Fremeaux.com
La petite ceinture
Verbeke & Fils 









Remerciements : 
- Jean-Jacques Cirillo pour son amicale participation aux percussions, ses conseils et son soutien.
- Benoît Billot pour la Barytone et ses encouragements dans la mise en œuvre de cet album.
- Rolvel pour les photos de la Petite Ceinture et sa sympathie (parifuni.over-blog.com).
- Angélique Legoupil pour ses photos et sa patience (
contact@awcreation.com).
- Elise Conoir pour ses talents de graphiste, sa disponibilité et sa gentillesse.
- Vincent Van Damme pour son coup de crayon affuté.
- Didier Zilliox et Marcelle qui nous ont permis de vivre cette expérience sans contrainte et dans les meilleures conditions.
- Patrick Frémeaux & Benjamin Goldenstein pour leur enthousiasme et leur soutien quand ces enregistrements n’étaient encore que des projets.  Leur professionnalisme et leur amour de la musique furent très rassurants durant toute la réalisation de cet album.   

Discographie
1. Tu m’as menti (Steve Verbeke / Patrick Verbeke) 3’11  
2. Frankie & Johnny (Trad. / arr. Patrick Verbeke) 5’13  
3. La Tangente (Patrick Verbeke) 5’14  
4. Mets ta casquette Blues (Patrick Verbeke) 4’04  
5. Catfish Blues (Trad. / arr. Patrick Verbeke) 5’29  
6. Père & Fils (Patrick & Steve Verbeke) 3’41  
7. La p’tite ceinture (Steve Verbeke / Patrick Verbeke) 4’26  
8. T’efface pas comme ça (Steve Verbeke / Patrick Verbeke) 3’20  
9. Dis-moi pourquoi (Benoit Billot / Steve Verbeke) 4’04
10. Fils & Père (Patrick & Steve Verbeke) 3’55
11. Celle que j’aime (Steve Verbeke) 4’38
12. Ragtime blues (Patrick Verbeke / Steve Verbeke) 2’45
13. Let me go home whisky (Trad. / arr. Patrick Verbeke) 6’36

Patrick Verbeke : guitares (acoustiques, électriques, barytone, régal,  National steel), basses, chant.
Steve Verbeke : harmonicas, guitares électriques, chant.
Vincent Perier - Verbeke : prise de son.
Didier Zilliox : prise de son, mixage, mastering.

Conçu, enregistré au studio Adima à Paris 18ème entre janvier et octobre 2009,  masterisé et mixé au studio Adima à Paris en février 2010.
Éditions Frémeaux & Associés / Kwazil (titres 1, 6, 7, 8, 10, 11,12)
Éditions You You Music (titres 3, 4) - Éditions Croques musiques (titre 9)
Contact scène :
contact@adimaprod.fr 
Photo Steve & Patrick Verbeke : © Angélique Le Goupil 
Photos de la Petite Ceinture : © Rolvel 
Artwork cover et travail sur les photos : Elise Conoir
Dessins : Vincent Van Damme 

Clins d’œil (Patrick) :
- A tous mes enfants qui, directement (Steve, Vincent) ou indirectement (Emilie, Yanis) ont participé à cette belle aventure musicale et familiale…
- A tous mes petits-enfants (Tonatiuh, Zacharie, Willie-Mae, Elliot et Lucie) dont les rires ont emplis les instruments et le studio...
- A toutes les mamans (Margaret, Mamie Claire, Nadine, Karen) et à ma soeur chérie Cathy Hérouf (avec Martial, Elodie, Rodolphe, Tom et Charlie) pour leur soutien et leur amour qui m’ont souvent permis de tenir le coup !
- Émilie va toujours très bien, merci. Elle vient d’ouvrir une garderie pour enfants “Euréka”… affaire à suivre, avec Simon et leurs deux petits bouts d’chou...
- Le patriarche de la tribu Verbeke, mon père Pierre, peut encore, à 83 ans, me donner des leçons de vie… qu’il en soit ici remercié.
 

Clins d’œil (Steve) :
- Fabrice, Stan, ne vous réjouissez pas trop vite, cette belle aventure familiale ne va pas m’éloigner de vous bien longtemps. Ma fidélité et mon amitié restent sans faille…
- Karen, mes bébés, désolé pour les absences répétées et souvent imprévues. Sans vous, j’suis rien, nada, nothing, niente… love.
- Les potes sans qui faire de la musique ne serait pas un tel plaisir, JM Despeignes, JM Labbé, Hubert #06, Jérémie Tepper, Marty Vickers…
 

Paroles

Tu m’as menti
(Steve Verbeke / Patrick Verbeke) 
Tu m’as menti 52 fois c’t’année
Tu m’as menti, c’t’année je les ai comptées
Tu m’as menti Prends un calendrier 
Et regarde tout ce que j’ai coché 

Tu m’as blessé 22 fois c’t’année
Tu m’as blessé, de 22 coups de couteau
Tu m’as blessé
Quand j’fais ton numéro
Je compte plus les fois où t’as raccroché 

Tu m’as trompé 72 fois c’t’année
Tu m’as trompé 72 gars après
Tu m’as r’trompé
Si j’savais mieux compter
Y a longtemps que je t’aurais quittée 

Tu m’as trahi 7 fois c’t’année
Tu m’as trahi 7 fois ça suffit
Tu m’as trahi 
J’ai plus d’calendrier
Tu me les as déjà tous remplis 

Tu m’as menti 52 fois c’t’année
Tu m’as menti, c’t’année je les ai comptées
Tu m’as menti
Cette année, je les ai comptées
Tu m’as menti
Cette année, je les ai comptées
Tu m’as menti
Cette année, je les ai comptées
Tu m’as menti
  


Frankie & Johnny 
(Trad., arrgt. Patrick Verbeke) 
Well, Frankie & Johnny were lovers
True as the stars above
Frankie said Johnny: «You’re my man, you’re the man I love
You’re my man, but don’t you do me wrong»
 

Well Johnny walked down to the barroom
He said man, I sure am dry
He said gimme some of that joy juice liquor
So I can drink it with Nelly Bly
He was her man but he done her wrong 

Well then Frankie walked into the barroom
And she took-a that long forty-four
And rootity-toot that gal did shoot
Through the hard board swinging door
She got her man, ‘cause he was doing her wrong
So wrong (poor Johnny) 

Well, Frankie sits down in the jailhouse
She’s down on bended knees
She said, hey, hey, mister jailer
Tell me what you’re gonna do to me
He was my man
But he done me wrong, so wrong
       


La Tangente
(Patrick Verbeke) 
Des fois, elle dit qu’elle m’aime
Des fois, qu’elle ne m’aime pas
Des fois, elle m’aime quand même
Mais là, elle le dit pas 

Elle est pourtant parfois si tendre
J’ai du mal à l’comprendre
Cette fille est si déroutante
J’vais bientôt prendre la tangente

Elle va faire un tour en ville
Elle oublie son porte-monnaie
Puis elle revient d’un pas tranquille
Elle est fringuée d’la tête au pied 

Elle est pourtant … 

Elle invite le facteur
A boire un café
Moi j’reste pendant des heures
Devant la porte fermée 

Elle est pourtant …
  


Mets ta casquette Blues 
(Patrick Verbeke) 
Il est 6 heures du soir, coincé sur le périphérique
Plus une canette à boire, les klaxons te  rendent hystérique
Pas la peine de flipper, ça n’te f’ra pas avancer
Dans ces cas là prends ton harmonica
Mets ta casquette et chante le blues 

Il est pas loin de minuit, vous sortez du  restaurant
Allongés sur ton lit tu lui mets un p’tit disque planant
Et là c’est vraiment pas de chance, t’es victime d’une défaillance
Dans ces cas là… 

Il est 6 heures du matin, t’es déjà dans l’pétrin
V’là la maréchaussée, tu leur montres tes papiers
Mais là t’es vraiment marron, ils t’font souffler dans l’ballon
Dans ces cas là…
 


Catfish Blues
(Trad, arrgt Patrick Verbeke) 
Well I wish
I was a catfish
Swimming down on
The deep blue sea
I wish I had you good looking women
Fishing after me (x4)
Oh well (x4) 

I went to
My baby’s house
And I was sitting
On her stairs
She said “Come on in PV
My husband just now left
Ol’ man just now left”(x3)
Oh well (x4) 

Oh there’s two
Two trains running
Ain’t never runnin’ my way
There’s two trains runnin’ at midnight
The first one just now left (x4)
Oh well (x4)
   


Père et Fils
(Patrick & Steve Verbeke)
Instrumental   


La p’tite ceinture
(Steve Verbeke / Patrick Verbeke) 
Laissez- moi vous raconter l’histoire de ce gars perdu
Mal coiffé, mal rasé, on ne le voit même plus
Dans son vieux pantalon, son pas est lent
Ses converses en disent long, il n’a pas 30 ans

Il a vécu des histoires, des aventures
Il a vécu des histoires, encaissé des coups durs
Il tourne en rond, en quête d’ouverture, 
le long de la p’tite ceinture.  

Peut-être qu’il parlait tout seul, fier mais pas grande gueule.
Rien qu’à moi il l’a dit : “j’ai sauvé une vie.
Au bord d’un précipice, elle ne tenait plus à rien.
J’étais là solide, je lui ai tendu la main.” 

Il a vécu des histoires… 

Ce petit coin de paradis, de verdure et d’ennui
C’est à lui de s’en sortir, de le laisser derrière lui 

Il a vécu des histoires…
      


T’efface pas comme ça
(Steve Verbeke / Patrick Verbeke) 
T’efface pas comme ça
T’efface pas comme ça
T’efface pas comme ça
Si c’est mieux pour toi
Dis-moi qu’tu t’en vas
Mais t’efface pas comme ça 

Pour autre garçon
Une autre maison
Plein d’autres raisons
Le fais pas comme ça 
Même si t’as raison
T’efface pas comme ça

Pour te retenir
Te faire revenir
Pour te retenir
Te faire revenir
Je ferai, crois moi,
Tout ce que tu voudras 

T’en va pas comme ça
T’en va pas comme ça
T’en va pas comme ça
Dis-moi où tu vas
J’ai besoin de toi
(mais) t’en va pas comme ça
  


Dis moi pourquoi
(Benoit Billot / Steve Verbeke) 
Hey toi dis-moi
Oui dis-moi
Dis moi pourquoi
T’as tout cassé
T’as tout brisé
Mon coin tout bleu
Oh t’en veux plus
J’ai pas la force d’en faire un autre 

Dis-moi pourquoi
Dis-le vraiment
Tu m’as rien laissé
Pas un souvenir
Dis-moi pourquoi
Une dernière nuit
Pas même une toute p’tite trace de toi 

Tu peux t’en aller
Ne plus t’retourner
Et pourtant
Tu peux partir
Plus jamais revenir
Pourtant tu sais qu’c’est toi oh tout toi… toi
qui me faut 

Donne-moi un dernier
Dernier plaisir 
Un truc qui serait
De toi pour moi
Dis moi comment
Comment j’ferai 
Dis-moi vraiment
Comment j’peux faire quand t’es pas là 

Solo 

Tu peux t’en aller
Ne plus t’retourner
Et pourtant
Tu peux partir
Plus jamais revenir
Pourtant tu sais qu’c’est toi oh tout toi… toi qui me faut 

Maintenant dis-moi
Oui dis-moi
Dis-moi pourquoi
T’as tout cassé
Tu m’as brisé
Le cœur en deux
Mon cœur est bleu
J’en ai pas d’autre pour l’remplacer   



Fils et Père
(Patrick & Steve Verbeke)
Instrumental   


Celle que j’aime
(Steve Verbeke) 
Tous mes matins sont pour toi
Toutes mes nuits je rêve de toi
La seule que j’aime, c’est toi 
Et me demande plus pourquoi 

J’veux qu’tu restes dans ma vie
J’te dis tout n’est pas fini
Reste encore cette nuit
Demain tu pars si t’as envie
Ce soir j’vais pas t’laisser dormir
Tu sais pas pas tout c’que j’ai à dire  

Oui je t’aime 
Tout contre toi j’me sens si bien 
Crois- moi je t’aime
Quand j’te vois nue sortir du bain
J’vais prendre mon temps pour t’expliquer 
Te murmurer
Collé serré    Sur l’oreiller
J’sais bien qu’tu l’sais  

C’est vrai tu l’sais (écoute)
Tous mes matins sont pour toi 
Toutes mes nuits je rêve de toi 
La seule que j’aime, c’est toi  …
   


Ragtime Blues 
(Patrick Verbeke / Steve Verbeke) 
C’est le ragtime blues, ça vit et ça bouge
Oui le ragtime blues, c’est pas un truc de lose
Cela se danse et ça se chante, jusqu’au petit matin
Oui le ragtime blues, c’est un joyeux refrain 

Quand tu sens que le blues va croiser ton chemin
C’est pas Mickey Mouse qui te fera du bien
C’est dans tous les coins, il sera là demain
Oui le ragtime blues, c’est ton joyeux destin 

Quand Jelly Roll Morton dit ça roule
Le ragtime blues, il déboule
C’est un air qui danse et la foule balance
Oui le ragtime blues prendra ton chagrin
C’est le ragtime blues, ça vit et ça bouge…(1)
   


Let me go home whisky 
(Trad. arrgt Patrick Verbeke) 
Let me go home whisky
Let me walk out that door
I got orders from my baby
Not to come home drunk no more 

I stopped by a place, to see a friend of mine
I dropped in for a minute but I overstayed my time
Let me go home… 

Tell me why does whisky makes me lose my head
Got me sittin’ at the bar when I should be home in bed
Let me go home… 

Whisky every morning, Whisky every night
As long as I got my whisky, everything’s all right
Let me go home… 

Let me go home…
 

CD La p'tite ceinture - Verbeke & fils © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)

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PRESSE

Patrick & Steve Verbeke, Entretien avec Christian Casoni, Blues Again (mai 2010)
Blues Again : Pourquoi ce disque, pourquoi maintenant ?
Steve Verbeke, le fils : C'était une histoire de circonstances et de disponibilités. On ne s'est pas dit : Ouais, enregistrons tout de suite un album ensemble !  C'était à peine une éventualité, on attendait vaguement que toutes les conditions soient réunies.
Patrick Verbeke, pater familias : On a fait pas mal de concerts, tous les deux. Steve remplaçait Pascal Mikaelian quand il était occupé, et c'était un plaisir de jouer avec lui. Maintenant, oui, il faut que tout tombe au bon moment, qu'on se trouve au même endroit et qu'on ait la même envie à l'instant T. Pour parler de mon cas, j'avais envie de revenir à un style plus roots avec beaucoup d'acoustique, et refaire un duo harmonica-guitare, cette formule magique qui m'a porté toute ma vie. L'un des premiers concerts que j'aie vu, c'était un American Folk Blues à la salle Pleyel. 1967. Quand Sonny Terry et Brownie McGhee sont montés sur scène, j'en ai chialé. J'ai toujours adoré cette complicité entre l'harmonica et la guitare. La deuxième raison, c'est que Steve est mon fils et qu'on s'entend bien. On ne s'est jamais trop engueulé, son Œdipe n'est pas trop développé… ou il le cache bien. Alors bon, c'était tout naturel.
Steve : Pareil, c'était naturel. Si je me suis mis à jouer de l'harmonica et si j'aime tellement cette musique, c'est sûrement à cause d'une forte ascendance familiale. Est-ce que j'aurais joué cette musique si j'avais eu un autre père ? J'ai envie de dire oui quand même, mais mon père et le blues, je ne peux pas les défaire l'un de l'autre. J'ai été très content d'avoir tracé ma route pendant toutes ces années, indépendamment de lui, bien qu'on ait été toujours très proche et qu'on fasse des concerts ensemble de temps en temps. Là, l'occasion était trop belle d'enregistrer, à la fois avec lui, et avec un musicien qui a accumulé une telle expérience. J'avais acquis certaines choses, mais quelqu'un qui a tellement de métier pouvait m'en apporter tellement plus.

Avez-vous été surpris l'un par l'autre ?

Patrick : Oooh oui. Steve m'a surpris par sa virtuosité. Je devrais dire : par son feeling, sa manière d'aborder les chansons. Pour la virtuosité, je savais ce qu'il valait, je l'ai toujours suivi, mais je ne m'attendais pas à ce qu'il aborde les chansons comme il l'a fait. Oui, le feeling, mais ça paraît tellement évident…

'Catfish Blues', avec son décrochage et son harmonica reptilien... Quelle bonne version !
Steve :
Je ne l'aurais pas jouée comme ça dans un autre contexte. Par sa seule présence, mon père m'a inspiré des idées que je n'aurais jamais eues avec un autre, ou si j'avais enregistré un disque seul, dans mon coin. J'en aurais eues d'extraordinaires aussi, bien sûr, mais pas celles-là ! Sa compagnie a vraiment ouvert mon jeu.
Patrick : Cette chanson-là, ça faisait tellement longtemps que j'avais envie de l'enregistrer, et je ne voulais pas la louper. Elle a été reprise si souvent, et des versions vraiment excellentes, je voulais que la nôtre soit au moins honorable. Et là, je dis merci à Benoît Blue Boy qui m'a prêté une guitare barytone. C'est une basse à six cordes. En fait, elle se situe entre la guitare et la basse. Le manche a la longueur d'un manche de basse et les cordes, un diamètre intermédiaire entre la guitare et la basse. La grosse corde est en LA au lieu d'être en MI.

Cet album est-il un tournant, un nouveau départ pour vous deux, d'abord parce qu'il est très bon, et surtout que vous semblez vous être trouvés ?
Patrick :
Un album est toujours un tournant, c'est tellement important. Chaque disque est une remise en question.
Steve : C'est un moment de notre vie, et toujours un moment très fort. La P'tite Ceinture représente presque un an de notre existence à tous les deux. Il y a eu des coupures, on n'a pas enregistré d'arrache-pied pendant un an, mais on n'arrêtait pas de s'appeler, d'échanger des impressions, de s'adresser des idées. On a vraiment vécu un an avec ce projet…
Patrick : Qu'est-ce qu'on a pu bosser dans ma cuisine ! Et quand je ne l'avais pas sous la main, je lui faisais des propositions au téléphone…
Steve : J'ai encore plein de bouts de riffs de guitare qui traînent sur mon répondeur !

Patrick, dirais-tu que tu t'effaces pour laisser briller ton héritier ?
Patrick : Dans cette fameuse formule guitare-harmonica, la guitare joue souvent l'accompagnement, ce qui ne signifie pas qu'elle est amoindrie, hein. L'accompagnement, si tu le conduis bien, ce n'est pas si facile. N'empêche, c'est l'harmoniciste qui fait les solos dans la plupart des cas. Je ne me suis pas effacé dans le sens où tu l'entends, je ne me suis pas écrasé. Pour ça aussi, c'était juste naturel. Et puis, il n'y a pas que la guitare et l'harmonica sur ce disque, il y a aussi le chant.

D'ailleurs on n'entend pas qu'une guitare dans tes accompagnements, mais plusieurs couches, très bien agencées.
Patrick :
Oui, au moins deux ou trois couches. On est en 2010, il faut profiter de ce que la technique moderne peut nous apporter.

Vous sentez-vous dépassés par votre projet ? Je pense au livret avec sa page de dédicaces, principalement adressées à vos familles, et de nombreux remerciements pour la patience qu'on vous a témoignée, le soutien qu'on a pu vous apporter. Comme si vous reveniez de très loin, après un passage particulièrement difficile.
Patrick :
Dans mon cas, c'est vrai. Je sors d'une période très difficile, financièrement et professionnellement. J'ai vachement bossé et ça ne m'a rien rapporté sinon des dettes. Des projets ont foiré, le label que j'avais monté m'a bouffé tout ce que j'avais pu mettre à l'abri les années précédentes, tout est parti dans des productions. Je ne regrette rien, mais c'est un fait. J'ai dû revendre quelques guitares de ma collection pour pouvoir subsister… C'est quand même dur d'en arriver là, et c'est pourquoi je remercie tous ceux qui m'ont aidé dans ces moments difficiles, et pas que financièrement. Humainement, ils m'ont aidé à tenir sur mes deux pattes. Tant mieux si c'est ce qu'on ressent en écoutant ce disque. Quand je réécoute l'album et que j'entends 'Let Me Go Home Whisky', je suis content d'être arrivé à la fin ! Je n'ai pas tellement envie de le remettre tout de suite. Il est intense…

C'est cette sensation de corde raide qui donne sa tension à l'album. Une sorte de trouille…
Patrick :
Le mot est trop fort. Ce n'est pas la trouille qui a fait ce disque !
Steve : Faire de la musique, c'est déjà fort en émotion. Quand tu la fais avec un membre de ta famille dont tu es très proche, cette émotion est décuplée, elle laisse une trace. Ceci dit, c'est vrai que tout laisse sa trace sur un album. Quand on s'est lancé dans ce projet, mon père t'a parlé de sa situation, mais la situation du blues et de la musique en général n'était pas terrible, et ne l'est toujours pas d'ailleurs. En tout cas, dans le style de musique qu'on joue, avec de vrais instruments, tout ça. On avait envie de braver cette déveine, d'enregistrer quelque chose dont on serait fier, même si on devait ne tirer l'album qu'à deux exemplaires, un pour lui, un pour moi. Voilà, j'ai fait un album avec mon père, je le tiens dans mes mains, j'en suis super content ! Après, tu as forcément envie que ça marche du feu de Dieu et tu espères en vendre 200 000 unités…
Patrick : … Comme on l'a toujours fait, d'ailleurs…
Steve: Hé hé hé!

'Let Me Go Home Whisky'… Ce choix de reprise et la façon glaçante avec laquelle elle est chantée… Ça ne peux pas être innocent, si ?
Patrick :
Non, ce n'est pas innocent. Je ne me rends pas compte à quel point cette version est grave. Évidemment, j'ai voulu lui donner cette gravité. Cette gravité, je l'entends aussi. J'essaie de comprendre après coup pourquoi elle sonne comme ça, cette chanson. C'est un morceau que j'avais découvert par Snooks Eaglin dans les années 60, quand j'apprenais à jouer de la guitare. C'est l'un des tout premiers blues que j'ai su jouer et chanter. En 1969, je suis allé rendre visite au fameux Alan Jack, qui animait une ferme communautaire en Touraine. Un soir j'ai chanté cette chanson au coin du feu. Tout le monde s'est tu, il y a eu immédiatement un énorme focus sur moi. Là, j'avais marqué des points. Quelques semaines plus tard, Alan Jack ne se sentait pas très bien. Tu ne me jouerais pas 'Let Me Go Home Whisky' ? Ben tiens, quelle bonne idée ! Je prends une guitare et je la lui rechante. J'ai vu son sourire revenir, le blues faisait son effet, la thérapie fonctionnait. C'est un très beau moment de ma vie, je m'en suis souvenu longtemps. Alan Jack est devenu un ami, un maître à penser, à jouer, il m'a appris beaucoup de choses avant Luther Allison. Alan Jack est mort un peu avant Luther. Trop tôt. Il y a eu une réédition de son album en CD, sa famille a tenu à ce que je rédige les notes de la jaquette, et j'y ai mis tout mon cœur. Quand j'ai enregistré cette version de 'Let me Go Home Whisky', c'était pour mon pote. Elle vient peut-être de là, cette gravité que tu ressens.

Troisième cover de l'album : 'Frankie & Johnny'…
Patrick :
Qu'est-ce que j'aime ce morceau ! Lui aussi, c'est toute ma vie. La version que je connais le mieux est celle de Gene Vincent, et comme je suis un fan absolu de Gene Vincent… S'il y a un mec, un seul, dont on peut dire qu'il fait du blues blanc, c'est lui, le meilleur chanteur ayant vécu sur Terre ! Avec Paul Rodgers, bien sûr. Il a enregistré une fantastique version de 'Frankie & Johnny' en 59. Ce sont ses intonations que j'avais à l'esprit quand je l'ai enregistrée. Il y en a une par Johnny. Pas mal. Mais Johnny pompe carrément sur Gene Vincent. En fait, je ne connais pas beaucoup de bluesmen qui l'ont chantée, cette chanson.

Quelle est ta préférée dans La P'tite Ceinture ?
Patrick :
'Celle Que J'aime'. C'est vraiment le meilleur morceau du disque.
Steve : J'adore la version que j'avais enregistrée sur Parano mais, là, j'ai trouvé une manière différente de la jouer et mon père, un tas d'idées excitantes autour de la barytone.

On croit entendre une sorte de vague derrière le chant. Presque un orgue…
Patrick :
Le gimmick ? C'est dans le style Fats Domino. Ah, la vague, ça doit être le dobro…

'Ragtime Blues'… Il faut être très fin et très gonflé pour pondre une chanson comme celle-là !
Patrick :
Je ne suis pas encore sûr de moi sur ce coup, j'ai peur d'avoir été un peu léger ! C'est du bluegrass, avec un côté ragtime New Orleans. Je pensais à Jelly Roll Morton au départ et, à mesure que je la jouais, je me disais : Merde, on est en train de faire du bluegrass ! Ce morceau, j'en avais fait d'abord un instrumental pour mes cours de guitare. J'aime le son du dobro sur ce titre. J'utilise un capodastre, le dobro sonne un peu comme une mandoline.

Tout l’album baigne dans l'univers de Benoît Blue Boy, non ? Ces paroles fantômes, ces slogans qui ne veulent pas être explicites, ce côté louisianais…
Patrick :
C'est sûrement Steve qui a fait passer le style de Benoît dans l’album. Il le porte dans son jeu, il a été à l'école de Benoît. Moi aussi, mais d'une autre manière. Benoît, c'est comme mon frère, on a démarré ensemble en 1969, 1970. Je l'ai rencontré dans la ferme d'Alan jack et, depuis, on n'a jamais cessé de jouer ensemble. Un vrai bonheur. Il y a quatre ou cinq ans, pendant le festival de Cahors, on passait en acoustique avant Paul Personne. Lui était programmé avec tout son band. Cette relégation nous emmerdait un peu, on avait envie d'en découdre… A nous deux, on a littéralement soulevé l'assistance à bout de bras !
Steve : Votre performance a dû marquer profondément les esprits parce qu'on m'en reparle encore aujourd'hui.

Causons des voix. Celle de Steve croone pas mal…
Steve :
On n'a pas de problème de place, mon père et moi, on se connaît tellement bien. On a beaucoup travaillé quand même, on voulait vraiment se surpasser. J'ai eu la chance d'être drivé par des gens d'expérience, par mon père mais aussi par Didier Zilliox, son producteur. Il était aux manettes. Il a cherché à me faire gagner en profondeur, en précision sur les mélodies, à faire en sorte que mon chant exprime au plus près ce que voulait dire la chanson. C’est un souci qui me passe parfois au-dessus de la tête, ou que j'élude sciemment, par pudeur. Je pensais que, du moment que ma voix était correcte et naturelle, ça suffisait pour ce que j’avais à en faire. Sur cet album, on m'a demandé d'aller un peu plus loin que le correct.

… Et celle de Patrick, qui n’a plus la voix de blues-rocker de ses débuts. Elle dégage une force tranquille, mais elle trimballe aussi des accents vulnérables, elle est devenue caverneuse comme celle d’un vieux chanteur de country….
Patrick :
Ma voix a changé tant que ça ? Oh, elle a sûrement pris plus de graves je crois. Elle a dû gagner en gras.

Comment passe-t-on de Gene Vincent, de Vince Taylor, puis d’une réputation de guitar-hero au blues roots et au dobro ?
Patrick :
En fait, tout est venu en même temps, en 1964 et 1965, le blues, le rock'n'roll et la guitare. Mon tout premier concert, c’était Memphis Slim avec son batteur Michel Denis. Je n’en croyais pas mes oreilles. J'ai gonflé ma mère pour qu’elle m’achète une batterie. Ma mère voyait venir gros comme une maison le coup de la batterie dans une petite maison où vivaient cinq enfants. Elle ruse : Pourquoi tu ne jouerais pas plutôt d'un instrument mélodique ? Une guitare, par exemple. Imagine que tu te retrouves sur une île déserte avec une batterie, tu ne crois pas que tu t'ennuierais ? Une guitare, oui, avec la méthode de Mickey Baker ! J'étais aux anges. Ces années-là, j'ai découvert les Chaussettes Noires et les Chats Sauvages… Les autres ne m'intéressaient pas. Je décryptais les crédits sur les pochettes, j'y lisais les noms d'Elvis, d'Eddy Cochran, de Gene Vincent. Je trouve 'Be Bop A-Lula' chez un disquaire, un titre de 1962. Et là, ouais, c'est lui ! Il jouait avec un orchestre anglais cette année-là. J'ai fini par acheter tout ce qui concernait Gene Vincent, petit à petit. J'ai appris à distinguer Cliff Gallup et Johnny Meeks, qui était lui aussi un fameux guitariste. Quant au blues, Memphis Slim c'était déjà important. En 1967, je tombe sur l'American Folk Blues, comme je t’ai déjà raconté. Little Walter, Sonny Terry… Je revois Bukka White avec son poncho. Je me suis fait les AFB, et j'ai commencé à me brancher sur le blues noir. Et puis le blues anglais est arrivé. Les Anglais nous apportaient la connaissance. Tout ça s'est brassé dans ma petite tête et sur mon petit manche.

Que reste-t-il de tes cinq années d’émission sur Europe 1 (‘De quoi j’vais m’plaindre aujourd’hui’) ?
Patrick :
J'ai appris à parler tout en jouant. Je traduisais ce que me racontait tel invité, je jouais en même temps. Faire les deux ensemble n’est pas si facile qu’on le croit. Parler en jouant, ça met des paroles dans le jeu, et du jeu dans le discours, il faut penser à tout et tâcher de jouer correctement, tout en tenant un dialogue. Je demandais à tous mes invités de se livrer à cet exercice, et la plupart craquaient avant la fin. Un des meilleurs moments, outre ceux passés avec Luther Allison, ce fut Clarence Gatemouth Brown. Lui: What? It's the first time I do this. Playing with that guy on the radio? Hmm, no. – Mais si, allez. Qu'est-ce tu veux jouer ? Il venait de sortir un album avec Clapton. On va faire le boogie que j'ai enregistré avec Clapton. C’était un boogie hyper-rapide. Il m'attendait au tournant avec son chapeau et sa pipe, il essayait de me piéger ! On se met à jouer, ça roule, il me regardait, on se faisait des politesses : Ouais, à toi. Ouais, à moi… Ensuite, l'ambiance s'est réchauffée à une vitesse !

Steve, comment voyais-tu la carrière de ton père quand tu étais loupiot ?
Steve :
Honnêtement, mes souvenirs d'enfant… Je savais que mon père était musicien et je trouvais ça chouette, mes copains n'avaient pas cette chance, mais je ne me souviens pas qu'avant 14 ans la musique m'ait spécialement attiré. Le déclic, c'est à 14 ans. J'ai choisi l'harmonica, un peu pour me démarquer de lui, et aussi parce que… que ce soit Benoît Blue Boy, Vincent Bucher ou Bako, les harmonicistes me plaisaient. Humainement, en plus de l'harmonica, ils avaient un truc en commun qui me plaisait beaucoup. Le jour où j'ai découvert Muddy Waters, j'ai été transcendé. Et puis il y a eu Jr Wells, j'avais l'impression d'entendre exactement ce que je voulais faire.

Tu joues dans tous les styles sur cet album. On dirait presque un CV avec lettre de motivation !
Steve :
C’est marrant, je me suis dit exactement la même chose à un moment. Sur 'Mets Ta Casquette'. J'avais l'impression de bricoler une carte de visite, mais ce n'était pas du tout intentionnel. Je n'ai pas le sentiment de jouer mieux ni moins bien, mais j'ai peut-être gagné en confiance. Au fond, j'ai toujours l'impression d'être un débutant. Bon, je suis content de ce que j'ai fait sur le disque… Sur 'T'efface Pas Comme Ça', je joue minimaliste, en accords, avec un harmonica très grave qui sonne très gros. Comme George Papa Lightfoot, comme Sonny Terry et Sonny Boy Williamson pouvaient le faire. Ce sont mes influences. Avec Benoît, bien sûr !

Et tu tiens merveilleusement bien la lenteur, sans te répéter, sans un faux pas… Encore une fois, ce que tu fais sur ‘Catfish’ est impressionnant !
Steve :
Ben, on était sans arrêt confronté au jugement de l'autre malgré tout. On essayait d'anticiper ce que l'autre risquait de penser. Une crainte ? Oui, peut-être un peu dans mon cas, mais pas une crainte paralysante. Le genre d'appréhension qui permet d'avancer. On n'a jamais été gêné l'un vis à vis de l'autre.
Patrick : Si, il y a eu un moment de gêne avec 'La P'tite Ceinture', quand j'ai voulu faire entrer un autre guitariste dans le jeu pour m'épauler. Tu n'as pas osé dire non, mais ça te faisait chier. C'est vrai qu'on était parti sur un album à deux, mais je pensais que ce mec pouvait apporter quelque chose au titre. Pendant deux jours, ça s'est un peu tendu. Je ne me rendais pas compte que ça te contrariait à ce point, et tu n'osais pas me le dire. Bon, on a continué à répéter la chanson à deux et, finalement, elle s'est faite sans l'autre guitariste.
Steve : J'avais peur qu’un troisième larron ne dénature l'ambiance. Je n'avais pas vraiment d'arguments à formuler sur le coup, je ne savais pas comment l'exprimer. J'attendais d'avoir les mots pour protester !

Cette chanson qui donne son titre à l’album, 'La P'tite Ceinture', c’est un western parisien ?
Steve :
Ah, tu la vois comme ça ? On me reprochait d’écrire des chansons qui ne racontent jamais vraiment d’histoires. Là, j'ai essayé d'en écrire une.
Patrick : La trame est moins blues traditionnel, plutôt americana. Elle s'est mise à sonner comme ça presque malgré nous.
Steve : Cette chanson, je la voyais comme 'Catfish' au départ, simple et linéaire. A force d'y revenir, une mélodie s'est imposée, de nouveaux accords et un nouveau climat se sont dessinés. C'est vraiment devenu notre morceau à tous les deux, c'est pour ça que l'arrivée d'un autre guitariste aurait gâché quelque chose.

Et le passage chez Frémeaux ?
Patrick :
Ça commence à Europe 1. Patrick Frémeaux m'envoyait régulièrement ses nouveautés, et je les présentais sur l’antenne. Un jour, il me fait parvenir un mot manuscrit très sympa, il me remerciait d'une manière vraiment cool. Tout le monde ne fait pas ça. Cette attention, je l'avais imprimée. Et puis Benoît a ouvert la voie en enregistrant Benoît Blue Boy En Amérique chez le même Frémeaux. Moi, je signais chez Dixiefrog. Capturé Live ne s'était déjà pas bien vendu, mais devant les records de vente de Bluesographie… ! Quand on dit crise du disque, nous, on s'en est bien rendu compte ! Langlois, le patron de Dixiefrog, m'a annoncé de façon très honnête, et je l'en ai remercié, qu'il ne pouvait plus s'occuper de moi. Le lendemain, je prenais rendez-vous chez Frémeaux. Le projet de l'album était donc déjà avancé, c'était le début mais on avait trois ou quatre morceaux à lui faire entendre.

L'album correspond à ce que vous en attendiez ?
Patrick :
Sincèrement, je l'imaginais moins bon que ce qu'il est ! Steve et moi, on s'est dépassé dans nos parties respectives, chants et instruments. J'enlèverais juste l'un des deux instrumentaux ('Père & Fils'). Un seul aurait suffit. On en a débattu bien longtemps, Steve et moi.
Steve : … Mais dans chacun d'eux, il y avait quelque chose qu'on n'avait pas envie de sacrifier.

Le florilège des questions stupides maintenant. Une chanson qui vous vient à l’esprit malgré vous, quand vous marchez dans la rue par exemple…
Patrick :
Quand je marche dans la rue ? Je vais avoir l’air de me vanter mais, comme je suis là-dedans jusqu'au cou en ce moment, c'est 'La P'tite Ceinture'. Ça tourne et ça retourne dans ma tête...
Steve : J'ai appris à jouer de l'harmonica sur 'La Danse Des Canards', ça m'a marqué. 'La Danse Des Canards', ça compte ? Bon, bon… J'aime bien 'Trick Bag' d'Earl King. C’est une chanson qui me trotte souvent dans la tête.

L'album qui vous a le plus impressionnés ?
Steve :
J'ai envie de dire La P’tite Ceinture, je peux ? Non ? Alors, j'adore réécouter Lent ou Rapide, l'album de Benoît.
Patrick : Je dirais Riding With The King. BB King, Eric Clapton. Pour la symbolique. J'aurais pu citer la chanson 'White Or Black' de Michael Jackson pour la même raison, et parce qu'elle est traitée comme un blues. Eh oui, 'White Or Black', c'est un riff de blues et c'est vachement bien fait. Riding With The King, donc. Un Noir, un Blanc, un plus jeune, un plus vieux, de l'électrique, de l'acoustique. Je ne possède même pas l'album, mais je l'ai écouté un nombre incalculable de fois. D'autres albums ont sûrement la même symbolique, mais mes artistes préférés restent Clapton et BB King. Et Gene Vincent aussi. Ces trois-là, c’est la phalange du blues-rock ! Bref, je reste sur cet album.

Le concert de votre vie, en tant que spectateurs ?
Steve :
Je commençais à jouer, je n'avais pas encore enregistré d'album. J'avais vu Clarence Gatemouth Brown en première partie de Clapton à Bercy. Il m'avait scotché. C'était forcément dans les années 90. Il y avait aussi le concert benefit pour Johnny Copeland dans un petit club de Memphis. On était tombé là, sur Beale Street, complètement par hasard. Il y avait le gros festival d'Helena en même temps, et tous les artistes étaient venus jouer deux ou trois morceaux. James Cotton, Jr Lockwood, Ronnie Earl, Anson Funderburgh, plein d'autres. C'était super détendu, tout le monde était là pour Johnny Copeland et faisait la grosse teuf. Génial ! C'était le blues !
Patrick : Moi, c’est Ray Charles. J'ai participé au festival de blues de Memphis en mai 90. 'Two rays on the river'. Deux rayons… C'était un jeu de mots : il y avait Ray Charles et Stevie Ray en têtes d'affiche. The river, c'était le Mississippi, bien sûr. Le festival durait deux jours. Avant les deux Ray, Albert King, Etta James, John Hammond, Johnny Winter devaient se produire. Nous, les Français, on ouvrait le concert. La marraine des Français, donc la nôtre, celle du groupe qu'on avait monté avec Guillaume Petite, c'était la fameuse Carla Thomas, fille de Rufus Thomas. C'est elle qui chantait 'Tramp' avec Otis Redding, dans les années 60. Elle chante surtout du gospel. Il avait plu juste avant le concert, c'était plein de boue par terre et on en avait ramené dans les loges. Johnny Winter devait jouer après nous. J'étais là, dans la loge. Un mec de l'organisation arrive en courant : You take this dressing room ? – Ouais, pourquoi ? – This is for Johnny Winter ! – Bon, si c'est pour Johnny Winter, on va mettre un coup de serpillère ! Johnny Winter arrive avec un carton : vodka, orange, petits yeux. Awright ! On avait tourné une semaine avec lui, en France, deux ou trois ans plus tôt. Il s'en souvenait bien. Carla me dit à un moment : Ça va être le tour de Ray Charles. Viens, on va se mettre à côté de lui sur la scène. Elle prend son parapluie, elle m’attrape par le bras, on monte les escaliers, on est sur scène avec les VIP, et Ray Charles était en train de faire la totale : un orchestre symphonique d'un côté, un orchestre de jazz de l'autre, le même chef d'orchestre qui passait de l'un à l'autre. Mais à Memphis, Ray Charles était chez lui, il balançait des salves de plaisanteries salaces au public. Un moment, il reprend 'Your Cheatin' Heart'. Carla Thomas commence à faire des chœurs infernaux depuis notre coin de scène, en me tenant toujours le bras d’une main, son petit parapluie de l’autre. Je me pinçais : C'est pas vrai ce que je suis en train de vivre !
Christian CASONI - BLUES AGAIN, mai 2010

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Le Verbeke Express - Interview par guitarist acoustic
Dans La petite ceinture, Patrick Verbeke et son fils Steve proposent une virée familiale dans la tradition du blues francophone. En duo, guitare-harmo, sans fioritures, du blues brut, roots, plein pot, l'émotion à fleur de peau. S'ils ont souvent partagé la scène, Patrick et Steve souhaitaient laisser une trace de ces échanges autour de la note bleue. La petite ceinture des Verbeke, c'est du blues XXL !
Ben


Pourquoi ce titre "La petite ceinture" ?
Steve : Au départ, j'ai eu l'idée de cette histoire d'un jeune homme qui rôde le long de la petite ceinture parisienne, je l'ai développée pour en faire une chanson et il s'est avéré que le texte collait parfaitement à une mélodie qu'il avait trouvée...
Patrick : Oh la la, "il" !
Steve : Ben oui, il sait quand même que tu es mon père ! (s'en suit une longue explication de texte sur l'emploi de la 3ème personne du singulier, ndlr) Mais je peux t'appeler Papa ou mon très cher père si ça t'arrange... (rires général) Bref, le morceau est venu très vite, ce qui n'est pas forcément le cas entre musiciens, même quand il s'agit de ton père que tu adores ! (sourires)


Y a-t-il un clin d'œil à la figure du train, thème incontournable du blues ?
Steve : Pas du tout, ou alors à mon insu...
Patrick : Quand Steve a apporté ce texte, j'ai tout de suite vu le rapport aux trains, ce côté blues. D'autant que les pouvoirs publics sont en train de la transformer, de l'arranger cette petite ceinture, alors qu'elle est restée à l'abandon pendant des années, ça a longtemps été un endroit un peu mal famé. Bref, cette image m'a inspiré. Du coup, je me suis plongé dans ce texte, dans la musique.

Quelle était l'idée de départ de cet album : d'abord un projet familial ou une envie de duo guitare-harmonica ?
Patrick : Les deux, mon capitaine ! C'était d'abord une envie de duo guitare-harmo dans la lignée des Sonny Terry et Brownie McGhee, et ça me tenait à cœur de jouer avec mon fils. Cette envie est devenue de plus en plus forte car on joue ensemble quand les occasions se présentent, mais on n'avait encore jamais rien gravé.
Steve : L'idée d'enregistrer un album avec mon père, vivre une aventure familiale, c'est ce qui m'intéressait. Il s'agissait de confronter nos idées sans passer par d'autres personnes...

Est-ce plus compliqué de réaliser un album quand on a ce lien filial ? Y a-t-il eu des désaccords profonds, des moments de tension ?
Steve : Non, j'ai l'impression que tout s'est fait assez simplement, naturellement. Sur cet album, on a réussi à retourner toutes les contraintes à notre avantage, notamment le fait que nous n'avions pas toujours de studio à disposition.
Patrick : C'est vrai !
Steve : Cela nous permettait de prendre du recul, de s'appeler pour parler des morceaux.
Patrick : Il y a eu un moment délicat autour d'un morceau que nous n'avons pas mis sur le disque. Je ne le trouvais pas dans l'esprit de l'album car il y avait basse-batterie alors que la tonalité générale, c'était duo guitare-harmo avec de temps en temps une petite percussion, mais pas plus. Bref, le titre en question était "too much". Il y également eu une petite tension à propos d'un autre titre : je voulais un musicien supplémentaire et faire du "re-re" avec lui, mais Steve n'était pas d'accord car ça ne collait pas non plus à l'esprit de l'album. Donc, chacun a eu son petit moment de tension, où l'on s'est confronté, affronté, mais le problème a été réglé très vite.
Steve : Et puis, Didier Zilliox, notre producteur, tranchait au besoin. Il fallait que l'on soit tous les trois contents, c'était très important...
Patrick : Exact !
Steve : Si l'un d'entre nous trois avait le moindre doute, on ne gardait pas la prise.

Qu'avez-vous découvert l'un chez l'autre ?
Steve : Je savais déjà qu'il y avait un fort côté émotionnel à enregistrer avec son père. Et je savais aussi que j'enregistrais avec un vieux bluesman, avec quarante ans de carrière derrière lui, donc forcément j'avais beaucoup de choses à apprendre - sans parler de la relation père-fils - mais il ne m'a mis aucune pression. De plus, cet album ne constitue qu'une parenthèse professionnelle : à mes yeux, l'idée était de s'offrir tous les deux ce petit plaisir.
Patrick : Comme tu l'as dit Steve lors d'une autre interview, si on ne vend que deux exemplaires de ce disque, on sera content car l'essentiel était de partager ce moment de musique ensemble. Personnellement, j'ai aimé la fraîcheur que m'a apportée Steve, et que j'ai eu tendance à perdre avec les années. Elle a déteint sur moi, ce qui est très agréable. Ça m'a ouvert des portes, une nouvelle façon de jouer le blues, comme utiliser une barytone sur "Catfish Blues", chose qui n'a jamais été faite auparavant ! La présence de Steve, son charisme, tout cela a eu une influence sur mes choix artistiques.

Patrick, parle-nous de ce choix de guitare barytone sur cette reprise de "Catfish Blues"...
Cela fait longtemps que j'aime cette guitare barytone, et j'avais été impressionné par des disques récents joués avec ce type de guitare, mais à l'intérieur d'un orchestre. Or il se trouve que mon pote Benoît Blue Boy en a une, je lui ai demandé de me la prêter. Depuis, je n'ai pas arrêté d'en jouer. (rires)

Vous avez également repris l'émouvante supplique "Let Me Go Home Whisky". Patrick, on sent au travers de ce titre que tu as voulu tourner la page d'une période difficile de ta vie...

En effet, je sors de grosses galères financières, et derrière ton moral fout le camp... C'est vrai que ce morceau est blues de chez blues, avec une voix très grave, mais cette interprétation m'est venue naturellement ! Je me suis aperçu à la réécoute que ce morceau clôturait l'album, de manière efficace, une façon de dire au revoir et à bientôt... Avec de nouvelles sensations, un nouveau souffle.

Que t'inspire ce morceau Steve ?
Steve : Il m'a "scotché" direct ! Et m'a donné l'occasion de jouer de l'harmo du mieux que je le pouvais, pour ne rien gâcher... Cela aurait été dommage qu'il n'y ait pas d'harmo ; j'ai été ému de jouer dessus car c'est un morceau - comme "Catfish Blues" ou "Frankie & Johnny" - que mon père joue depuis des années mais qu'il n'avait jamais enregistré. Là, avec moi, sur cet album, il reprend ces trois morceaux qu'il adore ; j'ai senti qu'il se passait quelque chose d'important.
Patrick : "Let Me Go Home Whisky" fait partie des dix premiers morceaux que j'ai appris à jouer et à chanter ! Je m'étais référé à l'époque à un album de Snooks Eaglin à la guitare acoustique, et j'avais appris ce morceau, qui m'avait transcendé. Je l'ai toujours eu dans mon répertoire de scène, mais là je voulais l'enregistrer.

L'harmonica est très présent, était-ce une volonté de mettre Steve en avant ?

Patrick : J'ai volontairement voulu que l'harmo soit en avant mais pour une raison toute bête : c'est un instrument de soliste ! La guitare est plus portée sur la rythmique, donc ça me paraissait évident de proposer les solos à l'harmo, même si tout n'est pas figé ainsi.

Aviez-vous la volonté d'inscrire cet album dans la tradition du blues francophone ?

Patrick : Je suis très attaché à cette tradition, j'ai réalisé des albums, fait beaucoup de spectacles sur ce sujet, et puis je me suis baladé au Québec, j'ai découvert des artistes, des amis, c'est quelque chose de très important pour moi. Je trouve que ces gens qui font perdurer la francophonie au milieu d'une masse et d'une culture musicale anglo-saxonnes sont admirables, car ils arrivent à faire swinguer les mots, chose plus difficile en France. Ce sont des gens exemplaires !
Steve : C'est vrai que tout ce que Patrick, mon père, mon papa...
Patrick : Adoré !
Steve : Oui adoré, donc tout ce qu'il vient de dire, c'est mon éducation. Patrick et Benoît Blue Bloy le défendent depuis des années... J'ai l'impression d'avoir toujours connu ça.

Quel souvenir gardez-vous en mémoire de ce projet commun ?
Steve : Les répétitions au téléphone, c'était très sympa, j'ai encore des messages sur mon portable où il me joue un riff de guitare. Il y avait aussi certaines séances studio avec mon demi-frère Vincent, qui est ingé-son ; on était là tous les deux à regarder notre père jouer, c'était émouvant. On se disait : profitons de ce moment, c'est rare ! Lui devait nous voir derrière la vitre en train de parler, de se marrer, et devait se demander : qu'est-ce qu'ils sont en train de dire ces deux-là ? (rires)
Patrick : Ce qui était spécial sur cet album qui m'a donné beaucoup de plaisir et parfois démoralisé, c'est l'utilisation de la barytone, qui est accordée en La, non en Mi. De plus, j'en jouais avec un capodastre, pour simplifier la chose (rire), ce qui fait que j'étais complètement largué, je ne savais plus en quelle tonalité je jouais. Et quand je prenais une guitare, je jouais en open, toujours pour simplifier, bref quand Steve arrivait et me demandait la tonalité, je ne savais pas ! Quand il fallait chanter, je m'apercevais qu'on était en Si bémol, aïe, je n'ai jamais joué en Si bémol !? (rires) Mais finalement, ça le fait bien

EXERGUE 1 : "Le morceau "Let Me Go Home Whisky"clôturait bien l'album, c'était une façon de dire au revoir et à bientôt... Avec de nouvelles sensations, un nouveau souffle." Patrick

EXERGUE 2 : "Cet album ne constitue qu'une parenthèse professionnelle : à mes yeux, l'idée était de s'offrir tous les deux ce petit plaisir." Steve


Par GUITARIST ACOUSTIC

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