stellio in Paris in October 1929. Mon automobile is a free adaptation of a beguine first recorded by Moune de Rivel in 1946, entitled Tant pis pou ça. And Cé biguine, created in February 1931 in Paris by Léona Gabriel with the Boule Blanche orchestra, was originally a paseo by the Trinidadian pianist Lionel Belasco who cut the piece in 1915 in New York with the title Bajan Girl. And then there was Adieu foulards featuring travelling, separation, distance and forgetting. 

Throughout the disc we can appreciate Robert Mavounzy’s prodigious playing and stimulation in the tunes, backing the soloists and improvisation where his rich imagination is the proof of his long and rich experience as a jazzman for almost thirty years in Paris. He is superbly backed on the piano by the young Alain Jean-Marie, aged 21 who was doing his military service. Alain Jean-Marie had been a professional musician in Guadeloupe for six years, playing regularly in ‘La Tortue’, the night-club owned by pianist, clarinettist and saxist Edouard Marépin. Alain Jean-Marie’s interest for be-bop began when he was young through listening to records of Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Thelonius Monk, Wynton Kelly, Bud Powell, Sonny Rollins, Miles Davis, etc. This explains the importance of when he met Emilien Antile in 1963 and Robert Mavounzy in 1964, as both were fans of Charlie Parker. The Golden Album, the first recorded document of the teaming up of Alain Jean-Marie and Robert Mavounzy show the perfect harmony between the two musicians. This period was a turning point in the evolution of style of the pianist who was still impregnated by his model Edouard Mariépin, prompting him towards the summits of modernity. In 1967, Alain Jean-Marie was hired for the Montreal Universal Exhibition where he met the Martinique pianist Marius Cultier. He returned to Canada each summer until 1970, spending the rest of the year in Martinique where he accompanied drummer Jean-Claude Montredon who he had met in Montreal. In 1973 Alain Jean-Marie went to Paris to begin his career as a freelance jazz pianist. Hired at La Cigale in Al Lirvat’s orchestra, he again met up with Robert Mavounzy who returned to Paris in 1970 and played with him for a year and recorded an album two months before the saxophonist’s death in March 1974. 

The Golden Album of the Beguine also stands out due to the participation of singer Manuela Pioche, a little-known artist who died at an early age, but who strongly deserves homage. Brought up in the popular districts of Pointe à Pitre, and with an inborn passion for singing, she sang of joy and sadness and the general feelings of daily life in the West Indies. Her vocal technique came through experience as she had no tuition. Unlike other West Indian female singers, she avoided all forms of vulgarity, opting for truth, tenderness sometimes hinting at her hidden suf­fering. She reminds us of some the best Afro-American blues singers, Bessie Smith in particular.  Finally, this album would be lacking should it not boast the visceral and penetrating pulsation of drummer Théomel Ursule. He is sided by Charly Chomereau-Lamotte on the conga, who demonstrates his art in Chauffé biguine la. And the chemistry is completed by Donnadié Monpierre on the bass. This memorable session, watered with a few bottles of rum, went on all night in the studio set up in the back room of Raymond Célini’s store. There were a few privileged onlookers, such as journalist Jean Chomereau-Lamotte, Charly’s brother, who we can hear shouting with joy in the second track.  Thus the Golden Album of the Beguine came into being, the essence of Guadeloupe’s musical soul and which proves that the future still has much in store for the beguine. 

THE QUADRILLE OF GUADELOUPE 
Among the various forms of music and dance in the West Indies, some have survived three centuries, and are virtually intact today. In each old colony an ancient dance of pure European inspiration exists, although it bears African influence in its rhythm and percussion. This is, for example, the case with a typically French Guyana dance, sung by women accompanied by a tam-tam and which is called ‘Les Rôles’. However its choreography is that of an 18th century minuet. In Martinique, we find the ‘Haute Taille’, a sort of quadrille played by the violin or accordion with a tambour di bass rhythmic backing. In Guadeloupe there is a particular form of the quadrille, which closely resembles the 18th century quadrille, and the original solemn approach is strictly followed.  In France it had rural origins, but was gradually adopted in the noble balls of Versailles. In the French West Indies, where all kinds of entertainment were encouraged during colonisation, many masters authorized ‘talented negroes’ to learn to play the violin, flute, mandolin, etc. to found orchestras for balls. The chosen slaves, through their inborn love of music and imitation, adopted the favourite dances of Creole aristocracy and thus climbed the social ladder. The quadrille became a part of local folklore and Guadeloupian culture. And it is still practiced to this day. The quadrille balls enable its fans to show their elegance, distinction, grace and choreographical skill and the older generations can pass on this tradition to the young. Throug­hout the dance, a leader calls out the steps which the couples follow. They greet each other and hold hands.  Elie Cologer, who made this recording for Raymond Célini in 1972, was the last quadrille violinist in Guadeloupe. The original violin has now been replaced by the accordion. Elie Cologer was born on 24 August 1911 in Moule, Guadeloupe, a region of sugar cane plantations. He taught himself to play the violin at the age of fourteen and specialized in the quadrille, going to balls every weekend near his town. He followed the advice of his accordionist uncle Eguédé Saint-Val and began playing in quadrille balls at the age of seventeen.  The group recorded here is slightly different from the usual group. The tambour di bass is replaced by an acoustic bass and there is the addition of a guitar. However, the violin and percussion instruments, plus the calm voice, half spoken, half sung of the leader Ambroise Gouala are dominant, following the pure tradition of the Guadeloupian quadrille, the incredible invention and transfiguration of two musical genres which should have never teamed up. The tone is given by the violin of Elie Cologer, through his ingenuity, flexibility and extraordinary eloquence despite the strict limits of the musical form. We can hear the apparent dignity of the people, this music enabled them to hold their heads high and express with clarity and pride their wounds, humiliation and hindered liberty which lasted for centuries. 
English adaptation by Laure WRIGHT from the French text of Jean-Pierre MEUNIER  
© 2009 Frémeaux & Associés – Groupe Frémeaux Colombini  

CD ALBUM D’OR DE LA BIGUINE © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)

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“ Pour biguiner, il faut être musicien, avoir du soleil en tête, de l’amour au cœur et du rhum un...

BAL A LA HAVANE
BAL A LA HAVANE
Danzon, Son, Pregon, Bolero, Rumba

Panorama des années 1920 et 1930 destiné à tous les...

BAHAMAS 1951-1959
BAHAMAS 1951-1959
Proche de la Floride, le goombay des Bahamas est un succulent hybride entre rhythm and blues, calypso...

BADEN POWELL LIVE AT MONTREUX 1995
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Enregistrement live au Festival de Montreux, lors de sa deuxième tournée européenne en 1995. Dernier...

AU PAYS DU TEMPLE DU SOLEIL - PEROU: LIMA, PUNO, CUZCO, AYACUCHO ET AMAZONIE
AU PAYS DU TEMPLE DU SOLEIL - PEROU: LIMA, PUNO, CUZCO, AYACUCHO ET AMAZONIE
Ce disque est un hommage post-mortem à Serge de Bru, disparu à 29 ans, en septembre 1970, dans...

ANTILLES EN FÊTE (MUSIQUES DE LA CRÉOLITÉ - FOIRE DE BASSE-TERRE 1973)
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« Voici réunies pour la première fois deux ambiances typiques de la tradition des...

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