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Martin Guerre - Alexandre Dumas
Choses vues - Victor Hugo
René - Chateaubriand
Le coffre et le revenant - Stendhal 

par Pierre Bellemare
 








pour ou contre walter scott
Le récit romantique a partie liée à une projection plus ou moins affirmée de l’auteur sur son ouvrage. La littérature devient autobiographique avec Rousseau. Plus question de raconter une histoire sans y mettre du sien. Le romancier s’épanche de telle manière à faire passer des bribes de vie, des humeurs, des considérations personnelles. C’est lui qui parle, quoi qu’il en soit. Ses mémoires ne sont jamais très loin, complément indispensable à une compréhension des motivations de son écriture : Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand, Souvenirs d’égotisme de Stendhal, Choses vues de Hugo, Mémoires de Dumas. Le regard est porté aussi bien sur soi que sur l’âme d’une époque. Tout va ensemble. On est solidaire d’un monde qu’on vit viscéralement. Témoins ou enfants de 89, de l’épopée napoléonienne, les romantiques, comme le Fabrice del Dongo de La Chartreuse de Parme de Stendhal, viennent après la bataille. Plus rien à vivre : frustration d’une jeunesse qui a l’impression d’avoir été lésée par ses pères.
L’impossibilité d’agir génère une soif épique d’autant plus paradoxale que les romantiques ont manqué de peu leur rendez-vous avec l’histoire. Le sachant, ils font le constat de leur impuissance : “Tous ces enfants étaient des gouttes d’un sang brûlant qui avait inondé la terre ; ils étaient nés au sein de la guerre, pour la guerre. Ils avaient rêvé pendant quinze ans des neiges de Moscou et du soleil des Pyramides ; on les avait trempés dans le mépris de la vie comme de jeunes épées (Musset, La Confession d’un enfant du siècle, chapitre II)”. René de Chateaubriand peut être considéré comme le prototype de la littérature romanesque du XIXe siècle ; “le mal du siècle” s’y traduit par un dégoût de la vie : décalage entre le moi et le monde, difficulté à agir, impossibilité d’aimer.
Voilà peut-être la raison pour laquelle le romantisme français tarde à venir quand on le compare à son homologue allemand : la France, entre 1789 et 1815, ne laisse pas le temps d’écrire. On y vit au présent la fin d’un monde fondé sur les valeurs chrétiennes et féodales. Le culte de la Raison, l’éthique marchande leur succèdent, ouvrent sur une ère positiviste et capitaliste. La Restauration, les ordonnances de Charles X n’y peuvent rien : le retour en arrière n’est plus possible. Les temps chevaleresques et monarchiques sont révolus. Quoi d’étonnant à voir la plupart des jeunes romantiques épouser la cause royaliste, Hugo en premier. Ils cherchent dans le passé des repères, se définissent dans un rapport à l’histoire : la fascination-répulsion exercée par la Révolution et l’Empire leur fait presque regretter l’ancien régime. 
Les deux romantismes – français et allemand – se retrouvent quand ils s’opposent au classicisme : l’autorité des Anciens – l’héritage antique – est négligée (en apparence). Seule compte la référence aux temps troubadouresques, origine de la culture moderne : “C’est ce qui nous fait comprendre pourquoi l’amour-passion, notre spécialité européenne, doit être nécessairement d’origine noble : comme on sait, son invention remonte aux chevaliers-poètes provençaux, à ces hommes magnifiques et inventifs qui ont créé le “gai saber” et à qui l’Europe doit tant de choses, à qui elle doit presque son existence” (Nietzsche, Par delà le bien et le mal 260). Des deux côtés du Rhin – lieu de pèlerinage romantique par excellence –, on tente de forger une identité européenne, du moins nationale en revenant aux racines “romanes” (romantiques) de la littérature. Le compartimentage des périodes historiques est au service d’une idéologie de la nostalgie. Retrouver et réhabiliter ce que le néo-classicisme des Lumières a discrédité – la croyance dans un au-delà, les vertus de l’héroïsme chrétien –, voilà résumé le programme du conservatisme romantique. 
Stendhal, à rebrousse poil, avance sa définition libérale du “romanticisme” : “Il faut du courage pour être romantique, car il faut hasarder. Le classique, prudent, au contraire, ne s’avance jamais sans être soutenu, en cachette, par quelque vers d’Homère” (Racine et Shakespeare, 1823, chapitre III). Même partage entre l’antique et le moderne à cela près que Stendhal met l’accent sur l’actualité de la modernité ; l’œuvre d’art doit répondre aux demandes de la société présente et pour cela se doit de la connaître : “Les romantiques ne conseillent à personne d’imiter directement les drames de Shakespeare. Ce qu’il faut imiter de ce grand homme, c’est la manière d’étudier le monde au milieu duquel nous vivons, et l’art de donner à nos contemporains précisément le genre de tragédie dont ils ont besoin, mais qu’ils n’ont pas l’audace de réclamer, terrifiés qu’ils sont par la réputation du grand Racine” (ibid.). En ce sens, Sophocle et Euripide ont été des romantiques : ils n’ont pas cherché en arrière leurs références. 
La conception que les romantiques se font de l’histoire engage leur écriture romanesque. Elle sera épique, dramatique – tournée vers le passé – avec Hugo et Dumas, sociologique chez Stendhal. Pas d’oppositions trop tranchées cependant : Les Misérables apportera la preuve de la conversion républicaine d’un Hugo romancier en sympathie avec les problèmes de son temps. 
Autour des années 1830, les romans historiques de Walter Scott, promus par Hugo, qui écrit dès 1823 dans le premier numéro de la Muse française un article sur Quentin Durward, servent de mesure à la production romanesque française : “On pourrait considérer les romans épiques de Scott comme une transition de la littérature actuelle aux romans grandioses, aux grandes épopées en vers ou en prose que notre ère poétique nous promet”. Hugo retient de Scott : son sens du devoir qui le pousse à réconcilier (ou à séparer) les peuples et les rois, sa manie d’emprunter “aux annales des nations des compositions faites pour toutes les nations”, son écriture dramatique qu’il oppose aux formes narrative et épistolaire des romans des siècles précédents. Faute d’en avoir vécues, Hugo et Dumas, son fidèle disciple, font revivre à leurs lecteurs des aventures passées dignes de ce nom, les promènent du moyen âge à la Restauration à travers toute l’Europe, les rattachent à leurs patrimoines nationaux – Crimes célèbres de Dumas d’où est tiré Martin Guerre s’inscrit dans ce contexte. 
Nul courage pourtant à enfermer l’héroïsme dans des fictions historiques ; pour Stendhal, adversaire du scottisme hugolien, être romantique, c’est hasarder : l’héroïsme est à ce prix, moins l’affaire de ragots que le sujet de chroniques rapportant l’état du monde au jour le jour. Pas de grandes vérités sur l’histoire, simplement des faits, des anecdotes particulières à hauteur d’homme, témoignages de choses vues ou lues dans les journaux, engagements de sa personne dans les remous de l’histoire en marche. L’oppression policière décrite dans le Coffre et le revenant, ainsi, n’est que l’écho de la situation politique espagnole que connaît Stendhal en 1829.
Conservatisme et libéralisme : deux manières de dire le romantisme. Les conservateurs cherchent très loin dans le passé un drame épique qu’ils consignent dans leurs journaux et leurs mémoires ; le libéral qu’est Stendhal part au contraire de ses journaux intimes pour créer de l’épique. Dans les deux cas, les “choses vues” sont au centre du dispositif romanesque : il faut imiter la vie, créer un lien entre la fiction et la réalité, faire entrer le romancier dans l’histoire.  

René de Chateaubriand (1768-1848)
Publié en 1802 dans le Génie du christianisme (IIe partie, troisième livre), il paraît en volume en 1805, précédé d’Atala qui forme avec lui deux épisodes détachés des Natchez, épopée indienne inspirée à Chateaubriand par son voyage en Amérique du Nord en 1791 (au cours duquel il découvre les chutes du Niagara, la région des Grands Lacs) et publiée en 1826. À la différence d’Atala qui est divisé symétriquement, René suit un récit continu. Dans Atala, René, qui se trouve en Louisiane, s’est marié dans la tribu des Natchez avec Céluta, nièce du vieux chef de la tribu, Chactas. René contient la dernière confession du héros à Chactas et au P. Souël, missionnaire du fort Rosalie, avant sa mort lors du massacre des Français et des Natchez à la Louisiane. 
Écrit pendant les années d’exil et de misère à Londres sous la Convention, René est indirectement le portrait de Chateaubriand séparé de sa famille par la Révolution (frère et belle-sœur guillotinés, mère et sœur arrêtées et sauvées par le 9 Thermidor, château de Combourg confisqué). On a voulu voir dans cette histoire incestueuse entre René et Amélie une ressemblance avec la relation qui liait Chateaubriand et sa sœur Lucile. Sébastien Mercier l’avait précédé en traitant de ce même thème dans L’Homme Sauvage publié en 1767. Autre source possible de René : la rencontre, évoquée dans la deuxième partie (livre LVI) de l’Essai sur les révolutions, d’un ancien soldat de Louis XV, Philippe Le Cocq, qui se maria à une indienne et décida de rester en Amérique. 
Récit chrétien ou romantique ? Difficile à dire. Selon son auteur : “les folles rêveries de René commencent le mal, et ses extravagances l’achèvent… le malheur naît du sujet, et la punition sort de la faute (Préface d’Atala 1805)”. La conclusion du livre est plus que moralisante : “La solitude est mauvaise à celui qui n’y vit pas avec Dieu… Quiconque a reçu des forces, doit les consacrer au service de ses semblables ; s’il les laisse inutiles… tôt ou tard le ciel lui envoie un châtiment effroyable”. D’où le reniement de Rousseau et de Goethe, pères du romantisme naissant : “L’auteur y combat en outre… le travers qui mène directement au suicide. C’est J.-J. Rousseau qui introduisit le premier parmi nous ces rêveries si désastreuses et si coupables. En s’isolant des hommes, en s’abandonnant à ses songes, il a fait croire à une foule de jeunes gens, qu’il est beau de se jeter ainsi dans le vague de la vie. Le roman de Werther a développé depuis ce germe de poison” (Préface d’Atala 1805).
C’est la destruction des monastères, refuge des âmes errantes, qui a produit, à en croire Chateaubriand, la mode romantique. De jeunes âmes ont été lâchées dans la nature, cherchant dans les contrées les plus lointaines le silence des cloîtres. Peine perdue : le monde n’est pas à leur mesure, tombeau plus que purgatoire – exilées sur le sol au milieu des huées, leurs ailes de géant les empêchent de marcher – : “On habite, avec un cœur plein, un monde vide ; et sans avoir usé de rien, on est désabusé de tout” (ibid.). 
La répercussion de René fut immense sur la formation de l’âme romantique. Citons quelques imitations : Adolphe de Benjamin Constant, La Confession d’un enfant du siècle de Musset, Antony de Dumas, Armance de Stendhal.  

Le Coffre et le revenant de Stendhal (1783-1842)
Cette nouvelle de Stendhal paraît dans la livraison de mai 1830 de la Revue de Paris  (t. XIV, p.80-104). Elle est reprise en 1867 dans les Mélanges d’art et de littérature (Œuvres complètes publiées par Romain Colomb chez Michel Lévy). Le personnage d’Inès a pour modèle une maîtresse de Stendhal : la comtesse Clémentine Curial qui le cacha en juillet 1824 non dans un coffre, mais dans sa cave. 
Le Coffre et le revenant s’inscrit dans la mode du sudisme romantique. Mérimée, à qui il en fait une lecture le 25 décembre 1829, a publié de mai à décembre dans la même revue une dizaine de nouvelles qui l’ont sans doute influencé. Musset sort au même moment ses Contes d’Espagne et d’Italie. La nouvelle tragique teintée d’exotisme a son public. 
Stendhal qu’on voit plutôt attaché à l’Italie a “une inclination habituelle pour la nation espagnole… J’aime encore l’Espagnol parce qu’il est type ; il n’est copie de personne. Ce sera le dernier type existant en Europe” (Mémoires d’un touriste III). L’Espagnol n’est pas à la recherche d’appointements ou de croix ; il veut être soi-même. 
Pendant l’automne 1829, Stendhal met un pied à Barcelone ; son libéralisme peu apprécié lui avait valu d’être chassé de Milan l’année précédente ; sa réputation le suit en Espagne. Un même sort lui est réservé. 
L’Espagne est au premier plan de l’actualité entre 1827 et 1830 ; terre des passions, plus que l’Italie, elle alimente les chroniques de la Gazette des Tribunaux : c’est en lisant Le Constitutionnel que Stendhal se tient au courant de la situation absolutiste et inquisitoriale instaurée par Ferdinand VII sous l’impulsion de son frère don Juan. Le peuple ibérique est soumis à la terreur de l’espionnage, du soupçon et de la délation. Les Agraviados – les ultras espagnols –, mènent une campagne de purification qui fait obstacle à la formation d’un gouvernement constitutionnel. L’espoir est à son degré zéro, l’héroïsme vain. Stendhal ne donne pourtant pas complètement tord à cette politique de la terreur, considérant dans Rome, Naples et Florence et les Promenades, qu’elle représente la seule éducation possible de l’Espagne et de l’Italie.
Pas de meilleure image que la chaleur étouffante de l’Espagne pour rendre compte de l’état d’enfermement politique du pays. Le Mosca de la Chartreuse de Parme paraît effacé à côté de don Blas, le despote le plus tyrannique de l’œuvre stendhalienne ; mêmes habitudes policières chez les deux personnages : l’un jette un coup d’œil dans les étuis de contrebasse quand l’autre tente d’ouvrir le coffre dans lequel don Fernando, le fiancé d’Inès, est venu s’enfermer. 
Le René de Chateaubriand cherche à “s’ensevelir” dans un exil volontaire ; don Fernando ne peut rien faire d’autre : en se cachant dans un coffre, coffre qui tombe dans une fosse, il se trouve déjà mort – vision ou revenant –, au début de la nouvelle, en sursis. On ne lui laisse pas le temps de pleurer sur son sort. 

Choses vues de Victor Hugo (1802-1885)
Choses vues est le titre donné par Paul Meurice à un ensemble de notes publié en deux séries, après la mort de Hugo – la première en 1887, la seconde en 1900. Dans la première, les impressions et les portraits de personnages de la vie politique et mondaine sont classés par années. La nouvelle série range les textes par thème. Accumulées, avec plus ou moins de régularité, ces notes – livre projeté et jamais écrit – sont la continuation de deux recueils du même genre que Hugo avait donnés au public : Journal des idées, des opinions et des lectures d’un jeune jacobite de 1819 et Journal des idées et des opinions d’un révolutionnaire de 1830, somme d’observations et de remarques touchant la vie publique et son attitude personnelle dans les années 1819-1820 et dans les années 1830-1831. 
Mises à part les deux anecdotes sur la bataille d’Hernani et sur Frédéric Lemaître jeune premier de deux drames de Hugo – Lucrèce Borgia et Ruy Blas –, les autres textes tirés de Choses vues sont représentatifs de l’esthétique romantique hugolienne : “Et la vie n’est-elle pas un drame bizarre où se mêlent le bon et le mauvais, le beau et le laid, le haut et le bas… ?” (Muse française 1823). Oppositions marquées entre le rêve et la réalité (le coup de canon n’est que le claquement de la porte cochère), entre la gloire et l’oubli (l’esprit de Talleyrand est une cervelle qu’on jette à l’égout, mai1838), entre l’angélique et le monstrueux de figures humaines qui supportent un écusson, entre le charme des oeuvres d’Antonin Moine et le tragique de son suicide, entre le civilisé et le sauvage (il ne reste du Théâtre du vaudeville après son incendie qu’une fleur des prés, juin 1839), entre l’immortalité de Balzac écrivain – sculpté dans le marbre par David – et la corruption de sa chair (“On voulait faire mouler son masque, mais on ne le put, tant la décomposition fut rapide”, août 1850). 
Le Balzac de Hugo est traité romanesquement. Il reprend – ironiquement ? – à l’auteur de la Comédie humaine son goût pour la physiognomonie, science qui part de la physiologie pour deviner le caractère et à laquelle se rattache l’étude du mobilier, de l’habillement, de la démarche. En entrant dans l’hôtel de l’agonisant, Hugo remarque le bon goût mais aussi l’ostentation de l’ameublement (“Surtout, fait bien voir à Hugo mes tableaux”) ; il peint le personnage avant de le voir sur son lit. Le buste colossal de Balzac est comparé à un spectre : l’âme du romancier s’est déjà échappée de son corps pour venir à la rencontre du visiteur. L’enterrement au Père-Lachaise n’est plus qu’une formalité (“Il se faisait, presque à mes pieds des éboulements, dans la fosse”) ; surplombant Paris, Hugo se prend pour un héros balzacien ; Balzac n’est pas mort.  

Martin Guerre d’Alexandre Dumas (1802-1870)
Martin Guerre fait partie des Crimes célèbres publié en 1839-1840, succession de dix-huit chroniques, histoires vraies sur lesquelles Dumas a lui-même enquêté en se rendant parfois sur place (en Italie, en Allemagne) pour en vérifier les faits. Ces histoires, qu’il considérait un peu comme ses Mille et une nuits, traversent toute l’Europe, partent des lendemains des guerres napoléoniennes pour remonter au moyen âge. Y sont décrits des crimes commis moins par des individus que par des sociétés inégalitaires, injustes, oppressives qui conditionnent leurs actes. Dumas s’essaie, à travers elles, à un genre – le roman historique – qui va le rendre populaire (citons Les Trois Mousquetaires, Le Comte de Monte-Cristo) ; il y recherche ses époques, ses personnages, teste ses limites. Chose peu habituelle dans les années quarante, il s’entoure, pour les écrire, de collaborateurs qu’il surveille de près – leur nom figure sous le sien –, revoit l’ensemble de leurs participations. 
Stendhal, en publiant la plupart de ses Chroniques italiennes dans la Revue des deux monde dont Dumas était un collaborateur régulier, lui donna probablement et malgré lui le titre et la matière d’un de ses crimes célèbres (Les Cenci) publié quelques mois plus tard. On y retrouve le ton du Code civil – sans la froideur de Mérimée. Dumas laisse parler les faits, ne juge pas, comprend et fait comprendre sans l’aide d’un seul dialogue. L’action précède la préparation ; les personnages comparaissent avant d’être décrits. Est ainsi rendu nécessaire l’usage de ce qu’on appelle maintenant le flash-back. 
Martin Guerre a été écrit avec Narcisse Fournier ; ce récit va être réintroduit dans un roman de Dumas : Les Deux Dianes. Le procès avait déjà éveillé l’attention de Montaigne dans Des Boyteux (Essais III 11) : “Je vy en mon enfance un procés… : de deux hommes qui se présentoient l’un pour l’autre. Il me souvient… qu’il me sembla avoir rendu l’imposture de celuy qu’il jugea coulpable si merveilleuse et excedant de si loing notre connaissance, et la sienne qui estoit juge, que je trouvay beaucoup de hardiesse en l’arrest qui l’avoit condamné à estre pendu”. 
À coup sûr, Montaigne ne possède pas l’instinct divinatoire de Bertrande qui, dans ce crime célèbre, placée entre les deux Martin Guerre, n’a aucun mal à reconnaître son vrai mari. Quand le faux Martin Guerre réapparaît, son élan d’amour n’est pas là ; pudique devant son mari, elle se croit, comme l’Inès du Coffre et le revenant, la proie d’une hallucination. 
La mort suit de près le héros romantique : double obligé, elle le fait apparaître sous des formes spectrales. Le récit fantastique n’est pas loin. 
Alexandre Wong
© 2006 FRÉMEAUX & ASSOCIÉS 


 Pierre BELLEMARE, né en 1929 à Boulogne-Billancourt, fait preuve dès sa plus tendre enfance d’une imagination débordante. Si, durant ses jeunes années, il peine à faire preuve d’attention aux cours de ses professeurs, il saura plus tard capter celle de millions d’auditeurs, lecteurs et téléspectateurs durant des décennies. 
Dès ses 17 ans, il entre dans une société de production pour la radio et la télévision. Cette première passion ne le quittera plus. En 1947, il entre à la radiodiffusion française comme “metteur en ondes” (réalisateur). 
Huit ans plus tard, il est engagé par une toute nouvelle radio, dont le nom deviendra vite célèbre : Europe n° 1. Il commence à y raconter ses Histoires extraordinaires, dont les récits tiendront en haleine ses auditeurs pendant plus de 14 ans. Après quelques années d’absence, il reprend son émission en 2004.
Surtout connu du public par les nombreuses émissions de radio et de télévision qu’il a produites, Pierre Bellemare est également un écrivain traduit dans plusieurs langues et un grand amoureux de la littérature. Son aura audiovisuelle lui permet d’amener un grand public à la littérature. Dans ce cadre, Pierre Bellemare a enregistré un grand nombre d’œuvres littéraires et les a confiées à Frémeaux & Associés, comme La Passion de Charles Péguy, qu’il a enregistré en avril 2006 en la Cathédrale de Périgueux, en coédition avec Radio France.
Benjamin Goldenstein, d’après Roland Kluger 
© 2006 GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SAS 

CD 1
Le retour de Martin Guerre, Alexandre Dumas
1. Devant la porte d’une maison située à l’extrémité du village… 5’03
2. Alors elle crut à la sorcellerie, à quelque charme du démon… 4’46
3. Mais tu ne voulus pas m’écouter et dans ta colère… 5’06
4. Le soir même de la cérémonie du baptême…  4’58
5. Car l’imposteur, c’est vous !  5’03
6. Et elle remit le papier au vieillard. 4’51
7. Vous le saurez, répondit le magistrat.  5’13
8. Quelle pensée devait occuper son âme… 4’46
9. L’un des membres du parlement… 4’03 

CD 2
Choses vues, Victor Hugo
1. Introduction par Pierre Bellemare, suivi de “Un rêve” 3’25
2. Mort de Talleyrand 5’28
3. Description d’un panneau d’armoirie 4’07
4. Suite de la description d’un panneau  d’armoirie 2’55
5. Le suicide d’Antonin Moine 5’30
6. Le Théâtre du Vaudeville après son incendie 4’34
7. La mort de Balzac 4’50
8. Suite de “La mort de Balzac” 4’05
9. Suite et fin de “La mort de Balzac” 3’24
10. Sur la “bataille” d’Hernani 2’16
11. Sur Frédérick Lemaître 2’56

CD 3
René, Chateaubriand
1. En arrivant chez les Natchez, René avait été obligé…  5’05
2. Chaque automne, je revenais au château paternel… 4’55
3. Que sont devenus ces personnages qui firent tant de bruit ? 4’58
4. Bientôt, mon cœur ne fournit plus d’aliments à ma pensée… 4’57
5. Il y a quelques jours, rien n’aurait pu m’arracher ce secret… 5’01
6. Je ne sais si vous pourrez lire ces lignes,   à demi effacée par mes larmes…  4’54
7. Un peuple immense remplissait l’église. 5’07
8. J’appris en rouvrant les yeux que le sacrifice était consommé… 4’57
9. Soleil de ce ciel nouveau maintenant témoin de mes larmes… 4’53 

CD 4
Le coffre et le revenant, Stendhal
1. Par une belle matinée du mois de mai 1827… 5’00
2. Et vous vous appelez don Jaime Arregui ? 4’55
3. Un jour, il dit à sa femme, qu’il aimait avec fureur… 4’59
4. Au détour d’une rue, il rencontra Sancha. 4’59
5. A son inexprimable joie, il était en effet dans la chambre d’Inès. 4’58
6. Tu veux donc la mort de mon âme immortelle ? 5’05
7. Mais madame, vous ne songez pas, en cachant don Fernando… 5’00
8. Le sbire raconta qu’en fuyant le revenant… 4’57
9. Zanga ne s’était point encore coupé. 3’15   

Ecouter Le retour de Martin Guerre par Pierre Bellemare (livre audio) Ecouter Choses vues de Victor Hugo par Pierre Bellemare (livre audio) Ecouter Le coffre et le revenant de Stendhal par Pierre Bellemare (livre audio) © Frémeaux & Associés Frémeaux & Associés est l'éditeur mondial de référence du patrimoine sonore musical, parlé, et biologique. Récompensés par plus de 800 distinctions dont le trés prestigieux "Grand Prix in honorem de l'Académie Charles Cros", les catalogues de Frémeaux & Associés ont pour objet de conserver et de mettre à la disposition du public une base muséographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse à tout déréférencement constitue notre mémoire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littéraire ou livre audio, l'histoire racontée, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comédien (livres audio) sont des disques parlés appartenant au concept de la librairie sonore. (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens à écouter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlés, théâtre sonore, création radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlé, livre sonore, livre lu, livre-à-écouter, audio livre, audio-livre, lecture à voix haute, entretiens à haute voix, parole enregistrée, etc.). Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires  et les disquaires, ainsi qu’en VPC. Enfin certains enregistrements de diction peuvent être écoutés par téléchargement auprès de sites de téléchargement légal.


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